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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (11 et fin)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (11 et fin)

24/10/2014- LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La dixième partie des lettres de Paul Vaseux

A la fin de l’année 1914, le 131ème régiment d’infanterie se bat autour de deux villages dont les noms, désormais historiques, rappellent des combats sanglants : Vauquois, observatoire d’où l’on domine 30 kilomètres de terrain, et Boureilles, clef de la route qui contourne l’Argonne.


Le 27 février 1915, le sous-lieutenant Paul Vaseux écrit une courte lettre à sa famille. Le régiment vient d’être relevé des tranchées de première ligne par le 82ème RI et cantonne autour de la Maison-Forestière.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (10)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (10)

20/11/2014 – LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La neuvième partie des lettres de Paul Vaseux


A la fin de l’année 1914, le 131ème régiment d’infanterie se bat autour de deux villages dont les noms, désormais historiques, rappellent des combats sanglants : Vauquois, observatoire d’où l’on domine 30 kilomètres de terrain, et Boureilles, clef de la route qui contourne l’Argonne.

31 janvier 1915

« Que de choses à vous dire depuis mon dernier mot. Que d’émotions et que de tristesses ! Que de deuils la mort a encore semés autour de moi sans m’atteindre !
Commençons par le commencement et suivons la marche des événements qui se sont succédés pendant cette huitaine de tranchées que nous venons de passer.

Si je me souviens, j’avais écrit le 21 ou 22 courant un lettre assez longue. C’était la veille de notre départ. Quelques heures après, à minuit exactement nous partions pour la tranchée. Six heures de marche sous la neige d’abord. Sous nos toiles de tentes, nos sacs de couchage et tout ce que nous avions pu nous mettre sur le dos pour nous protéger contre ce mauvais temps, nous aurions été traversés. Ces petits abris de fortune nous ont protégé au moins les épaules ; le reste du corps et principalement les jambes et les pieds étaient trempés. Mauvaise arrivée dans la tranchée. Enfin dès que le jour apparut, nous échangeâmes notre linge de corps contre celui contenu dans notre sac et que ce fameux « As de carreaux » quoi qu’on dise, avait conservé bien sec. Quelques jours de dégel, nuits très froides, surtout les premières, et voilà la moitié de notre séjour passé.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (9)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (9)

11/11/2014- LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La huitième partie des lettres de Paul Vaseux


A la fin de l’année 1914, le 131ème régiment d’infanterie se bat autour de deux villages dont les noms, désormais historiques, rappellent des combats sanglants : Vauquois, observatoire d’où l’on domine 30 kilomètres de terrain, et Boureilles, clef de la route qui contourne l’Argonne.

Neuvilly, 27 décembre

« Je suis parti précipitamment lors de notre dernier repos et je n’ai pu vous écrire comme je vous l’avais annoncé. Il s’agissait de faire une nouvelle attaque sur Vauquois et Boureuilles.

Nous avons d’abord reçu une pluie torrentielle pendant une journée et une nuit complètes. Nos toiles de tente qui nous tiennent lieu de capuchon pendant la marche ou à proximité des lignes ennemies étaient traversées.

Le lendemain attaque violente sur tout le front. Violente réplique de l’ennemi qui nous a envoyé une mitraille infernale, tant balles, que schrapnels. Devant, derrière, tout autour de nous, les balles sifflaient et les obus éclataient. Dès que les balles nous tombaient trop près ou qu’une marmite se faisait entendre, plat ventre par terre et sac sur la tête. Puis, reprise du mouvement en avant et de nouveau, par terre, derrière le moindre abri que nous avions pu repérer pendant notre petit bond en avant. Nous arrivons enfin à la première ligne de feu occupée déjà par des marsouins enfouis dans leurs tranchées. Fusillade plus vive. Nous n’hésitons pas. A quelques mètres de nous des tranchées inoccupées avec 80 centimètres d’eau. Nouveau bond dans ces trous. Nous sommes enfin un peu à l’abri ; de l’eau jusqu’à la ceinture c’est vrai, mais les balles ne nous atteignent plus. Il faut souffler quelques instants car au signal donné, l’attaque va se déclencher.

