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Il y a 20 ans, le massacre des para-commandos belges au Rwanda

Il y a 20 ans, le massacre des para-commandos belges au Rwanda

08/04/2014 – BRUXELLES (NOVOpress) – Les 6 et 7 avril 1994, dix para-commandos belges étaient lâchement massacrés par la soldatesque rwandaise. À cet acte odieux, les politiques belges et l’ONU n’opposèrent qu’ergotage et inaction.


Présente en effectif réduit, la force de maintien de la paix des Nations-Unies (MINUAR), sous le commandement du général canadien Roméo Dallaire, tenta de stabiliser la situation.

Dans la nuit du 6 au 7 avril, l’état-major des FAR (Forces armées rwandaises) s’opposa verbalement au général Dallaire, commandant de la MINUAR, qui rappella l’autorité légale du premier ministre pour prendre le contrôle de la situation. Le Colonel Bagosora contesta son autorité. Le général Roméo Dallaire décida de donner une escorte de casques bleus à Madame Agathe Uwilingiyimana pour la protéger et lui permettre de lancer un appel au calme à la radio dès le lendemain matin.

Le 7 avril à 2h00, dix paras belges (Caporal Bruno Bassine, Caporal Alain Debatty, Caporal Christophe Dupont, Caporal Stéphane Lhoir, Caporal Bruno Meaux, Caporal Louis Plescia, Caporal Christophe Renwa, Caporal Marc Uyttebroeck, Sergent Yannick Leroy et Lieutenant Thierry Lotin), partirent du centre de Kigali, à bord de deux jeeps, afin de rejoindre le domicile du Premier ministre. Vu la présence de plusieurs barrages, les Belges n’atteignirent leur but qu’à 5h30, où il rejoignirent cinq soldats ghanéens, également affectés à la sécurité du Premier ministre à son domicile.
À 05 h 37, le Lieutenant Lotin indiqua qu’il n’était plus question, vu les barrages établis, de se rendre à Radio-Rwanda. Ordre lui fut donné de prendre une position défensive
À 06 h 55, le Lieutenant Lotin signala qu’il était encerclé par une vingtaine de militaires rwandais, armés de fusils et de grenades, et que des membres de la garde présidentielle lui demandaient de déposer les armes. Ses supérieurs lui enjoignirent de ne pas rendre les armes et de maintenir le dialogue.
À 8h34, le Premier ministre tenta de fuir son domicile en compagnie de gendarmes, affectés à sa sécurité, qui la cachèrent dans la maison d’un voisin. Elle y fut découverte par des membres de la garde présidentielle qui la ramenèrent à son domicile où elle fut tuée vers 11 h 45 ainsi que son mari.
À 08 h 43, le groupe Lotin fut déchargé de sa mission de protection du Premier ministre par le commandement mais prié de ne pas se laisser désarmer et de négocier. Le Lieutenant Lotin rétorqua qu’il était trop tard, ayant déjà quatre hommes désarmés à terre. L’officier, dans ces circonstances, fut autorisé à rendre les armes s’il le jugeait nécessaire: « Tu es sur place, c’est à toi d’apprécier la situation ».
Les cinq Ghanéens et les dix Belges furent désarmés sans résistance possible et conduits, sous la menace des armes, vers un minibus VW qui attendait à l’extérieur.

En arrivant à destination, au camp militaire de Kigali, les quinze militaires furent obligés de quitter le véhicule et de s’asseoir sur le tarmac situé à l’entrée du camp.
Rapidement la rumeur circula parmi les militaires FAR rassemblés dans le camp que les soldats belges avaient abattu l’avion présidentiel. Ceci engendra vite un soulèvement général en faveur du lynchage des militaires belges.

À 9h06, le Lieutenant Lotin, utilisant la radio d’un observateur ONU togolais, informa sa hiérarchie que son équipe avait été emmenée dans un endroit inconnu et que deux de ses hommes se faisaient tabasser et lyncher. Des soldats rwandais se ruèrent sur les militaires de l’ONU et les frappèrent à coups de crosses, béquilles, pierres, râteaux et baïonnettes jusqu’au moment où quatre militaires belges succombèrent des suites de leurs blessures. Inexplicablement, le général Dallaire passa alors devant le Camp Kigali et aperçu, au sol, plusieurs militaires belges. Si les circonstances ne lui permirent pas d’intervenir immédiatement, il reste incompréhensible, qu’une fois en sécurité, il ne prit aucune mesure afin d’envoyer des secours aux Belges en difficulté.

