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Le soldat au combat, perception du réel et influence du mental : le décryptage de Michel Goya (extraits)

Le soldat au combat, perception du réel et influence du mental : le décryptage de Michel Goya (extrait)

Extrait d’un entretien avec le colonel Michel Goya, officier des Troupes de marine et écrivain militaire, paru dans la lettre de Communication & Influence n°59 d’octobre 2014. Communication & Influence est une publication du cabinet Comes Communication (Paris-Toronto-Sao Paulo).


Le combat modifie toutes les perceptions. L’horreur surgit, la peur aussi. Certains hommes vont au-delà et font face. Pourquoi ? Comment ? Issu des Troupes de marine, ayant connu le feu (Afrique, Balkans), le colonel Goya, dirige le bureau Recherche au Centre de doctrine et d’emploi des forces à l’École militaire. Docteur en histoire, spécialiste du leadership et de l’innovation dans les organisations, enseignant dans des institutions prestigieuses, fondateur du blog La voie de l’épée, il vient de publier Sous le feu (Tallandier, 2014).

De 1914 à 2014, les contextes ont évolué. Mais aujourd’hui le soldat au combat est soumis à des influences antagonistes. La réalité du combat d’un côté, certaines règles iréniques de la société civile de l’autre. Or, comme le note le colonel Goya dans l’entretien qu’il a accordé à Bruno Racouchot, directeur de Comes Communication, les événements s’accélèrent, le spectre de la guerre fait son retour. Pouvons- nous continuer à être ainsi déconnectés du réel ? À subir des influences délétères qui nous désarment mentalement ? L’heure n’est-elle pas plutôt venue d’un retour à la Realpolitik ? Entretien sur un sujet sensible…


Le colonel Michel Goya © FJJ

Le colonel Michel Goya © FJJ

Notre monde occidental est un univers d’où la mort a été évacuée, où l’on s’efforce de circonscrire tout risque pour faire l’apologie du « care ». Votre livre se situe résolument à contre-courant. Sous le feu a pour sous- titre La mort comme hypothèse de travail. Et en bas de la couverture en une figure cette phrase lapidaire: Comment des hommes ordinaires peuvent faire des choses extra- ordinaires. Pourquoi un tel livre ?

Le combat, c’est un cadre qui a ses lois propres. Le combat sort du monde ordinaire, il nous place dans des circonstances totalement différentes de celles auxquelles nous sommes accoutumées. Ce bouleversement de la donne modifie en profondeur notre perception des choses, dont nos réactions et in fine notre être propre.
Comme le disait Louis-Ferdinand Céline qui fut grièvement blessé au tout début de la Grande Guerre, le baptême du feu, c’est le « dépucelage de l’horreur ».
J’ai tenté de décrire ce qui est difficilement descriptible, en m’efforçant de cerner ce qui se passe dans la tête des hommes lorsqu’ils basculent dans cet univers si particulier du combat. Les valeurs qui sont celles dont on doit faire preuve au combat sont finalement toujours les mêmes depuis l’origine. Or qu’est-ce qui pousse des hommes à surmonter leur peur, à être courageux, à exposer leur vie? À travers mon expérience et celle de mes camarades, j’ai essayé de décrire, sur un mode sociologique – je dirais presque ethnologique ou anthropologique – comment et pourquoi l’on combat, de quelle façon on s’adapte, parfois en quelques secondes, à cet univers particulier, qui porte ses règles propres, si dissemblables de celles qui régissent notre monde ordinaire. Certains hommes d’ailleurs recherchent volontairement cette ambiance de combat, cette proximité avec le danger et la mort.

N’existe-t-il pas un déphasage entre les valeurs de notre monde en paix, volontiers individualiste et hédoniste, et ces efforts énormes demandés au soldat qui doit affronter une autre réalité, d’une très grande violence? Passer ainsi d’une perception à une autre n’engendre-t-elle pas nécessairement une sorte de schizophrénie ?

