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[Tribune libre] Gilbert et Thierry (2/2)

[Tribune libre] Gilbert et Thierry (2/2)

Suite de la tribune libre de Philippe Vardon-Raybaud, président de Nissa Rebela. Première partie ici.

Indécence des politiques

Encore faudrait-il que nos gouvernants le veuillent. Et puis d’ailleurs, pour eux, après tout il semble que les choses aillent bien.

Écoutez Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, déclarant qu’à Marseille la sécurité s’est plutôt améliorée ces derniers temps.
Écoutez Bernard Brochand, maire de Cannes, nous dire que les caméras fonctionnent et que c’est le meilleur moyen d’assurer la sécurité des citoyens.
Écoutez Christian Estrosi, maire de Nice, renchérir en se félicitant que le braquage n’ait pas eu lieu dans sa ville… grâce à son superbe système de caméras bien sûr (et pour le coup il en installe 144 supplémentaires tiens !). Oubliant simplement que l’an passé les braquages de bijouterie se sont succédés à un rythme effréné (huit en un trimestre), et qu’un joaillier niçois a échappé miraculeusement à la mort, recevant aussi une balle en pleine tête. Et ce n’est pas d’ailleurs la vidéosurveillance qui aura permis d’arrêter ses agresseurs (issus des « quartiers sensibles » des Moulins et de l’Ariane), mais une longue enquête de sept mois à travers investigations, recoupements et écoutes téléphoniques. Christian Estrosi fanfaronne alors que ce bijoutier avait reçu cette balle dans la tête un an quasiment jour pour jour avant le meurtre de Thierry Unik à Cannes, le 25 novembre 2010.

L’échec des sarkozistes

Ce ne sont pas les déclarations d’autosatisfaction et le recours à la méthode Coué qui suffiront à masquer la réalité que tous les Français constatent, et que les statistiques que je vous livrais plus haut viennent chiffrer. Cette réalité c’est l’explosion de l’insécurité et en particulier des violences. Dans un sondage Ifop réalisé pour Europe 1 et Paris-Match, 56% des sondés déclarent se sentir en sécurité nulle part, 16% de plus qu’en 2006 !

Une grande partie des électeurs de Sarkozy attendaient de lui qu’il « nettoie au Karcher » et les débarrasse de « cette bande de racailles ». Il n’a pas encore sorti son pistolet à eau… Et pour ce qui est des bandes de racailles, elles ont plus que prospérer et contrôlent désormais des pans entiers du territoire, certainement davantage encore que lors du début de ce mandat. On retiendra que c’est sous Sarkozy – ministre de l’Intérieur puis président de la République – que l’on aura accepté que des policiers se fassent tirer dessus sans riposter.

Des policiers privés de moyens. A qui l’on demande d’économiser l’essence et les munitions, dont on ne remplace pas forcément les véhicules, qui ne peuvent plus enquêter quand ils ont utilisé le budget défini pour l’année (les écoutes, les relevés téléphoniques, les empreintes ADN coûtent cher…), qui finissent par acheter eux-mêmes une partie de leur équipement.

Des policiers dont on réduit les effectifs. Qui s’est imaginé en votant pour Nicolas Sarkozy en 2007 qu’il allait réduire les effectifs des forces de sécurité dans ce pays ? Oui, bien entendu, le poids de la fonction publique est trop important en France. Mais est-on vraiment certain que c’est dans la Police ou la Gendarmerie qu’il faille supprimer des postes ?!

Des policiers qu’on a lâchés, dégoûtés… castrés. Qu’on vient féliciter sur leur lit d’hôpital, leurs jambes meurtries par les plombs d’une chevrotine tirée depuis la fenêtre d’une tour de Villiers-le-Bel, pour ne pas avoir utilisé leur arme et répliqué.

Des policiers à qui nos politiques, finalement, demandent d’être aussi inefficaces et aussi lâches qu’eux. Car ils ne veulent surtout pas, surtout pas, assumer ce que représenterait le véritable rétablissement de l’ordre dans ce pays. C’est pourtant bien ce que l’immense majorité du peuple attend d’eux…

La sécurité, premier devoir de l’État

Et c’est bien normal, car assurer la sécurité des citoyens est bien le premier devoir de l’État, et l’un de ses principaux éléments constitutifs. C’est d’ailleurs bien sur ce principe que se fonde le plus souvent l’autorité politique. Si les paysans de notre moyen-âge acceptaient peu ou prou le servage, c’est que le cas échéant c’était bien le seigneur et ses chevaliers qui allaient sur un champ de batailler crever l’épée à la main.