C’est fait, il fait partir plus loin encore. Nous sommes trempés mais qu’importe, peut être allons-nous enlever ces fameuses positions. A 200 mètres des tranchées ennemies impossible d’avancer davantage. Les mitrailleuses installées sur les crêtes crachent tout ce qu’elles peuvent, les canons de Montfaucon nous envoient leurs marmites et les habitants des tranchées d’en face ne nous ménagent pas leurs pruneaux. Il est évident qu’il y a réciprocité de notre côté.
J’ai mis mon sac sur la tête le visage dans une petite cavité et je regarde les insectes qui sortent de terre pendant qu’au dessus de nous c’est un véritable enfer de feu. Un, deux, trois, dix obus nous tombent à quelques mètres à peine des extrémités, les balles ricochent à quelques centimètres de nous.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (8)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (8)

29/10/2014 – LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La septième partie des lettres de Paul Vaseux


A la fin de l’année 1914, le 131ème régiment d’infanterie se bat autour de deux villages dont les noms, désormais historiques, rappellent des combats sanglants : Vauquois, observatoire d’où l’on domine 30 kilomètres de terrain, et Boureilles, clef de la route qui contourne l’Argonne. Paul Vaseux et ses camarades vivent sous la pluie et le vent très froid. L’attaque sur Vauquois est fixée pour le 8 décembre. Les Allemands se sont retranchés formidablement sur les hauteurs. Paul Vaseux raconte dans une longue lettre l’attaque du village le 9, sous une pluie battante et par une nuit très noire.

Clermont-en-Argonne, 18 décembre.

« Nous venons encore de tirer douze jours en pleine forêt et en première ligne et je suis bien content de venir prendre de venir prendre un repos de quelques jours bien gagné.

Si je me souviens bien, mon dernier entretien vous avait renseigné sur ma reconnaissance et les félicitations qu’elle m’avait values. Depuis nous avons fait l’attaque de Vauquois, malheureusement sans obtenir le succès complet. C’est un nid d’aigle presque imprenable et il faudra encore y tenir le siège pendant quelque temps avant de l’emporter. La veille au soir j’avais avec mon commandant de compagnie et mes camarades reconnu l’emplacement à occuper et les dispositions à prendre autant qu’il est possible de faire d’après les prévisions et le résultat du premier choc. J’étais décidé, j’envisageais très bien ma petite affaire, lorsque, à 9 heures du soir, je fus appelé au téléphone près du colonel qui me désigna comme chef de liaison entre lui même et le général de brigade, si bien que j’ai passé trois jours au poste de faveur. Après cette fameuse attaque, ma mission étant terminée, je suis resté dans les tranchées jusqu’à mon arrivée ici.

Comme c’est pénible par ces temps-ci ! Il pleut presque tout le temps. On a du mal à vider l’eau des tranchées assez vite pour ne pas être trop mouillé. Malgré tous nos efforts il faut rester constamment dans la boue et l’eau jusqu’à la cheville. On en arrive bientôt à n’y plus faire attention. On installe rondins, faseines, claies, tout ce qui peut nous rendre le séjour plus supportable.

Évidemment, toutes ne sont pas comme celle-là.

Tout dépend de la position du terrain, du temps, de l’importance qu’il y a à occuper plutôt telle tranchée moins bonne que telle autre pour des raisons de manœuvre et de combat. Je me suis trouvé à occuper une mauvaise tranchée qui commandait un point très sérieux et qu’il fallait tenir à tout prix, demain ce sera un autre, à côté de moi des camarades sont plus favorisés. Et puis, j’avais passé trois jours au poste d’honneur, je pouvais à mon tour en passer 4 ou 5 au poste le plus pénible. Malgré tout, ça va, et très bien je ne manque de rien. Je sais qu’il y a plus malheureux que moi autour de moi et cela m’aide à supporter courageusement mes petites misères.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (7)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (7)