Les magasins d’armement du camp, dont la Minuar avait la responsabilité, furent entre-temps fracturés. Le Colonel Nubaha, commandant du camp, accouru sur les lieux en compagnie d’autres officiers, tenta d’empêcher les Rwandais de pénétrer dans un local de permanence ONU où le Lieutenant Lotin s’était finalement réfugié avec quatre militaires belges qui l’avaient rejoint en profitant d’un moment de confusion.
Un cinquième militaire belge parvint bientôt à rejoindre le groupe Lotin en rampant sous un véhicule. Le groupe Lotin était alors composé de six militaires belges et des cinq ghanéens. Quelques instants plus tard, un militaire belge fut tué par un tir d’arme à feu provenant de l’extérieur.

Le local où s’étaient réfugiés les militaires ONU fut pris sous le tir des armes des Rwandais. Les Belges et les Ghanéens furent contraints de se jeter sous les lits qui s’y trouvaient et de se protéger derrière le cadavre du soldat belge décédé.

Ayant arrêté les tirs un moment, les Rwandais ordonnèrent aux Ghanéens de quitter le local par une fenêtre cassée. Sous escorte, les cinq Ghanéens furent ainsi expulsés du camp. Vers 12h30, un caporal rwandais, voulant pénétrer dans le local des Belges, se fait arracher son fusil Kalachnikov par le Lieutenant Lotin qui le tua à l’aide de son pistolet GP35, seule arme qui avait pu être dissimulée lors de l’arrestation et du désarmement des Belges. L’attaque redoubla de violence. Des bombes lacrymogènes furent lancées dans le local tandis que les Belges ripostaient avec la Kalachnikov.

Une fois les 45 cartouches contenues dans l’AK47 et le GP épuisées, ce fut la curée. Un Rwandais escalada le toit du local pour y lancer, d’un trou pratiqué, des grenades défensives. D’après des témoins, la résistance belge s’arrêta entre 12 h 30 et 13 h 30 (14h00??). Les cadavres furent retirés du local de l’ONU et dévalisés (uniformes, chaussures) avant d’être mutilés… Cet épisode dramatique plongea la Belgique dans la consternation et entraîna son désengagement de la MINUAR. Dans la foulée, la Belgique entraîna à son tour l’ONU dans une spirale de désengagement.

Source : medaillesdutournaisis.skynetblogs.be

Rwanda : un génocide en questions - Par Bernard Lugan

Rwanda : un génocide en questions – Par Bernard Lugan

Photo : Un ossuaire des massacres au Rwanda.

Assassinat du président Habyarimana, jeu trouble de Washington, enquête du juge Trévidic : clés de compréhension et d’explication.

Le 6 avril 1994, l’avion transportant deux présidents africains en exercice, MM. Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi était abattu par un missile [1]. Aucune enquête internationale ne fut ouverte afin d’identifier les auteurs de cet attentat qui fut le déclencheur du génocide du Rwanda [2].


Les Etats-Unis à la manœuvre

Mis en place au mois de mai 1995 après sa création au mois de novembre 1994 par le Conseil de sécurité de l’ONU avec compétence pour la période allant du 1er janvier au 31 décembre 1994, le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) fut installé à Arusha, en Tanzanie.

Dès le début, les Etats-Unis d’Amérique firent pression afin que l’attentat du 6 avril 1994, pourtant totalement inclus dans les limites chronologiques imparties au TPIR, soit écarté de son champ d’investigation. Avec une grande constance, tous les procureurs qui se succédèrent à la tête de ce tribunal respectèrent cette étrange exclusion. Le TPIR spécialement créé pour juger les responsables du génocide, refusa donc de rechercher les auteurs de l’acte terroriste qui en fut la cause (!!!).

