Tag Archives: science

Vladimir Poutine aurait une démarche de porte-flingue

19/12/2015 – MONDE (NOVOpress)
La prestigieuse revue British Medical Journal (BMJ) publie chaque année son lot d’étude loufoques et en 2015 le sujet de l’une d’elles n’était autre que la démarche de Vladimir Poutine qualifiée de «démarche du flingueur». Enseignée par le KGB, elle permet d’avoir un accès rapide à son arme. Mais saviez-vous qu’elle remonte à la conquête de l’Ouest sauvage ?

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Goélette Tara : le tour de l'Arctique pour étudier l'écosystème

Goélette Tara : le tour de l’Arctique pour étudier l’écosystème

25/04/2013 – 18h30
LORIENT (NOVOpress via Bulletin de réinformation) –
Le 19 mai, la goélette (photo) lèvera l’ancre pour une nouvelle expédition scientifique. Ce grand voilier quittera Lorient pour rejoindre l’océan Arctique. Elle effectuera autour de celui-ci un parcours de 25.000 kilomètres afin d’étudier en particulier le plancton, premier maillon de la chaîne alimentaire des océans.

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« Le vrai génie du christianisme / Laïcité Liberté Développement » de Jean-Louis Harouel

« Le vrai génie du christianisme / Laïcité Liberté Développement » de Jean-Louis Harouel

Les religions séculières qui, surtout depuis la seconde moitié du XXe siècle, ont prospéré sur le déclin tant du catholicisme que du protestantisme, permettront-elles de préserver ce qui, selon Jean-Louis Harouel, fut Le vrai génie du christianisme en assurant pendant plus d’un millénaire la suprématie morale, intellectuelle, scientifique et technique de l’Europe ? Rien n’est moins sûr. CL

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Le neuromarketing, gadget de publicitaires ou outil de manipulation des masses ?

Le neuromarketing, gadget de publicitaires ou outil de manipulation des masses ?

21/05/2012 – 08h00
PARIS (NOVOpress) — Le neuromarketing est une technique qui permet, par l’observation de l’activité cérébrale, d’analyser les émotions du consommateur pour déterminer scientifiquement ce qui conditionne l’acte d’achat. Il s’agit d’une technique de marketing relativement récente, puisqu’elle date du début des années 2000. Elle est encore assez peu connue en France.

Le constat de départ des publicitaires et marketeurs est assez simple : pour lancer un produit ou une campagne, des études sont effectuées (sondages, groupes de testeurs). La stratégie marketing est élaborée à partir des déclarations des sujets-tests. Le problème réside dans le fait que malgré toutes ces études coûteuses, 90% des produits lancés sur le marché échouent au bout d’un an pour la simple raison que les consommateurs ne disent pas la vérité lors des enquêtes. Donc, comment savoir ce qui se passe réellement dans la tête de l’acheteur potentiel sans passer par le filtre de la parole ? C’est là l’axe d’étude du neuromarketing.

Read Montague, un neurologue américain s'interroge sur une étude marketing concernant la comparaison Pepsi / Coca-Cola

Read Montague. Crédit photo : Baylor College of Medicine

La première étude connue dans ce domaine (mêlant considérations marketing et neurosciences) date de 2002. Read Montague, un neurologue américain s’interroge sur une étude marketing concernant la comparaison Pepsi / Coca-Cola. Lorsque l’on fait tester les deux boissons en aveugle à un groupe-test, les consommateurs préfèrent toujours Pepsi. Comment se fait-il dans ce cas que la boisson dominante sur le marché soit Coca-Cola ? Il y a là une incohérence à première vue. À l’inverse, si l’on indique lors du test de quelle boisson il s’agit, les cobayes préfèrent toujours Coca-Cola. R. Montague va donc refaire une batterie de tests d’abord en aveugle, puis en indiquant aux testeurs de quelle boisson il s’agit. Pendant les deux tests on va mesurer par IRM les zones d’activités du cerveau. Lors du test en aveugle, c’est le putamen qui réagit. Cette zone régit les plaisirs immédiats et instinctifs et fait partie du cerveau primitif. Lors du deuxième test, en revanche, une zone supplémentaire du cortex préfrontal s’active, celle de l’estime de soi. Donc le cerveau primitif prend la décision (j’aime/je n’aime pas) qui est ensuite inhibée par la conscience (dans le cortex préfrontal). R. Montague démontre donc scientifiquement l’action réelle des campagnes publicitaires sur l’activité du cerveau. À ce stade, on se dit que la célèbre sortie de Patrick Le Lay sur le fait de vendre à Coca-Cola du temps de cerveau disponible, n’est pas très éloignée de la réalité scientifique des choses…