Oui. C’est un fait qu’il est extrêmement complexe de gérer ces basculements de situations. Cette ambiguïté se retrouve aussi dans la gestion de la communication des armées, tâche complexe s’il en est. Car les campagnes de recrutement vont ainsi porter sur des thématiques bien connues du monde civil (apprendre un métier ou se consacrer à des actions humanitaires) et être en décalage avec les rudes réalités des opérations extérieures. Or, si vous interrogez les jeunes engagés qui veulent aller dans les unités d’intervention, on sent d’emblée chez nombre d’entre eux qu’ils ont envie de découvrir cette dimension du combat. Pourquoi ?
On a là une kyrielle de réponses, d’ordre psychologique ou éthologique, mais il semble bien que cette soif de découverte réponde à des impératifs intérieurs qui ont existé de tout temps : besoin d’aventure, exigence d’aller au-delà de soi-même, rejet d’une société par trop aseptisée, souci d’être intégré dans un groupe humain rendu solidaire par les risques partagés en commun, etc… Il faut ici se méfier des perceptions. En particulier de celles émanant des mondes politiques et médiatiques, qui conduisent à penser qu’il faut éliminer de nos vies ce qui est dur ou dangereux. À cet égard, on constate bien souvent que les sociétés humaines se révèlent intrinsèquement plus résilientes et volontaristes que leurs dirigeants, ces derniers faisant preuve d’un déni de réalité. De la sorte, on observe une césure toujours plus importante entre les peuples et la perception des élites au plus haut niveau qui fonctionnent avec une grille de décryptage souvent déconnectée des réalités. Face à une menace qu’il sent monter, un peuple peut réagir en acceptant lucidement la perspective de sacrifices.

Lire l’intégralité de l’entretien : téléchargez la lettre de Communication et Influence

Mali : mort d’un soldat français (Présent 8221)

Mali : mort d’un soldat français (Présent 8221)

Ci-dessus convoi d’islamistes au Mali.

30/10/2014 – PARIS (NOVOpress) – Mercredi noir pour l’armée française. Thomas Dupuy, 32 ans, sergent-chef des commandos parachutistes de l’air, est tombé au combat.

Premier mort français de l’opération Barkhane qui a remplacé l’opération Serval au Mali, Thomas Dupuy, « spécialiste reconnu dans les domaines de l’appui aérien, des transmissions opérationnelles et du saut à ouverture très grande hauteur », avait servi en Afghanistan en 2011, avant de rejoindre le théâtre sahélien en août dernier.

Mali : mort d’un soldat français (Présent 8221)Opération anti-terroriste

Mercredi, le sergent-chef Dupuy a perdu la vie (et deux autres soldats ont été blessés) alors qu’il participait à une mission dans le massif du Tigharghar, au nord du Mali, près de la frontière algérienne. Une mission à haut risque, dont le but était de « surprendre et frapper les groupes armés terroristes » de type Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) lourdement armés avec, notamment, des mitrailleuses et des armes anti-char. Des fous d’Allah chassés des grandes villes du nord lors de l’opération Serval essaient désormais de regagner du terrain depuis les profondeurs septentrionales du Mali et les pays voisins, où ils ont trouvé refuge.

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La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (4)

La terre et les morts : notre devoir de mémoire 1914 – 1918 (2)

15/09/2014 – LAVAL (NOVOpress)
Il aura fallu cent ans pour que la société moderne, gangrenée par l’hyper-mobilité, la sur-consommation et le rejet pathologique du passé, se souvienne d’une guerre qui fut à l’origine d’un ethnocide sans précédent. Des générations de paysans et d’ouvriers ne reviendront jamais de quatre années d’un conflit indépassable dans l’horreur et l’héroïsme quotidien. Ceux-là mêmes qui eurent à affronter les sabreurs de Clémenceau le Rouge quelques années plus tôt lors des grandes grèves du début de siècle, fourniront sans rechigner les bataillons lancés dans la boue des tranchées. L’aristocratie française s’éteindra elle aussi dans les charges et les trous d’obus, « en casoar et gants blancs », sous le regard moqueur de l’industrie de l’armement. L’année 1918 verra naître la fin d’un monde.

Si notre attention est essentiellement dirigée sur la société de demain et les façons d’y parvenir, nous n’oublions pas que nous sommes les gardiens d’une tradition et d’une histoire. La Grande Guerre, par son ampleur folle, a touché chaque famille française, du plus petit village, à la grande métropole. Nos monuments aux morts en témoignent. Hors du consensus mou orchestré par l’Etat, il nous a paru indispensable d’évoquer cette tragédie humaine et la mémoire de nos ancêtres. Celle-ci nous appartient tout autant – et peut être même plus – qu’à d’autres.

Pour ce faire, nous avons choisi délibérément de suivre un de ces conscrits de 1914 à travers les lettres qu’il envoya quotidiennement à sa famille et ce jusqu’à son décès au front le 28 février 1915 (photo). Ces lettres furent publiées dans la presse locale pendant la période de guerre et restent inédites depuis. Si elles reflètent pleinement une époque (la propagande joue un rôle déterminant), on y découvre l’homme en arme avec toutes ses contradictions. Mais c’est surtout le quotidien effrayant des combattants que nous allons découvrir.

