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François-Xavier Bellamy : « La politique est devenue un théâtre d’ombres »

03/10/2016 – FRANCE (NOVOpress)
François-Xavier Bellamy, le maire adjoint de Versailles, est également agrégé de philosophie.

Pour lui, la politique semble être devenue un théâtre d’ombres :

Nous vivons dans un univers où l’actualité consiste en une succession d’images, de plus en plus rapides. Cet univers d’information en continu est par principe résistance à la profondeur. La vie politique française semble réduite à un jeu d’apparences, superficiel et inconsistant: sur tous les débats du moment, chaque position est interprétée comme un effet d’image plutôt que comme un effort de pensée. Il n’est pas étonnant que surgisse alors ce besoin d’approfondissement. Après tout, la philosophie est née, au IVème siècle grec, dans le contexte de la crise démocratique très profonde que traversait Athènes… Si elle est, dès Platon, représentée par une chouette, c’est parce que, comme la chouette, elle s’envole toujours dans le clair-obscur. Quand la politique semble être devenue un théâtre d’ombres, le rôle de la philosophie est de nous aider à quitter la superficialité de nos propres illusions, à retrouver l’exigence d’un usage plus consistant du langage, pour sortir de la confusion et reconquérir une pensée plus libre.


Olivier Rey

Une question de taille, l’entretien, spécial Olivier Rey (2/2)

Source : Présent du 25/04/2015
Après la recension l’ouvrage Une question de taille, Pierre Saint-Servant convie à un entretien passionnant avec le philosophe Olivier Rey.

Polytechnicien, mathématicien membre du CNRS, Olivier Rey enseigne désormais la philosophie à l’Université Paris 1. Il a notamment publié Itinéraire de l’égarement. Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine (2003) et Une folle solitude. Le fantasme de l’homme auto-construit (2006). Son deuxième roman, Après la chute, vient de paraître aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

Dans les premières pages de votre livre, vous annoncez vouloir vous confronter à « des questions parmi les plus cruciales et les moins traitées de notre temps ». Quelles sont-elles ?
La plupart des « débats » contemporains consistent à s’envoyer de grands principes à la tête. Le problème est que souvent, les principes dans lesquels on se drape servent à ne pas regarder la réalité telle qu’elle est. Je prends un exemple. Aristote, dans sa Politique, affirmait que le bien, pour un État comme pour toute chose, est qu’il ait la taille appropriée à sa nature et à sa fonction. Dès lors, la première question posée par Aristote était : combien de citoyens une entité politique doit-elle compter pour être saine ? Ce n’est qu’une fois cette question de l’ordre de grandeur réglée que l’on peut aborder la question du bon gouvernement. La plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés à l’heure actuelle tiennent à des questions de taille. Il faudrait cesser de se gargariser de principes, pour s’interroger sur les échelles appropriées à leur réalisation.

Plusieurs chapitres de votre livre s’articulent autour de la pensée d’Ivan Illich ou s’en nourrissent. En quoi cette pensée est-elle profondément originale dans l’histoire des idées ?
Au fond, la pensée d’Illich n’est pas si originale que cela : à sa manière, Illich n’a fait qu’appliquer au monde contemporain un mode de réflexion qu’on trouve chez Aristote et saint Thomas d’Aquin. En l’occurrence, il s’agit de comprendre que l’être humain s’épanouit et fructifie à l’intérieur d’un monde proportionné à ses facultés. Ce n’est pas bien compliqué, mais c’est essentiel.

On dit trop souvent que la modernité s’est nourrie « de vertus chrétiennes devenues folles » selon le mot de G.K. Chesterton. Vous semblez pourtant montrer que christianisme et sagesse antique se rejoignent pour contenir l’hubris et maintenir l’homme dans de justes mesures.
Il fut un temps où on reprochait au christianisme d’avoir été le principal obstacle à l’avènement de la modernité. Maintenant que la modernité n’est plus si pimpante, on pourrait se dire : au fond, certaines réticences chrétiennes n’étaient pas si absurdes. Mais pas du tout : on s’avise que finalement, le christianisme est responsable de la modernité ! En fait, il y a des gens pour qui le christianisme joue le rôle du poumon chez Molière. Quelque chose ne va pas ? Le christianisme vous dis-je. Le christianisme a fait partie des conditions de possibilité de ce qu’on appelle la modernité, mais il n’en est pas cause. Le rapport de la démesure moderne au christianisme est celui d’une perversion à ce qu’elle pervertit. Illich aimait à rappeler cette phrase : la corruption du meilleur engendre le pire.

L’illimitation moderne, au-delà de la soif intarissable du profit, n’est-elle pas une fuite désespérée devant la mort (avec le recours à tous les anesthésiants qui lui sont offerts) ?
On peut le voir ainsi. Le « Connais-toi toi-même » des Grecs, c’était d’abord cela : sache que tu es mortel. Saint François, dans son cantique des créatures, disait de la mort corporelle : « ma sœur ». D’un côté, toutes les formes d’illimitation sont une façon de nous étourdir, d’oublier la mort. De l’autre, tous les subterfuges échouent devant elle. C’est pourquoi l’ivresse de l’illimité, pour perdurer, a maintenant besoin de prétendre abolir la mortalité. C’est le rôle alloué par le système aux propagandistes transhumanistes. Je suis déjà allé dans une réunion transhumaniste, par curiosité. On y côtoie un mélange très curieux de niais intégraux, qui idolâtrent la technoscience, et de cyniques brutaux, qui trouvent leur intérêt à entretenir cette forme de niaiserie.

Disséquons certains aspects de la postmodernité. Vous évoquez le remplacement des « métiers » par des « emplois », que revêt cette mutation sémantique ?
Notre monde est marqué par une division du travail poussée à l’extrême. C’est le principe de la manufacture d’épingles décrite par Adam Smith : la segmentation de la chaîne de production, avec des ouvriers affectés chacun à une tâche particulière, permet de produire bien plus d’épingles que si chaque ouvrier fabriquait une épingle de A à Z. Le même raisonnement se généralise à l’organisation de la société entière, et même désormais à celle du « village planétaire ». C’est l’une des raisons pour lesquelles les métiers, qui correspondaient à une division du travail raisonnable, dégénèrent en emplois, où il ne s’agit que d’occuper une microplace dans la mécanique générale. Une autre raison est une technicisation à outrance. Au bout d’un moment, les avantages dus à une production accrue ne compensent plus les sacrifices humains réclamés par l’augmentation de la productivité.