À partir de cette première expérience, le neuromarketing va devenir un champ d’études à part entière. Comment ça marche ? Les neurosciences ont mis en évidence dans le cerveau, le circuit de la récompense qui indique pour chaque action un message gain/perte, bien/mal. Pour le mesurer on utilise principalement l’IRMf (Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle). Elle mesure la consommation d’oxygène dans les tissus du cerveau en fonction des actions du sujet. Contrairement à un sondage, l’IRM analyse la réponse réelle du cerveau, non altérée par la parole.

Exemple vidéo ci-dessous : les zones du cerveau qui s’activent lorsqu’un sujet mâle de 26 ans regarde la bande-annonce du film Fast and Furious

L’IRMf n’est pas la seule technique utilisée dans la mesure où elle ne peut être opérée in situ (dans le magasin), elle n’est donc pas assez précise pour analyser tous les ressorts de la contextualisation de l’acte d’achat. Les deux autres méthodes sont donc l’électro-encéphalogramme, qui va mesurer l’activité électrique du cerveau et l’analyse des observations du clignement de l’œil chez le sujet. Ces deux dernières sont encore pour le moment assez peu fiables, mais elles visent à définir les facteurs émotionnels et sensoriels (forme du produit, couleur, toucher) qui influencent le consommateur.

Lorsque l'on fait tester les deux boissons en aveugle à un groupe-test, les consommateurs préfèrent toujours Pepsi. Comment se fait-il dans ce cas que la boisson dominante sur le marché soit Coca-Cola ?

Lorsque l'on fait tester les deux boissons en aveugle à un groupe-test, les consommateurs préfèrent toujours Pepsi. Comment se fait-il dans ce cas que la boisson dominante sur le marché soit Coca-Cola ? Crédit photo : DR

Les entreprises sont un peu gênées de communiquer sur le sujet (officiellement personne n’utilise le neuromarketing) dans la mesure où certaines applications concrètes du neuromarketing sont à rapprocher des techniques de manipulation mentale.

Après la première expérience Coca-Cola/Pepsi, quelques expériences ont néanmoins été rendues publiques et publiées. Par exemple pour savoir quelle zone du cerveau s’active lors de l’acte d’achat. On a mis des sujets face à un écran présentant un produit, puis on affiche le prix, puis on propose d’acheter le produit au prix indiqué. L’IRMf montre que chaque phase anime une zone spécifique, d’abord celle spécialisée dans l’anticipation du gain, puis celle de la balance entre gain et perte. Dans la phase d’achat proprement dite, la zone d’anticipation de la perte se désactive. Cette expérience a permis aussi de déterminer un comportement prédictif : si lors de la présentation du produit le noyau accumbens (zone d’anticipation du gain) s’active, on peut être sûr que le produit sera acheté. Il suffit donc d’utiliser les bons stimuli pour activer cette zone afin de susciter automatiquement l’acte d’achat.

Une autre expérience a utilisé la technique du morphing pour faire varier imperceptiblement les caractéristiques d’un visage masculin que l’on présentait au sujet. Résultat : les femmes sont plus réceptives à la version « virile » du visage des hommes, qu’à la version « féminine » ou « juvénile ». Les visages les plus appréciés activent le circuit de la récompense dans le noyau accumbens. L’application concrète est tout simplement d’utiliser un léger morphing déterminé en fonction du public visé et du support, pour une même campagne de publicité. Ce qui décuple ses effets.

