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Polémique sur la revalorisation du salaire des fonctionnaires

18/03/2016 – POLITIQUE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Le ministre de la Fonction publique, Annick Girardin, a annoncé une hausse de 1,2 % du point d’indice servant à calculer les rémunérations des fonctionnaires. Cette déclaration survient après une réunion de négociation des syndicats, réunion prévue de longue date, mais repoussée à cause des remaniements.

Que revendiquaient les syndicats ?
Ils réclament, après ces six années de gel, une augmentation importante du salaire des fonctionnaires. Leur point d’indice est gelé depuis trop longtemps, dans un contexte, disent-ils, où le gouvernement n’a cessé de faire l’éloge des policiers et du personnel hospitalier, largement mis à contribution au moment des attentats. « Il y a donc urgence à traduire dans la rémunération la reconnaissance de l’action quotidienne des fonctionnaires ».

Quelle était la situation salariale des fonctionnaires depuis 2010 ?
En réalité, le salaire moyen brut des agents de l’État a augmenté en moyenne de 0,2 % par an en termes réels. Cette faible évolution doit être relativisée, car elle est liée aux nombreux départs à la retraite. Mais ce chiffre cache d’importantes disparités. Les agents en poste depuis deux années de suite, par exemple, ont connu une légère augmentation, mais le pouvoir d’achat des retraités n’a cessé de baisser.

La nouvelle est accueillie bien fraîchement
Inutile de dire que les syndicats auraient espéré mieux. Les fonctionnaires, eux, n’apprécient pas d’être les boucs émissaires de leurs compatriotes vindicatifs pour quelques dizaines d’euros supplémentaires par mois. De son côté la droite ne perd pas l’occasion de s’engouffrer dans la brèche pour dénoncer la majorité, pointant une mesure infinançable. Cette revalorisation représentera un surcroît de dépenses de quelque 2,4 milliards d’euros par an pour l’État, les collectivités locales et les hôpitaux publics. Pour rappel, en 2014, la masse salariale publique s’était élevée à 278 milliards d’euros pour 5,64 millions de personnes, soit près du quart de la dépense publique, selon la Cour des comptes.

La gauche voudrait-elle racheter son électorat de fonctionnaires ?
Une remarque que l’on ne peut s’empêcher de faire.

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Mobilisation de la jeunesse contre la loi travail

18/03/2016 – POLITIQUE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Jour de colère, acte II. Après les manifestations du 9 mars dernier, des lycées et des universités ont été bloqués jeudi à Paris et en province, à l’appel des organisations lycéennes et étudiantes opposées au projet de loi Travail, et des milliers de jeunes sont dans la rue.

Le gouvernement pourtant avait pourtant remanié son projet face à la levée de boucliers générale, se disait désormais confiant d’avoir une majorité.
En réalité, les opposants à cette réforme du Code du travail entendent bien maintenir la pression après une première mobilisation réussie la semaine dernière, à peine plus d’un an avant la présidentielle. Hier, on comptabilisait 200 lycées mobilisés, dont 40 à Paris, soit deux fois plus que la semaine dernière. Dans la capitale, plusieurs sites universitaires, notamment la Sorbonne, ont été fermés sur décision de l’administration.

Qu’attendent tous ces jeunes ?
Certains réclament le retrait du projet, d’autres seulement des modifications, notamment sur les motifs de licenciements économiques ou sur le plafonnement des indemnités aux Prud’hommes. Mais dans les discussions place de la Nation, il est finalement peu question de barèmes d’indemnités ou de forfait-jours. Les élèves ont simplement « pris goût » à la rue, dit un lycéen.

Cependant, un point en particulier a convaincu une partie des syndicats étudiants : la garantie jeunes pour tous.
Il s’agit d’un dispositif d’accompagnement renforcé vers l’emploi. Il existait depuis 2013 déjà, mais était limité à un nombre restreint de jeunes de 18 à 25 ans. Ce dispositif dure un an et consiste en un accompagnement social, une aide financière et des formations et stages pour des jeunes sans diplômes, recrutés par les missions sur un critère de motivation et d’engagements. Cette garantie va devenir un droit pour tous les jeunes sans emploi ni formation.