D’origine modeste – son père est journalier et sa mère femme de ménage –, Paul Vaseux naît le 6 janvier 1889 dans un petit village du Maine, sur les marches de Bretagne et Normandie. Incorporé à compter du 28 septembre 1907 comme engagé volontaire au 131ème régiment d’infanterie, le jeune homme se rengage successivement quatre fois et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : caporal en 1908, sergent en 1911, sergent-major en 1913. Son état des services le décrit blond aux yeux bleus et d’une taille de 1,67 mètre. En décembre 1913 survient le décès de sa mère qui va marquer profondément le jeune sous-officier. Le 1er août 1914 on mobilise…

La première partie des lettres de Paul Vaseux

Alors que la 18e brigade d’infanterie doit garder les débouchés de St-Mihiel, le 131e régiment d’infanterie reçoit le 7 août 1914 la mission de tenir le pont de la ville. L’unité y stationne jusqu’au 9 puis prend la direction d’Haudainville et Troyon. Le 13 août, le régiment de Paul Vaseux continue sa marche en avant. On franchit Etain, Billy-sous-Mangiennes, Romagne-sous-les-Côtes. Voici ce qu’écrit le jeune sergent.


Saint-Mihiel, 8 août 1914 (21h00)

« Aujourd’hui encore nous sommes revenus coucher à Saint-Mihiel et Dieu sait si nous sommes heureux de pouvoir ce soir encore, coucher dans un lit laissé par le 161e d’infanterie.

…J’espère bien moi aussi revenir, mais qu’importe s’il le faut, nous saurons mourir en luttant vaillamment jusqu’à notre dernier souffle pour assurer la victoire et la paix et la liberté à notre cher pays.

Il me semble qu’il serait préférable de mourir sur le champs de bataille que de revenir avec un ou deux membres de moins. Je ne puis me faire à l’idée que je pourrais retourner à Beaumont avec une jambe ou un bras de moins. La mort me paraîtrait désirable et pourtant la vie à tout prix, c’est bien ce que demande chacun de nous.

Enfin pour le moment tout va bien. Jusqu’à aujourd’hui nous avons eu à souffrir en aucune façon, ni des marches trop pénibles, ni de provisions faisant défaut, ni même de coups de fusil emportant quelques-uns d’entre nous. Nous sommes en ballade. Et cette ballade finira quand ? Je l’ignore. »

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Armée : les derniers fidèles d'une austère religion - par Dominique Venner

Armée : les derniers fidèles d’une austère religion – par Dominique Venner

17/07/2014 – PARIS (via Métapo Infos)
Nous reproduisons ci-dessous un texte de Dominique Venner cueilli dans la revue Item en 1977 et consacré à l’armée comme refuge de valeurs essentielles à la vie de la cité.


Je me sens peu de goût pour défendre les militaires indéfendables. Leurs insuffisances sont les causes premières de l’antimilitarisme. Il me suffit d’éveiller mes propres souvenirs. Durant les trente mois passés sous l’uniforme pendant la guerre d’Algérie, j’ai connu peu d’hommes de qualité. En fait de guerriers, j’ai surtout rencontré des fonctionnaires timorés. Cette armée était une remarquable machine à tuer les vocations. Chez les cadres, en dehors de fulgurantes exceptions, la mollesse du caractère, l’apathie intellectuelle et même le débraillé physique semblaient la règle. En dessous, se traînait en maugréant un bétail sale et aviné. Cette caricature d’armée était à l’image de la société. Les choses ne se sont pas améliorées.

Mais il y avait des exceptions. Là, battait le cœur véritable de l’Armée. Les paras n’étaient pas seuls à donner le ton. Il arriva qu’au sein du régiment « cul de plomb » le plus loqueteux, une compagnie, voire une section tranchât, par la seule grâce d’un officier ou d’un sous-officier différent. Ceux-là avaient transformé les bidasses en hommes.

Tel est le miracle de la société militaire, si malade fût-elle. Tout y est possible pour des tempéraments forts et imaginatifs.

