Tag Archives: roman

« Un délicieux canard laquais » de Jean-Yves Viollier

« Un délicieux canard laquais » de Jean-Yves Viollier

« Un délicieux canard laquais » de Jean-Yves Viollier« Quant à la sacro-sainte impertinence de l’hebdo, grand donneur de leçons devant l’Eternel, et à son indépendance sourcilleuse vis-à-vis du pouvoir, elles tiennent elles aussi du leurre. »

Ça balance pas mal dans la presse de gauche ! Après « La Face cachée du Monde/ Du contre-pouvoir aux abus de pouvoir » par Pierre Péan et Philippe Cohen (Document/Mille et une nuits), après « Les patrons de la presse nationale/ Tous mauvais » (La Fabrique éditions), dont l’auteur, l’ancien trotskiste Jean Stern (1), étrillait en particulier « Libération » et « L’Huma », c’est à une autre « institution de la République », vieille de près d’un siècle, que s’attaque ce « roman satirique », dont le titre est tout un programme. (Cl. L.)

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[Cinéma] projection exceptionnelle du film « La Brière » à Piriac (Loire-Atlantique)

[Cinéma] projection exceptionnelle du film « La Brière » à Piriac (Loire-Atlantique)

18/07/2013 – 11h10
SAINT-NAZAIRE (NOVOpress Breizh) –
La maison du Patrimoine de Piriac-sur-Mer (44) organise le dimanche 21 juillet à 21 heures (salle Méniscoul, jardin de la bibliothèque)  une projection exceptionnelle du film « La Brière » de Léon Poirier. Réalisé en 1925 d’après le célèbre roman d’Alphonse de Châteaubriant, le film  – muet – est accompagné d’une musique du compositeur breton Paul Ladmirault.

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Sortie du nouveau numéro de « Livr'arbitres » consacré à Nimier et Paraz

Sortie du nouveau numéro de « Livr’arbitres » consacré à Nimier et Paraz

26/09/12 – 08h00
PARIS (NOVOpress)
– Vient de paraître le numéro 9 de la nouvelle série de la revue littéraire non-conforme « Livr’arbitres ».
Son dossier central est cette fois-ci consacré aux plumes rebelles et iconoclastes de Roger Nimier et Albert Paraz avec de brillantes et prestigieuses contributions, notamment celles de l’académicien « hussard » Michel Déon, de Jean-Marie Le Pen, de Philippe d’Hugues, de Francis Bergeron, de Michel Mourlet, de Laurent Schang et bien d’autres !

Comme d’habitude, le reste du numéro est consacré à des recensions de livres, des portraits d’écrivains, des débats ainsi que des nouvelles inédites.

« Liv’arbitres » 36 bis, rue Balard 75015 Paris
livr-arbitres.com – 6 euros le numéro – Abonnement simple 22 euros

Lectures : "La cerise", Alphonse Boudard

Lectures : « La cerise », Alphonse Boudard

Riton, lui, se défend dans les règles, en bourgeois-truand. Depuis une paye il a compris que le crime paie pourvu qu’on sache y mettre les formes.
– Mes bousilles, tu parles d’une connerie ! J’avais vingt berges. À Tataouine c’était la mode. Ça serait à refaire, je resterais comme toi. On peut être un homme sans tatouages.
En tout cas, il y avait été bonne mesure… de quoi justifier son blase. Tapisserie des pieds à la tête. Arabesque de dessins, symboles de toutes sortes. Des papillons sur les genoux, une oasis dans le dos… palmiers, chameaux, clair de lune… Une petite merveille figurative !
(…)
Il se fouille. C’est une vraie tire-lire. De la monnaie menue toutes ses poches. Ça sonne, diguiligne… ding ! quand il se déplace… Les biffetons, eux, je me rappelle, sont dans un vieux morlingue usé, tout rongé, saucissonné d’un élastique. Furtif, il va près de sa fenêtre pour mieux compter. Il se retourne, pour que je puisse pas zyeuter sa liasse, que ça pourrait me donner de très vilaines pensées. De dos il est tout luisant… comme une couche de paraffine sur sa veste. Au col surtout, avec aussi des pellicules… tout saupoudré. Certain qu’avec sa garde-robe à mijoter en lessiveuse on obtiendrait une soupe épaisse de quoi nourrir plusieurs cochons.