Pour les contestataires comme l’Unef, « les soi-disant mesures jeunes, c’est de l’enfumage, ça ne mérite pas d’arrêter la mobilisation », car il n’y a pas « l’investissement budgétaire » adéquat pour les 900 000 jeunes concernés.


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Face aux grèves, le gouvernement fait le gros dos

27/01/2016 – POLITIQUE (NOVOpress)

Encore une série de grèves et de manifestations, mardi, à l’appel des professionnels du syndicalisme : les habituels fonctionnaires-prébendiers étant venus se greffer aux « musclés » chauffeurs de taxi. Tous s’étaient promis — selon la formule consacrée — de lutter contre l’austérité et pour le service public, l’emploi et les salaires.
Avec environ 10 % dans la fonction publique d’État dehors, ce fut un démarrage « prometteur », ne manquant pas la traditionnelle prise en otage des Français. Mais on est resté loin encore des degrés de nuisance observés par le passé. Pour le « mardi noir », on repassera…

Les manifestants étaient ils « unis dans la diversité » ou ont ils manifesté séparément ?
Il n’y a à ce jour pas eu de conjonction des différents mouvements. Mais — signe des temps — on a pu voir le meilleur défiler au milieu du pire. Certains fonctionnaires de l’Éducation nationale ont été soucieux de faire porter leurs voix contre les réformes en cours, fossoyeuses de nos jeunes générations et de la culture.
Mais ce sont bien évidemment les actions, résolument violentes, des chauffeurs de taxi qui ont attiré toute la lumière, ces derniers n’en finissant plus de dénoncer la concurrence des VTC, sans qu’aucune solution viable n’ait, à ce jour, pris corps.

Certaines mesures avaient pourtant d’ores et déjà été mises en place récemment
Mais elles n’ont pas satisfait les intéressés. Les éleveurs bénéficient par exemple de plans d’aide. Mais c’est l’organisation du marché, avec ses prix bas et ses grosses marges qui leur font grief. Quant aux chauffeurs de taxi, les solutions de compromis ne leur suffisent pas : ils demandent la suppression pure et simple des VTC — ce qui n’est pas une revendication audible — ou alors un gros chèque…

A chaque problème sa commission, à chaque grève sa concertation ?
Manuel Valls s’est empressé d’annoncer la tenue d’une concertation, se tenant courant février et devant aboutir dans les trois mois suivants.
Le Front National a quant à lui publié un communiqué dénonçant « le choix du pourrissement » joué par le gouvernement : « C’est ainsi que des conflits traînant depuis des mois voire des années ressurgissent aujourd’hui et ressurgiront encore demain… ».


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Guaino dégaine !

29/10/2015 – POLITIQUE (NOVOpress)
Henri Guaino n’avait pas sa langue dans sa poche ce matin dans l’émission « Bourdin Direct » sur BFMTV/RMC. Il a persisté et signé dans sa volonté d’interdire le syndicalisme dans la magistrature et de créer une responsabilité des magistrats. Pire encore, il a affirmé respecter Marion Marechal Le Pen et ne refuserait pas de travailler avec elle ! Vite que la police de la pensée l’arrête !

Défense des artisans taxis contre la société Uber, volonté de normalisation des relations diplomatiques avec la Russie, Henri Guaino commence son émission assez fort, refusant l’ultralibéralisme et l’alignement atlantiste.
La meilleure façon pour l’Europe de contribuer à la paix du monde, c’est de parler et d’avoir des relations convenables avec la Russie »

Mais c’est sur la magistrature que Guaino tape fort. Assumant ses propos de mercredi à l’Assemblée sur les juges « pervers » et « psychopathes », précisant sur le plateau qu’il désigne certains d’entre eux, « aveuglés par l’idéologie ». il ne va pas se faire des copains à gauche, puisque non seulement il veut interdire le syndicalisme dans la magistrature », par la voie d’un « référendum », mais il souhaite aussi

créer une responsabilité des magistrats, ça ne peut pas continuer comme ça. Quand la justice fonctionne mal, c’est la fin de la République.