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La guerre du Kivu - Par Bernard Lugan

La guerre du Kivu – Par Bernard Lugan

La guerre a repris dans le Kivu au mois de mars 2012 quand le « général » Bosco Ntaganda que la Cour pénale internationale (CPI) considère comme un criminel s’est mutiné. Ce Tutsi congolais ancien de l’armée rwandaise a ensuite été rejoint par un autre Tutsi congolais, le colonel Sultani Makenga dans le M23 (Mouvement du 23 mars). Le tout sous le regard impuissant des Casques bleus de la Monusco.

La guerre du Kivu - Par Bernard Lugan

Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Le fond du problème est que le président [de la République démocratique du Congo] Kabila a décidé de rétablir l’autorité de l’Etat sur l’est du Congo passé de fait sous protectorat rwandais. Or, pour cela, il doit pouvoir s’appuyer sur une armée qui n’existe pas, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) n’étant qu’une juxtaposition de milices ethno régionales dont celle de l’ancien CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), mouvement composé de Tutsi congolais intégré dans l’armée nationale en 2009. Avec près de 5000 hommes bien entraînés et combatifs, elle constitue une armée dans l’armée. Aussi, quand Kinshasa décida de muter ces militaires tutsi ailleurs que dans le Kivu, certains se sont révoltés cependant que leurs frères, restés dans l’armée constituaient leur cordon de sécurité, pour ne pas parler de « 5° colonne ».

Le brassage ethno régional de l’armée financé par la communauté internationale a donc totalement échoué car il a buté sur les incontournables réalités ethniques régionales.

La solution de la question récurrente du Kivu se trouve cependant au Rwanda où le problème se pose autour de trois évidences :

1) Isolé sur ses hautes terres surpeuplées, le Rwanda va droit au collapsus si, d’une manière ou d’une autre, il ne déborde pas vers les régions vides d’habitants du Kivu congolais.

2) Sans une ouverture vers le Kivu, le Rwanda qui est naturellement tourné vers l’océan indien, n’est que le cul de sac de l’Afrique de l’Est, la forêt de la cuvette congolaise formant une barrière naturelle, politique, ethnique, culturelle et linguistique (kiswahili oriental et lingala occidental).

3) L’indéniable réussite économique actuelle du Rwanda repose très largement sur le pillage des ressources de la RDC. Selon l’ONU, le Rwanda constituerait ainsi la plaque tournante du commerce illicite des pierres précieuses congolaises. Le trafic se fait à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui donnent le label « Rwanda » aux productions congolaises, ce qui permet de les écouler sur le marché international en dépit de l’embargo.

 Voilà les principales raisons pour lesquelles le Rwanda soutient les rébellions successives de la région du Kivu et épaule les Tutsi congolais. Hier, il agissait à travers le CNDP ; actuellement le relais de sa politique est le « général » Ntaganda qu’il aide en matériel et en hommes. Quand ce dernier aura cessé de lui être utile, Kigali le remplacera sans aucun état d’âme par un autre « général» tutsi congolais.

 Bernard Lugan – 19/07/2012

 L’Afrique Réelle du mois d’août 2012 consacrera un dossier à la question du Kivu.

[box class= »info »] Source : Le Blog de Bernard Lugan et de la revue l' »Afrique Réelle ». [/box]

Crédit image : DR.

Rwanda : à travers l’affaire dite des « missiles Mistral » Kigali veut une nouvelle fois faire chanter Paris – Par Bernard Lugan

Rwanda : à travers l’affaire dite des « missiles Mistral » Kigali veut une nouvelle fois faire chanter Paris – Par Bernard Lugan

Rwanda : à travers l’affaire dite des « missiles Mistral » Kigali veut une nouvelle fois faire chanter Paris – Par Bernard Lugan En écrivant dans l’édition du 1 juin 2012 du journal Libération que les forces armées rwandaises (FAR) auraient possédé des missiles Mistral (photo d’un Mistral en Une), Maria Malagardis, illustre une fois de plus les grand travers de la presse française : esprit partisan, vision hémiplégique des évènements, non vérification de l’information, liberté prise avec les faits, le tout couronné par une grande incompétence.
Quant au Figaro, son attitude est encore plus lamentable, puisque ses journalistes ont, par suivisme, répercuté sans la vérifier la pseudo révélation de leur consoeur. Reprise par toutes les radios et par la plupart des chaînes de télévision, cette « information » a été présentée comme susceptible de renverser ce que l’on croyait savoir sur les responsabilités concernant l’attentat du 6 avril 1994, action terroriste qui coûta la vie au président Habyarimana et qui fut l’élément déclencheur du génocide du Rwanda.

