Le Mémorial à l’abolition de l’esclavage et les stigmates de la mondialisation

Le Mémorial à l’abolition de l’esclavage et les stigmates de la mondialisation

10/12/2011 – 15h40
NANTES (NOVOpress Breizh) –
Le Mémorial à l’abolition de l’esclavage de Nantes, qui aurait dû être inauguré début décembre, est en panne. Son sort illustre non seulement l’impéritie de la collectivité locale mais aussi les difficultés de la mondialisation.

Le Mémorial à l’abolition de l’esclavage et les stigmates de la mondialisationPrévue pour le 1er décembre, l’inauguration au Mémorial à l’abolition de l’esclavage n’a pas eu lieu. Le chantier (photo), sur les quais de la Loire à Nantes, est à l’arrêt. L’élément majeur du monument devait être une paroi de verre où étaient gravés des textes relatifs à l’esclavage. Les lames de verre ont bien été livrées mais n’ont pas été posées, car une partie des textes sont illisibles.

Parmi les villes européennes où des navires négriers ont été armés, Nantes est la seule qui tienne à crier sur les toits ce passé. Bordeaux, Liverpool ou Lisbonne font au contraire profil bas. Cette singularité n’autorisait pas les approximations. Néanmoins, l’histoire du Mémorial, qui remonte à 1998, est émaillée de discordes et d’incidents de parcours.

En définitive, le monument pourrait être plus représentatif des méfaits de la mondialisation aujourd’hui que des horreurs de l’esclavage voici deux ou trois siècles.

Le commerce triangulaire a été la première manifestation significative de la mondialisation en Occident. Rompant avec les échanges en ligne directe d’un port à l’autre, il suivait un cycle ternaire :

  1. Les bateaux partaient d’Europe chargés de produits manufacturés qui seraient vendus à des potentats africains contre des esclaves.
  2. Les esclaves étaient revendus aux colons américains contre des produits agricoles comme le tabac, le coton ou les épices.
  3. Ces produits agricoles étaient vendus à des négociants européens. Alors seulement, l’armateur établissait le compte final de l’opération.

Ce passif de la mondialisation aurait dû alerter les promoteurs du Mémorial. Or ils se sont acharnés à reproduire le modèle. Ils ont confié sa création à un architecte argentin, Julian Bonder, et à un designer polonais, Krystof Wodiczko, tous deux installés aux États-Unis. La fabrication des lames de verre défectueuses a été attribuée à une entreprise italienne, qui l’a sous-traitée à des entreprises allemande et espagnole. Mauvaise surveillance des fournisseurs ? Mauvaise conception des équipements ? Mauvaise exécution des travaux ? Les responsabilités pourraient être difficiles à déterminer. Mais on sait bien qui paie et qui subit : les Nantais, à qui les Mémorial devait déjà coûter près de 7 millions d’euros.