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Le diable frontiste (Présent 8427)

27/08/2015 – FRANCE (NOVOpress)

Quelques semaines avant le synode romain qui doit se prononcer sur l’accueil des homosexuels et des divorcés remariés, l’Église de Fréjus-Toulon, dont Mgr Rey est l’évêque, a décidé d’aller encore plus loin dans cette politique d’ouverture en accueillant Marion Maréchal-Le Pen qui, pourtant, n’est ni homosexuelle, ni divorcée remariée, pas même migrante, encore moins musulmane, mais catholique. Elle est aussi député Front national, et cette particularité l’avait jusqu’ici écartée des invitations de l’Église de France, comme les autres élus frontières.
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Cette année, elle est conviée, ès qualités, avec d’autres députés, à une table ronde sur le thème « Médias et vérité », dans le cadre de l’Observatoire sociopolitique fondé en 2005 par Mgr Rey. Il semble que le principe de réalité ait prévalu et que les clercs ne puissent plus défendre les « exclus » à longueur d’homélies et pratiquer eux-mêmes l’exclusion, en rejetant des millions de Français, sachant que ce sont les ouvriers, les chômeurs et autres laissés pour compte de la classe politique qui se prononcent massivement pour le Front national. Or, le pape François ne cesse de rappeler « l’option prioritaire de l’Église pour les pauvres ».

Le concile Vatican II exhortait l’Église à s’ouvrir aux « hommes de son temps ». Mgr Rey s’est aperçu que près de 40 % des hommes et des femmes de son temps dans sa région, dont nombre de ses diocésains, votaient pour les frontistes, il s’est dit alors, à propos de Marion Maréchal : « Pourquoi pas une personne qui représente beaucoup d’électeurs ? » Il ajoute : « Le FN est un parti comme un autre sur l’échiquier politique. Il faut faire preuve de réalisme, ne pas se boucher les yeux ni les oreilles. » C’est là une évidence, et nous ne reprocherons pas à Mgr de Fréjus-Toulon cette prise de conscience tardive, car, selon l’Évangile, les ouvriers de la onzième heure sont traités de la même manière que ceux qui travaillent depuis l’aurore à montrer l’authentique visage du Front national. Le temps n’est plus où le cardinal Lustiger dénonçait dans un sermon « la haine du frère qui n’est pas né ici » en l’attribuant au FN.

Bien entendu, ce n’est pas gagné ! Cette audace consistant à traiter sans discrimination ni exclusion une femme, catholique, élue de la République, cette sœur qui est née ici, ne plaît pas à tout le monde dans l’Église. Certains frémissent de voir le Diable frontiste dans le bénitier. C’est le cas d’une dame, directrice du service national famille et société au sein de l’épiscopat, qui a confié au Monde : « Mettre Marion Maréchal-Le Pen en avant comme une catho parmi d’autres, ça me gêne. Il est dangereux de faire croire qu’être catho et au FN va de soi. » Être catholique, socialiste, communiste, écologiste, en revanche, cela va de soi, ce n’est pas dangereux, quoiqu’ils soient partisans du « mariage pour tous » et de l’avortement. En parodiant le pape François, ne pourrait-elle pas dire plutôt : « Si un membre du Front national cherche le Seigneur, qui suis-je, moi, pour le juger ? »

Guy Rouvrais

Rome : non au « mariage » gay (Présent 8382)

24/06/2015 – FRANCE (NOVOpress)

Rome a rendu public le document de travail pour la deuxième session du synode, en octobre prochain, consacré à la famille en général, mais focalisé, en particulier, sur le sort des divorcés-remariés et l’accueil des homosexuels dans l’Église. Les propositions « d’ouverture » n’avaient pu recueillir les deux tiers des suffrages épiscopaux nécessaires à leur adoption, en 2014. François espère qu’un an plus tard, après la consultation des fidèles et des épiscopats, les pères synodaux iront dans le sens des « avancées » qu’il souhaite. De toute façon, c’est au souverain pontife qu’il appartiendra de trancher. C’est la grande ambiguïté d’une Église qui, après Vatican II et l’extension de la collégialité, l’exaltation du « peuple de Dieu », se veut plus démocratique, mais dont le pape entend continuer à user de son pouvoir hiérarchique dès que « le peuple de Dieu » et les évêques ne sont pas d’accord avec lui…
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Cela, c’est pour la forme. Sur le fond, le document de travail récuse le « mariage » entre personnes du même sexe on ne peut plus clairement. La communauté gay doit retomber sur terre, elle qui avait cru voir dans le « Qui suis-je pour juger un homosexuel qui cherche le Seigneur ? » une ouverture vers ce « mariage ». Mais alors, que peut bien signifier l’accueil de ces personnes dans les églises, puisqu’il n’y aura ni « mariage » ni bénédiction ? Les traiter avec bienveillance, comme toute personne humaine et « les écouter avec respect et délicatesse », dit le texte, ce que font déjà les prêtres quand un homosexuel frappe à leur porte. Fallait-il susciter tant d’émoi chez les fidèles pour énoncer de telles évidences morales ?
Pour ce qui est de l’accès à la communion des divorcés remariés, il y aurait là une rupture avec la doctrine et la pratique de l’Église, puisque certains pourraient être admis à partager le sacrifice eucharistique. Cela devra se faire au cas par cas, « sous certaines conditions strictes et après un long discernement spirituel ». Le cardinal Kasper, chargé par le pape de la rédaction du document, a précisé que, pour décider ou non de cette admission, il faudra tenir compte « de la conscience subjective » et de « l’intention » du fidèle qui la sollicite. Mais n’est-ce pas cela, le « for interne » qui relève du confessionnal ? Il y a antinomie entre édicter une règle commune et l’appréciation au « cas par cas ».
Avec l’abandon du principe, ce qu’on retiendra, c’est que les divorcés-remariés peuvent communier. C’en sera fini du « cas par cas » rapidement. Le processus est connu : la permission devient autorisation et celle-là droit. Dernier exemple en date : la distribution de la communion par les laïcs. L’Instruction Redemptionis sacramentum ne la prévoyait qu’en des « cas exceptionnels » – jamais de façon fréquente et régulière – le laïc, devenant « ministre extraordinaire de la sainte communion », devait être agréé par l’évêque. Quelle paroisse aujourd’hui tient compte de ces normes ? Il en sera de même du « cas par cas » des divorcés-remariés.

Guy Rouvrais