Le député « Les Républicains » des Yvelines aggrave son cas, jugeant que

i jamais le Front national gagne, il gagne, c’est la démocratie, ou alors il faut l’interdire. Mais vous ne pouvez pas dire à un tiers des électeurs « le parti pour lequel vous votez ne gouvernera jamais ».

Un démocrate qui serait prêt à laisser le peuple s’exprimer, mais où va-t-on ?
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Xavier Broseta, Executive Vice President for Human Resources and Labour Relations at Air France, is evacuated by security after employees interrupted a meeting at the Air France headquarters building in Roissy

Cinq salariés de chez Air France interpellés

13/10/2015 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Les images avaient fait grande sensation la semaine dernière. Le DRH d’Air France et celui du hub de Roissy quittant une réunion avec les grévistes la veste arrachée et la chemise en lambeaux.

Depuis lors, les commentaires des uns et des autres ont été très nombreux
La majorité de la caste politique critique sans retenue la violence observée ce jour-là. Jean-Luc Mélenchon, chef de file du Parti de gauche a, lui, fait figure d’exception. Il a dénoté la violence silencieuse quotidienne que subissent les employés d’Air France.

Hier matin, cinq salariés soupçonnés d’être les auteurs des violences contre les cadres dirigeants de la compagnie aérienne ont été arrêtés
Les vidéos des chaînes d’information en continu avaient permis d’identifier une dizaine de suspects. Hier, dès l’aube, quatre suspects ont été interpellés à leur domicile et un autre plus tard dans la matinée. Il s’agirait, selon des sources policières, de syndicalistes qui travaillent au sol pour la branche cargo d’Air France, mais ne sont pas élus syndicaux.
Ces employés risquent bien évidemment des licenciements pour faute lourde. Air France devait envoyer les premières lettres préalables à des licenciements dans la journée d’hier. Ils risquent aussi des poursuites pénales.

Des réactions se sont immédiatement fait entendre
La CGT, syndicat auquel appartiennent les cinq interpellés, a dénoncé, je cite : « Une tentative d’intimidation ». Le secrétaire général de la CGT, Didier Fauverte, a annoncé, « Ça ne va pas calmer les choses. Je pense qu’il y aura d’autres salariés appartenant à d’autres syndicats qui seront mis en cause. Tout ça va continuer à faire bouillir la cocotte ».
Certains députés, comme Cécile Duflot, ont pris la défense des syndicalistes.


[Mémoire ouvrière] La presse ouvrière : « La Vie ouvrière » 1909 - 1914

[Mémoire ouvrière] La presse ouvrière : « La Vie ouvrière » 1909 – 1914

01/07/2014 – PARIS (NOVopress)
La Vie ouvrière est une petite revue bimensuelle dont le premier numéro paraît le 5 octobre 1909. Ce numéro, tiré à 5.000 exemplaires, est envoyé sous plis à la main par une poignée d’amis réunis dans un petit appartement privé. Cent dix livraisons seront publiées par la suite entre 1909 et juillet 1914 sous une couverture grise qui deviendra vite fameuse. Le chef de file de l’équipe de rédaction est Pierre Monatte, fils d’un maréchal-ferrant, correcteur à l’imprimerie confédérale et membre du comité des Bourses. Autour de lui, Alphonse Merrheim, Picard et Nicolet du bâtiment ou encore Voirin des cuirs et peaux constituent le « noyau » de la publication. Griffuelhes, Jouhaux, Yvetot promettent leur collaboration.

Rappelons que l’année 1909 symbolise pour la CGT et le syndicalisme dans son ensemble, une perte d’influence sans précédent liée à une grave crise d’incertitude et de transformation. Les échecs répétés des deux grandes grèves générales de 1906 et 1908 ont largement entamé le moral des travailleurs. La grève de Draveil-Vigneux en mai/août 1908 subit une répression brutale qui conduit à la mort de 6 militants et fait plusieurs centaines de blessés. Les principaux dirigeants de la CGT sont arrêtés.
Le secrétaire général Griffuelhes, objet d’attaques violentes dans son propre camp, démissionne le 2 février 1909.