Les neurosciences ont permis la découverte de ce que l’on appelle les neurones miroirs. Ceux ci s’activent lorsque l’on fait certains gestes, lorsqu’on imagine les faire et lorsqu’on les voit accomplir chez autrui. Ils sont le support de l’empathie et de l’apprentissage par l’imitation. Des expériences ont permis d’en tirer une utilisation marketing. Une présentation produit avec un utilisateur actif permet d’activer les neurones miroirs, c’est ce que l’on appelle « l’empathie motrice ». Elle est de fait beaucoup plus persuasive qu’une présentation simple avec un utilisateur passif.

Récemment la société Ion Interactive a fait un test pour savoir quel était le meilleur visuel pour pousser le consommateur à s'inscrire sur le site d'un jeu en ligne « Thirst of the night »

Récemment la société Ion Interactive a fait un test pour savoir quel était le meilleur visuel pour pousser le consommateur à s'inscrire sur le site d'un jeu en ligne « Thirst of the night »

Récemment la société Ion Interactive a fait un test pour savoir quel était le meilleur visuel pour pousser le consommateur à s’inscrire sur le site d’un jeu en ligne « Thirst of the night ». Elle a proposé trois visuel différent : un visuel plan large avec des images du jeu, un visuel de femme vampire en plan serré visage, un visuel de femme vampire avec un décolleté avantageux. Le décolleté a suscité 95%  d’inscriptions en plus que les autres visuels. Mais selon les spécialistes des neurosciences appliquées au marketing, le sexe ne fait pas vendre à tous les coups. L’imagerie suscite une impatience chez l’homme qui se concentre alors sur une logique à court terme. La technique est donc très efficace pour vendre un produit immédiatement utilisable (voiture, jeu vidéo) mais en revanche elle est inefficiente pour vendre un produit de long terme (une assurance vie par exemple). L’imagerie seule ne suffit pas, l’orientation du regard du consommateur compte aussi. Dans l’exemple en question, les seins de dame vampire pointent vers le bouton « jouez maintenant », ce qui décuple l’efficacité. Curieusement des associations humanitaires utilisent aussi ce genre de techniques marketing, parce ce type d’imagerie active également les zones du cerveau correspondant à l’altruisme et à la générosité.

Étrangement, si l’on fait quelques recherches sur la question du neuromarketing, on s’aperçoit vite que la ligne dominante des réflexions vise à désamorcer le danger potentiel en terme de liberté des populations. Quels sont les arguments ? Du point de vue scientifique, l’étroitesse des échantillons et les conditions des études (avec des sujets totalement coupés de leur environnement) ne permettraient pas d’aboutir à des conclusions réellement définitives. Difficile de juger de la validité de cet argument pour l’instant. Il s’agit d’un champ d’études balbutiant et débutant, dans quelques années le nombre d’études permettra sans doute d’aboutir à des résultats statistiques plus probants. L’autre reproche qui est fait au neuromarketing est celui de son simplisme interprétatif. Chaque aire cérébrale est réduite à une fonction alors que le fonctionnement du cerveau est beaucoup plus complexe. « Il s’agit là de déduire un état psychologique, assez mal défini reconnaissons-le, à partir d’une activité cérébrale localisée. La validité est douteuse. Ce n’est pas parce qu’il y a des nuages dans le ciel à chaque fois qu’il pleut que l’on affirmera qu’il pleut à chaque fois qu’il y a des nuages. Ce raisonnement serait-il moins absurde à l’intérieur de la boîte crânienne ? » Fabrice Guillaume, docteur en neuropsychologie. Le dernier argument est celui de la trivialité des arguments en fonction du coût engagé (dépenser des millions pour prouver scientifiquement que le sexe fait vendre, est-ce bien raisonnable ?). Le leitmotiv des optimistes est « il n’y a pas de bouton d’achat dans le cerveau ». Tout ceci pour aboutir à la conclusion suivante : le neuromarketing c’est un gadget, vous n’avez rien à craindre, tout va bien.

Certaines utilisations font froid dans le dos

Mais est-ce si certain ? Certaines utilisations du neuromarketing font froid dans le dos. Au Philippines, une entreprise de bonbons, Kopiko a fait du neuromarketing prénatal. Elle a distribué des échantillons de confiseries aux futures mamans, car il a été prouvé que le régime alimentaire de la mère formatait dans le cerveau les circuits du goût chez l’enfant. Faire manger certains bonbons à la mère permettrait d’influer sur les futurs désirs alimentaires de l’enfant. Et l’on a effectivement constaté dans les années qui ont suivi un boom de la consommation du bonbon précédemment distribué, chez les jeunes enfants (source : Martin Lindstrom « Brandwashed. Tricks companies use to manipulate our minds and persuade to buy »).