Vous écrivez que « la liberté du citoyen consiste aujourd’hui à déléguer toujours plus de responsabilités ». La perte d’autonomie de l’homme post-moderne est centrale dans votre pensée. Pouvez-vous nous en soumettre quelques exemples ?
La prétendue autonomie du sujet contemporain est pure rodomontade. Mon grand-père qui venait de la campagne du Dauphiné était bien plus autonome que moi, dont les capacités de survie en dehors de l’environnement techno-économique sont extrêmement réduites. Je dépends de tellement de « services » qui, au prétexte de me faciliter l’existence, ont fini par faire de moi un impotent ! Un des services les plus tentaculaires, aujourd’hui, est l’école. Au fur et à mesure de son accroissement, le système scolaire a dépossédé les familles, et les adultes en général, de leurs compétences éducatives, pourtant constitutives de l’humanité, pour s’en arroger le monopole. Avec l’école, on a un excellent exemple d’une institution qui, à une certaine échelle, était bénéfique, et qui, lorsqu’elle outrepasse toute limite, devient néfaste.

« Dans l’immense tout s’effondre, même le bien. » Cet aphorisme de Leopold Kohr peut sembler obscur mais dans le même temps riche de développements. Pouvez-vous nous en livrer l’exégèse ?
Je reviens à Aristote : pour qu’une chose soit bonne, il faut qu’elle ait une taille appropriée à sa nature et à sa fonction. Si certains seuils sont dépassés vers le haut ou vers le bas (aujourd’hui, c’est généralement vers le haut, du côté du trop gros et du trop rapide), alors ce qui était bon se corrompt. La formule de Kohr, c’est lui-même qui en donne la meilleure exégèse : « Les jeunes gens d’aujourd’hui n’ont pas encore compris que le changement sans précédent qui marque notre temps ne tient pas à la nature de nos difficultés sociales, mais à leur échelle. Comme leurs aînés, ils n’ont pas encore pris conscience que ce qui importe n’est plus la guerre, mais la Grande Guerre ; pas le chômage, mais le chômage de masse ; pas l’oppression, mais l’amplitude de l’oppression ; pas le pauvre, dont Jésus a dit qu’il serait toujours parmi nous, mais leur scandaleuse multitude. »

N’y aurait-il aucun espoir pour que le système se bloque et s’effondre ? Partagez-vous la « stratégie du grain de sable », de préférence à celle du révolutionnaire « exalté » ? Le grain de sable de quelques existences enracinées, de petites communautés familiales qui n’ont pas totalement rompu avec le cosmos, cherchant à préserver et développer leur autonomie ?
Au stade où nous en sommes, je ne crois pas que quelques grains de sable, ni même un sac entier ne suffiraient à faire dérailler la machine. Celle-ci poursuit sa course folle, et c’est d’elle-même qu’elle tombera dans le ravin. Notre rapport à cette catastrophe prévisible est ambigu : nous la redoutons, pour les ravages qu’elle causera, et nous l’attendons, comme l’occasion de recouvrer une certaine liberté et de renouer avec des modes de vie mieux accordés au monde et à notre propre nature. Ces modes de vie, moins « productifs » et plus solides, plus conformes à nos facultés, nous pouvons d’ores et déjà les ébaucher, dans nos rapports avec les autres et les choses. Non pour nous préparer aux chocs à venir, ou pas seulement : pour d’emblée vivre une vie qui ne soit pas un grincement, mais une note juste. Une des bénédictions de notre temps est de nous désintoxiquer des visions d’un avenir radieux, pour nous rendre au présent et à l’éternel.

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant

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Redonner à l’homme une vie à sa mesure, spécial Olivier Rey (½)

Source : Présent du 25/04/2015
Pour ceux qui l’auraient manqué en version papier, Pierre Saint-Servant nous livre sa recension de l’ouvrage Une question de taille, d’Olivier Rey. Utile avant de découvrir l’entretien que le philosophe a accordé au journaliste de NOVOpress et de Présent, que vous pourrez lire demain.

Au cours d’une année de lecture, combien de livres choisirait-on de placer en tête de notre bibliothèque, au rayon des essentiels, des lectures qui nourrissent notre méditation de nombreuses années et, mieux encore, sont à même de transformer nos habitudes, de changer notre regard, d’informer — c’est-à-dire donner forme — notre quotidien ? Bien peu en réalité. Même pour le grand lecteur, les doigts d’une seule main suffisent à les dénombrer. Une question de taille, d’Olivier Rey, est incontestablement de ceux-là.

Une question de taille

Une question de taille, Olivier Rey
Ed. Stock

Les philosophes boutiquiers, vendant sur plateaux de télévision et séminaires d’entreprise leur camelote conceptuelle, nous avaient trop habitués à une philosophie à la fois pauvre et extrêmement brouillonne dans son expression. Nous avions beau les écouter avec bienveillance ou les lire avec la plus grande attention, il fallait bien reconnaître que nous n’y comprenions goutte. Le vocabulaire d’une certaine caste universitaire, volontairement obscur, s’intercalant entre eux et nous. Ajoutons que nous discernions avec peine la relation qu’entretenait leur charabia avec le réel, avec ce réel que Bernanos nous invite à « saisir à bras le corps ».

Olivier Rey est de ces philosophes limpides, qui choisissent les mots avec une précision et un amour de la langue qui sont ceux de l’artisan. L’ensemble est simple mais d’une grande richesse. Difficile de ne pas penser à Gustave Thibon. Rey partage avec ce dernier le souci permanent de retrouver la grande harmonie. Celle de l’homme avec la Création. De retisser tous ces liens charnels et spirituels que la modernité a sectionnés un à un pour les remplacer par des prothèses technologiques. La thèse principale de ce livre est, dans la lignée d’Ivan Illich et de Leopold Kohr – que beaucoup, comme moi, découvriront à cette occasion – que le grand mal de la modernité puis de la postmodernité actuelle est le gigantisme. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème de nature de telle ou telle nouveauté, structure ou institution mais avant tout d’un problème de taille.