"La Vie ouvrière"

« La Vie ouvrière »

Depuis 1900, la CGT possède son propre journal, La Voix du peuple. Mais simple outil militant, celui-ci n’a pas la force d’une publication intellectuelle de débats, d’idées et d’analyses théoriques. C’est dans cette période de remise en cause que quelques dirigeants syndicalistes révolutionnaires optent pour une formation de militants neufs et une orientation cohérente du mouvement. Le vivier des militants anarchistes et allemanistes semble ne plus porter ses fruits.

L’orientation de la revue est simple : « (…) tous, nous sommes unis sur le terrain syndicaliste révolutionnaire et nous nous proclamons nettement antiparlementaires. Tous aussi, nous croyons qu’un mouvement est d’autant plus puissant qu’il compte davantage de militants informés, connaissant bien leur milieu et les conditions de leur industrie, au courant des mouvements révolutionnaires étrangers, sachant quelles formes revêt et de quelles forces dispose l’organisation patronale, et… par-dessus tout ardents ! »

Disciple de Fernand Pelloutier, Monatte a fait ses armes au sein de deux journaux du monde syndical : L’Action sociale et La Révolution d’Emile Pouget qui ne vivra que 2 mois. Monatte, totalement désintéressé et voué à la cause, est un passionné de lecture et d’une très grande culture.

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[Mémoire ouvrière] La presse ouvrière : "L'Ouvrier des deux mondes" 1897 – 1899

[Mémoire ouvrière] La presse ouvrière : « L’Ouvrier des deux mondes » 1897 – 1899

24/06/2014 – PARIS (NOVOpress)
On peut affirmer sans nul doute que L’ouvrier des deux mondes constitue la première véritable revue syndicale publiée en France. Hormis les bulletins internes d’informations des Fédérations ou Bourses du Travail, il n’existait jusqu’à lors aucune publication de synthèse et de réflexion sur le combat syndical.

Le maître d’œuvre et créateur n’est autre que Fernand Pelloutier, assisté de son frère Maurice. En 1897, Pelloutier a déjà un important passé de journaliste à La Démocratie de l’Ouest, à L’Art Social, l’Aurore ou encore La Cocarde. L’année précédente, un projet de publication avec Emile Pouget n’échoua que faute de financement.

L’ambition de Pelloutier est immense : faire des 16 pages mensuelles de L’ouvrier des deux mondes l’équivalent syndical de L’économiste français ou de L’économiste européen, c’est à dire une revue à la rigueur intellectuelle et scientifique de premier plan. Le sous-titre est alors Revue mensuelle d’économie sociale. Le premier numéro paraît le 1er février 1897. Pelloutier y reprend son idée d’un rassemblement de tous les travailleurs, y compris des paysans. Un article intitulé « Comment créer les syndicats agricoles ? » ne manque pas d’optimisme : « Le terrain de propagande devient meilleur et les chances de réussite ne cessent pas de s’accroître de jour en jour. Tels sont les éléments au milieu desquels nous avons à entreprendre la formation des syndicats agricoles ».

Pelloutier s’engage personnellement. Sa revue n’est en rien l’expression d’une organisation mais plutôt celle d’un homme. Elle se veut plus informative que doctrinale. Les sujets démontrent clairement cette orientation : étude sur la législation ouvrière de tous les pays, le travail en France et à l’étranger, la vie ouvrière, le mouvement ouvrier dans les campagnes…

L’ouvrier des deux mondes recense les grèves et les combats syndicaux du moment au sein d’une rubrique « bulletin social » et dresse des comptes rendus des congrès. Ainsi, le numéro 20/21/22 du 1er octobre 1898 est entièrement consacré au VIIème congrès national des Bourses du Travail. Au fil des numéros, on trouve de petits encarts publicitaires pour La Revue Blanche, La Revue Socialiste, L’Humanité Nouvelle ou encore L’Almanach du Père Peinard.

