Que cache l'appel de JCall pour l'avenir d'Israël ? (1ère partie)

Que cache l’appel de JCall pour l’avenir d’Israël ? (1ère partie)

21/11/2011 – 10h55
PARIS (NOVOpress) — La lecture du livre « JCall : les raisons d’un appel » est intéressante car elle permet de se faire une idée des tensions qui traversent actuellement la communauté juive française. Cet « appel à la raison des juifs européens » a été lancé initialement le 3 mai 2010 au Parlement Européen par JCall (« European Jewish Call for Reason ») un groupe de pression se voulant le « point de rassemblement de tous les citoyens juifs européens qui sont à la fois profondément attachés à l’existence et à la sécurité de l’État d’Israël et très inquiets pour son avenir ». « Initiative autonome » voulant se démarquer « des organisations juives institutionnelles », dont l’alignement est « trop souvent systématique sur la politique israélienne », JCall « voit dans l’occupation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est, un danger » pour l’image d’Israël « auprès des opinions publiques mondiales ».

Le cas de l’organisation JCall est plus que symbolique, car elle fait partie de l’un des deux camps qui s’entre-déchirent actuellement sur l’avenir de l’État d’Israël. Il y a d’un côté, les partisans d’un statut quo autour des frontières actuelles, voire la continuation de l’expansion israélienne, et de l’autre, leurs opposants comme JCall, pour qui les frontières actuelles ne sont pas viables, les implantations israéliennes illégitimes et la légitimité religieuse du « Grand Israël » considérée comme fausse. Et derrière tout cela se dessine aussi une ligne de fracture entre les élites juives de la Diaspora, notamment française, et les israéliens en général.

Une dizaine de personnalités, comme Elie Barnavi, Georges Bensoussan, David Chemla, Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, David Grossman, Bernard-Henri Levy, le rabbin David Meyer, Pierre Nora, Henry Rousso, Dominique Schnapper, le rabbin Michel Serfaty, Abraham B. Yehoshua expliquent donc dans ce livre « les raisons qui les ont amenés à signer » l’appel de JCall. Le profil des signataires est simple : tous revendiquent un attachement viscéral à Israël (à la manière d’un BHL s’exclamant « j’aime Israël, d’abord. Je l’aime inconditionnellement. Et je l’aime en en ayant une très haute idée ») et chacun souhaite désormais « la fin de l’occupation et la création d’un État palestinien viable à ses côtés » afin de « garantir à Israël sa pérennité en tant qu’État démocratique à majorité juive ».

Un État palestinien pour désamorcer la bombe démographique arabe

Car là est le véritable problème : comment permettre à Israël de rester un État à majorité juive ? La question démographique est centrale dans cet appel et la création d’un Etat palestinien semble être la réponse donnée pour se débarrasser de cette bombe démographique que représentent les « arabes israéliens ». D’ailleurs, l’appel de JCall ne se prive pas d’évoquer le sujet de manière directe : « L’avenir d’Israël passe nécessairement par l’établissement d’une paix avec le peuple palestinien selon le principe « deux Peuples, deux États ». Nous le savons tous, il y a urgence. Bientôt Israël sera confronté à une alternative désastreuse : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays ; soit mettre en place un régime qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile. »

Plusieurs signataires utilisent cet argument démographique pour appuyer leur démonstration. Comme Henry Rousso, historien, « la force de frappe israélienne, incomparablement plus puissante que celle de ses adversaires directs, ne pourra compenser, à terme, sa faiblesse démographique relative, encore moins l’effet désastreux que produit dans le monde sa manière de faire la guerre » ou Elie Barnavi, historien israélien, ancien ambassadeur d’Israël en France : « Il est temps de le comprendre enfin : se débarrasser du fardeau des Territoires n’est pas une concession faite aux Palestiniens ; c’est une mesure de salut public pour les Israéliens. »

Jacques Marin,
Pour Novopress France