Cette approche inhabituelle était également celle de l’économiste Ernst Friedrich Schumacher, qu’il mît en forme dans son ouvrage le plus célèbre Small is beautiful, publié en 1973. Plus proche de nous, les éditions de l’Homme nouveau ont édité, il y a cinq ans et pour la première fois en français, un essai de Joseph Pearce s’y rapportant sous le titre small is toujours beautiful. Signe que cette recherche d’une société ramenée aux justes mesures qui conviennent à l’homme est en train de faire école. D’autant que comme le rappelle Olivier Rey, la définition de la juste taille et le maintien de celle-ci dans la vie sociale et politique ont préoccupé aussi bien Aristote que… saint Thomas d’Aquin. Voilà un socle philosophique sur lequel bâtir une vision politique qui ne soit plus lâchement livrée au seul impératif de la « rentabilité économique ».

 

Pierre Saint-Servant


[Entretien exclusif] Charles Robin : "Le libéralisme prospère sur les ruines de la common decency" (1/2)

[Entretien exclusif] Charles Robin : « Le libéralisme prospère sur les ruines de la ‘common decency' » (1/2)

06/03/2015 – PARIS (NOVOpress)
Venu de l’extrême gauche – de la LCR exactement – Charles Robin (photo) est l’un des esprits les plus vifs de cette jeune génération qui a transporté sa critique sociale du champ libertaire vers le camp de la résistance anti-libérale enracinée.

Après plusieurs livres publiés en autoédition, il vient de signer aux éditions Krisis un remarquable ouvrage de synthèse sur la convergence libérale-libertaire qui a pris le contrôle de nos sociétés. Indispensable pour quiconque veut saisir les racines philosophiques de ce grand raz-de-marée qui souhaite gommer toutes les différences, les identités ; rompre toutes les filiations et les solidarités ancestrales, pour installer définitivement le règne du Même au service de la superclasse mondiale.

Si l’on peut ne pas partager toutes les options de Charles Robin, sur l’importance secondaire des identités ethniques, religieuses et culturelles dans notre société française, on ne saurait se priver d’une telle synthèse, à mettre dans notre bibliothèque aux côtés des récents ouvrages d’Alain de Benoist ou Hervé Juvin.

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant


Vous accomplissez un travail fondamental de retour aux sources philosophiques du libéralisme, pourquoi ? En quoi la critique économique du libéralisme est-elle insuffisante voire inopérante ?

En bon disciple de Hegel, je suis absolument convaincu des vertus philosophiques de ce qu’on appelle la « phénoménologie », terme qui désigne – pour le dire vite – la recherche d’une logique sous-jacente aux phénomènes à l’œuvre (qu’ils soient d’ordres économique, politique, mais aussi culturel, moral ou anthropologique). Produire la phénoménologie du libéralisme, c’est donc tenter de remonter de ses effets quotidiens les plus manifestes (la précarité économique grandissante, la détérioration du lien social, Nabilla, etc.) à ses origines historiques et intellectuelles primordiales, pour espérer pouvoir en extraire – suivant la formule consacrée – la quintessence philosophique. Or, sur ce point, l’étude des auteurs libéraux classiques fournit à l’analyse de solides points d’appui. Ainsi, il est intéressant de noter que, dès le XVIIIème siècle, on trouve déjà formulées – notamment à travers la figure d’un Voltaire – les principales implications politiques et culturelles du projet libéral. Notamment (pour ne prendre que cet exemple) l’idée selon laquelle la libre poursuite par les individus de leurs intérêts et de leurs désirs (fondement pseudo-anthropologique de notre actuelle idéologie « libertaire ») constituerait le gage le plus puissant de la prospérité économique des nations capitalistes. L’exemple le plus emblématique (et aussi le plus caricatural !) étant probablement la fameuse Fables des abeilles (1714) de Bernard Mandeville, censée démontrer, sous une forme allégorique, que « les défauts des hommes, dans l’humanité dépravée, peuvent être utilisés à l’avantage de la société civile, et qu’on peut leur faire tenir la place des vertus morales ». Il s’agit donc, à travers cette image, de promouvoir la libre expression des égoïsmes comme source et condition de la croissance économique. Une allégorie écrite il y a trois siècles, et qui anticipait, de façon quasi prophétique, sur les métamorphoses contemporaines de nos sociétés. Soit – pour le dire d’une manière à la fois pédagogique et synthétique – la complémentarité et l’unité fondamentales du libéralisme économique et du libéralisme culturel, qui trouve son incarnation ultime dans l’actuelle fusion idéologique de la Gauche « internationaliste » et de la Droite « mondialiste ».

Le refus de toute verticalité est pour vous caractéristique de l’idéologie libérale, qui privilégie l’individu à la communauté, la logique de l’intérêt au sens du sacrifice. Pouvez-vous illustrer cette opposition entre transcendance et immanence ?

L’hypersensibilité hallucinante de la classe politique sur la question de la laïcité (loi de séparation de l’Église et de l’État adoptée en 1905) suffit à vérifier – de l’opportunisme politique d’une Marine Le Pen à la transe mystique d’un Vincent Peillon, pour lequel (rappelons-le tout de même) : « La laïcité […], c’est une religion de la liberté, c’est une religion des droits de l’Homme » – l’allergie philosophique des libéraux à toute authentique notion de « transcendance », c’est-à-dire qui ne soit pas celle du fétichisme de la marchandise. Il faut en effet comprendre que, selon l’anthropologie libérale, l’Homme se définit d’abord comme un être sensible, c’est-à-dire capable d’éprouver du plaisir et de la douleur. Dans cette conception (fondement de l’empirisme de Locke, puis de l’utilitarisme de Bentham), c’est donc dans sa dimension corporelle et immanente que se situerait l’essence de l’être humain, quand les traditions philosophiques antérieures voyaient davantage dans sa dimension spirituelle et transcendante la qualité spécifique et le lieu d’accomplissement ultime de l’Homme. Par ce renversement dans la hiérarchisation classique des attributs humains (Corps/Esprit), c’est la vision de l’Homme elle-même qui allait se trouver transformée. En refusant d’accorder le moindre crédit philosophique à la notion de « sacré » (hormis à l’occasion de quelques processions sacrificielles telle que la dernière Charlie’s Pride nous en fournit le modèle), la doctrine libérale entérine ainsi, de fait, la réduction de l’être humain à un simple « carrefour de sensations », soumis aux seules lois gravitationnelles de l’intérêt et du désir. Un individu libéral atomisé, amputé de sa partie symbolique (celle qui produit du sens, c’est-à-dire à la fois une signification et une direction) au profit de l’Ego matérialiste triomphant. La transcendance n’est rien d’autre, sous cet angle de vue, que le surpassement effectif (c’est-à-dire réellement incarné) de la cellule de notre ego, condition constitutive de toute émancipation individuelle et collective. C’est la raison pour laquelle je pense qu’aucun socialisme authentique ne peut se concevoir sans cette assise symbolique primordiale, à défaut de laquelle rien ne viendrait justifier (conformément au mot d’ordre du NPA, auquel je souscris pleinement) que « nos vies valent plus que leurs profits ».