Or, et importe de le dire haut et fort, il s’agit là d’une nouvelle manipulation orchestrée par les soutiens européens du régime de Kigali. En effet :

1) Ce document est connu de tous les spécialistes depuis des années. Il a même été longuement étudié, analysé et critiqué avant d’être finalement écarté par le TPIR en raison de son inconsistance. Mais, Madame Malagardis ignore les travaux de ce tribunal qui siège depuis 1996…

2) L’information qui est à la base de ce document émane de l’association humanitaire Human Rights Watch qui, à l’époque, était une des caisses de résonance des thèses du FPR.

3) C’est à partir de cette information de HRW que le capitaine Sean Moorhouse, officier G2 (renseignement) de la Minuar, rédigea cette note qui ne fait que reprendre l’une des multiples rumeurs qui circulaient à l’époque à Kigali, l’information concernant ces missiles étant d’ailleurs considérée par lui comme improbable.

4) Depuis, ce même officier a longuement expliqué le sens de sa note, notamment aux « enquêteurs » rwandais qui rédigèrent le « rapport Mutsinzi », ce montage grossier qui était supposé démontrer la « culpabilité» française.

5) En 2011, dans une correspondance adressée à l’expert belge Filip Reyntjens, le capitaine Sean Moorhouse expliqua la genèse de ce document, mettant en évidence son caractère totalement artificiel.

6) Toutes les armes des FAR, en dehors de l’équipement individuel, avaient été placées sous séquestre par les forces de l’ONU et elles étaient entreposées dans un hangar situé à Kanombe sous la responsabilité du colonel belge Luc Marchal, adjoint du général canadien Roméo Dallaire. Nous avons la liste détaillée de ces armements. Il n’y figurait pas de missiles. Le lendemain de l’attentat, le FPR ayant repris unilatéralement les hostilités, les FAR reprirent par la force leurs armes afin de pouvoir résister à leurs ennemis.

L’affaire est donc claire, il s’agit d’un nouvel enfumage qui s’explique par trois raisons :

1) L’étau se referme chaque jour un peu plus sur les auteurs de l’attentat. Contrairement à ce que Kigali voudrait faire croire, le dossier du juge Bruguière est en effet toujours d’actualité et de nouveaux témoins acteurs qui viennent d’être entendus ou vont l’être prochainement par les juges Trévidic et Poux le confirment. Quant au rapport d’expertise qui leur fut remis, nous avons montré ses faiblesses, ses incohérences et ses erreurs dans le numéro du mois de mai de l’Afrique réelle ; les parties civiles ont d’ailleurs demandé une contre-expertise.

2) Kigali veut, par voie médiatique, faire pression sur les juges afin d’éviter la défaite judiciaire qui s’annonce.

3) Kigali qui a beaucoup perdu avec le départ de Nicolas Sarkozy n’a désormais plus d’alliés au plus haut niveau de l’Etat français. En mettant la pression sur Paris, le régime Kagamé se livre donc à un chantage auprès du nouveau régime: l’abandon de l’instruction du juge Trévidic contre la fin de la campagne anti-française.

Bernard Lugan
01/06/2012

[box class= »info »] Source : Le Blog de Bernard Lugan et de la revue l' »Afrique Réelle ». [/box]

L’assassinat du président Habyarimana : entre certitudes, interrogations et « enfumage » - Par Bernard Lugan

L’assassinat du président Habyarimana : entre certitudes, interrogations et « enfumage » – Par Bernard Lugan

Ce ne sont pas leurs conclusions que les juges Trévidic et Poux communiquèrent aux parties (défense, parquet et parties civiles) le mardi 10 janvier 2012, mais simplement le rapport des experts techniques (balistique, acoustique etc.,) mandatés  pour les éclairer sur la question de savoir d’où furent tirés les missiles qui, le 6 avril 1994, abattirent en vol l’avion du président Habyarimana.

