Vols sans frontières

Vols sans frontières

07/02/12 – 19h10
BERLIN (NOVOpress) –
Depuis son admission à l’espace Schengen il y a quatre ans, c’est la Pologne qui est chargée de garder la frontière avec l’Ukraine et les vastes étendues de l’est. Associée à la flambée du prix des métaux, cette situation donne des sueurs froides tout particulièrement aux Allemands chez qui vols et destructions coûtent des millions, tant aux communes qu’aux Länder et à l’état fédéral. Et la situation ne fait qu’empirer. Les plaques d’égout sur les chaussées et les trottoirs, les matériaux sur les chantiers, tout disparaît. Et bien sur comme chez nous aussi, les cimetières sont régulièrement visités : de l’urne en bronze à la statue de 600 kg, rien ne rebute des ferrailleurs à la piété très relative.

Comme chez nous aussi, les chemins de fer ne sont pas épargnés et 15000 volts dans les caténaires ne refroidissent pas les ardeurs des amateurs de cuivre. Plus fort encore, il y a aussi des rails qui disparaissent, avec pour conséquence des annulations de trains, voire des suspensions provisoires de lignes. Qui voudrait actuellement se rendre de Berlin à Cottbus (125 km au sud-est) devra se munir de patience encore pendant quelques mois !

« Ce vandalisme s’avère aussi difficile à juguler que l’abandon massif d’ordures dans certaines villes, les tags sur les wagons et les monuments historiques ou les vitres rayées dans les métros et les tramways. Il faut beaucoup de volonté pour ne pas tomber dans la résignation ». Le trio de Polonais qui avait écumé l’ensemble des lignes ferroviaires du Brandebourg et écopé en juin dernier de 6 ans de prison au tribunal de Frankfort-sur-Oder, fait presque figure d’exception. Les trafics sont bien organisés, et les voleurs pris « n’ont certainement pas fait fondre les rails chez eux, sur leur cuisinière ».

Mais ces larcins prennent encore une autre dimension avec la disparition de plus en plus fréquente de statues ornant l’espace public. A Duisbourg, c’est un berger allemand en bronze qui montait la garde depuis 1958 devant un club canin qui a disparu. A Mülheim-sur-Ruhr, une statue de 1936, l’ Archer, pesant tout de même 1,5 tonnes, a été volée puis retrouvée, mais fortement mutilée. Pas loin de là, à Huttrop, des voleurs ont été pris sur le fait en train de scier de son socle une autre statue également en bronze.

A Berlin, les habitants se sont cotisés pour faire faire une copie du buste d’Alfred Döblin, écrivain avant-gardiste des années 20. Le bronze avait là aussi été séparé de son socle à la scie, moins de deux ans après son inauguration. Succès, certes, mais aussi capitulation, puisque le nouveau buste trône désormais en sécurité dans le hall de la bibliothèque de quartier.

L’adaptation d’une Allemagne traditionnellement synonyme d’ordre, de propreté et de probité, à un monde sans frontières, ne se fait visiblement pas sans douleurs.

W. Nabert

Crédit photo : JH Mora , licence CC.