Max Weber définit l’État comme l’institution exerçant « le monopole de la contrainte physique légitime sur un territoire donné ». Le citoyen, les citoyens, confient à l’Etat le droit d’exercer la force, y compris à leur encontre s’ils enfreignent les règles dont ils se sont dotés ensemble à travers les lois. Ils acceptent cette contrainte car ils attendent aussi en retour que l’Etat les protège…

C’est aussi pour cette raison que l’on consent à l’impôt, en premier lieu. Les commerçants, premières cibles actuellement de ces braquages à la violence irrationnelle, en paient d’ailleurs beaucoup.
On pourrait bien imaginer de leur part une grève de l’impôt (ça n’arrangerait pas notre fameux triple A mais bon…) qui pourrait constituer un mode d’action collective non-violent et civique, une sorte de poujadisme revisité. L’Etat ne remplissant plus son rôle premier à l’encontre des citoyens, et notamment des commerçants, pourquoi devrait-on continuer à passer à la caisse ? D’autant, de surcroît, que ce même Etat empêche les citoyens de palier par eux-mêmes à ses manquements et tout au contraire fait ressentir sur ceux-ci toute son autorité. Celle-là même qu’il n’exerce plus sur les criminels…

Défendre sa vie est un droit

Car dans le cas du bijoutier Gilbert Lori, comme avec le paisible retraité René Galinier pour lequel les identitaires avaient mené une intense mobilisation, nous assistons à une totale inversion de la justice la plus élémentaire : ce sont ceux qui se sont défendus face à des braqueurs ou des cambrioleurs qui se retrouvent trainés devant les tribunaux, parfois même jetés en prison. Ce sont pourtant les criminels qui ont choisi de créer cette situation, pas ceux qui subissent leurs méfaits !
Finalement, en suivant cette logique, braqueur deviendrait un métier moins risqué que bijoutier.

On le sent bien, ça ne peut plus durer. La notion de défense légitime (des personnes, des familles, des foyers) doit être revue, sans doute élargie. C’est bien même vers la notion d’autodéfense qu’il faut aujourd’hui avancer. Dans une intervention prononcée à Béziers lors de la grande manifestation de soutien à « Papy Galinier », j’avais fait du triptyque autonomie-autogestion-autodéfense la clef pour reprendre notre destin en main, prônant la réorganisation de notre société sur des bases communautaires, solidaires et populaires. L’abandon de notre peuple par ses autorités politiques officielles est patent, on peut toujours en appeler avec nostalgie (et la petite pointe de jacobinisme que cela sous-entend forcément) à la sainte intervention de l’État. Sauf à arriver à en prendre la tête, cela risque de rester un vœu pieu.

Alors en attendant, il va bien falloir songer à se défendre (et il ne s’agit plus ici d’une métaphore, mais bien de défendre sa vie et celle de ses proches) et donc en premier lieu à se battre pour que le régime législatif ne soit pas trop défavorable à ceux qui ne veulent pas être des victimes. Cela passe par la sanctuarisation du domicile et du local commercial, la présomption de légitime-défense devant y être appliquée. Cela passe aussi forcément par une remise en perspective des lois sur la détention d’armes, pour que les citoyens honnêtes ne soient pas désarmés face aux bandes criminelles. Ces deux mesures simples, répondant à la réalité que nous devons affronter, faisaient partie du projet présidentiel défendu par les identitaires.

Puisque ces salopards ne craignent plus la justice (et souvent à juste titre), ils doivent savoir qu’en choisissant de pénétrer dans la maison d’une famille pour les voler ou les agresser, qu’en braquant un commerçant dans sa boutique, ils peuvent avoir à risquer leur peau.

Ce sont les criminels qui doivent payer le prix de leurs actes, pas Gilbert et Thierry.

Philippe Vardon-Raybaud, président de Nissa Rebela
Auteur d’Éléments pour une contre-culture identitaire (IDées, 2011)

* Littéralement « Craignez le gouvernement qui craint vos armes », l’idée étant qu’un gouvernement qui défend les intérêts légitimes de ses citoyens n’a rien à craindre du fait qu’ils possèdent des armes.
** Archives de Novopress : « Autonomie, autogestion, autodéfense ! » réclame Philippe Vardon à Béziers (21/01/2010)
Crédit photo : branox via SXC (cc)

[Tribune libre de Philippe Vardon] Gilbert et Thierry (1/2)

[Tribune libre] Gilbert et Thierry (1/2)

C’est l’histoire de deux bijoutiers. Et de deux familles qui vivent un drame.