Depuis trente ans et plus, l’armée propose aux lecteurs de ses affiches « un métier, un avenir ». Du temps de Montluc ou du Maréchal de Saxe, les rutilants sergents-recruteurs promettaient l’aventure et la gloire. Rien n’interdirait d’actualiser. Quand elle a des chefs capables, l’Armée offre aux jeunes hommes tout juste sortis de l’adolescence les grandes vacances des servitudes civiles. Plus de profs, plus de patrons, plus de factures ni de percepteur. L’anti-« métro-boulot-dodo ». Le plaisir d’être jeunes, souples, agiles et forts. Le régiment, c’est la bande, avec ses rites et ses lois.

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Un militaire de Vigipirate poignardé à La Défense, Manuel Valls ne met pas (encore) en cause le Printemps français !

Un militaire de Vigipirate poignardé à La Défense, Manuel Valls ne met pas (encore) en cause le Printemps français !

26/05/2013 – 01h30
PARIS (NOVOpress) –
Un militaire en tenue, en mission Vigipirate, a été poignardé samedi vers 18h dans le quartier de La Défense (Hauts-de-Seine). Il a été attaqué par derrière et touché à la gorge. Hospitalisé à l’hôpital à Clamart ses jours ne paraissent pas en danger.

L’agresseur a pu prendre la fuite et Le Parisien rapporte : « La police le décrit comme un homme de type nord-africain, âgé d’environ 30 ans. Il est porteur d’une barbe, d’un blouson noir et d’une djellaba de couleur claire, selon nos informations. »

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“Incident mine” en Afghanistan

« Incident mine » en Afghanistan [Exclusivité]

Le texte ci-dessous nous a été envoyé par un lecteur qui a combattu en Afghanistan pendant l’été 2004 dans l’armée française.

Cet extrait de son journal de bord, écrit pendant cette période, relate un « incident » dans lequel un soldat a perdu un pied et un autre a été gravement blessé, nous avons pu vérifier les faits relatés. Les propos sont crus et reflètent la réalité du terrain.

Dans la lettre accompagnant ce texte notre lecteur explique l’envoi de cet extrait par les réflexions que lui inspirent les nouvelles morts de soldats français en Afghanistan en Juillet dernier et par la campagne du Bloc Identitaire pour le retrait des forces françaises de cette guerre américaine.

Cette lettre est sans concessions : « morts pour rien », « il existe un rapport de blessés par rapport aux morts de 3 à 4 », « 70 morts aujourd’hui mais combien de soldats mutilés ? », « 14 juillet, véritable mascarade », « vent de colère dans les régiments », « armée 2000, livre blanc… », « énergie gâchée », « matériel obsolète, manque de moyens » …

Les noms des personnes citées ont été remplacés par Novopress par leur initiale. Les indications en italique et entre [  ] ont été ajoutées par nos soins pour une meilleure compréhension.

[box class= »info »]La photo (pour la voir en entier cliquer dessus) : prise pendant l’action relatée dans le texte ci-dessous. Un groupe de combat monte dans un hélicoptère Black Hawk Turc de l’ISAF (International Security Assistance Force, coalition militaire intervenant en Afghanistan sous l’égide de l’OTAN) au milieu d’un champ miné et pollué [pollué : contenant des munitions non explosées]. On peut observer une roquette non explosée à quelques dizaines de centimètres du deuxième soldat. Les autres soldats que l’on devine en arrière-plan à gauche, sont également dans une zone polluée. Le drapeau turc est-il une protection contre les balles musulmanes afghanes ?[/box]

Extrait du journal :

Mardi 29 juin [2004] : On est montés dans le Black Hawk vers 9h30. Le vol et les capacités opérationnelles de cet engin sont géniaux. Nous avons survolé les vignes où nous avions patrouillé tant bien que mal et là, c’était un plaisir à 40m au dessus du sol, rien ne peut échapper à l’œil. La vitesse de déplacement est assez dingue surtout qu’on coupe au plus court. Au bout d’un quart d’heure, nous sommes arrivés sur la DZ [Drop Zone (zone de largage)] tout émoustillés. J’étais avec 13, parce qu’on m’avait oublié sur la liste la veille avec 2 autres gars. Nous avons débarqués en colonne derrière G. casque sur la tête. Une fois l’hélico parti, nous nous sommes relevés et avons découvert la situation.