Le neuromarketing commence aussi à être utilisé, bien que manière encore marginale pour l’instant, dans le marketing électoral. Il a été utilisé lors de la campagne 2004 pour élaborer les spots de campagne. Les images du 11 septembre provoquaient plus d’activité dans l’amygdale (zone du cerveau associée à la peur) chez les électeurs démocrates que chez les républicains. Lors de la dernière élection Obama/McCain des cabinets conseils ont commandé des études pour savoir quelle zone du cerveau était activée en fonction de l’image du candidat, et ainsi adapter la campagne. On commence également à utiliser l’IRMf pour rechercher dans le cerveau les zones où se situeraient les opinions politiques, le jugement moral ou la religion.

Certes, pour l’instant les applications concrètes des ces méthodes sont encore peu efficientes. Mais quand on sait que des chercheurs (Dr Daria Knoch, professeur au département de psychologie sociale de l’université de Bâle) en neurosciences ont déjà réussi à modifier complètement le comportement de sujets en désactivant les zones de décisions du cortex préfrontal par des stimulations magnétiques, on peut commencer à s’inquiéter.

Le professeur Marcel Just, qui dirige le centre d’imagerie cognitive de l’université Carnegie Mellon, nous explique sa vision du futur : « Depuis quelques années, on utilise l’IRM pour identifier le contenu des pensées. Grâce à de nouveaux outils de traitement des données et des machines plus intelligentes, nous sommes capables d’établir un lien entre un schéma d’activité cérébrale et un certain type de pensée. Cela veut dire que quand nous pensons à une chaise, à une pomme, à un marteau, ou n’importe quel objet physique, il se passe des choses semblables dans nos cerveaux. 
D’ici dix ou vingt ans, on n’aura plus besoin de l’IRM. L’activité électromagnétique du cerveau, sera détectée par de simples capteurs. On aura peut-être un petit matériel portatif, avec lequel on pourra voir ce qui se passe dans le cerveau d’un autre. Ce sera un peu comme un camp de nudisme mental. Je ne sais pas comment éviter que ce soit mal utilisé. C’est un nouveau savoir formidable. Ça peut sûrement être utilisé à des mauvaises fins. On s’inquiète à propos d’interrogatoires de police, du neuromarketing, etc… Bien sûr, on pourra l’utiliser pour de mauvaises raisons. Aujourd’hui, la coopération des gens est nécessaire. On doit faire exprès de penser à une pomme pour que ça marche. Mais au fil du temps, il faudra moins de coopération. Est-ce mauvais si chacun sait à quoi vous pensez ? Ce serait la fin de la vie privée. Au fur et à mesure que la science se développe, les possibilités de manipuler, en bien ou en mal, l’être humain sont absolument énormes. Je crois que nous pourrons modifier la race humaine. Voulons-nous créer une nouvelle espèce ? Je crois que nous en aurons les moyens. C’est au-delà de tout ce que je peux imaginer. Le voulons-nous vraiment ? C’est une des plus formidables questions auxquelles nous aurons à répondre. Et c’est pour bientôt. »

Mais n’ayez pas peur…

Spoutnik, pour Novopress

Crédit photo en Une : Damien [Phototrend.fr] via Flickr (cc)

Collèges, rues et sites : le jeu de massacre

Collèges, rues et sites : le jeu de massacre

Prolifique écrivain de la mer et prix Goncourt en 1934 pour son superbe roman Capitaine Conan, Roger Vercel (1894-1957) va-t-il être expulsé des deux collèges qui lui avaient été dédiés, l’un au Mans, sa ville natale, et l’autre à Dinan, où il s’éteignit ?

Le crime de Roger Vercel

Les choses seraient en bonne voie si l’on en croit la très influente Fédération nationale des déportés, internés résistants et patriotes (FNDIRP) qui, le 20 février, a officiellement saisi dans ce sens les conseils généraux de la Sarthe et des Côtes-du-Nord, ainsi que les maires de Dinan et du Mans.