Philippe Vardon : Christian Estrosi sur RTL, le grand n’importe quoi !

Philippe Vardon, président de Nissa Rebela (les identitaires niçois)

Dans la périphérie de Lyon, à Bron, Gilbert Lori est mis en examen pour violence avec arme et risque de passer les premiers mois de sa retraite (qu’il prendra le 31 décembre prochain) en prison. Le 15 octobre, il a été victime d’un braquage par deux hommes armés et a riposté au tir de l’un de ses deux agresseurs, le blessant. Déjà, le jour même, il avait passé les 36 heures suivant son agression en garde à vue. En plus des poursuites engagées contre lui, Gilbert Lori et son épouse subissent des menaces. Les « amis » de ses braqueurs viennent cracher sur sa vitrine, le traitant de « bâtard raciste » et « d’enculé de Français ». Si les médias se sont bien gardés de révéler l’origine ou simplement les prénoms des deux braqueurs, on peut considérer ces insultes comme un indice…

A Cannes (plus précisément dans le quartier de Cannes-la-Bocca, bien plus populaire que la Croisette), Thierry Unik lui n’a pas pu riposter, et ne sera donc pas poursuivi par la justice. Les deux ordures ayant braqué sa bijouterie l’ont abattu d’une balle de kalachnikov en pleine tête, le samedi 26 novembre à 18 heures. Âgé de 42 ans, il avait ouvert ce commerce avec son frère jumeau et sa belle-sœur. Jeudi, près de 4 000 personnes ont marché pour honorer sa mémoire. Le journal Nice Matin signalait « la présence discrète du maire de Cannes Bernard Brochand ». Oh oui messieurs les politiques, faîtes vous discrets, très discrets. Car vous êtes les responsables, vous qui avez abandonné votre peuple aux prédateurs.

Mort ou en prison ?

Finalement on peut se demander si ce ne sont pas les deux possibilités offertes par notre société aux victimes de ces braquages de plus en plus violents. Se défendre, c’est passé du statut de victime à celui d’accusé ; ne pas se défendre c’est risquer de passer du statut de vivant à celui de mort.

Les braquages de bijouterie ont augmenté de 33%. Des explications « techniques » peuvent être avancées : la crise bien sûr (sauf qu’il n’est pas certain que les braqueurs en question soient des victimes des délocalisations dans l’industrie…), l’augmentation du coût de l’or et la multiplication des petits comptoirs permettant son rachat, la performance accrue des systèmes de sécurité et d’alarme en particulier qui entrainent vers des actes plus directs et plus violents. Le « car-jacking » qui remplace le vol de voiture simple, le saucissonnage qui prend le relai du cambriolage, le braquage de commerces plutôt que l’attaque de banque, en attendant la prochaine étape (nous y viendrons, Fofana et ses potes nous en ont donné un avant-goût avec le meurtre d’Ilan Halimi) que sera sans aucun doute la multiplication des enlèvements.

Dans une tirade délirante Luc Laventure, le patron de « la chaîne de la diversité » France Ô (que nous finançons tous via la taxe audiovisuelle) avait estimé que la France allait – ou devait, chez ces gens-là on est toujours dans la marche forcée – devenir « le Brésil de l’Europe ». Ah mais oui Luc, on va en manger du paradis multiculturel. Et tu nous diras si tu trouves que ça fait carnaval de Rio quand tu seras ligoté dans le coffre d’un Porsche Cayenne avant d’être traîné dans une cave sordide par des petites frappes… Parce qu’un patron de télé, se diront-ils, ça doit pouvoir se monnayer cher niveau rançon !

