Les bateaux-prisons, un marché d'avenir pour Saint-Nazaire ?

Les bateaux-prisons, un marché d’avenir pour Saint-Nazaire ?

07/02/2012 – 16H30
SAINT-NAZAIRE (NOVOpress Breizh) – Leader des paquebots, le chantier naval de Saint-Nazaire (photo) veut rechercher de nouveaux marchés pour sécuriser son carnet de commandes. La forte augmentation du nombre de détenus ou « retenus », en partie liée à l’immigration illégale, pourrait à terme lui ouvrir de nouvelles perspectives.

Alain Castaing, qui vient d’être nommé à la tête du chantier naval STX de Saint- Nazaire, a une mission difficile : regarnir le carnet de commande. L’entreprise est leader mondial des paquebots de croisière. Ce marché a assuré pendant des années sa prospérité et celui de ses sous-traitants. Mais les croisiéristes ont réduit leurs investissements et la mésaventure du Costa Concordia (qui n’a pas été construit à Saint-Nazaire) n’est pas de nature à les redynamiser.

La situation n’est pas alarmante dans l’immédiat : trois paquebots sont en construction et deux en commande. Mais pour mieux assurer l’avenir, Alain Castaing a annoncé son intention d’explorer d’autres marchés. La commande de deux navires de commandement pour la Russie est un bon début. Le patron des chantiers affiche son intérêt pour l’éolien offshore. C’est une autre affaire. Les éoliennes ne sont pas du cousu main comme les paquebots. Les concurrents sont nombreux et il est à craindre que la bataille se livre sur les prix plus que sur la technicité.

Le chantier aurait tout intérêt à explorer des marchés totalement neufs où ses compétences de pointe seraient irremplaçables. Le plus prometteur pourrait être celui des bateaux-prisons. Il manque à la France au moins 20.000 places de prison pour loger décemment ses condamnés, et beaucoup plus si toutes les peines prononcées étaient réellement exécutées. Or construire de nouvelles prisons demande beaucoup de temps : comme personne ne veut avoir une prison au bout de son jardin, les riverains multiplient les recours. Les prisons flottantes limiteraient ce problème.

Elles ne sont pas une nouveauté ; « Now a prison ship lies waiting in the bay », dit une vieille ballade irlandaise chantée par les Dubliners. Cependant, elles ont très mauvaise presse, car historiquement ce sont en général des solutions d’urgence utilisées pour faire face à des besoins carcéraux soudains, surtout en temps de guerre. Un grand nombre de pays maritimes y ont eu recours à un moment où à un autre de leur histoire : Grande-Bretagne, États-Unis, Allemagne, Espagne, Canada, Argentine, Chili… Les bateaux utilisés sont souvent des navires militaires réformés, comme le HMS Maidstone où les militants de l’IRA étaient détenus sans jugement dans les années 1970, ou de vieux paquebots transformés. Plus récemment, cependant, on a vu des navires construits expressément pour cet usage comme le HMS Weare au Royaume-Uni, le Vernon C. Bain aux États-Unis ou le Bibby Kalmar aux Pays-Bas.

Les navires de transport carcéral pourraient aussi devenir un jour une solution logique pour les expulsions d’immigrants illégaux, afin de réduire leur coût colossal, évoqué par un rapport de la Cour des comptes en 2009.

Bien entendu, des bateaux prisons modernes feraient appel à beaucoup des techniques mises en œuvre pour les grands paquebots et parfaitement maîtrisées par les chantiers de Saint-Nazaire, notamment pour la sécurité et les transmissions.