Le crime de l’écrivain ? Avoir signé le 16 octobre 1940, à la Une du quotidien Ouest Eclair — devenu Ouest France à la Libération — un article où il signalait « l’emprise juive » sur les milieux littéraires et dans l’édition.

Peu importe, du coup, que, non mobilisable en 1914 en raison de sa très forte myopie, le jeune Vercel ait réussi à devenir brancardier dans les tranchées avant de prendre part, comme sous-lieutenant, aux batailles de l’Yser, de Champagne, de la Somme, puis sur le très sanglant front d’Orient, où il ne sera démobilisé qu’un an après l’armistice. Peu importe aussi qu’en 1996, lors de la sortie du film Capitaine Conan, tiré par Bertrand Tavernier du livre de Vercel, avec le très socialiste Philippe Torreton dans le rôle-titre (*), L’Humanité ait publié de lui un portrait aussi long qu’élogieux : le voici jugé indigne d’accueillir des potaches dans des collèges portant son nom.

Au micro de France Bleu Armorique le 26 février, le président PS du Conseil général des Côtes d’Armor, Claudie Lebreton, faisait savoir que des recherches étaient en cours aux archives départementales et promettait qu’en cas de délit « caractérisé », il assumerait « ses responsabilités avec courage et détermination ».

Les Gardes rouges de la Mémoire

Admirable courage et mâle détermination dont avait fait preuve en 2002 le conseil régional des Hauts-de-Seine (présidé par un autre socialiste, Jean-Paul Huchon) quand le corps enseignant et les parents d’élèves du lycée Florent Schmitt s’étaient avisés que l’illustre compositeur de musique classique, dont l’établissement portait le nom, avait appartenu pendant la dernière guerre au Groupe Collaboration et s’était rendu au festival Mozart à Salzbourg — sans doute dans l’espoir de faire libérer son fils, prisonnier en Allemagne.

A la Libération, ces imprudences valurent certes à Florent Schmitt (1870-1958) des poursuites pour indignité nationale mais celles-ci furent rapidement classées sans suite : le Comité national d’épuration des gens de lettres, auteurs et compositeurs se borna à prononcer contre lui une peine d’interdiction d’éditer ou de faire jouer ses œuvres pendant un an — peine purement symbolique puisque, décrétée à compter du 1er octobre 1944 : la période d’interdiction était donc déjà échue. Pleinement réhabilité, Florent Schmitt devait être d’ailleurs élu représentant de l’Institut de France à la Commission nationale de l’Unesco en 1948, et fait Commandeur de la Légion d’Honneur en 1952, le socialiste et résistant Vincent Auriol étant chef de l’Etat. Mais il semble qu’à mesure que le temps passe, la Mémoire et ses défenseurs se fassent plus chatouilleux.

Ainsi encouragées, les procédures de débaptisation se multiplient.

En 2008, une campagne avait été lancée — jusqu’ici en vain, heureusement — pour faire cesser le « scandale des lycées et collèges Henri Vincenot », cet écrivain du terroir étant « connu comme réactionnaire » et « inspirateur de l’extrême-droite ».

Le 25 juillet 2010, sur le blog « Les Ciotadens parlent aux Ciotadens », des enseignants du lycée Louis et Auguste Lumière de La Ciotat exigeaient aussi, au nom des « valeurs républicaines », la fin de cette appellation infamante : songez que Louis Lumière (photo en Une, les frères Lumière) avait en mars 1935 envoyé sa photo dédicacée à « Son Excellence Benito Mussolini, avec l’expression de [s]a profonde admiration » et que les deux célèbres frères reçurent plus tard l’ordre de la Francisque – ainsi que pas mal d’autres Français tels Edmond Giscard d’Estaing, père de Valery, et François Mitterrand. Dans leur diatribe, les enseignants admettent que ce noir passé était connu et que la question avait été tranchée par un notable dont le « passé d’ancien résistant eut un certain poids moral », ce dernier professant qu’«il faut oublier cette période de notre histoire ». Mais « aujourd’hui la tendance n’est plus à l’oubli », clament les Gardes rouges de 2010, qui, s’ils font école, pourraient obtenir également le changement de nom de l’université Lumière Lyon-2.