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Les charbons, les perles et l’Inquisition antiraciste

Les charbons, les perles et l’Inquisition antiraciste

Tandis que toutes les belles âmes d’Occident dénoncent en chœur, avec des trémolos dans la voix, « le retour à l’Inquisition» dont sont censées avoir été victimes les Pussy Riot à Moscou, l’horrible violence, comme a dit notre dame ministre de la culture, exercée contre « la liberté d’expression de ces jeunes femmes et la liberté artistique – qui passe par le droit de chacun d’exercer une dose de provocation », l’antiracisme anglo-saxon vient de prononcer une nouvelle mise à l’Index.
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"La faute du Bobo Jocelyn" un roman d'anticipation ? Entretien avec Pierre Cassen [audio]

« La faute du Bobo Jocelyn » un roman d’anticipation ? Entretien avec Pierre Cassen [audio]

02/11/2011 – 15h30
PARIS (NOVOpress) – Les éditions Riposte Laïque publient en ce début du mois de novembre « La faute du bobo Jocelyn », un roman qui nous plonge à Paris, en 2015, alors que de nombreuses villes du pays sont ravagées par la guerre civile, depuis l’élection d’un certain président socialiste qui se reconnaîtra.

Il met en scène Jocelyn, jeune militant socialiste et père de famille plein d’enthousiasme lors des élections présidentielles de 2012, à l’heure de faire barrage à ce que tout le monde appelle « la bête immonde ».

3 années après, il déchante, se retrouvant pourtant confronté à une société qu’il a pourtant appelée de ses voeux, le programme socialiste ayant été dévoilé bien avant les élections.
Prenant conscience du danger qui pèse sur sa civilisation, il va entrer en résistance et contribuer à la révolte des « Gaulois » contre les « Verlamistes », soutenus par le gouvernement socialiste français.

Pour parler de ce roman, Pierre Cassen a accepté de répondre à toutes nos questions, y compris sur l’aspect ethnique et régional du combat européen qui est souvent combattu par Riposte Laïque.

Propos recueillis par Yann Vallerie
pour Novopress.

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[box class= »info »]Crédit photo : capture d’écran du compte prechiprecha sur YouTube[/box]

Rentrée littéraire : rencontre avec Olivier Maulin

Rentrée littéraire : rencontre avec Olivier Maulin

[question]Novopress : Olivier Maulin, votre nouveau roman s’intitule « Les lumières du ciel », ce titre signifie-t-il que vous cherchez, par votre écriture, à rallumer les étoiles que les rationalistes, les matérialistes et les laïcistes pensaient avoir définitivement éteintes au début du siècle ?[/question]

[answer]Olivier Maulin : « Nous avons éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera plus » clamait en effet fièrement René Viviani à la Chambre des députés en 1906. On croyait alors que l’homme serait plus heureux dans une humanité scientifiquement organisée, sans espérance spirituelle, avec pour seul désir celui de combler les attentes matérielles de l’existence, ce qui est la plus belle illusion des deux ou trois derniers siècles d’histoire, illusion dont on n’est évidemment pas sorti. Qui sait pourtant si tout ça ne va pas exploser dans les prochaines années ? Bientôt, il n’y aura plus I-pod, ni télé-aux-coins-carrés, ni cellules psychologiques, ni rien du tout, rien que des hommes tout nus, tout désarmés. Le projet de ce livre a été, dans un premier temps, d’explorer ce monde « sans lumières », de montrer comment on vivait sous un ciel vide. Et puis j’ai très vite rencontré des petites lumières que Viviani et sa clique d’enténébrés avaient oublié d’éteindre et j’ai soufflé dessus pour les rallumer. En un sens mon livre est un manifeste antilibéral ![/answer]

[question]Novopress : Si l’on présente votre nouveau roman comme une sorte de « révolte contre le monde moderne » chez les bras cassés, une épopée chaotique à la poursuite de l’étoile polaire en compagnie des laissés pour compte de la Star Academy ou comme un « road-book » écolo-anarchiste invitant à la rupture avec la déshumanisation du règne de la technique, cela vous parait-il assez fidèle à l’esprit du roman ?[/question]