29/10/2014 – LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La première partie des lettres de Paul Vaseux

La deuxième partie des lettres de Paul Vaseux

La troisième partie des lettres de Paul Vaseux

La quatrième partie des lettres de Paul Vaseux

La cinquième partie des lettres de Paul Vaseux

La sixième partie des lettres de Paul Vaseux

A la fin de l’année 1914, le 131ème régiment d’infanterie se bat autour de deux villages dont les noms, désormais historiques, rappellent des combats sanglants : Vauquois, observatoire d’où l’on domine 30 kilomètres de terrain, et Boureilles, clef de la route qui contourne l’Argonne. Il fait très froid et le sol est blanc de gelée. Paul Vaseux est nommé adjudant à compter du 18 novembre 1914.


Forêt de Hesse, 26 novembre.

« Toutes tes lettres m’ont fait bien plaisir ainsi que ta carte. Elles m’ont trouvé dans les tranchées de la forêt de Hesse comme je te l’avais indiqué sur un de mes derniers mots. Quelle vie ! Quelle vie ! Il y fait un froid de chien d’autant plus qu’il est interdit de faire du feu en première ligne, de peur de faire connaître notre présence aux voisins d’en face. Et pourtant ces premiers froids sont probablement des douceurs encore en comparaison de ceux qui suivront. Depuis deux jours, la neige a fait son apparition. Toutes les collines sont blanches. C’est beau, mais c’est froid. Lorsque le dégel va commencer, nous serons propres dans cette terre argileuse. Déjà dans nos petits sentiers où nous sommes obligés de marcher continuellement pour observer, il y a une boue qui pénètre les chaussures et les effets, au moment de la fusillade ou à un passage plus découvert, faire un plongeon et ramper jusqu’au premier abri. Et pour pénétrer dans nos petites maisons, car nous sommes devenus industrieux comme des castors, il nous faut encore faire des marches d’approches courbés. De l’eau, nous n’en avons pas, et pour aller en chercher à l’arrière, il faut beaucoup de précautions si bien qu’en raison de danger constant, nous nous contentons simplement d’organiser les corvées indispensables pour faire cuire la soupe. Alors chaque matin au réveil qui sonne souvent de bonne heure car le froid se fait sentir dans nos cabanes dès 2 heures du matin, nous sortons de notre niche comme les chiens, nous nous secouons un peu la tête et nous nous mettons au travail pour nous réchauffer, à moins que comme depuis deux jours, nous nous passions un peu de neige sur la figure et les mains.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (5)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (5)

14/10/2014 – LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La première partie des lettres de Paul Vaseux

La deuxième partie des lettres de Paul Vaseux

La troisième partie des lettres de Paul Vaseux

La quatrième partie des lettres de Paul Vaseux

Le mercredi 16 septembre 1914, la 18ème brigade reçoit l’ordre d’attaquer le front Epinonville/Ivoiry dans la Meuse. Les bataillons subissent des pertes sérieuses. Le lendemain, les camarades de Paul Vaseux occupent les villages de Cheppy et Véry, non loin de Vauquois.


16 septembre

« Je ne sais si nous en avons encore pour longtemps mais les nouvelles qui se succèdent continuent à être bonnes. Depuis quatre jours nous avons avancé de 60 kilomètres et le mouvement paraît devoir continuer encore pendant quelques temps. La joie que nous procurent nos succès nous fait oublier un moment nos misères et cependant quoique le moral soit devenu meilleur qu’au début, le physique se fatigue. Les pluies ont commencé et nous n’arrivons pas à nous sécher complètement. Les nuits que nous sommes obligés de passer le long des routes ou dans les champs sont bien pénibles. Les petits approvisionnements personnels que nous avons pu trouver à peu près jusqu’à présent chez l’habitant commencent à s’épuiser, et il nous est impossible pour longtemps de les reconstituer, puisque nous ne traversons que pays dévastés, inhabités et brûlés.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (4)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (4)

29/09/2014 – LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La première partie des lettres de Paul Vaseux

