Crédit mutuel de Bretagne : les deux principaux dirigeants ont la belle vie

Crédit mutuel de Bretagne : les deux principaux dirigeants ont la belle vie

Il y a belle lurette que le Crédit mutuel de Bretagne n’a plus de « mutualiste » que le nom. Il suffit d’assister à une assemblée générale –devenue une simple chambre d’enregistrement– pour s’en convaincre. Les sociétaires – porteurs de voix sociales – n’ont plus voix au chapitre. D’ailleurs on ne dit plus « sociétaire », c’est passé de mode, mais « client » – comme à la BNP.

Une certitude, les sociétaires – propriétaires ne sont plus les patrons. Quant aux présidents des conseils d’administration des caisses locales, ils ressemblent le plus souvent à des potiches choisies et pilotées par le directeur de l’agence.

Au Relecq-Kerhuon, près de Brest, la direction de la fédération est assurée par une technostructure qui bénéficie de l’immense privilège de n’être, dans les faits, responsable devant personne – surtout pas devant les sociétaires-propriétaires. L’esprit catholique et mutualiste qui préside à la création du CMB n’est plus qu’un lointain souvenir ; elle est bien loin l’époque où les bénévoles faisaient fonctionner les caisses locales – une paroisse. Et où le président venait chaque soir, après son travail à l’extérieur, étudier les dossiers présentés par les sociétaires. Trois mots pouvaient alors résumer la maison : simplicité, humilité, proximité.

Un grand tournant à été pris il y a trois ans, lorsque Jean-Pierre Denis a été bombardé président du CMB. Denis était certes breton mais complètement étranger au sérail ; il était issu du monde de la finance parisienne. Bref, du jour au lendemain, un inconnu devient le patron ; ce qui était tout à fait révolutionnaire car, traditionnellement, on devenait président de la fédération après avoir gravi tous les échelons – en démarrant au plus bas de l’échelle comme membre du conseil d’administration d’une caisse locale. Jean-Pierre Denis à donc bénéficié d’un coup de baguette magique.

Le nouveau venu a bousculé les habitudes de l’établissement bancaire breton, en multipliant les filiales de diversification et les nouveaux produits. Cette stratégie commerciale, souvent étrangère à l’esprit mutualiste, a déstabilisé les collaborateurs.

Mais les résultats sont là puisque le groupe Crédit mutuel Arkéa (Fédération de Bretagne, du Sud-ouest et du Massif central) a dégagé un bénéfice net de 273 millions d’euros en 2010, un chiffre jamais atteint par la banque.

Tout allait bien jusqu’à ce que le rapport annuel de gestion 2010 présenté au comité d’entreprise au printemps ne fasse état des salaires des principaux dirigeants. Leur enveloppe totale de rémunération a augmenté de 80% de 2009 à 2010. Si les six plus importants salaires du groupe crédit mutuel Arkea oscillent (part variable incluse) en 2010 entre 614.886 euros et 292.400 euros, le revenu annuel moyen des salariés de la banque est de 37.000 euros brut. Le record étant obtenu par le président Jean-Pierre Denis et par le directeur général Ronan Le Moal, qui ont vu, toujours en 2010, leurs rémunérations augmenter respectivement de 51% et de 53%.

En prenant connaissance de ces chiffes, on comprend pourquoi la récente grève a duré dix jours. Les petits, les obscurs, les sans-grades réclamaient une part du gâteau.