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[Mémoire ouvrière] La CGT et la crise syndicale de 1909/1914

[Mémoire ouvrière] La CGT et la crise syndicale de 1909/1914

09/06/2014 -PARIS (NOVOpress)
C’est à partir de 1909 que la CGT, et le syndicalisme dans son ensemble, va connaître une grave crise d’incertitude et de transformation. Les échecs répétés des deux grandes grèves générales de 1906 et 1908 signent la fin du romantisme révolutionnaire et des tenants de « l’action directe ». Après Guérard et Pelloutier, les anarcho-syndicalistes Victor Griffuelhes et Emile Pouget se révèlent tragiquement incapables de faire coïncider la grève générale (devant conduire à la révolution) et l’action syndicale quotidienne. La grève de Draveil-Vigneux en mai/août 1908 subit une répression brutale qui conduit à la mort de 6 militants et fait plusieurs centaines de blessés. Les principaux dirigeants de la CGT sont arrêtés.

Le secrétaire général Griffuelhes, objet d’attaques violentes, démissionne le 2 février 1909. Nommé en mars, Louis Niel lui succède mais pour peu de temps. Son attitude lors de la grève des postiers en mars/mai 1909 lui coûte sa place. Les syndicalistes révolutionnaires lui préfèrent Léon Jouhaux qui est intronisé le 2 juillet 1909 sur proposition de Griffuelhes.

A cette époque, Jouhaux apparaît encore comme le représentant de la tendance syndicaliste libertaire, « hostile à tout compromis avec l’Etat et le patronat ». Mais la CGT reste tiraillée entre syndicalistes révolutionnaires – partisans de l’autonomie ouvrière – et réformistes.

De leur côté, Alphonse Merrheim, secrétaire de la fédération des métaux, et Pierre Monatte, du syndicat des correcteurs, reprennent à leur compte les idées de Pelloutier (décédé en 1901) et axent leurs efforts sur la culture personnelle et la formation des syndicalistes. « Tous, nous croyons qu’un mouvement est d’autant plus puissant qu’il compte davantage de militants informés, connaissant bien leur milieu et les conditions de leur industrie, au courant des mouvements révolutionnaires étrangers, sachant quelles formes revêt et de quelles forces dispose l’organisation patronale », peut-on lire dans La Vie ouvrière.

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[Mémoire ouvrière] Les belles années du syndicalisme révolutionnaire - Par Pierre Taburet

[Mémoire ouvrière] Les belles années du syndicalisme révolutionnaire – Par Pierre Taburet

02/06/2014 – PARIS (NOVOpress)
Novopress consacre une série de publications à la mémoire ouvrière et aux luttes sociales comme éléments structurants de notre identité. Voir les précédents articles ici, ici et ici.


Le syndicalisme révolutionnaire, qui donne son impulsion au mouvement ouvrier entre 1892 et 1914, prend sa source dans la défiance et la déception des ouvriers vis à vis des partis politiques de la fin du XIXe siècle.

Partisans d’action et d’organisation syndicale, les ouvriers reprochent aux partis de désunir les masses ouvrières par de stériles querelles internes et ne croient guère aux efforts de l’action parlementaire en matière de législation du travail qu’ils jugent lente et timide. Entre 1871 et 1892, seules deux lois sont adoptées dont une concerne le travail des enfants et des mineurs de moins de 16 ans. Bien souvent, les employeurs contournent la loi sous le silence assourdissant du parlement. Les militants syndicaux se radicalisent et manifestent ouvertement des opinions antipolitiques et antiparlementaires. Les parlementaires deviennent ainsi les « quinze mille », référence à l’augmentation de l’indemnité parlementaire passée de 9000 à 15000 francs en novembre 1906. En 1909, Léon Jouhaux alors secrétaire de la CGT adressera même cette remarque à des camarades sociaux démocrates : « Peut être considérez-vous l’organisation politique comme un grand bateau et l’organisation économique comme un petit bateau à la remorque du grand. Pour nous, le grand bateau c’est l’organisation syndicale ; il est nécessaire de subordonner l’action politique à l’action syndicale ».

