Denis Parest : « La gauche a trouvé dans la gentillesse l’instrument de sa nouvelle politique »

Denis Parest : « La gauche a trouvé dans la gentillesse l’instrument de sa nouvelle politique »

3793 : tel est le numéro sous lequel a été enregistrée la proposition de loi du député socialiste de la Gironde Michèle Delaunay, proposition votée à l’unanimité par l’assemblée nationale ce mercredi 23 novembre 2011. Au cœur de cette proposition de loi, un projet bien peu controversé : le rallongement des congés exceptionnels accordés aux salariés en cas de décès d’un proche.

Une loi votée à l’unanimité, c’est une loi sur laquelle tout le monde est d’accord. Or, connaissant l’appétence de nos politiques à la chicanerie, pour qu’une loi recueille l’accord de tous, il faut vraiment qu’elle soit parfaite, tellement parfaite qu’elle n’offre aucune prise, aucun défaut sur lequel s’agripper, rien qui puisse justifier une pique à l’occasion de la prochaine campagne électorale.

Une fois admis que le but d’un politicien est de faire de la politique, c’est-à-dire d’être élu, la perfection d’une loi ne se juge pas à l’aune de ses qualités rédactionnelles ou de la justesse de raisonnement qui la guide. Le seul critère de la perfection d’une loi est son caractère tellement bon et généreux que l’on ne saurait s’y opposer sans être très méchant. Et qu’y a-t-il de mieux pour voter une loi si bonne et si généreuse que de s’immiscer dans la douleur des familles endeuillées, en exprimant l’empathie de la nation? Comment s’opposer à un tel geste de compassion sans passer pour le pire des salauds ?

Depuis longtemps, on observe un glissement de la classe politique vers la gauche. Convertie à l’interventionnisme étatique et au dirigisme économique tout en ayant abandonné tout patriotisme et tout conservatisme social, la droite des années 2010 aurait été un siècle plus tôt la tendance molle d’un parti radical de gauche. Quant à la gauche, prise en étau entre cette droite abâtardie et un marxisme en état de putréfaction avancée, elle n’a guère d’autre choix pour survivre que de livrer un combat politique d’un nouveau genre dirigée par un sentiment unique : la gentillesse.

S’adressant à un public dont le niveau intellectuel s’effondre aussi vite que sa mémoire, qui ne maîtrise plus ni pensée ni parole, dont le centre de réflexion est descendu de la tête à l’estomac (voire un peu plus bas), la gauche a trouvé dans la gentillesse l’instrument ultime et imparable de sa nouvelle politique. La campagne présidentielle qui s’ouvre en apporte chaque jour de nouvelles illustrations, et cette stratégie pourrait être payante. Car, dans un pays qui s’auto convainc constamment d’être en crise, où les citoyens sont persuadés d’être malheureux, comment ne pas avoir envie de croire aux belles histoires ? Et au point où nous en sommes, qu’y risque-t-on, après tout ?

Le seul hic, c’est que si l’on gouverne par la gentillesse, il serait (évidemment) particulièrement méchant de la limiter, de lui faire obstacle ou de la discuter. Contredire ou s’opposer à la gentillesse ? Cela ne peut être que le fait d’un méchant, qui, puisqu’il est méchant, ne doit pas être écouté, ni même laissé en vie. On a déjà vu ça, il y a quelques décennies, un peu plus à l’est. Cent millions de méchants y ont perdu la vie.

Alors non, les socialistes français ne tuent personne (du moins après la naissance) et ne sont probablement pas prêts de le faire. Mais méfions-nous de la pente sur laquelle ils s’engagent. A vouloir gouverner sous la plus parfaite des bannières, on finit par sombrer dans le pire.

[box class=”info”] Source : Tribune Libre de Denis Parest pour Infos Bordeaux [/box]