Mais puisque nous en sommes à avancer des chiffres, livrons-en quelques autres : entre 2006 et 2009 les violences aux personnes ont augmenté de 19%, les violences gratuites de 50%, les violences commises par des mineurs de moins de 15 ans de 52%, les violences sur les forces de l’ordre de 35%…

Kalach contre flash-balls

Car il n’y a pas que les bijoutiers qui soient victimes de ces fusils d’assaut. Manifestement, une livraison a été assurée dans la région ces derniers temps. Et à Marseille, en l’espace de deux jours, les policiers ont à deux reprises eu à faire face à des voyous armés de kalachnikovs. Un homme de la Brigade Anti-Criminalité est toujours entre la vie et la mort. Intervenant sur un cambriolage à Vitrolles, il s’est retrouvé avec son flash-ball devant un malfrat bien mieux équipé… Il y a toujours des bonnes âmes pour nous expliquer qu’il faudrait enlever les fusils à pompe aux unités de la BAC, car l’arme serait trop agressive ? Et puis on enverra peut-être l’anthropologue Didier Fassin, auteur récent d’une enquête profonde et pas du tout convenue nous expliquant à quel point les policiers sont d’affreux racistes cultivant des proximités avec « des groupes d’extrême-droite », parler à la famille de ce policier de 37 ans (presque) mort ? Juste parce qu’on envoie ces gars au carton contre des braqueurs équipés d’armes de guerre et survoltés à la cocaïne avec des armes « non-létales », affrontant du calibre 7,62 militaire avec des balles en caoutchouc.

Notez que si on envisage de priver les BAC de leurs fusils à pompe (qui ne sont pas utiles que dans une fusillade mais aussi pour ouvrir des portes, etc.), avec la population le problème est déjà réglé depuis longtemps. D’ailleurs, le jour où les Boccassiens rendaient un dernier hommage au bijoutier abattu une nouvelle disposition législative entrait en vigueur, obligeant la déclaration en préfecture des fusils de calibre 12 (le calibre classique des armes de chasse, que l’on ne pouvait déjà acheter qu’en vertu d’un permis de chasse ou d’une licence de tir sportif) à canon lisse, dernières armes y échappant. Dormez tranquilles braves citoyens, l’Etat veille sur tout… et pourra venir chez vous saisir vos armes quand il le jugera utile. « Fear the government that fears your guns »* dit-on aux Etats-Unis.

Tuez, vous êtes filmés

En tous cas, si les « honnêtes citoyens » ont aujourd’hui les plus grandes difficultés pour posséder une arme à feu, c’est loin d’être le cas des truands manifestement. Bien au contraire, les nombreuses fusillades des derniers mois semblent témoigner d’une recrudescence des armes parmi la racaille, et notamment d’armes de guerre. Il est certain que dans un pays qui n’arrive pas à empêcher l’entrée de dizaines de milliers de clandestins, on se demande bien ce qui pourrait empêcher ces armes d’arriver sur le territoire national…
Ainsi, bien équipés, les voyous peuvent donc s’adonner à des séances de ball-traps entre eux (dans le cadre de règlements de compte généralement liés au trafic de drogues qui est désormais au centre de quasiment toutes les activités criminelles), lors de braquages de plus en plus absurdes et violents, ou face aux forces de l’ordre. Et ils tuent de plus en plus souvent. Ce ne sont pas les caméras dont sont si friands les maires UMP qui vont les en empêcher.

Entendons-nous bien – malgré tout le mal que je peux en penser sur le plan philosophique, car nous ne répéterons jamais que nous n’avons aucune sympathie particulière pour les logiques sécuritaires mais nous sommes confrontés à une réalité qui n’a malheureusement rien d’idéal – la vidéosurveillance peut être une aide pour les enquêteurs et permettre (parfois, car on est souvent surpris de se rendre compte que la définition ne permet pas forcément d’identifier une plaque de voiture, etc.) d’appréhender certains malfaiteurs. Mais elle n’est pas et ne sera jamais une vidéoPROTECTION, expression d’une bêtise effarante mise en avant par Christian Estrosi. Non, les caméras ne protègent pas, car elles n’empêchent pas (ou peu) la commission des actes.

Cette logique correspond en la croyance que la technique peut forcément, toujours, apporter des réponses. Après tout on a bien remplacé les ouvriers par des machines, on devrait pouvoir remplacer les policiers par des caméras…

La technologie (que l’on parle de vidéosurveillance, de balises GPS planquées dans des bijoux, ou de toute autre bonne idée) n’empêchera pas une petite racaille les narines remplies de drogue d’abattre un commerçant. Des effectifs de police renforcés, patrouillant à pied dans les zones à risques, voilà de quoi apporter une solution – ou tout au moins une vraie dissuasion – en amont. Pas après le drame.

Philippe Vardon-Raybaud, président de Nissa Rebela
Auteur d’Éléments pour une contre-culture identitaire (IDées, 2011)

Photo en Une : Thenys via SXC (cc)