Pour l’heure, on traite volontiers les parlementaires de « blablateurs » et de « bourgeois ». Pour la majorité des travailleurs, toute immixtion politique dans le domaine syndical reste néfaste pour le mouvement ouvrier dans son ensemble. Seule l’autonomie syndicale est la condition de l’unité ouvrière.

Cette aversion des ouvriers pour le monde politique et parlementaire se trouve renforcée par les nombreux scandales qui fleurissent à cette époque : massacre de Fourmies en 1891, scandale de Panama en 1892.

 

Méprisant les politiques, c’est au sein des Bourses du Travail que les militants se regroupent le plus volontiers.

[Mémoire ouvrière] Les belles années du syndicalisme révolutionnaire - Par Pierre TaburetLa figure syndicale marquante de la fin du XIXe siècle est Fernand Pelloutier (photo) qui veut révéler aux masses leur énergie et leur volonté et en qui il voit « l’élément rénovateur de la société ».

Pelloutier dégage deux concepts novateurs : d’un côté l’élan des masses, leur volonté de conquérir un droit nouveau et de l’autre la culture de soi-même. La combinaison de ces deux forces, collective et individuelle, peut seule bâtir une société d’hommes fiers et libres. Sa grande idée réside dans la confiance en eux-mêmes que les travailleurs doivent retrouver. Il en espère un don de soi plus complet et plus riche.

Le 4 septembre 1892, Pelloutier fait voter une résolution en faveur de la grève générale au congrès des Bourses du Travail à Tours. Il insiste sur une action économique du syndicat, « excluant la collaboration des socialistes parlementaires pour n’emprunter que l’effort syndical ».

L’idée de la grève générale n’est cependant pas neuve. Elle se répand vers 1860 sous l’action de la Ière internationale et à partir de 1888 Joseph Tortelier en développe les principes généraux.

Devenu en 1895, secrétaire de la fédération des Bourses, Fernand Pelloutier se veut sensible à un rassemblement de tous les travailleurs, y compris les paysans. Il met en place des unions agricoles destinées à rapprocher la classe ouvrière de la paysannerie.

Le principe de la grève générale est voté au IIe congrès de la CGT à Tours en septembre 1896 sur proposition d’Eugène Guérard de la Fédération nationale des cheminots.

Guérard, membre fondateur du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane, est un des grands théoriciens de la grève générale. Notons qu’avant 1891, la grande majorité des grèves n’est ni organisée ni déclenchée par les dirigeants syndicaux. Elles débordent le syndicalisme.

Véritable précurseur, Eugène Guérard, un an avant la résolution de Pelloutier, va inscrire la grève générale au programme de la chambre syndicale des ouvriers et des employés de chemin de fer français lors de son 2e congrès. Organisateur de talent, il va faire de ce syndicat moribond un regroupement puissant (structures allégées, fusion des différentes fédérations, création d’un journal) et préparer ses adhérents au déclenchement de la grève générale.

A Tours, Guérard proclame que « les grèves limitées nuisent au mouvement ouvrier et prêtent le flanc aux tentatives d’intimidation et de démoralisation des compagnies et de leurs alliés (police, armée, justice) ». Il y présente un plan pour une grève générale fondée sur une grève généralisée des chemins de fer.

Les syndicalistes entrent alors dans une phase du « Tout pour et par la grève générale ». Les militants estiment que le meilleur moyen pour atteindre leurs objectifs est l’action collective et directe des travailleurs. La raison principale de ce romantisme révolutionnaire tient dans le fait que chacun croit alors la révolution possible. D’une étincelle peut jaillir un mouvement qui emportera le capitalisme. Le but de tout militant syndical est de s’y préparer autant que cela est possible. Le syndicat devient le catalyseur idéal de la lutte des classes dans la mesure où il constitue une organisation de travailleurs née sur le lieu même de la production. En ce sens , il est le symbole de l’action directe et de l’autonomie des travailleurs. C’est l’une des caractéristiques majeures du syndicalisme révolutionnaire.