[answer]Olivier Maulin : On peut le dire comme ça. Il est vrai qu’il s’agit probablement de mon livre le plus « anarchiste », encore faut-il s’entendre sur le mot. Quand je dis anarchiste, je ne me réfère évidemment pas aux rats en noir de la CNT qui sortent à la pleine lune pour tout casser et qui ne sont finalement que des nihilistes revanchards. Pour moi, l’anarchisme, c’est un sentiment très médiéval, qui peut du reste coexister avec une fidélité royale. C’est ce que porte dans son cœur l’artisan, le paysan, le curé de campagne, le chevalier sans fortune, le petit peuple de France. Pris dans l’horreur de la révolution industrielle, ce petit peuple a compris très tôt les implications ultimes du nouveau système économique qui exigeait d’abolir tout ce qui entravait l’action des individus dans la libre poursuite de leur intérêt bien compris. Le capitalisme originel porte en lui la destruction de la famille, des coutumes et des mœurs léguées par l’histoire. Il est une révolution permanente, c’est ce que refusent de comprendre certains anticapitalistes de gauche qui l’associent à l’esprit conservateur, voire à la Réaction, ce qui est aberrant. D’une manière générale, je crois que la ligne de crête aujourd’hui se situe entre libéraux et antilibéraux, entre ceux à qui profitent le système et ceux qui en souffrent, entre les élites et le peuple pour aller vite. A nous de nous inspirer de toutes les pensées antilibérales, à l’exclusion de celles qui ont mené au totalitarisme (et qui du reste sortent généralement de la même « matrice » libérale), que ces pensées soient d’origine anarchiste, socialiste, populiste ou réactionnaire à proprement parler. Il faut retrouver l’âme du petit peuple de France.[/answer]

Rentrée littéraire : rencontre avec Olivier Maulin [question]Novopress : Vous semblez avoir une appétence particulière pour les « bras cassés », les ratés sympathiques, les incompétents lunaires, les simplets poétiques…. Voilà un goût qui n’est pas très à la mode dans la France sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus…»[/question]

[answer]Olivier Maulin : En effet, j’aime réhabiliter les disgracieux, les tordus, les mal-foutus, les fainéants, ceux dont la seule présence physique est une insulte faite à la médecine moderne et à l’organisation rationnelle de la société ! Je trouve qu’ils ont des choses passionnantes à dire. Et puis il y a toujours une dimension carnavalesque dans mes livres. La France d’aujourd’hui étant un grand carnaval triste et permanent (avec des ministres lisant Zadig et Voltaire), lorsque l’on organise un contre-carnaval là-dedans, on retombe forcément sur ses pieds. Les fous deviennent sages, les débiles, intelligents, les disgracieux, gracieux. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire.[/answer]

[question]Novopress : Tous vos ouvrages sont des récits de tentatives d’évasion hors de la modernité. Olivier Maulin, notre époque contemporaine, que vous a-t-elle faite ? Que lui reprochez-vous ? Pourquoi la « détestez-vous » autant ?[/question]

[answer]Olivier Maulin : Mais je ne la déteste pas ! Je lui trouve même certains attraits, comme on peut en trouver à une vieille pute éclairée au néon. Les périodes de déliquescence sont des périodes fascinantes, il n’y a qu’à lire les polars américains ou même Henry Miller. D’ailleurs, les années à venir vont probablement être très excitantes, et promettent peut-être quelques beaux livres. Ceci étant, il est vrai que nous vivons probablement l’époque la plus sinistre, la plus vulgaire, la plus idiote et la plus liberticide de l’histoire. Ce que je reproche à notre société ? De vouloir crever dans la honte, de tirer de cette unique volonté sa légitimité morale et d’emmerder ceux qui veulent encore vivre.[/answer]

[question]Novopress : L’une des originalités de votre dernier ouvrage par rapport aux précédents où les issues à la modernité étaient plutôt d’ordre onirique, poétique ou « dyonisiaques », cette fois vous évoquez une voie pratique et concrète : le « retour à la terre » et la « néo-paysannerie ». Vous croyez véritablement à ce genre de démarches comme réponse possible à la crise économique, civilisationnelle et humaine que nous traversons ?[/question]