La première rotation était là sauf 14 qui était allé remplacer un groupe de la S5 en jalonnement jusqu’aux camions à 45 minutes à pied dans la montagne. Nous nous sommes tous déplacés vers le lieut. [lieutenant] qui nous attendait à 100 mètres sur un chemin. Et là, il y avait du monde partout ! Moi, j’étais sur le chemin, ayant très peu bougé. Tout à coup, hors de mon champ de vision, j’entends une explosion assez proche et me dis : « tiens, un tir contrôlé ou un exercice ». Je tourne la tête vers l’origine et vois à 10 mètres une colonne de fumée noire et de terre. J’entends des débris tomber au sol, je prends de la terre (un peu) sur la tête et j’entends hurler. Des membres de mon stick [groupe de largage] s’étant dirigés à gauche ont voulu couper et N. a sauté sur une mine à action locale type PM2. Son pied, enfin le morceau, est monté à plusieurs mètres et on a retrouvé des petits bouts à 15 mètres. J. qui était à coté a pris des éclats dont un de 5 centimètres dans le bras droit et des petits à la tête. Celui-ci est tombé au milieu du champ de mines soit à 6 mètres du chemin, avec tout son équipement. L. s’est retrouvé sain et sauf debout au milieu, juché sur un caillou.

Tout le monde a bien réagi et nous avons évité le sur accident. Tout le monde a stoppé sur place, puis l’adjudant D. et le caporal-chef M. se sont occupés du blessé qui n’a pas trop hurlé. Il a eu de la chance de retomber sur le talus au bord du chemin car on a pu lui administrer les premiers soins soit 2 piqûres de morphine plus soutien psychologique. Sinon il aurait du se démerder tout seul avec son moignon pourri. Pas d’hémorragie car la plaie est cautérisée instantanément. G. était détruit et racontait des conneries tout fort. Du coup je me suis mis au travail alors que je n’aurais pas du bouger. D’autres n’ont pas bougé le petit doigt, restant avec leur groupe. Je me suis occupé de l’environnement direct du blessé. J’ai fait évacuer les autres gars présents sur le chemin beaucoup plus bas (au moins 100 mètres). Puis j’ai évalué les besoins de L. qui allait très bien et de J. blessé. J’ai récupéré le matos de L. qui ne devait pas bouger jusqu’à l’arrivée des EOD [Elimination d’Objets Détonants], flingue, casque, musette. Je lui ai balancé de l’eau. On a pas arrêté de parler à J. en surveillant son état de santé. Il avait le moral mais avait mal et était gêné par sa musette et sa Minimi [mitrailleuse légère en 5,56 mm]. J’ai récupéré tout le matériel qui traînait (armes, casques, musettes) et l’ai stocké plus bas sur le chemin. J’ai effectué les mesures de sécurité et ai gardé les chargeurs. Je faisais des va et viens sur le chemin qui était censé être clair. J’ai apporté des seringues de morphine et on s’est aperçu qu’elles n’avaient pas d’aiguilles. Bravo ! J’ai passé mon bob à N. qui avait la gueule au soleil. Il faisait chaud là-haut. Il y avait deux bouts de bidoche que j’ai fait recouvrir d’un caillou. L. a joué avec un, d’ailleurs. On a libéré ce dernier car il n’était qu’à 2 mètres du chemin. On a posé une frag. [gilet pare-balle] dépliée au sol, on s’est tous barrés et il a pris un appui sur la frag. et a sauté sur le chemin. Il a d’ailleurs failli sauter trop loin avec l’élan.

Un hélico est arrivé et l’adjudant, M. et D. ont chargé le blessé dedans en urgence. R. qui venait d’apporter ses seringues de morphine les a aidé mais il devait être affolé car il est parti avec en laissant son groupe. C’est le seul qui a couru d’ailleurs. Charité chrétienne… Il ne restait plus que J. au bout de 20 minutes après le flash. N. a été évacué par hasard parce qu’un hélico passait par là. Sinon, on attendait les san. [équipe sanitaire] et les EOD. Ils sont arrivés au bout d’une heure car il y avait des problèmes avec les pilotes d’hélico qui étaient aux fraises. C’était des p… de turcs. Nous soutenions J. avec G. qui était choqué. Moi, c’était RAS [Rien A Signaler], très zen. Il faut dire que je suis un peu blindé à force de me frotter à la vie ! J. s’est fumé deux clopes. Pour la deuxième, il a fait tomber sa boite d’allumettes par terre. Heureusement il en avait une deuxième. Les EOD sont arrivés en hélico avec une équipe san. Ils ont été très efficaces. Avec leur détecteur, ils ont tracé un cheminement jusqu’à J. en délimitant en bleu et en marquant la ferraille en vert. Il y avait du vert partout ! Une à 10 centimètres du cul et à coté de son pied. Ils l’ont évacué avec l’hélico. On a failli avoir deux problèmes avec eux car en manœuvrant, le rotor est passé à trois fois rien de la tête des gars.