Pour reprendre la définition de Marcel van der Linden et Wayne Thorpe, le syndicalisme révolutionnaire se caractérise par des « attitudes favorables à la lutte des classes, affirmation d’objectifs révolutionnaires, reconnaissance de la primauté et de l’autonomie des organisations économiques appartenant aux travailleurs, appui à l’action directe et à l’idée d’un contrôle ultime des travailleurs sur une économie collectivisée ».

Mais la grève générale ne devient possible qu’à partir du moment où la classe ouvrière pèse d’un poids suffisamment lourd pour entraver l’ordre social. Et surtout lorsqu’elle est clairement organisée.

Un comité d’organisation de la grève générale siège au cœur de la CGT et scrute les moindres arrêts de travail qui seraient susceptibles de porter en leur sein la révolution.

Les principes du syndicalisme révolutionnaire sont relayés dès 1902 par Hubert Lagardelle et sa revue Le Mouvement Socialiste, qui ne cache pas sa répulsion pour les idées démocratiques. En 1905, Georges Sorel et Edouard Berth proposent dans cette même revue une théorie de l’action directe et de l’autonomie des syndicats.

Terme repoussoir, le mot « politique » devient un mot fourre-tout désignant toutes les actions non déclenchées sur le lieu de travail dans la section syndicale par les travailleurs eux-mêmes. Les syndicalistes révolutionnaires affichent leur mépris de « la politique », à leurs yeux intrigues, marchandages, et compromis.

En 1906, la CGT affirme sa neutralité politique dans la Charte d’Amiens et réitère sa vision de la politique électoraliste et parlementaire comme impasse. C’est le triomphe de l’idée autonomiste. Mais les échecs de la grève pour la journée de 8 heures la même année, et celui de la grève générale de 1908 entraînent une modification profonde de l’orientation du syndicat ouvrier. Les dirigeants les plus importants de la CGT sont arrêtés et leurs remplaçants impriment une voie toute différente.

A partir de 1909, la confédération entre dans une période d’incertitude et de transformation. Les « belles années » du syndicalisme révolutionnaire (1902 – 1908) s’achève dans de molles tentatives réformistes. Avec comme aboutissement la politique d’Union sacrée de 1914.

Pierre Taburet pour Novopress

Sources :
– Essor et déclin du syndicalisme révolutionnaire,  Marcel van der Linden et Wayne Thorpe, Mouvement Social N°159, avril/juin 1992
– Gervasoni Marco, « L’invention du syndicalisme révolutionnaire en France (1903-1907) », Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle, 2006/1 n° 24
– La théorie de la grève générale et la stratégie du syndicalisme : Eugène Guérard et les cheminots français dans les années 1890, Larry S.Ceplair, Le Mouvement Social N°116 juillet/septembre 1981
– Histoire du mouvement ouvrier, Edouard Dolléans, T2 1871 – 1920, Armand Collin 1957

Image et photo : domaine public.

[Mémoire ouvrière] La motion Griffuelhes, dite Charte d'Amiens - Par Pierre Taburet

[Mémoire ouvrière] La motion Griffuelhes, dite Charte d’Amiens – Par Pierre Taburet

26/05/2014 – PARIS (NOVOpress)
Novopress consacre une série de publications à la mémoire ouvrière et aux luttes sociales comme éléments structurants de notre identité. Voir les précédents articles ici et ici.


Si la création de la CGT en 1895 obéit à un besoin d’unité et de regroupement, sa véritable orientation ne va clairement être définie qu’en octobre 1906 lors de l’adoption de la motion présentée lors du 15e congrès national corporatif  réuni à Amiens. Notons que le terme « charte » n’apparaîtra véritablement qu’après la première guerre mondiale, les congressistes lui préférant celui de motion ou d’ordre du jour. C’est Hubert Lagardelle qui le premier parlera en 1912 de charte constitutive du syndicalisme.

