Turin : Le tribunal administratif dit oui à la grande mosquée

29/10/2011 – 14h30
TURIN (NOVOpress) –
« Des scènes qui se répètent en attendant la fin heureuse annoncée » : c’est en ces termes que le site Minareti.it, « le portail du monde arabo-islamique italien », décrivait au début de l’année « les autorisations pour la construction de mosquées sur le sol italien » . La dernière en date concerne Turin, où la municipalité de gauche, le 30 décembre 2010 (à la faveur des fêtes de fin d’année ?) a accordé le permis de construire pour transformer un ancien entrepôt en « Mosquée de la Miséricorde », au n° 5 de la via Urbino. « Notre vieille mosquée, explique l’imam Abdelaziz Khounati, de l’Union des musulmans en Italie, devait accueillir 150 personnes mais elle était utilisée pour 500. Et la communauté musulmane de Turin est d’environ 35.000 fidèles ». Une vidéo de propagande pour la nouvelle mosquée (image ci-dessus) parle de 40.000.

La « Mosquée de la Miséricorde » doit coûter 1,2 million d’euros, en bonne partie versés par le gouvernement marocain, le reste issu de « l’autofinancement ». Ce « sera la première vraie mosquée d’Italie. Vraie, parce que non travestie en centre culturel mais autorisée comme lieu de culte ».

La fin heureuse dont parle Minareti.it est-elle l’édification de minarets dans toutes les villes italiennes ou carrément la transformation de l’Italie en République islamique ? En tout cas, les musulmans viennent de gagner une bataille avec la décision du Tribunal administratif du Piémont, qui a rejeté le recours de la Ligue du Nord contre le permis de construire. Selon les juges, les quatre signataires du recours – les députés Allasia et Cavallotto, l’assesseur régional Maccanti et un militant résident dans le quartier de la future mosquée – n’ont de toute façon pas « d’intérêt légitime » à déposer un recours puisqu’ils ne sont pas directement concernés par la mesure prise par la mairie. Le raisonnement est le suivant : la Ligue étant un parti politique, « les questions d’urbanisme et de construction ou les exigences de défense de l’environnement au sens large sont absolument étrangères aux objectifs statutaires du mouvement ».

Sur le fond, la Ligue avait accusé la mairie d’avoir utilisé un raccourci – en délivrant un permis administratif plutôt qu’une autorisation de changement de destination de l’édifice – pour éviter un vote en Conseil municipal. Mais pour le Tribunal, la procédure est parfaitement correcte : l’ancien entrepôt est un lieu destiné à des services, et la mosquée, lieu de culte, rentre de plein droit dans cette catégorie.

La mairie et les musulmans triomphent. « Nous pouvons enfin commencer les travaux », se réjouit Abdellaziz Khounati. «Ces derniers mois, pendant que j’attendais et que je ne savais pas comment les choses finiraient, j’ai demandé devis sur devis. J’attendais et je priais. Aujourd’hui, je peux faire venir les entreprises ». Les maçons arriveront d’ici deux semaines. Dans six mois, la mosquée ouvrira.

La « Mosquée de la Miséricorde » entend désormais servir de modèle. Au cours des derniers mois, de nouvelles demandes sont parvenues à la municipalité, comme l’explique l’adjointe à l’Intégration, et présidente du “réseau européen Quartiers en crise”, Ilda Curti (à laquelle Nicolas Sarkozy a décerné en 2010 l’Ordre du Mérite). Ilda Curti se place sous le patronage de l’ancien archevêque de Milan, le très islamophile cardinal Tettamanzi, qui avait plaidé pour des mosquées dans tous les quartiers : « Le culte est un service de proximité. Il y a à Turin des milliers de musulmans : il est impensable qu’ils se concentrent tous au même endroit. Nous sommes donc prêts à prendre en compte d’autres demandes, selon la même procédure ».

La Ligue ne s’avoue pas encore battue. « Nous prenons acte de la décision du tribunal », a dit le président du groupe pour le Piémont et pour Turin, Mario Carossa, « mais nous ne comprenons pas pourquoi on considère qu’un mouvement politique qui vit de la représentation des citoyens n’est pas directement intéressé à défendre les citoyens. Nous continuerons notre lutte ». La Ligue entend désormais se pourvoir devant le Conseil d’État.