La deuxième partie des lettres de Paul Vaseux

La troisième partie des lettres de Paul Vaseux

A l’issue du second combat de Cierges du 2 septembre 1914, le 131e régiment d’infanterie va être engagé dans ce que l’on va nommer le « miracle » de la Marne. Depuis fin août les soldats font retraite sous la chaleur et la pagaille. Le 8 septembre, c’est à Louppy que l’unité reçoit l’ordre du jour du général Joffre portant à la connaissance des troupes que l’ennemi a été battu dans les plaines de la Marne et que la marche en avant va commencer. Le sergent Paul Vaseux est enthousiaste devant le sursaut français.


8 septembre

« Je ne peux contenir ma joie et j’éprouve la nécessité de vous en faire part. Vous savez en effet que nos premiers combats furent des plus durs et ne donnèrent pas toujours le résultat souhaité. Malgré nos grands efforts l’ennemi avait commencé à envahir notre belle France. Depuis le premier jour les forces ennemies que nous avions à combattre nous étaient de beaucoup supérieures et pour éviter des luttes trop sanglantes et inutiles, la tactique fut de défendre notre sol sacré pied à pied, en attendant des renforts. Ceux-ci sont arrivés ces jours derniers et depuis hier, nous avons repris l’offensive. L’ennemi s’enfuit à toute vitesse devant nous. Depuis hier matin, nous avons avancé de 25 kilomètres. Aussi, tout le monde est dans la plus grande joie aussi bien le monde civil que le monde militaire. Hier, de nombreux convois d’émigrés sont retournés chez eux.

Dans notre petit camp, bivouac en plein air, c’était une joie délirante qui régnait hier soir à la nouvelle de nos succès. Le moral qui s’affaiblissait un peu à cause de la situation générale qui commençait à nous inquiéter est redevenu comme au départ. Les marches, les privations, les fatigues de toutes sortes ne comptent plus pour rien. Nous voulons continuer à marcher en avant coûte que coûte et à rejeter le plus tôt possible l’Alboche au delà de nos frontières. Après nous réfléchirons et nous nous reposerons. Jusque là point de repos. De l’avant, encore de l’avant, toujours de l’avant. La victoire finale nous aura coûté cher, mais qu’importe si le résultat est atteint.

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Afrique, terre du "djihad" : l’analyse de Bernard Lugan [Présent 8197]

Afrique, terre du « djihad » : l’analyse de Bernard Lugan [Présent 8197]

26/09/2014 – PARIS (NOVOpress)
Bernard Lugan (photo) est l’un des meilleurs spécialistes français de l’Afrique. Il a réussi (non sans essuyer plusieurs procès et tentatives de censure) à concilier la fidélité à ses convictions avec une brillante carrière d’historien, de chercheur, d’auteur de très nombreux ouvrages spécialisés. Nommé expert par le Tribunal pénal international pour statuer sur les massacres du Rwanda, il enseigne également à l’Ecole de guerre, à Coëtquidan, et donne des conférences à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et au Centre des hautes études militaires (CHEM).

Propos recueillis par Caroline Parmentier


Que vous inspire l’engagement de la France par ses frappes aériennes contre l’Etat islamiste ?

Je ne suis pas spécialiste du Moyen-Orient et c’est pourquoi je me garderai bien de me prononcer sur le fond. Cependant, trois points doivent être soulignés :
1– Nous payons les conséquences de la destruction du régime de Saddam Hussein et de la déstabilisation de la Syrie.
2 – La guerre ne pourra être gagnée qu’au sol, car les islamistes vont se disperser parmi la population afin d’échapper aux frappes aériennes contre lesquelles ils ne peuvent pas lutter.
3 – Sans l’Iran, les Kurdes et le régime syrien, l’EIL ne pourra pas être vaincu.

Une du numéro 8197 de "Présent"

Une du numéro 8197 de « Présent »

L’Afrique est-elle devenue la terre du djihad ?