Le nationaliste catholique, voilà l’ennemi !

Un mois plus tôt, c’était le conseiller de Paris Alexis Corbière, professeur d’histoire aujourd’hui passé du PS au Front de gauche de Mélenchon dont il est l’un des adjoints les plus virulents (auteur de Le Parti de l’étrangère, Marine Le Pen contre l’histoire républicaine de la France), qui avait engagé une procédure. En effet, sa sourcilleuse conscience ne pouvait plus « tolérer le paradoxe d’un établissement portant le nom de quelqu’un qui fut durant sa vie un adversaire acharné des valeurs de la République », en la circonstance un autre compositeur, Vincent d’Indy. Ce dernier étant né en 1851 et mort en 1931, il semble difficile de l’accuser de collaboration. Mais il n’en est pas moins coupable : « Issu d’une famille de militaires aristocratiques et monarchistes, d’Indy était un nationaliste et un catholique ardent » qui, lors de l’affaire Dreyfus, prit « immédiatement la défense de l’Armée française ». Preuve que ce « nationaliste réactionnaire » était également « un antisémite ».

« Voilà qui était Vincent d’Indy, concluait M. Corbière le 2 juin 2010. Voilà pourquoi, à ma demande, le Conseil de Paris, à l’unanimité, a décidé de mettre en œuvre une concertation, en accord avec le Conseil d’administration de l’établissement, pour trouver une nouvelle dénomination au Collège qui a longtemps porté son nom. »

Cuvier dans la tourmente

Le Conseil de Paris a du travail car ce n’est pas seulement sur les lycées qu’on lui demande de réviser ses classiques, mais aussi sur les rues. Le 1er novembre 2010, Michel Alberganti, journaliste scientifique et producteur de l’émission « Science Publique » sur France Culture, posait ainsi « la question de l’opportunité d’une rue Cuvier à Paris aujourd’hui » compte tenu du rôle évidemment indigne, selon lui, joué par l’illustre anatomiste (1769-1832) « dans la dramatique histoire de Saartjie Baartman », aborigène originaire de la province du Cap connue sous le surnom de Vénus hottentote. Cuvier n’avait-il pas discerné chez elle « une réelle proximité avec le singe » ? Opinion partagée par un autre savant couvert d’honneurs, Geoffroy Saint-Hilaire, dont il convient bien sûr de débaptiser la rue dans le Ve arrondissement, où des associations noires s’ameutent depuis un an, place de la Contrescarpe, pour exiger la destruction de la fresque « Au Nègre joyeux », datant du XVIIIe siècle et selon elles attentatoire à leur dignité puisque glorifiant l’esclavage.

Cette mésaventure pourrait bien arriver également à la rue de l’Olive, proche de la Goutte d’Or et ainsi nommée en hommage non pas au fruit méditerranéen mais au sinistre « gouverneur Charles Liénard de l’Olive, qui a ordonné l’extermination des Indiens caraïbes ». Le 28 mars 2011, le Libano-Antillais Patrick Karam, président-fondateur du Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais (Collectifdom) avant d’être nommé en 2007 par Nicolas Sarkozy délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, sommait Bertrand Delanoë d’attribuer d’urgence cette rue à l’écrivain martiniquais Edouard Glissant, « grande figure de la littérature française ».

Faudra-t-il aussi, dans ces conditions, supprimer à Paris, à Lyon ou à Nice les rues Alphonse-Karr, ce célèbre humoriste du XIXe siècle ayant osé écrire pendant la guerre de Sécession : « Le rêve d’un canut lyonnais ? Etre esclave dans une plantation de la Caroline du Sud ». Selon lui, on y trouvait en effet nombre de « Nègres joyeux » et si bien portants qu’ils dépassaient les nonante printemps, contrairement à ce que prétend la Nouvelle Histoire… qui a valu le 20 mars un Bobard d’Or de la désinformation à Rémy Pflimlin, PDG de France 2 qui s’était distinguée par un docudrama particulièrement mensonger sur Toussaint Louverture, le réalisateur proclamant sa volonté de « tordre le cou à la vérité historique au nom de la vraisemblance idéologique ».