Au matin du 8 octobre 1906, plus de 300 délégués se trouvent réunis dans le préau de la salle des écoles  de Noyon, ornée pour l’occasion de seulement quelques drapeaux rouges (en Une image de la plaque apposée à l’entrée de l’école). Dès les premiers jours de débats, les discussions sont vives « et les passions ardentes qui animent les congressistes et dont chacun guette, pour ainsi dire, l’explosion, à chaque détour de la discussion, éclatent alors ». « Première escarmouche dont il ne faut pas trop s’émouvoir ! » écrit  non sans humour l’Humanité dans son édition du 9 octobre.

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[Mémoire ouvrière] Les débuts de la CGT 1895/1908 - par Pierre Taburet

[Mémoire ouvrière] Les débuts de la CGT 1895/1908 – par Pierre Taburet

20/05/2014 – PARIS (NOVOpress)
L’écrasement de la Commune de Paris à la fin mai 1871 puis la répression engagée par le gouvernement Thiers aurait pu sonné la fin du mouvement ouvrier à peine naissant. Durant la Semaine sanglante, les soldats de Versailles fusillent sans jugement des centaines de communeux, parmi lesquels Eugène Varlin et Paul-Emile Duval. Vingt-six conseils de guerre fonctionnent à plein régime et prononcent condamnations à mort, condamnations aux travaux forcés et déportations. Un ouvrage paru récemment annonce le chiffre de 10000 morts durant la Commune de Paris(1). Malgré cela, dès 1872, les prémices d’un réveil du mouvement ouvrier se font sentir. On voit apparaître ici ou là des chambres syndicales qui regroupent bientôt pas moins de 20000 militants. En 1881, ces chambres sont au nombre de 500 dont 150 recensée à Paris. Le premier congrès ouvrier s’ouvre en 1876.

Plusieurs facteurs expliquent ce foisonnement. Après la crise de 1873, le libéralisme économique se développe sur un rythme effréné. La production industrielle s’accroît, les banques étalent leur domination sur un capital qui se resserre et se concentre. Le développement de l’empire colonial stimule les grandes sociétés commerciales qui s’ouvrent à de nouveaux débouchés. Cet accroissement du capital engendre une augmentation du nombre des ouvriers. En 1870 on en dénombrait 5 millions. En 1911, il sont presque 8 millions à se regrouper au sein de grandes entreprises nationales. L’usine, avec sa vie de caserne et ses salaires misérables, devient pour le travailleur, « le bagne » honnis. Désunis, peu organisés, les ouvriers ne croient qu’en l’action spontanée pour revendiquer leurs droits. Beaucoup sont influencés par les lectures de Proudhon, les idées anarchistes et l’anarcho-syndicalisme.

Lors du congrès ouvrier de Marseille d’octobre 1879, est crée la Fédération du Parti des Travailleurs socialistes de France, regroupant toutes les chambres syndicales avec un comité directeur à Paris. Dans les mois suivant, des chambres s’unissent en fédérations nationales. Des grèves surgissent spontanément dans le secteur du textile et chez les mineurs. La loi du 21 mars 1884 vient légaliser la reconnaissance des syndicats. Elle entérine surtout un état de fait, imposé par les actions multiples des travailleurs. Au congrès ouvrier de Lyon de 1886, les guesdistes, partisans d’actions révolutionnaires et s’opposant aux réformistes, mettent sur pied la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs de France et des colonies, « armées ouvrières marchant à la conquête de leurs droits » « pour écraser l’ennemi commun, le capitalisme ». Cette organisation perdurera jusqu’en 1898.

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Syndicalisme, nécessité sociale et nationale ? Ce soir 6 décembre sur Méridien Zéro

Syndicalisme, nécessité sociale et nationale ? Ce soir 6 décembre sur Méridien Zéro

06/12/2013 – 16h00
PARIS (NOVOpress) – Ce vendredi 6 décembre, dans son émission qui sera diffusée de 21 heures à 23 heures, la webradio Méridien Zéro reçoit Roberto Fiorini, Maurice Gendre et Lucien Cerise pour évoquer avec eux la question épineuse et passionnante de l’action syndicale aujourd’hui.

A la barre Jean-Louis Roumégace. Lord Gandalf à la technique.

Pour écouter Méridien Zéro, c’est ici.