[answer]Olivier Maulin : Jusqu’à présent, les « retours à la campagne », genre mouvement hippie, ont tous été très idéologiques, sans grande chance de succès. Il fallait forcément qu’il y ait des normes imposées, mettre les femmes en commun, se droguer, vivre en communauté, etc. toutes choses finalement tellement artificielles qu’elles s’achevaient en eau de boudin. Mais aujourd’hui, c’est un peu différent, on a un système qui s’effondre sous nos yeux et, fait unique dans l’histoire, on n’a rien pour le remplacer ! Si dans quelques années, il n’y a plus d’Etat, plus de sécurité, plus de prestations sociales, plus de travail et plus rien à bouffer, il me paraît évident que les gens vont se réfugier là où ils pourront cultiver un potager, nourrir trois poules, élever leurs enfants et les défendre avec un bon fusil. Il n’y aura alors aucune idéologie, ce sera de la simple survie : essayez donc de cultiver un potager rue Lafayette ! Les cartes alors seront rebattues. Deux fermes qui font une alliance, c’est le début d’un nouvel âge féodal.[/answer]

[question]Novopress : Votre ouvrage déborde d’ironie et d’humour mais n’hésite pas pour autant à évoquer des problèmes graves tels que l’immigration, le nihilisme consumériste ou les dérives d’une vieillesse soixanthuitarde qui refuse son âge et la sagesse qui devrait l’accompagner… Pensez-vous que l’on puisse encore rire de tout ?[/question]

[answer]Olvier Maulin : On peut rire d’absolument tout, et avec tout le monde par-dessus le marché ! L’humour, quand on sait le manier, est une arme absolument formidable. Sans elle, vu l’état des mœurs, je serais probablement devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, comme un cave, avec des vieux juges gaga qui me taperaient sur les doigts…[/answer]

[box class= »info »]Olivier Maulin, « Les lumières du ciel », Editions Balland (18 août 2011). [/box]

Le Bloc comme sujet de roman pour Jérôme Leroy ?

Le Bloc comme sujet de roman pour Jérôme Leroy ?

22/08/2011 10h00
PARIS (NOVOpress) – Le 6 octobre prochain, dans la fameuse collection la Série noire (qui malheureusement tient plus désormais de la police de la littérature que de la littérature policière) sortira le nouveau roman de Jérôme Leroy : Le Bloc. Paradoxalement, ce roman ne parle pas du Bloc Identitaire, mais en réalité traite du FN et de Marine Le Pen. Cependant, au vu de certains éléments qui décrivent l’ouvrage, le Bloc Identitaire aurait bien inspiré l’auteur d’où peut-être aussi le choix du titre.

L’histoire est basée sur la négociation d’une femme dirigeante d’un parti de la droite nationale avec le pouvoir pour obtenir des postes ministériels, et de l’amitié suivie de la trahison à cause des négociations entre deux proches de la dirigeante du parti.

Jérôme Leroy, écrivain et chroniqueur pour le magazine Causeur, reprend ainsi le chemin du nouveau roman policier français, où par exemple Manchette et Fajardie font cohabiter réalité politique et sociale et intrigue policière.

« Les lumières du ciel », nouveau roman d’Olivier Maulin

“Les lumières du ciel”, nouveau roman d’Olivier Maulin

“Travailler devant un écran, se divertir devant un écran, mourir devant un écran ! Au secours !”

Paul-Emile Bramont n’est pas un foudre de guerre. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne voue pas au travail la vénération exigée par l’époque. Prince des ratés, il explore avec élégance et sérénité les bas-fonds de l’ambition, passant d’un hôtel miteux à un boulot minable et d’une combine louche à une tentative lamentable de braquage.

Accompagné de son copain Momo, DJ de patinoire de son état, et Bérangère, la femme d’un chirurgien plasticien – sa maîtresse du moment –, ils partent rejoindre un hameau dénommé Jérusalem, un lieu où la loi du marché n’existe pas. On y boit sous les étoiles, on y lance des grenades pour combattre des chimères et les nuits sont enchantées. Ils y croiseront un curé anarchiste, un clochard amoureux des armes à feu et un militant primitiviste radical, tous en guerre contre le monde moderne et toute forme de production.

Observateur fidèle de la déliquescence générale, Olivier Maulin nous livre un roman drôle et cruel et laisse entrevoir qu’un autre monde est possible, un monde auquel il faut d’ores et déjà se préparer. “Car qui sait s’il ne sera pas bientôt plus important de savoir traire une vache que de tracer des lignes de codes” ?