Le déclencheur : l’affaire Carrel

Cette rage de débaptiser les établissements d’enseignement et de chambouler la toponymie avait eu pour déclencheur la décision – longuement mûrie, car la controverse durait depuis deux ans – prise le 25 janvier 1996 par la Faculté de Médecine de Lyon  » Alexis-Carrel  » de changer de nom. Selon elle, il n’était « plus possible que des étudiants soient formés à l’enseigne d’un personnage qui préconisait l’élimination des faibles et des déficients et dont l’engagement politique d’extrême droite venait [sic] d’être révélé par les associations antiracistes », alliées d’ailleurs à des organisations d’extrême gauche : Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, Cercle Marc Bloch, Golias, Ras l’Front, Sos-Racisme, etc.

Suite à ce que le GRECE devait dénoncer comme « la deuxième épuration », une chasse aux sorcières s’organisa dans toute la France contre tout ce qui pouvait porter le nom d’Alexis Carrel, l’un de nos très rares Prix Nobel de médecine (dès 1912) que le monde entier et surtout les Etats-Unis nous enviaient. Rappelons que ce savant génial, né en 1873 et décédé en novembre 1944, n’avait pas été inquiété à la Libération et que les quelques maires qui tentèrent de résister furent traînés dans la boue par les « démocrates » ! Dans la capitale, c’est en mars 2003 que l’événement eut lieu, le maire de Paris, Bertrand Delanoë débaptisait « la rue Alexis-Carrel dans le XVe arrondissement, pour lui donner le nom de Jean-Pierre-Bloch, figure de la Résistance et président de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) de 1968 à 1992 ». « [Le tout devant] un parterre de personnalités, Edouard Balladur, Jean Tibéri ou encore Johnny Hallyday », s’extasiait Le Parisien du 3 mars 2003.

Mais bientôt, le scandale Séverine ?

Dans dix ans, celui ou celle qui sera alors locataire de l’Hôtel-de-Ville pourrait cependant avoir à affronter une nouvelle polémique. Dans son n° 42 paru à la veille de la Journée de la Femme, à Paris, le « magazine de la Ville de Paris », annonçait en effet la prochaine mise en route du tramway T3 dont, dans un grand élan démagogique, toutes les stations « mettront les femmes à l’honneur ». Parmi les femmes célèbres retenues, les Noires américaines Ella Fitzgerald et Rosa Parks (qui s’illustra en refusant de céder sa place à un Blanc dans un autobus de l’Alabama), l’aviatrice Maryse Bastié, l’exploratrice Alexandra David-Neel mais aussi « l’écrivaine Séverine ».

Et là, attention danger ! Caroline Rémy dite Séverine (1855-1929) ne fut pas seulement la suffragette pacifiste et socialiste, collaboratrice de L’Humanité, adhérente en 1921 au Parti communiste et cofondatrice de la Ligue des droits de l’homme ; mais, ennemie déclarée des « grands juifs » et même de « l’esprit juif », elle écrivit régulièrement en 1893 et en 1894 dans La Libre Parole d’Edouard Drumont, dont elle épousa les thèses au point de devenir sa maîtresse. Or, qui était Drumont ? L’auteur de La France juive !

Certes, souvent femme varie mais d’autres furent tondues pour moins que ça.

Avant de finaliser sa ligne de tramway, Delanoë ferait bien d’y réfléchir. « Aujourd’hui la tendance n’est plus à l’oubli », et cela risque d’être encore pis d’ici une décennie.

Claude Lorne

Note de l’auteur :

(*) Autres films tirés d’œuvres de Vercel : Remorques en 1941 avec Jean Gabin et Michèle Morgan, Du Guesclin en 1949 avec Louis de Funès et Gérard Oury ou encore Le Grand Pavois avec Nicole Courcel et Jean-Pierre Mocky. Ce dernier nullement gêné, non plus que son coreligionnaire Gérard Oury, par le « passé antisémite » de Vercel.

[box class= »info »] Source : Polémia. [/box]

Photo : Les Frères Lumière, les français qui ont joué un rôle primordial dans l’histoire du cinéma et de la photographie, rôle reconnu par exemple sur Wikipédia dans 50 langues. Domaine public.