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L'abstraction, force ou faiblesse des Européens ? - par Clément Martin

L’abstraction, force ou faiblesse des Européens ? – par Clément Martin

10/12/014 – NICE (NOVOpress)
Il est communément admis que l’intelligence s’appuie sur deux piliers: la capacité à mener un raisonnement abstrait et le raisonnement logique. Plus radical, le psychologue Lewis Terman, connu pour avoir participé à l’approfondissement du test de QI Stanford-Binet au début du XXème siècle, affirmait que l’intelligence d’un individu était sa seule capacité à mener un raisonnement abstrait. Robert Sternberg, président de l’Association des psychologues américains n’hésitait pas lui à affirmer que c’en était même le premier signe d’ingéniosité. Ainsi, le fondement même de l’intelligence, et donc des capacités créatrices, reposerait sur cette capacité d’abstraction.

Les Européens l’ont brillamment exploitée durant des siècles, autant à travers leur production artistique (la fresque de la chapelle Sixtine, les œuvres de Boticelli), qu’intellectuelle ou philosophique (Aristote, saint Thomas d’Aquin), ou bien encore architecturale (Versailles, l’escalier à double révolution). On retrouve aussi cette faculté à pousser loin le raisonnement abstrait dans le génie militaire d’un Napoléon ainsi que dans la conquête spatiale durant la deuxième moitié du XXème siècle.

Mais cette force qui a fait la suprématie de la civilisation européenne se retourne aujourd’hui contre elle-même, c’est-à-dire contre nous. Au fil des siècles, cette capacité d’abstraction, qui nous a fait exceller dans tant de domaines et permis à notre culture de rayonner sur le monde, nous emmène vers des théories absurdes et suicidaires.

La pensée aristotélicienne classique ou “philosophie réaliste” part de l’expérience pour en tirer des principes fondamentaux. Cela présuppose que le monde est structuré, ordonné rationnellement, et que notre raison peut abstraire et connaître cet ordre. Avec Descartes, le réel tel que nous le percevons est mis en doute, c’est sur le sujet pensant que se fondent désormais la connaissance, la morale et le droit. Les philosophes des Lumières au XVIIIème siècle siècle consacrent quant à eux la primauté de la Raison sur le réel. L’idée pure est détachée de toute réalité, c’est la victoire de l’abstraction sur l’expérience sensible. Faisant fi de l’empirisme, de la réalité et les structures traditionnelles deviennent ainsi des entraves à la réalisation de leurs nouvelles idéologies. Elles doivent être donc détruites pour laisser place à une société basée uniquement sur des idées. C’est le début de la dérive, l’abstraction devenant idéologie, puis système pour enfin finir comme grille de lecture unique.

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Il faut sauver (avec ou sans réserves) le soldat Onfray - par Pierre Saint-Servant

Il faut sauver (avec ou sans réserves) le soldat Onfray – par Pierre Saint-Servant

18/09/2014 – PARIS (NOVOpress)
Michel Onfray peut irriter, c’est certain, mais il est impossible de lui reprocher ce que l’on reproche aux habituels philosophes « médiatiques » : soit une facile afidation aux pouvoirs du moment, un manque de sincérité dans l’expression de leur pensée ou une posture systématiquement politiquement correcte.

Libertaire depuis sa jeunesse, le philosophe normand est resté fidèle à cet idéal. Fuyant les séductions des cercles de pouvoir, qu’ils soient politiques, culturels ou universitaires, il s’est pendant deux décennies contenté d’un emploi de professeur de philosophie en lycée professionnel. Lorsqu’il a fondé l’Université populaire, il a eu le panache et la cohérence d’en prendre la présidence à titre bénévole.

Travailleur acharné, qui a percé médiatiquement grâce à son Traité d’athéologie (beaucoup plus subtil que ce que le titre en laisse apercevoir), il poursuit depuis de nombreuses années ce qu’il appelle lui-même une Contre-Histoire de la Philosophie. Non content de réaliser un colossal travail de mise à disposition de savoirs philosophiques auprès d’un large public, il a à de multiples reprises eu le courage de s’attaquer à certains monstres sacrés du progressisme de gauche. Ce fut le cas de Sartre et Beauvoir puis celui de Freud, entre autres. Luttant contre l’hémiplégie de gauche comme Alain de Benoist sut lutter contre une hémiplégie de droite, il sait aujourd’hui encore rendre hommage à des figures essentielles telles qu’Ernst Jünger, Oswald Spengler ou encore Julien Freund.

Ne s’étant rangé derrière aucune bannière politicienne, Onfray assume avec un sourire narquois sa position d’intellectuel populiste, s’étant encore fait remarquer récemment par ses charges contre l’oligarchie en place et par une solide défense du souverainisme.

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Selection de la rédaction à lire sur arte.tv
Aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l'urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps. En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, P... Lire la suite »
[Cinéma] Un superbe hymne à la pensée : "Hannah Arendt", de Margarethe von Trotta

[Cinéma] Un superbe hymne à la pensée : « Hannah Arendt », de Margarethe von Trotta

09/05/2013 – 17h15
PARIS (NOVOpress Breizh) – En 1961, la philosophe Hannah Arendt est envoyée à Jérusalem par l’hebdomadaire The New Yorker pour couvrir le procès d’Adolf Eichmann, poursuivi pour son rôle dans la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Les articles qu’elle publie et sa théorie de « la banalité du mal » vont déclencher une controverse sans précédent. Au-delà de toute polémique sur la question de la Shoah, la réalisatrice Margarethe von Trotta nous offre avec « Hannah Arendt », son dernier opus, un superbe hymne à la pensée.

