Manipulations américaines en Russie : "La révolution des rubans blancs n’a pas eu lieu"

Manipulations américaines en Russie : “La révolution des rubans blancs n’a pas eu lieu”

[box class=”warning”]Article de Xavier Moreau, repris du site d’analyses géopolitiques Realpolitik.tv[/box]

La révolution des rubans blancs n’a pas eu lieu

L’Histoire ne retiendra pas le 10 décembre 2011. Malgré un battage internet intense et la promesse par les médias occidentaux d’une révolution orange, les manifestations organisées dans différentes villes de Russie par l’opposition pro-occidentale n’ont évité le ridicule qu’à Moscou et Saint-Pétersbourg. Dans le reste de la Russie, elles n’ont pas atteint la taille critique qui en auraient fait des événements politiques significatifs.

À Moscou, la manifestation devait commencer à 14h00, mais dès 13h30, le flux massifs et continu des manifestants commença à envahir la place Bolotnaïa. Il en fut ainsi jusque vers 16h00. Cependant dès 14h40, un flux inverse de gens quittant la manifestation commença à s’écouler et vers 15h30, il devint plus important que le flux rentrant. Beaucoup de Moscovites sont sans doute venus plus curieux que militants. Ces allées et venues font que si 25 à 30000 manifestants participèrent au meeting, la place fut occupée en permanence par environ 15 à 20000 personnes. L’atmosphère fut dans l’ensemble assez bon enfant, la majorité des gens n’étaient pas venus pour faire la révolution. Les forces de l’ordre se sont montrées bienveillantes et sont intervenues vers 16h30 pour permettre au flux grossissant des partants de ne pas se faire écraser par les voitures.

À l’intérieur de la manifestation se trouvaient un ensemble de groupuscules et de partis politiques hétéroclites, ce qui en dit long sur le « programme commun » de nos démocrates américanophiles. Le « levy front » antifasciste (front de gauche) de Sergeï Udaltsov, côtoya ainsi les monarchistes et les anarchistes, qui eux-mêmes, défilaient au côté des communistes du KPRF, fraichement ralliés à la manifestation, comme les quelques représentants de Russie Juste. Vers 15h00, un à deux milliers de  fascistes visiblement issus de la galaxie qui tournait autour du groupe récemment dissout, le DPNI, arrivèrent dans la manifestation, encagoulés, prêts à en découdre avec les «Tchétchènes de Poutine ». Sur la scène les intervenants se succédaient avec un message politique qui réclamait de nouvelles élections et affirmait le rejet de  Vladimir Poutine, revendiquant ouvertement le soutien d’Hilary Clinton, devenu l’égérie des quelques centaines de libéraux regroupés autour du podium.

Beaucoup, y compris l’auteur de ces lignes, avaient redouté le pire, mais dès 17h00 il devint clair que la manifestation se disperserait sans problème sous l’œil bienveillant des OMON.

Même si nous sommes donc bien loin d’un début de révolution colorée, cette manifestation est cependant riche en enseignements.

– 25 à 30000 manifestants pour 18 millions d’habitants, cela peut paraître insignifiant, mais pour Moscou, on peut estimer que c’est une manifestation importante. Si le noyau dur était composé de plusieurs groupuscules fascistes, antifascistes, libéraux, monarchistes ou anarchistes, la majorité des participants étaient sincères dans sa démarche. Il y a donc bien une inquiétude d’une partie de la population russe, qui doit être prise en compte par le Kremlin.

– Le gouvernement russe a bien joué cette partie, en autorisant la manifestation et en évitant les provocations avec les forces de l’ordre. L’absence de répression est un mauvais point pour les libéraux, qui préfèrent se rassembler sans autorisation pour provoquer les arrestations sous les yeux des caméras occidentales.

– Le mouvement libéralo-fascisto-gauchiste a montré ses limites :

  • Pas de programme commun possible entre ces factions que tout oppose.
  • Pas de résultats immédiats tangibles suite à la manifestation.
  • Pas de leader valable pour mener ce conglomérat hétéroclite. Boris Nemtsov, réduit à distribuer ses livres gratuitement pendant la manifestation, est surtout connu pour son incompétence en tant que ministre, qui mena la Russie à la crise d’août 1998. Mikhaïl Kassianov, l’homme du clan Eltsine et de la spéculation sur les GKO (bons du trésor), est surnommé de temps à autre, Misha 2%, en souvenir de ce temps où il était si facile de s’enrichir rapidement.

– Bien que pris au dépourvu, les partisans du Kremlin commencent à réagir. La collusion entre le célèbre opposant Navalny, l’ONG Golos et l’ambassade américaine est désormais étalée sur la place publique. Le fait que le domaine www.belayalenta.com (rubans blancs) a été enregistré en octobre 2011 démontre bien que ce mouvement n’a rien de spontané. La collaboration de Navalny aux mouvements racistes démontre de son côté que la démocratie en Russie n’est sans doute pas le but recherché par le département d’État américain. Plusieurs bloggeurs russes ont en outre souligné la double nationalité russo-israélienne des agitateurs pro-américains, certains comme Anton Nosik ayant même servi dans Tsahal. Le ministère des Affaires Étrangères israélien ayant soutenu clairement le Kremlin quant au déroulement des élections russes, il semble cependant que les ficelles soient davantage tirées de Londres ou de New York, plutôt que Tel-Aviv.

La médiocrité de l’opposition russe pro-américaine ne doit cependant pas atténuer le fait que la Russie de Vladimir Poutine doit faire face à une usure réelle du pouvoir, qui s’ajoute à une inquiétude globale, tandis que le monde entier s’enfonce dans une crise sans précédent. Il est impératif que le futur gouvernement russe reprenne les réformes au même rythme qu’entre 2000 et 2004. Selon son propre aveu, seules 39% de celles qui étaient prévues ont été accomplies. Le meilleur moyen de contrer les opérations de déstabilisation du département d’État américain est de ne laisser aucune prise aux agitateurs.

Xavier Moreau

[box class=”info”]Saint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d’un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Fondateur d’une société de conseil en sûreté des affaires, installé en Russie depuis 10 ans, travaillant également sur l’Ukraine, le Kazakhstan et la Serbie.[/box]
Crédit photo : www.alexandrelatsa.ru