“Les médias occidentaux exagèrent la situation en Syrie” – Par Louis Denghien

[Tribune libre] “Les médias occidentaux exagèrent la situation en Syrie” – Par Louis Denghien

Décidément, tout finit par arriver, même un  soupçon de vérité, dans l’espace médiatique français. Ainsi le gratuit français d’information 20 Minutes a eu l’assez bonne idée d’interroger un spécialiste du Proche-Orient, Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon 2 et par ailleurs membre du Groupe de recherches et d’étude sur la Mediterranée et le Moyen-Orient. Et Balanche remet un certain nombre de pendules à l’heure, après neuf mois de mensonges – ou de simplifications, ou de fantasmes – sur la crise, certes grave, que connait ce pays.

L’opposition syrienne bidonne et les médias français à sa suite

D’emblée, Fabrice Balanche pose le problème de fond : « Il faut savoir que l’on exagère assez la situation en Syrie dans les médias occidentaux, à cause des sources employées par ces médias ». Et le spécialiste enchaîne avec un exemple concret, et récent : « On parle pour la journée de mardi (27 décembre) de 70 000 manifestants à Homs : ce n’est pas vrai, des gens m’ont dit qu’ils n’avaient été que quelques milliers ».

« On se laisse avoir, explique notre universitaire, par une certaine surenchère parce que la principale source d’information est l’opposition syrienne » : autant pour la fiabilité des statistiques et infos produites en série par l’OSDH, effectivement source quasi-unique des journalistes français pressés ou alignés. Au passage, Balanche met aussi en doute la compétence  – et l’appréciation de la situation à Homs – du général commandant la mission de la Ligue arabe, le Soudanais al-Dabi, ce qui prouve sa neutralité sur le sujet. Au sujet de cette mission, Balanche pense qu’al-Dabi et ses subordonnés ne pouvaient se lancer dans des déclarations péremptoires dès la première journée de leur mission et qu’ils ont encore  le temps d’affiner leur analyse, auquel cas, souligne Fabrice Balanche, ils seront obligés de dire qu’il y a des groupes armés qui tirent sur la police. Le spécialiste pense que la mission produira au final « un rapport sans doute assez équilibré entre les deux parties ».

 Bachar (photo) a de bonnes chances de se maintenir

Fabrice Balanche analyse ensuite la stratégie de Bachar al-Assad qui, selon lui, parie sur l’essoufflement du mouvement et sur des divisions au sein de la Ligue arabe. En ce qui concerne le premier point, Balanche observe que les manifestations « sont beaucoup moins importantes que cet été » et qu’ “on est surtout passés à la rébellion armée” . Et il estime que le président syrien compte sur une aggravation de la situation en Egypte, qui « démode » en quelque sorte le dossier syrien, et ramène les monarchies du Golfe à plus de circonspection. Rien que de très plausible, à vrai dire, pour un homme confronté depuis des mois à une coalition aussi hétéroclite que puissante et agressive.

Le quotidien gratuit pose ensuite LA question : « Bachar al-Assad a-t-il une chance de se maintenir au pouvoir ? » Fabrice Balanche y répond par l’affirmative, en s’appuyant sur les arguments suivants :

-D’abord le front anti-syrien peut se disloquer, à la faveur notamment de la prochaine présidentielle en France, ou d’une succession monarchique en Arabie Saoudite ;

-ensuite, seule une intervention de l’OTAN peut éventuellement renverser militairement le régime, et justement l’OTAN est empêchée d’y aller parce qu’on est, explique l’universitaire, « au coeur d’un conflit géopolitique dans lequel il est très compliqué d’intervenir« . “Soit on le (Bachar) laisse tranquille, soit on intervient militairement mais cela ne sera pas évident“.

Et Balanche de préciser que ce ne sera pas évident aussi parce que le chef de l’Etat syrien a non seulement « bien en mains » l’armée et les services de sécurité, mais qu’il bénéficie en outre du « soutien d’une bonne partie de la population« . Interrogé encore par 20 Minutes sur l’ampleur de ce soutien, il estime que « les positions sont très tranchées dans la population syrienne« , avec des partisans et adversaires déterminés du régime, et aussi un « ventre mou » qui, indique-t-il, « a tendance à revenir vers le pouvoir, par peur du chaos et d’un scénario à l’égyptienne« .

Des arguments, une analyse globale que nous reprenons globalement à notre compte, et qui ne nous apportent aucune révélation. Mais qui peuvent contribuer à dessiller les yeux d’une partie importante du public français, du moins celui qui s’intéresse aux questions internationales, et qui vient de recevoir là une brève mais sérieuse antidote à la désinformation ambiante. Au fait, Alain Juppé lit-il 20 Minutes ?

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Crédit photo : Fabio Rodrigues Pozzebom / ABr, licence CC.