Ce document qui sera soumis à contre-expertise ne constitue qu’un élément du volumineux dossier concernant l’assassinat du chef de l’Etat rwandais. Simple étape dans la procédure, il ne permet aucune extrapolation car il ne dit pas qui a, ou qui n’a pas, abattu l’avion présidentiel. Enfin, dans l’état actuel de la procédure et du dossier, cette pièce ne rend en rien obsolète l’ordonnance rendue par le juge Bruguière en 2006.

Revenons-en donc aux seuls faits.

Le 6 avril 1994 vers 20h 30, alors qu’il allait atterrir à Kigali, l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana (photo) fut abattu par deux missiles portables SAM 16 dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 ; or, comme cela a été établi devant le TPIR, l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles.
La traçabilité de ces engins a été reconstituée : fabriqués en URSS, ils faisaient  partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Pour mémoire, Paul Kagamé et ses principaux adjoints étaient officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise.

Trouvèrent la mort dans cet acte de terrorisme commis en temps de paix, deux chefs d’Etat en exercice, les présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, ainsi que deux ministres burundais, MM. Bernard Ciza et Cyriaque Simbizi. Parmi les victimes se trouvaient également le Chef d’état-major des FAR (Forces armées rwandaises), le général Deogratias Nsabimana, le major Thaddée  Bagaragaza, responsable de la maison militaire du président rwandais, le colonel Elie Sagatwa, beau-frère du président Habyarimana et chef de  son cabinet militaire, ainsi que l’équipage français composé de MM. Jacky Héraud, Jean-Pierre Minoberry et Jean-Michel Perrine, tous trois civils.

Quelques heures après l’attentat, dans la nuit du 6 au 7 avril, et alors que l’armée rwandaise avait été décapitée, les forces militaires du FPR rompirent le cessez-le-feu en vigueur depuis 1993 et entamèrent la conquête du pays. Cette offensive avait été soigneusement planifiée puisque des moyens en hommes et en matériel avaient été pré-positionnés comme cela a également été amplement mis en évidence devant le TPIR.
Paralysée par l’embargo sur les armes et les munitions qu’elle subissait[1], l’armée rwandaise fut défaite. D’immenses tueries se déroulèrent dans le pays, le génocide des Tutsi étant selon le juge espagnol Merelles (2008), doublé d’un massacre de masse des Hutu par l’APR (Armée patriotique rwandaise), commandée par Paul Kagamé.

Depuis cet attentat, deux thèses s’opposent :

1) Celle de l’attentat commis par des « extrémistes hutu » qui auraient assassiné leur propre président ainsi que leurs propres partisans qui étaient à bord de l’avion afin de pouvoir déclencher un génocide qu’ils avaient programmé et préparé.
La principale faiblesse de cette thèse est que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a, dans tous ses jugements concernant les « principaux responsables du génocide », que ce soit en première instance ou en appel, clairement établi qu’il n’y avait pas eu entente pour commettre ce génocide et qu’il n’avait donc pas été programmé.

2) Celle d’un attentat commis par le FPR sur ordre du général Kagamé afin de décapiter l’Etat rwandais et disposer d’un prétexte pour prendre militairement le pouvoir. Ethno-mathématiquement parlant, les élections prévues sous supervision de l’ONU allaient en effet donner une victoire automatique aux Hutu (+-90% de la population) sur les Tutsi (+-10%) et cela en dépit de leurs divisions. Cette thèse est notamment celle du juge Bruguière.