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Grand rabbin de France : plagiat, et fausse agrégation de philo

Grand rabbin de France : plagiat, et fausse agrégation de philo

08/04-2013 – 10h
PARIS (NOVOpress) – Décidément la météo est mauvaise aussi pour les icônes. La semaine passée après le chevalier luttant contre la fraude fiscale, Jérôme Cahuzac ex-ministre du Budget, obligé d’avouer qu’il est un fraudeur, c’est une icône morale, Gilles Bernheim, le Grand rabbin de France qui doit avouer un plagiat, tandis que l’agrégation de philosophie dont il se prévalait est « imaginaire » d’après deux listes officielles des agrégés.

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Et si Michel Onfray tournait curé ?

Et si Michel Onfray tournait curé ?

Attention un Onfray peut en cacher un autre ! Un règlement de compte avec Sigmund Freud.

Une photo de couverture vertigineuse ou renversante. Une ambition intellectuelle dévorante, le dernier volume de Michel Onfray, Les freudiens hérétiques, manifeste tout cela : et le vertige du lecteur et les renversements de perspectives familiers à l’auteur, et l’appétit pantagruélique du penseur, qui – c’est un signe – pratique de plus en plus l’accumulation lyrique. Pour entraîner. Pour convaincre. Mais de quoi ?

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Rencontre avec les Editions du Rubicon, nouvel acteur de l'édition non-conforme

Rencontre avec les Editions du Rubicon, nouvel acteur de l’édition non-conforme

03/10/2012 – 17h30
PARIS (NOVOpress)
– Fondées en septembre 2012, les Editions du Rubicon sont une nouvelle maison d’édition non-conforme qui se propose de faire connaître au plus grand nombre des « ouvrages militants », notamment étrangers, susceptibles de nourrir le combat identitaire et patriote contemporain. NOVOpress a décidé d’en savoir plus sur cette courageuse et stimulante initiative. Entretien

NOVOpress : Vous venez de fonder les « Editions du Rubicon », pouvez-vous nous dire dans quel but et quelles en sont les spécificités ?
Pour répondre à votre première question, je citerais tout simplement les quelques lignes de présentation qui figurent sur notre site Internet (www.leseditionsdurubicon.com) : « Animée par un esprit libre et non conformiste, cette maison d’édition créée en 2012, vous fera découvrir au travers de ses réalisations présentes et à venir, l’univers du livre politique. En choisissant de mener à terme des projets éditoriaux de militants engagés, nous proposons à votre esprit de partir à l’assaut de ce monde vétuste et sans foi ».

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« Gustave Le Bon est un esprit universel, loin des caricatures » – Entretien avec Catherine Rouvier

« Gustave Le Bon est un esprit universel, loin des caricatures » – Entretien avec Catherine Rouvier

Catherine Rouvier -docteur d’État en droit public et en science politique, maître de conférences à l’Université de Paris XI- a consacré il y a quelques années une thèse d’histoire des idées politiques à Gustave Le Bon (photo), qui a eu les honneurs d’une publication rapide aux Presses universitaires de France (1986) sous le titre Gustave Le Bon ou la mesure de l’irrationnel en politique, livre assorti d’une préface d’Edgar Faure et, last but not least, d’un prix de l’Académie française… Un jeune éditeur, Grégoire Boucher (éd. Terramare), a souhaité que cette œuvre soit disponible à nouveau tout en étant mise à la portée d’un large public.

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[Lu sur le Net] Que reste-t-il des Lumières ? (1ère partie) par Pierre LE VIGAN

[Lu sur le net] Que reste-t-il des Lumières ? (1ère partie) par Pierre Le Vigan

Texte repris du site Europe Maxima

Plus de 250 ans après le lancement de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751), que reste-t-il des Lumières ? Un mythe et beaucoup d’ambiguïtés.

Le mythe, c’est l’idée que l’usage de la raison a été inventé par les Lumières. C’est très excessif. C’est faire peu de cas de Grecs, des Romains, des Renaissants et même des théologiens. Mais il reste un acquis de la pensée des Lumières : c’est l’idée que les hommes font leur histoire. Qu’ils ont la responsabilité de leur histoire. Les Lumières le disent et l’intègrent dans le développement de leur pensée. « Bien et mal coulent de la même source » dit justement Jean-Jacques Rousseau. Cette source, c’est l’homme, avec sa grandeur et avec ses limites. En outre, les Lumières n’ont pas inventé la notion de bien commun mais elle fut présente chez la plupart de ses penseurs. Ceci distingue les Lumières d’un certain libéralisme individualiste.

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Sur la Nouvelle Droite et Alain de Benoist - Par Dominique Venner

Sur la Nouvelle Droite et Alain de Benoist – Par Dominique Venner

Écrit sous forme de réponses à des questions de François Bousquet, un nouveau livre d’Alain de Benoist se veut une sorte de bilan intellectuel mêlé à de nombreux souvenirs portant notamment sur la généalogie familiale et l’enfance de l’auteur, déjà lecteur boulimique, allergique aux sports. Il se définit lui-même comme un esprit encyclopédique et même un collectionneur compulsif de livres et d’idées. À le lire, on découvre qu’il avait les aptitudes d’un très grand universitaire jonglant avec talent entre les systèmes de philosophie politique brillamment décrits. Il dit parfois son ambition d’affirmer une « conception du monde » (Weltanschauung), sans que celle-ci apparaisse clairement sous sa plume de théoricien quelque peu désenchanté.

On sait que le nom d’Alain de Benoist est étroitement associé au courant de pensée de la Nouvelle Droite (ND), « cette belle aventure de l’esprit » issue de l’aventure d’Europe Action et de la Fédération des Étudiants nationalistes à qui tout un chapitre du livre est consacré. Au fil du temps, dans ses colloques et ses revues, avec un grand dynamisme, la ND récusa le racisme au nom du différentialisme, fit redécouvrir l’héritage païen de l’Europe, introduisit à la connaissance des travaux de Georges Dumézil ou à la pensée de la “Révolution conservatrice allemande”, critiquant aussi vertement l’américanisme et le libéralisme. Elle représenta une immense espérance dont beaucoup conservent la nostalgie.