“Les lumières du ciel”, d’Olivier Maulin
Éditions Balland – 252 p – ISBN 9782353151295
20 euros

Guerre contre l’Europe

Guerre contre l’Europe

[box class= »info »] Alors que les négociations avec l’Union européenne sont entrées dans une phase de doute, un puissant courant eurosceptique est en train d’émerger en Turquie. L’un des succès de librairie les plus significatifs de ces derniers mois : « La troisième guerre mondiale » (1), décrit dans un futur proche l’invasion de l’Europe par l’armée turque. [/box]
Avec la « Troisième guerre mondiale », (Üçüncü dünya Savasi), Burak Turna récidive le succès de son précédent roman de politique fiction : « Tempête de métal » (500 000 exemplaires vendus). Il ne s’agit plus cette fois pour l’auteur d’imaginer l’attaque de la Turquie par les États-Unis, mais de mettre en scène une vaste confrontation à l’échelle planétaire entre l’Orient et l’Occident. Dans le climat d’incertitude et de méfiance qui prévaut aujourd’hui dans les relations entre la Turquie et l’Union Européenne et, plus globalement, de l’Occident avec le monde musulman, le livre de Burak Turna apparaît comme un véritable miroir de l’image que les Turcs se font et de l’Europe, et d’eux-mêmes. C’est cette vision tendue, pleine de contradictions, oscillant entre désir et rejet, que cette œuvre de fiction, bien que confuse et manichéenne, permet d’appréhender.

L’Orient contre l’Occident

En 2010, une crise économique d’ampleur mondiale provoque l’effondrement des principales places financières de la planète, les unes après les autres. Profitant du chaos ainsi généré, une société secrète, « la fraternité des chevaliers de la mort » alliée au Vatican, déclenche une guerre à l’échelle planétaire. Le but final de la mystérieuse confrérie étant l’instauration d’ « un État mondial » (2) blanc et chrétien. Pour ce faire, cette société encourage la dialectique du choc des civilisations à travers le monde, en manipulant les mouvements identitaires et populistes en Europe, ainsi que des sectes comme la Falong en Chine. L’Allemagne, l’Autriche, la Hollande, la France sont en proie à une vague de pogroms contre les musulmans, et plus particulièrement contre les Turcs. Ce déchaînement de violence, touche aussi les ressortissants russes des pays baltes, ce qui force Moscou à intervenir. De même, la tension entre la Chine et les États-Unis pour le contrôle du Pacifique, débouche sur une opération aéronavale à Taiwan. L’Inde, alliée à la Chine, profite de la confusion générale pour anéantir la flotte américaine dans sa base de Diego Garcia et s’emparer des possessions françaises dans l’Océan Indien.
Décidés à mettre fin aux exactions contre leurs ressortissants, Ankara et Moscou alliées au tandem Pékin-New-Dehli unissent leurs efforts militaires. Une spectaculaire opération aéroportée est menée contre l’Allemagne. Les parachutistes turcs, largués par des Antonovs, hissent l’étendard écarlate frappé du croissant sur le Reichstag. Les Américains, trop occupés à faire face aux Chinois dans le Pacifique, abandonnent leurs alliés européens. Un nouvel ordre continental émerge des décombres de l’ancienne Europe dont la capitale est transférée à Istanbul.

Tout au long du récit l’auteur prend bien soin de ne pas isoler l’Islam des autres civilisations non-occidentales. Aussi, l’axe islamo-orthodoxo-hindou-confucéen créé pour la circonstance, valide davantage la thèse du choc entre l’Orient et l’Occident, qu’entre ce dernier et l’Islam. Comme Samuel Huntington avant lui, Burak Turna fait de la Russie un corps étranger à l’Europe en la plaçant dans le camp de l’Orient. En dépit de cette volonté de faire passer au second plan le facteur religieux et les divergences propres à chacune des civilisations de « l’axe oriental », l’auteur à quelque peine à expliquer la disparition des conflits entre musulmans et chrétiens dans le Caucase, l’apaisement subit des tensions dans le Cachemire et au Singkiang (Kirghizstan chinois). Finalement, le grand paradoxe de cet ouvrage réside dans cette volonté des Turcs à vouloir se faire accepter comme Européens en se comportant en conquérants, tout en rejetant l’identité occidentale.

L’Europe une terre de conquête ?