Saisi par les familles de l’équipage français et par la veuve du président Habyarimana, le juge Bruguière qui ne s’est pas rendu au Rwanda et qui a mené son enquête d’une manière classique, a rendu une ordonnance (novembre 2006) dans laquelle il accuse le président Kagamé d’avoir ordonné l’attentat qui coûta la vie à son prédécesseur.
Le juge Bruguière se fondait notamment, mais pas exclusivement, sur les déclarations et témoignages de plusieurs transfuges tutsi qui lui donnèrent force détails sur l’opération, dont les noms des membres du commando ayant abattu l’avion. L’un d’entre eux, Abdul-Joshua Ruzibiza, répéta ses accusations, sous serment cette fois, devant le TPIR et les procès verbaux des audiences concernées sont très clairs à ce sujet. Il se rétracta ensuite au sujet de ce qu’il avait déclaré au juge français, tout en confirmant ce qu’il avait dit aux juges du TPIR. Or, ses propos avaient été identiques. Puis, quelques semaines avant sa mort, il revint sur sa rétractation française et confirma devant les juges la version primitivement donnée au juge Bruguière.

L’ordonnance de soit-communiqué rendue au mois de novembre 2006 par ce dernier allait très loin puisque des mandats d’arrêt contre plusieurs membres du premier cercle de Paul Kagamé furent lancés et qu’il recommanda au TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) d’inculper le président rwandais.
Le 6 février 2008, via Interpol, le juge espagnol Merelles qui soutient la même thèse que le juge Bruguière, lança plusieurs dizaines de mandats d’arrêt contre de hautes personnalités de l’actuel régime rwandais.

Le document remis aux parties par les juges Trévidic et Poux le 10 janvier remet-il en question cet exposé du dossier ?
Non, car la seule nouveauté qu’il contient concerne le lieu du tir des deux missiles[2]. Selon le rapport d’expertise, ce lieu se situerait « probablement » dans le camp militaire de Kanombe, soit à une distance d’à peine deux à trois kilomètres de la ferme de Masaka identifiée comme point de tir par le juge Bruguière. De plus, et il est important de le préciser, cette « probabilité » n’est pas apparue aux experts balistiques à la suite d’une démonstration, mais par élimination et en raison des arguments de l’expert acoustique, ce qui devra être étayé lors de la contre-expertise.

Les juges Trévidic et Poux vont maintenant devoir confronter ce rapport d’expertise aux autres éléments du dossier.
Ils vont ainsi et notamment devoir résoudre la question des étuis des deux missiles trouvés à Masaka, la question étant de savoir s’ils y ont été abandonnés par les tireurs de l’APR, ce qui ramènerait l’accusation dans le camp de Paul Kagamé, ou si, après avoir abattu leur propre président, leur propre chef d’état-major et leurs propres amis, les « extrémistes » hutu les y auraient déposés afin de faire croire à la responsabilité de l’APR/FPR.
Ils vont également devoir comparer le rapport d’expertise et ses « probabilités » à ceux des témoignages contenus dans le dossier et qui donnent avec une grande précision et une impressionnante quantité de détails le lieu du tir, à savoir Masaka, ainsi que les noms des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là jusqu’au lieu de tir à travers les lignes de l’armée rwandaise, ainsi que le déroulé minuté de l’action.

Ce ne sera qu’à l’issue de leur enquête, au minimum dans plusieurs mois, que les juges rendront leur rapport. Jusque là, tout n’est que spéculation, désinformation, propagande, en un mot « enfumage ».

Bernard Lugan

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[1] A la différence de l’APR largement approvisionné par l’Ouganda qui était son allié et sa base arrière.
[2] Pour ce qui est de l’étude de la balistique des deux missiles tirés on se reportera à l’analyse faite par l’amiral Jourdier dans « Etude de tir contre l’avion présidentiel rwandais le 6 avril 1994 » paru dans le n°6 de l’Afrique Réelle (juin 2010)

[box class= »info »] Source : Le blog de Bernard Lugan. [/box]

Crédit photo : DefenseImagery.mil, domaine public.

