La France livre des navires de guerre gratuitement à Athènes, l’Allemagne paiera via le FESF

La France livre des navires de guerre gratuitement à Athènes, l’Allemagne paiera via le FESF

26/10/2011 – 09h15
BERLIN (NOVOpress) —
Nicolas Sarkozy a annoncé il y a peu une transaction d’armement inhabituelle : la livraison de 3 frégates furtives dernier cri à la Grèce, gratuitement. La note de 300 M€ risque d’être payée par le contribuable allemand.

Comme l’a annoncé Spiegel Online le 16 octobre dernier, Athènes devrait bientôt recevoir trois nouvelles frégates dernier cri. L’aspect inhabituel de la transaction est que les navires seront livrés les 3 premières années sans frais à Athènes, ouvertement sans risque de crédit pour les deux côtés, puis payés à des taux confortables. Dans tous les cas, les chantiers navals publics français peuvent compter sur leurs recettes et le gouvernement de Sarkozy peut briller par des programmes de création d’emplois.

L’astuce possible est la suivante : les transactions d’une telle ampleur font généralement l’objet de ce qu’on appelle Outre-Rhin « cautionnement HERMES » [*]. Cela signifie que quel que soit le commanditaire ou même l’exploitant de la marchandise, la responsabilité financière peut être déplacée sous la supervision des banques et des États.

La France contracte pour ces navires un quasi crédit sur le marché de l’argent privé et gratuit, et détient le titre de garantie de la Grèce dans sa banque nationale. Les donateurs privés sont alléchés par les intérêts et une garantie à 100%. Grâce au Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui assume si nécessaire une responsabilité illimitée pour toutes les banques de la zone euro, en cas de défaut de paiement on demande tout simplement au contribuable allemand de payer. La garantie et l’obligation de paiement sont ainsi réattribuées. Et ce en toute légalité.

Au vu des signes actuels, on peut supposer que dans trois ans ni la Grèce ni la France ne pourront payer la facture, parce que les recettes fiscales existantes sont déjà hypothéquées envers d’autres banques privées. L’Allemagne est-elle prête à payer plus ?

* http://de.wikipedia.org/wiki/Hermesdeckungen (en allemand). Il s’agit d’un crédit-export géré par l’assureur allemand Euler Hermes (http://fr.wikipedia.org/wiki/Euler_Hermes) — crédit photo : DCNS