Ultime cap de l’Asie, point d’aboutissement des invasions, marche occidentale de l’Empire ottoman et extrémité nord-occidentale de l’avancée arabe, l’Europe demeure dans l’imaginaire turc un espace d’expansion. Dans une certaine mesure, le processus d’adhésion à l’UE est vécu comme une revanche sur l’Histoire, et la continuation des guerres ottomanes par d’autres moyens. Il est significatif qu’au lendemain de la validation de la candidature d’Ankara par le conseil des ministres des Vingt-Cinq, dans la capitale autrichienne, en décembre 2004, un grand quotidien turc ait titré « Vienne est tombée ! ». Au retour de son périple européen, Erdogan était accueilli triomphalement à Istanbul et surnommé : le « conquérant de l’Europe ».

Malgré son appartenance à un milieu laïc et occidentalisé, Burak Turna reste lui-même marqué par cette rhétorique belliciste. Dans son livre, sa représentation de l’ennemi européen emprunte beaucoup au registre religieux. Les soldats européens y sont décrits comme un ramassis de soudards dépravés et criminels, à l’instar des « croisés avant eux » (3). Le Vatican incarne le danger spirituel qui guette la Turquie et le monde non-occidental. La conspiration qui en émane, a pour but « d’effacer les cultures traditionnelles partout dans le monde et de créer une société d’esclaves » (4) . Nous serons les « propriétaires de la planète » (5), fait s’exclamer Burak Turna à un cardinal, porte-parole de Benoît XVI.

Ici, la figure de l’ennemi alimente l’imaginaire du complot. L’idée que l’action du Vatican puisse faire peser une menace sur l’existence de la Turquie prend sa racine dans le projet du pape Clément VIII (1592-1605) de reconquérir Istanbul et de convertir l’Empire ottoman. Plus récemment, les propos de Jean-Paul II dans son message pascal de 1995, ont été relevés avec suspicion. Le saint Père appelait les organisations armées, et spécialement les Kurdes, à s’asseoir autour de la table de négociations. Le Vatican conviait aussi Ankara à s’associer à cette initiative. Peu après, une campagne de presse relayée par le Catholic World Report aux États-Unis, s’en prenait violemment à la Turquie en l’accusant de « génocide » à l’égard des populations Kurdes. En 1998, la nomination par Jean-Paul II de deux cardinaux, dont l’identité n’a pas été dévoilée, a suscité des interrogations dans les milieux nationalistes turcs (6).

Si ces inquiétudes peuvent apparaître très exagérées, pour ne pas dire dénuées de fondement sérieux, elles n’en recoupent pas moins des « pensées réflexes » ancrées dans le psychisme turc.

En-dehors de Burak Turna, ces théories conspirationistes sont, ces derniers temps, largement reprises dans les médias. Le chroniqueur vedette de télévision, Eröl Mütercimler, s’est fait une spécialité de la dénonciation de ces forces occultes qui dirigent le monde. Pour Mütercimler, l’Europe ne voudra jamais de la Turquie car elle est intrinsèquement un club chrétien (hiristiyan kulübü). Les « architectes du nouvel ordre mondial » auraient selon lui, abouti à une forme de syncrétisme entre leur déisme maçonnique et les valeurs chrétiennes des pères fondateurs de l’Europe. Cette synthèse humanitaro-chrétienne exclurait de fait la Turquie musulmane. Pour appuyer ses propos, Mütercimler prend l’exemple du drapeau européen dont les 12 étoiles sur fond bleu représenteraient la robe de la Sainte Vierge… (7)

Ce regard turc sur l’Europe, si ambigu, si paradoxal, qu’offre le livre de Turna, est à l’image d’un pays prisonnier entre son enracinement oriental et sa marche vers l’Occident. Une Europe perçue à la fois comme une terre de conquête, comme un lieu d’affrontement, mais aussi comme la dispensatrice d’une manne précieuse, un club de riches, un Occident chrétien qui, même pour des musulmans, demeure un idéal de civilisation.

T. J.

[box class= »info »]Source : Realpolitik.tv[/box]


1) Burak Turna, Üçüncü dünya savasi, Timas Edition, Istanbul, 2005
2) Idem. p 271
3) Idem. p 348
4) Idem. p 130
5) Idem. p 271
6) Erol Mütercimler, Komplo teorileri, Alfa, Istanbul, 2006: “AB’hiristiyan kulübü’dür“ [L’Union Européenne est un club chrétien], p176-180
7) Idem. “Vatikan’in gizli ilisskileri“ [Les relations secrètes du Vatican], p 293-300