Elle l’est depuis le phénomène almoravide qui, au XIème siècle fut le premier djihad régional ; il eut deux directions, la vallée du fleuve Sénégal au sud et le Maroc au nord. L’une des forces de l’islamisme sahélien est qu’il s’agit d’une résurgence historique ramenant directement aux djihads des XVIIIème et XIXème siècles qui enflammèrent la totalité de la région depuis le Soudan à l’est jusqu’au Sénégal à l’ouest. L’islamisme sahélien d’aujourd’hui s’abreuve à cette « fontaine de rêve » fermée par la colonisation. Cette réalité inscrite dans la longue durée est difficilement perceptible par des observateurs ou des politiciens esclaves de l’immédiateté et de leur inculture.

Comment expliquez-vous la guerre du Mali et quelle est la situation actuelle ?

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt. En d’autres termes, l’islamisme n’est ici que la surinfection d’une plaie ouverte depuis la nuit des temps, bien avant l’islam, entre nordistes nomades (Touaregs ou Maures) et sudistes noirs sédentaires. Au Mali, les événements furent déclenchés par les Touaregs qui ne voulaient plus subir les exactions de l’armée de Bamako. D’une manière tout à fait opportuniste, les islamistes se greffèrent sur le mouvement et le coiffèrent. Puis, l’intervention française les ayant chassés, nous en sommes revenus au problème de départ qui est celui de la cohabitation entre nordistes et sudistes.

Comment analysez-vous la guerre que mène Boko Haram au Nigeria ?

Boko Haram est, selon moi, autant une manifestation identitaire nordiste qu’une affirmation religieuse. Il s’inscrit en effet très exactement dans la lignée des sultanats djihadistes nordistes, dont celui de Sokoto, ce dernier fondé par le djihad des Peuls mené par Ousmane dan Fodio à la fin du XVIIIème siècle. Boko Haram( s’explique d’abord parce que le pouvoir a basculé au Nigeria. Jusqu’à ces dernières années, les nordistes contrôlaient l’armée, donc l’Etat, ce qui leur permettait de piller les ressources pétrolières du sud. Or, aujourd’hui, ce sont les sudistes chrétiens qui sont à la fois au pouvoir et à la tête de l’armée. Ce renversement de situation est insupportable aux nordistes, comme j’ai pu le constater lors de mon dernier passage au Nigeria.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (4)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (2)

15/09/2014 – LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La première partie des lettres de Paul Vaseux

Alors que la 18e brigade d’infanterie doit garder les débouchés de St-Mihiel, le 131e régiment d’infanterie reçoit le 7 août 1914 la mission de tenir le pont de la ville. L’unité y stationne jusqu’au 9 puis prend la direction d’Haudainville et Troyon. Le 13 août, le régiment de Paul Vaseux continue sa marche en avant. On franchit Etain, Billy-sous-Mangiennes, Romagne-sous-les-Côtes. Voici ce qu’écrit le jeune sergent.


Saint-Mihiel, 8 août 1914 (21h00)

« Aujourd’hui encore nous sommes revenus coucher à Saint-Mihiel et Dieu sait si nous sommes heureux de pouvoir ce soir encore, coucher dans un lit laissé par le 161e d’infanterie.

…J’espère bien moi aussi revenir, mais qu’importe s’il le faut, nous saurons mourir en luttant vaillamment jusqu’à notre dernier souffle pour assurer la victoire et la paix et la liberté à notre cher pays.

Il me semble qu’il serait préférable de mourir sur le champs de bataille que de revenir avec un ou deux membres de moins. Je ne puis me faire à l’idée que je pourrais retourner à Beaumont avec une jambe ou un bras de moins. La mort me paraîtrait désirable et pourtant la vie à tout prix, c’est bien ce que demande chacun de nous.

