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Saint-Etienne : Quand les hooligans terrorisaient le Tour de France !

Saint-Etienne : Quand les hooligans terrorisaient le Tour de France !

[box class= »info »]A l’heure où la « Petite Reine » arpente les routes de France, seuls les soupçons de dopage viennent encore entacher l’image de cette compétition cycliste mondialement renommée. Les centaines de kilomètres d’asphalte avalés quotidiennement par les coureurs sont envahis d’étape en étape par des milliers de spectateurs venus des quatre coins de l’Hexagone afin d’encourager tout au long des trois semaines de course ces véritables « forçats de la route ». Le Tour de France conserve ainsi – tant bien que mal – son étiquette de course conviviale et populaire contre vents de seringues et marées de transfusions sanguines. Pourtant cette image « bon enfant » était loin d’être gagné à ses débuts, et pour des raisons tout autre que les scandales actuels, comme en témoigne ce fait divers régional…[/box]

Le 9 juillet 1904, lors de la deuxième édition de la « Grande Boucle », les coureurs cyclistes entament la seconde étape marathon de 374 kilomètres qui part de la capitale des Gaules, et les emmènent jusqu’aux rives méditerranéennes de la cité phocéenne. Aux petites heures de la matinée, le peloton des favoris arrive sur les dernières pentes du col de la République (1 161 mètres), sur les hauteurs de Saint-Étienne. Il s’agit alors du premier franchissement d’un « 1 000 mètres » sur l’histoire du Tour de France, à une époque où les géants alpins et pyrénéens étaient soigneusement évités. A quelques hectomètres du sommet, Antoine Faure – Stéphanois natif de Lyon – démarre brusquement et prend une longueur d’avance sur la tête du peloton. Au passage du point culminant, se tient sur le bord de la route près de 200 individus armés de gourdins et de pierres. Faure s’engage avec conviction et passe sans encombre aux milieux des supporters stéphanois. Mais la haie va subitement se refermer sur le peloton qui arrive. Une pluie de coup va alors s’abattre sur les poursuivants « qui ne sont pas du pays » aux cris de « tuez-les ! ». Le Valdôtain Maurice Garin (photo) – premier vainqueur de l’épreuve l’année précédente – reçoit une pierre au visage et de multiples coups de bâton aux genoux et aux bras. Il finira tout de même l’étape en n’ayant plus que l’usage d’un seul bras ! Son frère César est lui aussi roué de coups. Auguste Daumain est renversé sur le bas-côté. Blessé, il réussit cependant à se relever et à prendre la fuite. Quant au « diavolo rosso » piémontais Giovanni Gerbi, il va se retrouver littéralement assailli puis assommé sur son vélo : il perdra un de ses doigts, tranché net sur son guidon ! Beaucoup d’autres coureurs anonymes se verront à leurs tours molestés par ces « hooligans » d’un autre âge. Les voitures officielles de course vont également être accueillies par les garagnas (« garnements, vauriens » en parler gaga). Ce n’est que sous le retentissement des coups de feu de la maréchaussée que la foule se disperse.

L’étape sera encore marquée par de nouveaux incidents avec jets de pierre lors du passage du peloton à Nîmes. L’auvergnat Hippolyte Aucouturier dit « Le Terrible » franchira finalement le premier la ligne d’arrivée à Marseille de ce véritable parcours du combattant, mais il sera quelques temps après disqualifié pour « irrégularités graves » laissant ainsi le gain de cette seconde étape à… Antoine Faure ! Le 23 juillet consacrera à Paris un jeune artésien d’à peine 20 ans, Henri Cornet (record d’âge en cours pour un vainqueur du Tour de France), suite à la disqualification du malheureux rescapé Maurice Garin pourtant arrivé trois heures plus tôt.

Saint-Étienne, capitale du cycle, se verra privé de « Grande Boucle » pendant près d’un demi siècle. Il faudra attendre l’année 1950 pour que le Tour consente à réemprunter les pentes du terrifiant col de la République… mais sans ses hooligans !