Pour l’armée, la Roche tarpéienne est toujours proche du Capitole

Pour l’armée, la Roche tarpéienne est toujours proche du Capitole

Chassez l’antimilitarisme, il revient au galop… Saluée et félicitée pour son action « droit-de-l’hommiste » et son sacrifice en Afghanistan depuis 2001, notre armée est simultanément couverte de boue pour son action – pourtant également humanitaire – en 1994 au Rwanda où de nombreuses ONG, dont Médecins sans frontières, avaient exigé son intervention. On voit le danger des théâtres d’opérations extérieures où nos militaires sont enlisés depuis des décennies par des gouvernements dont les initiatives aventurées ne seraient compréhensibles que s’il s’agissait pour eux d’entraîner nos forces à la guerre urbaine qu’ils jugent inéluctable dans l’Hexagone même…

Sublimée par un sinistre temps de Toussaint, la cérémonie qui s’est déroulée le 19 juillet à Saint-Louis des Invalides à la mémoire de sept de nos soldats tués quelques jours plus tôt en Afghanistan fut extrêmement émouvante. Malgré ses arrière-fonds politiciens.

Héros en Afghanistan…

On peut en effet se demander pourquoi cet « hommage de la nation » a été réservé, « ici et maintenant », à ces seuls sept disparus alors que, depuis 2001, soixante-cinq de leurs camarades sont « morts pour Kaboul » dans un quasi-anonymat. S’agissait-il d’une riposte implicite à la candidate verte Gro Eva Farseth, plus connue sous le nom d’Eva Joly, qui venait de se prononcer pour l’abandon du défilé militaire du 14-Juillet au profit d’un « défilé citoyen », sans doute avec groupes de gangsta rap et démonstrations de smurf  ?

Fallait-il rasséréner l’armée après l’accueil triomphal accordé le 30 juin aux deux journalistes de France 3 Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier enfin élargis – à grand prix – des geôles talibanesques et qui, à peine libres, affirmèrent n’avoir pas été avertis par les militaires des dangers auxquels ils s’exposaient en s’aventurant dans une zone non contrôlée, allégation d’autant plus absurde que ces reporters réputés aguerris ne pouvaient ignorer où ils mettaient les pieds ? Nicolas Sarkozy se sentait-il en partie responsable de la meurtrière attaque contre cinq de ces soldats, attentat-suicide perpétré par les Taliban en représailles à sa visite-surprise du 12 juillet en Afghanistan ? A-t-il profité de l’occasion pour légitimer le maintien dans ce pays de quatre mille hommes, présence si contestée que, de Kaboul, le chef de l’Etat avait annoncé le retrait d’ « un quart de nos troupes, c’est-à-dire 1.000 hommes, d’ici à fin 2012, dont une première tranche dès la fin de cette année » ? « Personne ne vous a volé votre destin. Vous avez vécu et vous êtes morts en hommes libres .Vous n’êtes pas morts pour rien, car vous vous êtes sacrifiés pour une grande cause. Vous avez défendu les plus belles valeurs de notre pays », a déclaré le président de la République devant les sept cercueils alignés dans la cour des Invalides après que Mgr Luc Ravel, évêque aux armées françaises, eut lui aussi justifié le sacrifice des combattants : « Alors que certains s’interrogent sur l’opportunité d’aller mourir pour les Afghans, voire, nous l’avons entendu, mourir pour rien, nous répondons inlassablement, c’est pour la France que nous mourons. »

…Criminels contre l’humanité au Rwanda

« Mourir pour la patrie, c’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie », professait Rouget de l’Isle mais Montherlant avait corrigé (dans Les Lépreuses) : « Mourir pour une cause ne fait pas que cette cause soit juste » et, ajouterons-nous, ne garantit nullement que l’ « hommage de la nation » reste pérenne. Un premier ministre nommé Jospin ne nous a-t-il pas appris que les vrais héros de la Grande Guerre furent les mutins de 1917 et non les Poilus restés stoïques dans la boue et sous les orages de feu ? Et le 28 juin dernier, France Inter et France Info, fleurons du service public, ont ouvert leurs journaux matinaux sur les atrocités imputées aux deux mille cinq cents paras et légionnaires déployés de juin à août 1994 (avec mandat de l’ONU, résolution 929 du Conseil de Sécurité) à la frontière zaïro-rwandaise dans le cadre de l’opération Turquoise, sous les ordres du général Lafourcade.