Enfin pour le moment tout va bien. Jusqu’à aujourd’hui nous avons eu à souffrir en aucune façon, ni des marches trop pénibles, ni de provisions faisant défaut, ni même de coups de fusil emportant quelques-uns d’entre nous. Nous sommes en ballade. Et cette ballade finira quand ? Je l’ignore. »

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[Editorial Novopress] Daesh ou Etat islamique ? Qu'importe, ils tuent bien au nom de l'islam ! par Fabrice Robert

Éradication de l’État islamique : l’engagement terrestre est inévitable (Présent 8187)

12/09/2014 – WASHINGTON (NOVOPress)
Alors que l’Amérique tout entière rendait jeudi un hommage solennel aux 3 000 victimes des attentats du 11 septembre 2001, le président Obama a confirmé son intention de lancer une vaste opération militaire contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie, passant notamment par une extension des frappes aériennes au sol syrien et la formation d’une « coalition arabe ». Une intensification de la guerre contre l’islamo-terrorisme qui, même si la Maison Blanche s’y refuse toujours, ne pourra malheureusement pas se faire sans l’intervention de troupes au sol.

Une du numéro 8187 de "Présent"

Une du numéro 8187 de « Présent »

« Nous ne céderons jamais »

Lors d’une cérémonie devant le Pentagone, au cours de laquelle il a déclaré que les Etats-Unis « ne céderont jamais à la peur » que tentent d’inspirer les islamo-terroristes à l’Occident, Barack Obama a en effet rappelé que Washington était prête à étendre ses frappes aériennes en Syrie pour « détruire » l’EI. Une annonce qui a, bien sûr, suscité la colère du régime syrien, mettant aussitôt en garde la Maison Blanche contre d’éventuelles frappes opérées sur son territoire sans son accord.

En même temps, on apprenait que le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, actuellement en tournée au Moyen-Orient et en Europe afin de constituer une coalition pour lutter contre les djihadistes, avait obtenu d’une dizaine de pays arabes leur engagement « à se tenir unis contre la menace que pose pour la région et le monde le terrorisme » et à « se joindre, le cas échéant, à une campagne militaire coordonnée ». Toutefois, soulignait Kerry, « aucun pays ne parle de placer des troupes au sol et nous ne pensons pas qu’il y en ait besoin ».

« Les attaques aériennes ne suffiront pas »

Or, cet engagement au sol est aujourd’hui inévitable. Si les frappes aériennes ont bien permis de freiner la progression de l’Etat islamique, les troupes kurdes comme l’armée fédérale irakienne ont montré leurs limites. Les drones comme les frappes, aussi nécessaires soient-ils, ne remplaceront jamais la présence de troupes compétentes sur le terrain.

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Un réservoir d’eau d’un volume supérieur à celui des océans découvert sous la croûte terrestre !

20/06/2014 – SPRINGFIELD (NOVOpress) – Selon des scientifiques de la Northwestern University dans l’Illinois et de l’Université du Nouveau-Mexique, un réservoir d’eau contenant l’équivalent de trois fois le volume de l’ensemble des océans de la planète existe sous la surface de la Terre. Trouvé dans une couche de roches à plus de 700 km de profondeur, il pourrait permettre d’en savoir plus sur l’origine de l’eau sur Terre.

Cette eau n’est pas sous sa forme habituelle, elle est dissimulée dans une roche bleue, la ringwoodite.

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La lune tournant autour de la Terre filmée pour la première fois (vidéo)

12/12/2013 – 15h30
WASHINGTON (NOVOpress) –
La NASA a fait revenir temporairement la sonde spatiale Juno à proximité (quelques centaines de milliers de kilomètres) de la Terre. La destination de cette sonde est la planète Jupiter ; ce retour temporaire vers la Terre est destiné à accroitre sa vélocité de façon à ce qu’elle atteigne Jupiter le 4 juillet 2016.

Au cours de ce passage à 26000 km/h, une caméra de navigation a pris des clichés régulièrement et les clichés ont été assemblés pour faire cette vidéo où l’on voit le ballet de la Lune autour de la Terre. La vidéo a été diffusée par la NASA le 10 décembre dernier. Musique originale de Vangelis.

Ce retour à proximité de la Terre a accru la vitesse de Juno de 14.000 km/h.

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