[Tribune Libre] L’étrange passion des élus français pour les pavés et granites du bout du monde

[Tribune Libre] L’étrange passion des élus français pour les pavés et granites du bout du monde

14/02/2012 – 09H30
PARIS (NOVOpress) –
La première fois qu’un édile local a privilégié le granite chinois ou indien sur la production locale, bretonne notamment, pour la construction des quais de son tramway ou pour la réfection de ses rues piétonnes, on aurait pu croire à une simple maladresse, une regrettable mais ponctuelle erreur de gestion, le fruit d’un mauvais conseil ou d’un dossier trop hâtivement bouclé…

Mais devant la répétition, partout dans l’Hexagone, de Nantes à Vincennes en passant par Tours, de ce genre de faits, on ne peut désormais que s’interroger non sans une certaine inquiétude et un très légitime mécontentement.

A l’heure où nos politiques, de gauche et de droite, soutenus par le concert des grandes orgues médiatiques, nous hypnotisent à grands coups de partitions publicitaires vantant le « made in France » et le « patriotisme économique », ce genre de pratique paraît d’autant plus incompréhensible et scandaleux.

Une fois encore, le grand écart entre les discours démagogiques à visées électoralistes et la réalité des faits apparaît de façon tristement éclatante.

Mais qu’est-ce qui pousse donc des élus de toute coloration politique à privilégier des granites et pavés du bout du monde sur la production nationale, participant ainsi à une aberration multiforme, de la fragilisation de l’emploi local au coût écologique global de l’opération ?

Même d’un point de vue purement économique, ce délire mondialiste n’est pas défendable puisqu’il a été constaté que les matériaux français étaient parfois proposés à des conditions quasiment équivalentes à celles de leurs concurrents chinois, indiens ou angolais. Ainsi, Jean-Marie Bégoc, président du Syndicat des granitiers bretons pouvait-il légitimement s’indigner à propos du marché du tramway de Tours : “Prétendre que seuls les Chinois sont capables de garantir les volumes nécessaires avec une qualité irréprochable du produit pour un chantier comme celui de Tours est erroné. Les élus laissent crever les granitiers français“.

D’ailleurs, quand bien même les productions nationales seraient légèrement ou sensiblement plus onéreuses, l’argent ainsi dépensé étant réinjecté dans l’économie du pays, l’éventuel surcoût n’appauvrirait nullement la communauté qui en tirerait au contraire à moyen et long terme des bénéfices via la consommation des salariés locaux, les taxes salariales et professionnelles et autres revenus fiscaux dérivés de l’activité de production de ces biens.

Face à cette politique à courte vue, à ce déni de bon sens, à l’heure où le protectionnisme économique apparaît pourtant comme l’une des ultimes bouées face au grand naufrage libéral, et à un tel mépris de la qualité et du savoir faire locaux, on n’en viendrait presque à imaginer des causes sonnantes et trébuchantes comme motivations des décisions absurdes de nos élus… Mais bien entendu, dans notre probe république, cela est totalement inimaginable… Alors, nous, citoyens, contribuables et travailleurs français, exigeons, comme l’ont déjà fait les militants du Bloc Identitaire notamment à Vincennes, que ces élus expliquent de façon claire et transparente les raisons de ces choix amoraux (Quelles sont les conditions de travail, de rémunération et de protection sociale des ouvriers du tiers-monde ?) et anti-nationaux qui n’ont rien d’anecdotiques !

Xavier Eman