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Chard Alstom

Alstom : un « sauvetage » qui va nous coûter cher

Quelque sept cent millions d’euros. C’est la somme qu’Alstom et l’Etat, autrement dit les contribuables français, devraient prochainement débourser pour empêcher, non pas la suppression, mais le simple déplacement géographique des 400 emplois du site de Belfort.

Mardi matin, Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat à l’Industrie, a en effet annoncé aux élus locaux que l’Etat – et non la SNCF – commandera quinze rames de TGV supplémentaires pour « sauver » le site de Belfort, tandis qu’Alstom y investira de son côté quarante millions d’euros d’ici 2020. Des rames de TGV Euroduplex qui, selon le secrétaire d’Etat, équiperont les lignes Intercités Bordeaux-Marseille, Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan, par anticipation de la transformation de ces deux dernières en liaisons à grande vitesse. Autrement dit, des rames qui circuleront à moins de 250 km/h alors que les TGV filent normalement jusqu’à 320 km/h…

Mais ce n’est pas fini : l’Etat, qui espère à terme transformer le site de Belfort en centre de maintenance européen, envisage en outre de passer commande de six autres rames TGV pour la ligne Paris-Turin-Milan, ainsi que de vingt locomotives dépanneuses diesel, pour le remorquage des trains en panne.

Un « plan de sauvetage » qualifié à juste titre de « bouffonnerie sur toute la ligne » par l’économiste Nicolas Bouzou qui, dans une tribune publiée par Les Echos, rappelle d’abord que, dans le cas de Belfort, il ne s’agit pas d’empêcher la suppression mais juste le déplacement géographique de 400 emplois. Ensuite, que « consacrer plusieurs centaines de millions d’euros pour faire rouler des TGV à 200 km/h, c’est dilapider l’argent des contribuables ». Et enfin que « si l’Etat pense contourner la procédure des appels d’offres, on imagine mal que, vu les sommes engagées, le droit de la concurrence ne s’applique pas ».

En fait, concluait le directeur et fondateur d’Asterès, « ce à quoi nous invite cette lamentable affaire, c’est à réfléchir enfin sérieusement à la pertinence de l’Etat-actionnaire ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 6 octobre 2016