Sur la Nouvelle Droite et Alain de Benoist - Par Dominique VennerAlain de Benoist est resté la figure intellectuelle dominante de ce que fut la ND, tout en ayant pris ses distances avec certaines orientations initiales. Il s’en explique, justifiant son droit de penser par lui-même en liberté, et donc d’évoluer de façon parfois déroutante pour ses amis. « C’est toujours dans mon propre entourage, écrit-il (p. 260), que j’ai rencontré le plus de résistances, et il n’y a sans doute pas un tournant idéologique que j’ai pris pour lequel je n’ai été obligé de batailler pour imposer ». Il est bien conscient que d’avoir été dans sa jeunesse catalogué d’extrême droite a nui à la diffusion de sa pensée propre : « N’est intellectuellement légitime en France que ce qui vient de la gauche. Un passé d’extrême droite, fût-il lointain, est une tunique de Nessus. » Il n’en avait pas toujours été ainsi. Avant la Seconde Guerre mondiale, les idées qualifiées ultérieurement d’extrême droite, par exemple celles de Charles Maurras, tenaient le haut du pavé en France comme dans la plupart des nations européennes. Ensuite, l’histoire a basculé pour un bon moment.

À partir des années 1980, remarque le mémorialiste, une véritable chape de plomb s’est abattue sur la pensée critique. […] Par cercles concentriques, quantité d’auteurs se sont progressivement vu retirer l’accès aux hauts-parleurs. On n’a pas cherché à réfuter leurs thèses, on leur a coupé le micro. L’important était que le grand public n’ait plus accès à leurs œuvres. » C’était une sorte d’application du gramscisme : ceux qui contrôlent le pouvoir culturel en interdisent l’accès à leurs ennemis. Pourtant, dans une période précédente, Alain de Benoist et la ND avaient réussi une percée remarquable lors de la création du Figaro Magazine première formule, dont ils animaient la rédaction avec la complicité de Louis Pauwels. Ce succès provoqua deux attaques massives durant l’été 1979 puis en octobre 1980 lors de la campagne de diabolisation qui suivit l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic (attentat d’origine proche-orientale, attribué tout d’abord à l’extrême droite). Le résultat fut une épuration du Figaro Magazine sur pression notamment de Maurice Lévy, alors patron de Publicis. Louis Pauwels fut contraint de se séparer des journalistes de la ND. Le Figaro Magazine perdit la moitié de ses lecteurs, mais augmenta ses recettes publicitaires… Preuve de ce qu’est la réalité de la presse dans une démocratie soumise au pouvoir de l’argent.

Ce qui retient l’attention dans les mémoires d’Alain de Benoist, c’est avant tout le cheminement d’un esprit agile et brillant, exceptionnellement doué pour le débat philosophique qui est sa passion. La réalité parvient à lui, moins par l’observation concrète des phénomènes, que filtrée par les théories et les concepts qui en ont été déduits. Ainsi, les immenses bouleversements qui ont affecté l’Europe et le reste du monde depuis la Révolution française, puis la révolution industrielle, le siècle de 1914, le grand recul européen et les ressacs migratoires de la décolonisation, sont appréhendés à travers les interprétations et concepts généralement a-historiques de divers théoriciens. Grâce aux brillantes aptitudes de l’auteur, ces interprétations sont analysées avec une constante clarté. En conclusion, Alain de Benoist peut légitimement dire sa fierté « d’être resté un esprit libre [et] de n’avoir jamais déserté la pensée critique ». Il aurait pu ajouter qu’il est également toujours resté fidèle à un certain idéal européen.

Dominique Venner

Notes

  1. Alain de Benoist, Mémoire vive, entretiens avec François Bousquet, Editions de Fallois, 331 p., 22 €

[box class= »info »] Source : le site Internet de Dominique Venner. [/box]

La décadence de l'Occident américanisé et orientations philosophiques pour en sortir.

La décadence de l’Occident américanisé et orientations philosophiques pour en sortir

[box class= »info »] Un article d’Yvan Blot, dont la lecture est ardue mais qui a le mérite de nous sortir des considérations quotidiennes. [/box]

Heidegger a eu le mérite de déceler la nature de la décadence qui frappe l’Occident et qui est bien plus grave et plus profonde qu’une simple crise politique. Nous vivons soumis à un système qu’il a appelé le « Gestell », l’arraisonnement utilitaire, et dont le centre, depuis la chute du IIIe Reich et de l’URSS, est désormais aux Etats-Unis d’Amérique.
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Description du « Gestell » totalitaire qui nous asservit La description du Gestell (système d’arraisonnement utilitaire) fait appel aux quatre dimensions de « Geviert », système au sein duquel tout homme vit nécessairement : l’homme vit sur la terre, sous le ciel, parmi les autres hommes et face à la Divinité. Ce système structuré par quatre pôles est inspiré par la métaphysique d’Aristote avec ses fameuses causes matérielle, formelle, motrice et finale.

La société actuelle, société du « Gestell » est construite autour de quatre idoles majeures, la technique, l’argent, la masse et l’ego.

La décadence de l'Occident américanisé et orientations philosophiques pour en sortir.

La société européenne, sous direction désormais américaine, est le résultat d’une évolution qui a conduit à mettre en place ces quatre idoles.

L’utilitarisme, idéologie de la domination de la technique sur nous mêmes

La technique ou plus exactement l’essence de la technique détermine notre société en dehors de notre maîtrise. La technique est à la base, le socle (cause matérielle) du système car elle permet la maîtrise de la nature pour que l’homme puisse atteindre au progrès matériel. Naturellement, il ne s’agit pas du tout de renoncer à la technique en admettant même que ce soit possible. Mais la technique ne domine jamais autant l’homme que lorsqu’il ne s’en rend pas compte (c’est l’idéologie selon laquelle la technique serait « neutre »). Il s’agit de renoncer à la technique comme idole, comme état d’esprit utilitaire dominant toutes autres considérations. L’utilitarisme est l’idéologie de la domination de l’essence de la technique sur nous-mêmes.