Bref, il ne restait plus qu’à évacuer une cinquantaine de personnes de la zone. La moitié s’est fait héliporter et nous, nous sommes descendus par le chemin précédés par un EOD, un russe que j’ai trouvé très sympathique, à moitié loup. Le chemin s’est avéré être miné antichar donc de l’antipersonnel en protection. On a tracé pendant une heure. Les gars n’avaient plus d’eau, certains n’avaient même pas pris de musette. L’adjudant et l’adjudant-chef EOD du 2ème REG [2ème Régiment Etranger de Génie] eux, sont partis chercher le reste du groupe 14 en jalon. Ceux-ci n’avaient compris qu’au bout d’une heure et demie qu’il y avait un problème mine. Eux-mêmes étaient postés isolément en plein champ miné. Ils ont récupéré tout le monde à la vitesse record de 150 mètres en 15 minutes. Ils ont relevé trois mines autour de B., repéré cinq pour D. … Les gars ont eu du mal quand ils ont réalisé la folie de leur situation. Après beaucoup d’attente, nous avons pu embarquer et rentrer par Bottle. Notre VLRA [camion de transport de troupe] est tombé en panne sèche et c’est le camion de 11 dont une batterie venait d’exploser qui nous a tiré jusqu’au camp. La misère ! Voilà pour l’aventure. Maintenant il reste la procédure. Nous aurions tous pu y passer. Moi, j’ai toujours fait confiance en nos dieux, donc ça va. B. la grande gueule, est en réalité une petite merde qui s’est dégonflé, il est très choqué.

La zone choisie était, paraît il, la plus sure. Les EOD [Elimination d’Objets Détonants] ne sont pas de cet avis, surtout que l’organisateur du merdier n’a pas cru bon de les faire venir sur zone avant notre arrivée. J’espère qu’ils pourront faire croquer des mecs. Tout le monde essaye de se couvrir et je pense qu’il n’y aura personne de mis en cause. Le système militaire est ainsi fait que la responsabilité est diluée dans les services. Il existe tout de même des connards qui ont signé la viabilité de la DZ. La responsabilité civile existe et je pense que le capitaine ou l’officier qui lui a refilé le bébé doivent manger. Un GV [Grenadier Voltigeur, soldat] s’est fait virer pour un poing dans la gueule et là, rien. Ça n’est pas normal. Mise en danger de la vie d’autrui, cela existe aussi. Et envoyer une section jalonner un itinéraire dans la verte sans prendre de précaution, c’est criminel. Le capitaine commence à se couvrir en rappelant que c’était une opération et non pas un exercice. Moi je dis que c’était un tour en hélico et que l’exercice a été préparé à la va-vite. Comme d’habitude, on comptait sur la qualité d’adaptation des cadres pour que tout finisse bien. G. a déjà été entendu par un colonel pour savoir si ses mecs avaient leur casque, s’il leur avait donné des ordres… L’arbre G. va cacher la forêt incompétence. Le pit. [capitaine], dans son discours vespéral démagogique a dit qu’il était fier du professionnalisme de la section alors que la veille nous étions des incapables.

Mercredi 30 juin [2004] : Nous avons effectué des patrouilles mais l’affaire a suivi son cours. J. va bien. Je lui ai apporté une boite d’allumettes en souvenir de celle qu’il a fait tomber hier. Ça l’a fait rire. Il a le moral. N. est parti en avion cet après midi. On l’a tous vu rapidement. Il avait l’air bien. Il faisait des blagues et m’a fait coucou de la main. Il y avait là tout un tas de connards qu’on ne voit jamais normalement sauf pour nous casser les couilles. L’ambassadeur était là mais c’était pour la forme. N. part pour Douchanbé et prend l’avion présidentiel jusqu’à Istres où il sera accueilli par sa famille. Comme je l’avais vu hier, il y a deux affaires. La DZ pourrie et le jalonnement à travers la montagne. Les EOD sont sur la deuxième et ils ont l’air à cran. L’enquête démarre demain et je tiens à être entendu. Des têtes vont tomber, tant mieux car le système militaire est vraiment stupide. Le problème du jalonnement c’est que la S5 n’a pas pu joindre la DZ en véhicule pour on ne sait quelle raison (loose topo ?). Du coup, vu qu’ils étaient pressés par le temps, l’adjudant B. chef de section, a décidé de jalonner l’itinéraire en coupant tout droit. Avait-il rendu compte au commandant d’unité ou initiative privée malheureuse ? L’affaire promet d’être intéressante…