Bretagne : Primaires socialistes, ne pas confondre sympathisants et militants

Bretagne : Primaires socialistes, ne pas confondre sympathisants et militants

A coup sûr, le Parti socialiste dispose en Bretagne d’une base solide. C’est ainsi depuis les années Mitterrand, qui virent le jeune PS remplacer le très fatigué MRP. Et si le père ou la mère votaient démocrate-chrétien, les enfants se mirent à voter socialiste. Idéologiquement parlant il n’y avait pas de grandes différences puisque, dans les deux cas, on trouvait la même teinture chrétienne. Un exemple parmi cent : dans sa jeunesse Jean-Marc Ayrault était permanent d’un mouvement catholique en Anjou. Aujourd’hui il est l’un des grands oligarques du PS, membre incontesté du cercle des éléphants.

Le 16 octobre 2011, pour le deuxième tour des primaires dites « citoyennes », 258.282 Bretonnes et Bretons se sont rendus aux urnes pour départager Hollande et Aubry. Si on ramène ce chiffre aux 3.240.868 inscrits affichés lors du deuxième tour des élections régionales du 21 mars 2010, cela donne un pourcentage de 7,96 pour l’ensemble de la Bretagne. Voilà un taux de participation impressionnant pour une affaire « privée ». Le meilleur score est obtenu par le PS dans les Côtes-d’Armor avec 8,61% (38.435 votants/446.308 inscrits). Puis vient la Loire-Atlantique avec 8,48% (77.036 votants/907.813 inscrits). En troisième position on trouve l’Ille-et-Vilaine avec 8% (54.151 votants/676.328 inscrits). Suit le Finistère avec 7,68% (51.403 votants/668.781 inscrits). Enfin le Morbihan avec 6,87% (37.247 votants/541.868 inscrits).

Notons que dans les cinq départements, François Hollande est arrivé nettement en tête : 58,9% dans le Morbihan, 58,6% dans les Côtes-d’Armor, 56,3% dans le Finistère, 55,9% en Loire-Atlantique et 53,48% en Ille-et-Vilaine. Pourtant, dans ce département, les hiérarques locaux, Edmond Hervé (« patron » de l’Ille-et-Vilaine), Daniel Delaveau (Maire de Rennes),Jean-Michel Boucheron (député de Rennes-sud) Marcel Rogement (député de Rennes-Nord) avaient appelé à voter pour Martine Aubry. Même à Rennes, le fief par excellence du sénateur Hervé qui a dirigé la ville pendant une trentaine d’années et qui bénéficie de l’estime générale, François Hollande fait la course en tête avec 51,33%. Il semble que les sympathisants ne suivent pas les consignes des « chefs » le petit doigt sur la couture du pantalon… ils ne réagissent pas comme les militants, personnages plus « obéissants ».

Le siège du PS, rue de Solférino à Paris

Les chiffres de participation pourraient contredire le discours officiel entendu ici et là. « Or la rénovation n’a été qu’une incantation jamais suivie d’effets et le PS est resté un parti d’élus, qui n’a pas réussi à élargir sa base militante », assure ainsi Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’Université de Lille II (Le Monde, 28 juin 2011). Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, proche de l’UMP, se place sur la même ligne : « Le Parti socialiste est devenu un parti d’élus dont les électeurs n’appartiennent plus à la classe populaire » (Le Figaro, 8/9 octobre 2011).

Bien entendu il serait inexact de déclarer que le PS possède 258.282 élus en Bretagne… Ces femmes et ces hommes qui se sont déplacés appartiennent au noyau dur de l’électorat de gauche – les motivés. Des sympathisants capables de faire un effort dans les grands moments (aller voter aux primaires, assister à un meeting pendant la campagne présidentielle, signer une pétition…).

A partir de cette armée – 258.282 vaillants soldats en Bretagne – le PS pourrait ambitionner d’augmenter notablement le nombre de ses adhérents, donc à terme celui de ses cadres. Présenter aux prochaines élections municipales, une liste dans toutes les communes dont la population excède deux mille habitants semble un jeu d’enfants au vu de ces effectifs.

Mais il n’est pas certain que les dirigeants socialistes souhaitent recruter de gros bataillons. L’entre-soi apparaît nettement plus pratique, alors que l’adhérent fait souvent figure de personnage difficilement gérable.

Pour voter aux primaires ou pour remplir une salle lors de l’élection présidentielle, le sympathisant a son rôle à jouer ; on a besoin de lui. Mais dès qu’il s’agit d’effectuer un véritable travail politique, rien de remplace les « pros » – donc les élus – doit penser la rue de Solférino. Parions que la rue de La Boétie (UMP) pense la même chose.

Crédit photos : François Hollande en visite dans le quartier “sensible” de Rennes Le Blosne le 27 septembre dernier, Frennes (cc).
Siège du Parti Socialiste, Hegor, GNU Free Documentation License.