L’argent comme idole

La décadence de l'Occident américanisé et orientations philosophiques pour en sortir.L’argent est la cause formelle du système, c’est-à-dire ce qui fixe la norme et motive les actes. Il ne s’agit pas de condamner l’usage de l’argent mais de condamner l’argent comme idole (image : l’adoration du veau d’or de Nicolas Poussin, cliquer sur l’image pour l’agrandir). L’argent ne domine jamais tant que lorsqu’on ignore sa domination : c’est le processus d’oubli de l’être longuement analysé par Heidegger. La domination de l’argent est assurée par l’idéologie de la non discrimination. Celle-ci se montre de façon flatteuse comme voulant assurer l’égalité des hommes mais en réalité, il s’agit de supprimer toute discrimination sauf celle par l’argent afin que l’argent devienne le seul critère sur lequel on juge les hommes. Une société où seule la discrimination par l’argent existe est en réalité monstrueuse, contraire à toutes nos traditions historiques chrétiennes ou nationales. C’est un moyen de détruire l’identité nationale au profit d’un monde matérialiste sans aucune frontière.

Les masses comme matières premières

Les masses sont la cause motrice du « Gestell » car les masses sont manipulables ce qui n’est pas le cas des hommes enracinés et cultivés. De plus, la masse est source de profit : c’est même la loi de l’industrialisation. Le Gestell a besoin d’hommes qui soient de simples matières premières pour le système technique et économique. La matière première utile doit être interchangeable, ainsi les hommes doivent devenir interchangeables, et il ne faut pas que des racines puissent gêner cette interchangeabilité. Si l’homme est attaché à sa lignée, à sa famille, à sa nation, à sa culture, à sa religion, cela est un obstacle à l’interchangeabilité et à l’asservissement. En effet, l’homme libre ne peut sauvegarder sa liberté qu’en ayant des racines. Il s’agit donc de détruire ces racines : il faut s’attaquer à la cellule familiale, pratiquer ce que l’on appelle l’antiracisme dont on a changé le sens : à l’origine, l’antiracisme est le fait de combattre la haine raciale. Ici, il s’agit de s’attaquer à toute forme d’homogénéité ethnique. Voir les déclarations du général américain Wesley Clark pendant la guerre du Kossovo pour justifier le bombardement de la Serbie : les Européens doivent abandonner tout idée d’homogénéité nationale et accepter de gré ou de force le métissage et la « diversité » car c’est le sens de l’histoire. En fait, c’est le but du Gestell qui est d’empêcher l’homme de rester fidèle à son essence pour le rendre manipulable et exploitable.

L’ego contre la transcendance

in d’éliminer tout besoin de transcendance et de sacré. Le Gestell utilise dans ce but les « idiots utiles » comme disait Lénine en assurant la promotion de la laïcité matérialiste. L’homme n’a pas d’autre sens à donner à sa vie que de satisfaire son ego, de rester prisonnier de son ego. Il n’y a rien de plus dangereux pour le Gestell que l’héroïsme motivé par l’amour. Le Gestell est un système qui nie toute aristocratie capable de se dévouer pour une cause extérieure. C’est pourquoi il faut enlever à la jeunesse toute éducation militaire et religieuse afin qu’elle se mette au service du matérialisme marchand et technique. L’idéologie qui justifie avec une apparente générosité cette élimination de la transcendance éthique est celle des « droits de l’homme ». Il est bien entendu évident que les libertés fondamentales sont indispensables à l’homme. Mais les libertés sans devoirs sont périlleuses comme l’a écrit le patriarche de Russie Cyrille Premier, car l’homme n’est pas un saint mais un animal carnivore où son cerveau reptilien peut le mener à commettre des crimes s’il n’est pas sous le contrôle d’une « sainte alliance » entre les cerveaux affectifs et rationnels. Or, le Gestell n’a de cesse de vouloir détruire la force du cerveau affectif (cœur de la personnalité) pour manipuler l’homme. L’individu réduit à un robot calculateur (cerveau du néo cortex) aux services d’instincts de base reptiliens est en effet facile à contrôler par le pouvoir qui gère le Gestell. Ce pouvoir est lui-même soumis au Gestell car toute déviation est sanctionnée par l’exclusion. Ainsi, la boucle est bouclée et le Gestell montre son caractère totalitaire qui est d’autant plus fort qu’il reste inconscient.

L’asservissement de l’homme par le Gestell

Les quatre idoles du Gestell font de l’homme un esclave sans qu’il le sache. La technique l’aliène car l’utilitarisme exacerbé rend l’homme étranger à son essence, incapable de méditation et d’authenticité dans les quatre dimensions de son monde existentiel. L’argent le corrompt et c’est la raison majeure de l’explosion du crime dans les pays qui se réclament des droits de l’homme. Le record de détenus prisonniers est ainsi atteint de très loin par les Etats-Unis. La grande majorité des crimes est due à la recherche de l’argent à court terme et sans aucun scrupule. L’idéologie des droits de l’homme efface la conscience des devoirs, le sens de l’honneur et l’enracinement dans les communautés naturelles, notamment celles de la famille, de la patrie ou du travail.

Si la technique aliène l’homme et si l’argent le corrompt, l’égalitarisme et le conditionnement de masse abrutissent l’homme et lui fait perdre toute recherche de qualité en se dépassant lui-même. Les traditions éthiques du « kalos kagathos » (homme noble et excellent) grec et du christianisme sont progressivement éliminées et l’homme est de plus en plus inculte hors sa spécialité professionnelle utile au Gestell. C’est pourquoi le Gestell qui efface les traditions chrétiennes s’attaque aussi à l’humanisme antique qui a servi de base pour constituer l’homme libre de la civilisation européenne.

Enfin, la libération sans frein de l’ego et de ses besoins, comme l’avait fort bien vu Dostoïevski, perverti l’humain et le rend prisonnier de ses propres vices et besoins. Cette déshumanisation de l’homme, présentée comme une « libération » créé une société décadente qui tend à s’autodétruire. Le manque d’amour au sens chrétien ou platonicien (Agapê en grec) conduit à l’éclatement des familles, à la dénatalité, à l’égoïsme généralisé, surtout au sein des élites, encore plus formatées par le Gestell que le reste de la population.

