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Présidentielle : Philippe Poutou, où la nostalgie du Grand Soir impossible

Présidentielle : Philippe Poutou, où la nostalgie du Grand Soir impossible

10/04/2012 – 16h15
NANTES (NOVOpress Breizh) –
Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) était de passage à Nantes le 29 mars dernier pour présenter son programme. Seul authentique ouvrier dans cette campagne présidentielle, le successeur du très médiatique O. Besancenot a manifestement du mal à s’imposer dans la compétition, écrasé par la personnalité et les talents oratoires de celui que Marine le Pen qualifie de « triple idiot utile du système », J.L.Mélenchon.

Devant un public d’environ 200 personnes majoritairement jeunes et masculines et une présence importante de journalistes, « Thierry », représentant le MOC (Mouvement des objecteurs de croissance), ouvrit la séance en s’efforçant de démontrer « comment les riches détruisent la planète. » Le MOC s’affirme d’abord  « anticapitaliste », idée centrale de tous les intervenants de la soirée. Il préconise la décroissance avec des mesures comme la réduction du temps de travail, l’anti – productivisme,  l’arrêt total de la production d’énergie nucléaire, un revenu maximum autorisé et un revenu d’existence pour tous. Se voulant l’héritier tant du socialisme utopique que du socialisme «  scientifique », il s’affirme héritier de Gandhi et antimilitariste – il demande en particulier l’arrêt des productions d’armement comme les avions Dassault. Quelques maigres applaudissements de pure politesse concluront l’intervention.

« Claudine », pour le NPA, prendra ensuite la parole pour mettre en lumière le lien étroit existant entre le combat anticapitaliste et la lutte écologique. Selon elle, les vrais responsables des problèmes climatiques, ce sont les capitalistes et leur course au profit, illustrant son propos par un inventaire àla Prévert: la spoliation des ressources en eau et des terres, les logements tout électrique et mal isolés, l’urbanisation périphérique, les OGM, la malbouffe, les pesticides, les médicaments inutiles voire nocifs, le pétrole, le tri des déchets, le pillage des pays du sud, la publicité pour des produits inutiles …

Par opposition à cette économie, la représentante du NPA affirmera que « l’écologie, c’est le droit de décider de sa vie. » Elle exige donc  « la sortie du nucléaire en 10 ans et l’arrêt des nouveaux projets, un service public de l’énergie sous contrôle de la population et avec une gestion locale, le développement des transports en commun gratuits, l’arrêt des engrais, des pesticides, des OGM » . De façon plus concrète, elle appelle au soutien des AMAP, du micro-crédit, des échanges sans argent, avant de conclure par un « face au capitalisme, ne lâchons rien »,  qui lui vaudra des applaudissements un peu plus soutenus.

« Sandra », également pour le NPA, lui succède pour montrer les conséquences désastreuses du capitalisme en crise avec l’exemple de la Grèce. Selonelle, les mesures en cours se résument à « comment on vide les poches des travailleurs pour remplir celles des riches ». Elle dénonce le « gouvernement non élu de techniciens d’union nationale (…) qui bafoue les droits démocratiques ». Exaltant « le peuple grec qui organise la résistance, occupe les entreprises fermées », elle termine par un « vive la lutte des travailleurs grecs ! » qui déclenche un soutien plus affirmé d’une partie de la salle.

Enfin Philippe Poutou prend la parole. Commençant d’abord par rappeler avec un certain humour décalé « qu’il est candidat, que ce n’est pas un mythe » il précise que « la politique, c’est l’affaire de tous, des solidarités, de la chaleur humaine, c’est s’organiser pour changer le monde, pour la dignité populaire ». Sortant de sa torpeur, la salle applaudit cette entrée en matière.

Le successeur de Besancenot va ensuite recadrer le combat anticapitaliste du NPA  pour le féminisme avec une loi cadre sur l’égalité homme – femme et contre la violence qui leur est faite partout en citant l’exemple de DSK, pour l’écologie avec la socialisation des groupes industriels comme AREVA, EDF, TOTAL, contre le racisme et pour soutenir l’immigration -cela fera plaisir au Medef – contre l’impérialisme et l’intervention en Afghanistan et pour l’internationalisme, le soutien aux peuples du monde entier, le droit à l’autonomie y compris des DOM/TOM, des Basques, des Corses et des Bretons, contre l’urbanisation et pour protéger la campagne. Vaste programme.

Il explique que la crise, qui dure depuis 30 ans, a considérablement appauvri les travailleurs. Huit millions de personnes, dont beaucoup de jeunes et  de femmes, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Quatre millions ont des difficultés pour se loger. Au même moment, « les riches, comme le PDG de PUBLICIS, reçoivent des salaires en hausse de 35% entre 2011 et 2010. Ils bossent sacrément dur ces gars-là, souligne P. Poutou, pour toucher autant ». Applaudissements nourris du public, qui n’apprécie manifestement pas la rémunération record que vient de percevoir Maurice Lévy.

Le candidat du NPA estime que les mesures prises par N. Sarkozy, « à la solde des capitalistes »,  sont inopérantes. Marine Le Pen, ce n’est pas une surprise, n’est pas très appréciée non plus : « politicienne professionnelle, avec ses millions, qui ose se  faire passer pour une anti-système,  qui a le culot de se dire la candidate des ouvriers ». Ennemi du protectionnisme pour la France,  P. POUTOU déclare qu’il est « pour le protectionnisme des salariés, de tous les peuples à l’échelle européenne, pour un statut unique, une Europe des peuples, une Europe sociale, contre celle des capitalistes et des banquiers« . Mais pourquoi se limiter aux frontières de l’Europe, quand on est un internationaliste convaincu ? L’orateur ne le précisera pas.

Philippe Poutou est bien entendu conscient qu’il  a peu de chances d’être élu mais, affirme-t-il,  « ce combat comprend deux manches : dégager Sarkozy et toute sa bande(…) Comme Hollande et le PS ont un programme dans la logique libérale, une austérité de gauche, la deuxième manche, dès le 7 mai, sera de reconstruire les réseaux militants , des gens qui se battent …pour nous, l’avenir c’est préparer les luttes sociales à l’image de mai 68, de l’été 36 ». Nostalgie, quand tu nous tiens…

Il terminera en réaffirmant que « les peuples de la planète ont un seul ennemi le capitalisme mondial ». Pas convaincu,  un militant lui répondra « qu’au deuxième tour il votera blanc car il en a assez de se faire avoir par les socialistes. » un avis partagé par une large partie de la salle qui applaudit le contradicteur.

Enfermé dans une thématique stérile, prisonnier d’une grille d’analyse marxiste largement obsolète, acquis à l’idéologie sommaire des ligues de vertu antiracistes, islamophile au point d’avoir présenté aux dernières régionales une femme voilée,  incapable d’analyser de façon cohérente les enjeux du siècle qui commence, le NPA apparait aujourd’hui comme le conservatoire de la nostalgie d’un Grand Soir impossible. Philippe Poutou, ou la figure de cire du musée Grévin du marxisme, tendance trotskiste.

Crédit photo : Minamonoch, licence cc