Italie : pas de subventions publiques pour un film pro-euthanasie

28/12/11 – 23h00
TRIESTE (NOVOpress) –
C’est une victoire pour les catholiques mais aussi pour tous ceux, catholiques ou non, qui veulent mettre de l’ordre dans les subventions publiques à la culture. Le Conseil régional du Frioul-Vénétie julienne vient de voter un ordre du jour interdisant à la région de financer des films qui ne rentrent pas dans les finalités de la loi régionale de 2006. Aux termes de celle-ci, « le soutien de la région concerne les œuvres audiovisuelles réalisées dans les formats considérés comme de plus grande portée régionale, tels que les courts-métrages, les documentaires et les films d’animation ; ou qui développent des thématiques liées au territoire ; ou qui valorisent, en utilisant les langues en question, les minorités linguistiques historiques présentes dans le territoire du Frioul-Vénétie julienne ; ou qui présentent un intérêt particulier et une portée régionale propres à susciter l’attention dans un cadre national et international ».

La production concrètement visée est La Belle au bois dormant du réalisateur septuagénaire Marco Bellocchio (photo), ex-maoïste spécialisé depuis bientôt cinquante ans dans le film « contestataire » subventionné, à forte orientation anticatholique. Son nouveau film, dont le tournage devait commencer en janvier dans le Frioul, en particulier à Udine, s’inspire de l’histoire d’Eluana Englaro, qui avait passé 17 ans en coma végétatif après un accident de la route, et dont l’alimentation artificielle avait finalement été interrompue dans une clinique d’Udine en février 2009, à l’issue d’une longue bataille juridique et politique qui avait profondément divisé la société italienne. Tout en se défendant de faire une œuvre de propagande, Marco Bellocchio n’a pas caché qu’il entendait développer dans son film « une position laïque ». Selon lui, « aujourd’hui, après Eluana Englaro, il y a de plus grandes restrictions sur le principe de la fin de vie, qui reflètent les positions catholiques. Je crains que notre société ait reculé ». Un financement régional était prévu, par la Film Commission du Frioul-Vénétie julienne.

Les premiers à réagir ont été les conseillers régionaux de l’Union du Centre, un petit parti issu de la démocratie chrétienne, mais ils ont pu transcender les clivages partisans et obtenir le soutien de conseillers catholiques du Popolo della Libertà (centre droit) comme du Parti démocrate (centre gauche), ainsi que de la Ligue du Nord et de Futuro e Libertà (parti de Gianfranco Fini). L’ordre du jour a finalement été signé par une trentaine de conseillers régionaux et a été voté à la majorité de l’Assemblée, le gouvernement régional n’ayant pas pris position.

Pour le président du groupe de l’Union du Centre et premier signataire de l’ordre du jour, Edoardo Sasco, « les finalités de la loi sur l’audiovisuel ne prévoient en aucune façon des financements pour des productions cinématographiques comme le film sur l’histoire d’Eluana Englaro, mais elles concernent la promotion du territoire, sans compter que le fait de soutenir une production privée et à but lucratif risque d’être considéré comme une aide d’État». Le thème prévu est en outre profondément diviseur pour la société italienne. Sasco appelle à « n’instrumentaliser en aucune manière un drame humain comme celui d’Eluana Englaro, dans lequel on doit respecter les diverses positions et sensibilités apparues à cette occasion ».

Selon le président de la Commission de la culture du Conseil régional, Piero Camber (Pdl), «la Film Commission a été créée comme un instrument de promotion des beautés et des richesses de la région. Que le Frioul-Vénétie julienne soit étiqueté comme la région de l’affaire Englaro n’apporte rien, étant par ailleurs entendu que le choix d’un père [Beppino Englaro, qui s’était battu pour faire interrompre l’alimentation artificielle de sa fille] ne peut être jugé par personne».

À gauche, Sergio Lupieri, conseil régional du Partito Democratico, dit avoir signé sans hésitation l’ordre du jour appelant la région à ne pas subventionner le film sur Eluana Englaro. « Je considère qu’il s’agit d’une affaire extrêmement privée et personnelle, sur laquelle chaque aspect risque d’être instrumentalisé, en transformant un tel drame humain en quelque chose d’autre ». « Le risque d’une instrumentalisation de l’histoire d’Eluana, conclut Lupieri, est trop grand et nous ne devons absolument pas le courir».

Crédit photo : Filippo Caranti via Wikipédia, licence CC.