Or, loin de « protéger les civils » otages de l’atroce (et séculaire) guerre ethnique entre Hutu et Tutsi – encore attisée par l’assassinat du président rwandais Habyarimana par le Front Patriotique Rwandais dirigé par le Tutsi Paul Kagamé – comme ils en avaient reçu mission, ces « soudards » auraient, selon la nouvelle vulgate, non seulement fraternisé avec les « génocidaires » hutus mais surtout commis des viols de masse à l’encontre des femmes tutsi ; du moins si l’on en croit trois rescapées qui ont déposé plainte contre X pour crime contre l’humanité, complaisamment interrogées et citées par France Inter : « Parfois, il y avait jusqu’à une dizaine de militaires français qui me violaient […] pendant que d’autres faisaient la même chose juste à côté. […] On se retrouvait toutes dans les tentes des militaires. […] C’était comme un repas quotidien. […] Cela a commencé une semaine après leur arrivée, jusqu’à leur départ. »

L’accusation n’est pas nouvelle : elle remonte à 2004. De nombreux militaires et hommes politiques l’ont réduite à néant, tel Jean-Claude Lafourcade dans son livre-témoignage Opération Turquoise – Rwanda 1994 (éditions Perrin 2010) (*), ainsi d’ailleurs qu’un rapport de l’ONU, le rapport Mapping, publié le 1er octobre dernier. Mais il semble, comme c’est devenu la règle dans les drames du XXe siècle, que les imaginations se déchaînent avec le nombre des années. Ce n’est pas nous qui le disons mais le très gauchisant Nouvel Observateur (du 13 juillet) : le récit des pseudo-victimes tutsi est tellement « sidérant » que l’ «on reste perplexe ». En effet, souligne l’hebdomadaire, « dans les versions de 2004, Françoise (**) affirmait avoir été violée une fois par un soldat français, Olive (**) disait avoir été victime de viols collectifs à deux reprises, au cours desquels les militaires de l’opération Turquoise avaient « inspecté » et photographié son sexe. Et Diane (**) aurait subi des violences de la part de miliciens hutu aidés par des soldats français. Mais elles ne disaient nulle part que d’autres femmes avaient subi de tels sévices, ni que ces exactions étaient quasi quotidiennes. On ne trouve pas non plus d’allusion à une pratique systématique du viol par les militaires français »… d’ailleurs parfaitement informés par l’encadrement des risques d’infection en cas de relations trop intimes avec les autochtones d’une région ravagée par le virus du sida.

Du coup, le magazine envisage une « amplification fantasmatique du traumatisme », selon un schéma désormais classique. Mais l’on peut aussi conclure à une manœuvre du très francophobe Kagamé, certes réélu président, mais qui a beaucoup déçu, pour remobiliser les Rwandais autour de sa personne alors qu’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Balladur au moment de l’opération Turquoise, a retrouvé le Quai d’Orsay.

« Info ou intox ? », ainsi commençait l’article du Nouvel Obs’ commentant le (mauvais) scoop de France Inter. On aurait aimé que les autres médias, et les associations dites humanitaires qui ont aussitôt, et très bruyamment, relayé le nouveau mythe, observent la même prudence. Et l’on espère surtout que, dans dix ans, en cas de victoire des Taliban, des femmes pachtoun, dont les récits horrifiques risquent d’être accueillis ici comme paroles d’Evangile, n’accuseront pas les hommes de notre contingent en Afghanistan de viols collectifs et massifs et de crimes contre l’humanité alors qu’ils y défendent au péril de leur vie « les plus belles valeurs de notre pays», pour reprendre l’expression du chef de l’Etat. Mais, Mitterrand régnant encore (ce qu’oublie un peu vite la gauche « éthique »), n’était-ce pas aussi la mission sacrée de Turquoise ? Pourtant, déplore le général Lafourcade, c’est jusqu’ici en vain qu’il a demandé au président Sarkozy de « ne pas laisser perdurer » la légende noire souillant son honneur et celui de ses hommes.

Claude Lorne

(*) Voir aussi : Général Didier Tauzin, Rwanda : je demande justice pour la France et ses soldats, éditions Jacob-Duvernet, mars 2011, 260 pages, préface de Jean-Dominique Merchet
(**) Prénoms d’emprunt.

Image : Hommage de la Nation – 19/07/2011

[box class= »info »] Source : Correspondance Polémia – 22/07/2011 [/box]