Dans le triangle des Bermudes

[box class=”info”] Pâté de Campagne – La présidentielle 2012 vue par Julien Jauffret. [/box]

Hors de l’économie, point de salut: telle pourrait être la devise de notre charmante époque. Tout lui est soumis, elle est au centre de toutes les attentions, c’est l’obsession absolue, la mesure unique à l’au ne de laquelle on juge le beau, le laid, le vrai, le faux, le bien, le mal; c’est une morale, doublée d’un dogme, triplée d’un culte. On appelle ça une religion.

Chercher des poux à une religion, c’est prendre le risque de finir au bûcher. Il faut commencer par respecter la vérité révélée, après on peut causer. C’est la pluralité démocratique. Tout le monde est d’accord? Lançons le débat. Moteur, on tourne, mettez-y un peu d’émotion s’il vous plaît.

Bref, du moment qu’elle contribue à la « richesse nationale », qu’une chose soit laide, dangereuse ou inutile, c’est hors-sujet. Vous pouvez rem baller vos arguments, vous n’êtes pas dans le coup, vous faites soupirer Jacques Attali.

Exit le mythe de l’électricité bon marché

Les chaînes humaines d’écolos barbus qui se donnent la main pour protester contre l’atome, j’ai rien contre. Ça permet à nos C.R.S. de se détendre un peu, ça leur donne des bons souvenirs pour la retraite. C’est important, le moral des troupes. Mais pour ce qui est de faire avancer le schmilblick, le rapport sur le coût du nucléaire publié par la Cour des comptes, le 31 janvier dernier, c’est quand même plus efficace. Il va sur le terrain du dogme, ce rapport, il parle gros sous, millions, milliards, compétitivité, tout le langage d’époque. Exit le mythe de l’électricité bon marché. Le nucléaire en ressort atomisé.

Cette énergie a une particularité, c’est que les coûts augmentent avec le temps, ce que le lobby EDF avait malheureusement oublié de nous dire. La seule gestion des déchets est évaluée à 28 milliards d’euros, et encore, c’est à la louche, pour la simple raison qu’on ne sait pas encore comment s’y prendre, ni combien de temps ça prendra de les gérer. 300, 400 ans? En tout cas, plus longtemps qu’un trognon de pomme. Pour le reste, dans dix ans, 22 réacteurs sur 58 auront 40 ans, l’âge de la retraite. Si on veut conserver la production à son niveau actuel, c’est donc 10 ou 12 EPR qu’il faudrait construire d’ici à 2022, un investissement de plusieurs centaines de milliards d’euros que la Cour estime tout simplement impossible vu l’état du pays. Alors? « Une décision implicite a été prise qui nous engage déjà », affirme Didier Migaud, premier président de ladite Cour: augmenter la durée de vie des centrales de vingt ans, avec tous les risques que cela comporte. Qui a dit qu’on s’ennuyait sur cette planète? Après la crise économique, on aura peut- être la chance d’assister à une grande corrida nucléaire, c’est quand même pas donné à toutes les générations.

Eva Joly, ça devrait lui ouvrir un boulevard, ces questions. « Eva qui? » commence à demander l’électeur. Mais si, tu sais, la Norvégienne qui veut supprimer le 14-Juillet. Elle a disparu des contrôles radar, la candidate écolo. Des petits bip bip de plus en plus faible et puis plus rien. Encéphalogramme plat. Elle a rejoint le candidat NPA dans le Triangle des Bermudes. Soutou? Toutou? Poupou? On sait même plus comment il s’appelle, celui-là. Et l’autre, là, la remplaçante à Laguiller, est-ce qu’elle existe seulement?

Une étude confidentielle a assommé les militants écologistes la semaine dernière. Quand elle apparaît à la télé, il paraît que le téléspectateur lambda décroche « de manière importante » au bout de cinq minutes, et de « manière massive » au bout de vingt minutes. C’est le contraire qui m’aurait étonné. Et encore vingt minutes, ça me paraît héroïque.

« Je lavais les couches de mes enfants »

Il faudrait commencer par comprendre ce qu’elle raconte, la mère Joly. L’image sans le son, c’est quand même pas la communication d’avenir, même si ça revient à la mode au cinéma. Et puis quand, par hasard, on attrape quelques mots, on n’est pas franchement sonné par la charge. J’ai fait le test l’autre jour. Le présentateur lui demande si elle a toujours eu l’âme écolo… C’est pas franchement la question piège, mais la voilà pourtant qui fait des grimaces, ses petits yeux roulent dans tous les sens derrière ses lunettes rouges. Elle a toujours l’air affolé, Eva Joly, traquée comme un saumon acculé au fond d’un fjord par un pêcheur viking. Ça cogite, ça cogite… le latin à ce stade, il est déjà sur une autre chaîne. Le froid engourdit, c’est bien connu. On prend le temps de vivre au Pôle Nord. On économise ses calories. Un petit coup d’œil discret à sa fiche, ça y est, elle a sa réponse. Je ne vous fais pas l’accent, c’est éculé… « J’ai toujours été écolo, la preuve, je lavais les couches de mes enfants ». Forcément, les couches jetables n’existaient pas. Les Scandinaves, fameux boute-en-train. Et Cro-Magnon qui se mouchait dans ses doigts, il avait sa carte Europe Ecologie ? C’est à ce moment-là que j’ai zappé. 45 secondes. Si ça se trouve, elle est truquée leur étude.

[box class=”info”] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 8 février 2012. En kiosque ou sur Internet.[/box]

Dans le triangle des Bermudes