Parrainages présidentiels : Speed dating au Congrès des maires de France

Parrainages présidentiels : Speed dating au Congrès des maires de France

[box class=”info”] Les candidatures à l’élection présidentielle échouent souvent sur l’obstacle des 500 parrainages obligatoires. Le Congrès des maires de France, qui se tient cette semaine, est donc un point de passage obligé pour les postulants à l’Elysée. [/box]

Ça drague sévère, au congrès de l’Association des maires de France (36000 membres), qui se tient du 21 au 24 novembre à Paris. On y croise notamment nombre de petits candidats à la présidentielle venus courtiser, entre deux tables rondes, les principaux détenteurs des précieuses signatures… En effet, les élus les plus sollicités par les postulants à l’Elysée sont les maires de petites communes, très nombreux et moins engagés dans des structures partisanes que les parlementaires ou les élus des grandes villes.

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la république, y vient presque en touriste, puisqu’il dit avoir déjà 380 promesses de signatures… Un chiffre identique, ce pendant, à celui qu’il annonçait déjà il y a deux mois! Mais contrairement à 2007, où il n’avait pas pu se présenter, il assure qu’il aura une récolte suffisante pour se soumettre au suffrage des Français.

Idem pour Jacques Cheminade, président du groupuscule de gauche Solidarité et Progrès, qui aurait déjà plus de 500 parrainages pour la présidentielle! Pour Philippe Poutou, du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), en revanche, c’est l’inverse: encore moins connu que Cheminade, le candidat quasi anonyme du NPA annonce en avoir 250, mais oscillerait, lui, entre 100 et 150 promesses de signatures, risquant fort de ne pas dépasser ce chiffre de beaucoup… Une candidature plutôt mal barrée, donc, pour une extrême gauche qui peine à se faire entendre en dehors des médias et de l’électorat des quartiers de bobos.

Les parrains sont tenus par la famille

Jean-Pierre Chevènement, bien que tardivement entré en compétition, semble marcher sur l’eau (ou être totalement inconscient). Son équipe refuse de communiquer sur les chiffres, mais se dit « résolument optimiste et parfaitement dans le bon rythme par rapport au calendrier ».

Eva Joly, candidate des Verts, prétend que sa quête « avance bien » et estime qu’il n’y aura « pas de problème » pour se présenter. Un enthousiasme que ne partage pas Frédéric Nihous, président de CPNT-Le mouvement de la ruralité, qui se rendra au congrès ce jeudi. Il aurait déjà 140 promesses d’élus et espère bien augmenter son stock grâce à ce rendez-vous…

Même si l’expérience a montré, tout particulièrement durant les précédentes éditions de ce congrès, que les promesses (de signature) n’engagent que ceux qui y croient. Selon Nihous, « il faut dépenser beaucoup d’énergie pour convaincre les maires un à un ».

Beaucoup restent en retrait, craignant de déplaire à un président de communauté de communes qui pourrait ne pas leur accorder les sub ventions pour construire l’indis pensable rond-point fleuri à l’entrée de la ville; ou, soumis à un grand parti, attendent un signal fort de Paris ou du député local… Bref, ils ne signent pas.

Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, tombe d’ailleurs des nues. Celle qui disait récemment à Radio Courtoisie n’avoir « aucun problème » pour récolter 500 parrainages s’aperçoit que les choses sont loin d’être jouées.

Pour l’instant, elle n’aurait pas plus de 100 promesses, même si son équipe de campagne en annonce 300! De fait, sur les 700 maires qui avaient accordé leur soutien à Christine Boutin en 2002, 50 % ne sont plus en place aujourd’hui.

Et les autres semblent réticents ou engagés au profit d’un autre candidat.

Ces voix manquantes profiteront- elles au fondateur du Conseil re présentatif des associations noires de France (Cran), Patrick Lozès? Ce dernier, en effet, se dit certain d’avoir ses 500 signatures! Celui qui entend défendre « l’ascension sociale » des immigrés avec un slogan à la limite de la discrimination raciale – « En 2012, ne votez pas blanc » – prétend avoir déjà une centaine de promesses.

Pourquoi les signatures doivent être secrètes

Seule originalité dans ce tableau: Marine Le Pen. Loin d’être une petite candidate, la présidente du Front national, qui talonne Nicolas Sarkozy dans les sondages électoraux (19 %) aurait pourtant le plus grand mal à recueillir les parrainages. Elle a dû lancer un appel pressant au congrès des maires de France, mardi.

Il se dit pourtant qu’elle approche rait les 400 promesses – chiffre que ne confirment pas ses proches. Dominique Martin, chargé de la récolte des signatures, est formel: lui seul sait combien de parrainages ont été promis et personne d’autre – « Même Marine ne connaît pas les chiffres exacts et nous refusons, par principe, de communiquer sur ce sujet. Je ne vois donc pas comment un tel chiffre a pu être avancé, ni par qui ».

Une chose est sûre: en 2007, le FN n’avait obtenu, in extremis, que 535 signatures. Le missus dominicus des parrainages frontistes se désole d’ailleurs: « Les élus sont de plus en plus réticents à donner leur signature, par peur des retombées négatives pour leur commune ou leur réélection ». Sur 50000 parrains potentiels (sénateurs, députés, députés français au Parlement européen, conseillers régionaux, maires et présidents de communautés de communes), seuls 16000 ont donné leur précieux paraphe en 2002; et 14000 en 2007. Les plus faciles à con vaincre de signer sont généralement les élus en fin de carrière, n’ayant pas grand-chose à perdre.

Pour Dominique Martin, il devient urgent de réformer le système: « Les 500 parrainages ont été voulus par le général De Gaulle pour éviter les candidatures fantaisistes [en réalité De Gaulle imposa 100 parrainages, les 500 parrainages furent instaurés en 1976, ce qui empêcha Jean-Marie Le Pen d’être présent à l’élection présidentielle de 1981, Ndddlp].

Mais il y a eu détournement du barrage, qui est devenu une arme pour instaurer le bipartisme. Les élus ont peur de valider le sérieux d’une candidature car ce se rait pris comme une forme de soutien – ce qui n’est absolument pas le cas! » Que faire? « Il faudrait par exemple faire du parrainage des candidats non plus un droit, mais un devoir. Mais le plus important, c’est d’obtenir l’anonymat des signataires ! » Illustration par l’exemple de cette nécessité: « Aux sénatoriales, avec un vote secret, le FN a recueilli 1031 voix de grands électeurs, tous en mesure d’accorder leur parrainage à la présidentielle. Comment se fait-il que la récolte des signatures pour Marine Le Pen ne soit pas une formalité ? »

Patrick Cousteau

[box class=”info”] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 23 novembre. En kiosque ou sur Internet.[/box]

Crédit de la photo en Une : Jean-noël Lafargue, cette œuvre est libre.

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