Voici le schéma qui exprime toute cette corruption :

La décadence de l'Occident américanisé et orientations philosophiques pour en sortir.
Les voies philosophiques de la sortie du Gestell

Face à la maladie du Gestell qui frappe le monde européen et qui le conduit à sa décadence humaine et à sa disparition à terme, on peut opposer termes à termes les valeurs qui doivent permettre de sortir de cet oubli de l’être où nous sommes confinés. Ce retour à l’être de notre humanité est le préalable à toute politique efficace. Sans ce préalable philosophique, la politique est à courte vue et ne peut remédier à une maladie dont elle ignore l’essence.

Le recours à la beauté

Face à l’essence de la technique le recours est à la beauté. Les philosophies existentielles en sont conscientes. Parmi les religions, la plus consciente de cette nécessité est sans doute l’Orthodoxie avec l’amour de la beauté de la Création tel que le prône Dostoïevski. L’utilitarisme technique conduit à la primauté de la laideur est conduit à détruire la terre, aplatir le ciel de l’idéal, massifier et médiocratiser les hommes et effacer tout sens du sacré et du divin, limitant ainsi l’homme à sa seule dimension animale. La recherche de la beauté rend sa place à la méditation sur le monde qui n’est plus alors vu uniquement sous le prisme de l’exploitation utilitaire.

La démocratie : la liberté enracinée dans le cadre national

Face à la domination de l’argent, il faut opposer les valeurs de la démocratie, c’est-à-dire de la liberté enracinée dans le cadre national. La démocratie est la force politique la plus capable de faire obstacle à l’idolâtrie de l’argent, à condition bien sûr qu’elle ne soit pas confisquée par les oligarques du Gestell. Il faut donc une démocratie directe le plus possible qui se combine avec les institutions gouvernementales et parlementaires (référendums). L’affaiblissement des Etats nationaux, par contre, affaiblit la démocratie qui n’est pas le propre des institutions internationales, particulièrement oligarchiques, et renforce les puissances d’argent irresponsables, qui vont jusqu’à s’affranchir des contraintes imposées par le statut de la propriété. On remplace les propriétaires responsables par des gestionnaires sans racines qui cherchent le profit à court terme à la manière des délinquants. On voit les résultats avec les scandales financiers de Wall Street, les oligarques déchaînés sous Eltsine, par exemples.

L’éducation humaniste

La culture met un barrage devant la massification des hommes. C’est tout l’enjeu d’une éducation humaniste qu’il faut retrouver dans sa plénitude. Cette éducation ne peut être purement technique, elle doit avoir des dimensions éthiques, militaires et patriotiques comme c’est le cas de l’éducation nouvelle envisagée en Russie par le président Medvedev. Cette éducation doit trouver sa base dans la culture générale issue des modèles gréco-romains, bien abandonnés aujourd’hui. Le but est le citoyen beau dans son âme et son corps (kalos) et adapté à une existence de dépassement de soi-même vers une perfection divine (agathos). On voit ici que la dimension religieuse ne peut être écartée car la dimension religieuse est ce qui distingue le plus l’homme de l’animal.

La religion met des limites à la tyrannie de l’ego, promue par la soit disant « modernité » actuelle. Le christianisme, qui est la religion qui a forgé la France, ne peut pas être mis au même rang que les autres religions, même si toutes ont droit à la liberté. Cette religion a la particularité d’avoir un Dieu qui s’est fait homme et qui appelle donc l’homme à imiter le Divin. De ce point de vue, il y a d’ailleurs une certaine continuité entre le meilleur de la philosophie grecque (Platon et Aristote) et le Christianisme, notamment dans sa version orthodoxe mais aussi catholique.

Le schéma du monde qui reflète ce que nous venons écrire selon les quatre pôles de l’existence authentique définie par le philosophe Heidegger est donc le suivant :

La décadence de l'Occident américanisé et orientations philosophiques pour en sortir.

Les quatre pôles ci-dessus ont pour but de relativiser les quatre idoles du monde dit moderne qui sont la technique, l’argent, la masse déracinée et l’ego gonflé par ses besoins arbitraires. Il s’agit ici rien de moins que de restituer à l’homme sa liberté authentique. Ce que l’Occident matérialiste appelle la liberté n’en est pas une comme l’avait déjà fort bien vu Dostoïevski. L’homme est asservi à l’utilitarisme technique, à la cupidité déréglée, à la masse conformiste et décervelée, à son propre ego dominé par le cerveau reptilien. Cet appel à combattre pour la liberté est parfaitement symbolisé par saint Georges terrassant le dragon. Il s’agit maintenant de combattre le dragon du Gestell sans se laisser intoxiquer par sa propagande déshumanisante mais qui se fait de façon mensongère au nom de l’homme et de ses droits. Un homme avec des droits sans devoirs ne peut que perdre sa liberté. Ce sont les oligarques qui gèrent le Gestell qui seuls en profiteront. C’est pourquoi le pouvoir doit leur échapper : il doit revenir au peuple et à son bon sens servi par une authentique aristocratie du courage et de l’esprit !

Yvan Blot

[box class= »info »] Source : Polémia. [/box]

Image : L’adoration du veau d’or, Nicolas Poussin, 1663. Domaine public, via Wikipédia.

La « Mémoire vive » d’Alain de Benoist

La « Mémoire vive » d’Alain de Benoist

Fondateur du GRECE, auteur prolixe et initiateur infatigable de nombreuses revues de réflexion (Eléments, Krisis, Nouvelle Ecole…), Alain de Benoist est une figure incontournable du courant « identitaire » français et européen.

La « Mémoire vive » d’Alain de BenoistBien qu’il soit connu de tous, sa grande discrétion nous a longtemps caché son itinéraire personnel : militance, parcours universitaire, cheminement intellectuel.  C’est ce que nous propose de découvrir Mémoire vive, un livre d’entretiens, paru il y a quelques jours aux Editions de Fallois.

300 pages d’entretiens conduits à vive allure mais en profondeur par François Bousquet, qui nous plongent dans l’itinéraire d’un penseur incontournable, depuis son enfance jusqu’aux années « de maturité », passant par les années d’engagement militant et l’aventure du GRECE.

Bien entendu, la dimension biographique n’occulte pas les nombreuses pages de réflexion dans lesquelles Alain de Benoist reprécise les contours de sa pensée et ses fondamentaux idéologiques : défense de l’identité au nom du refus de l’uniformité, anti-libéralisme, ré-enracinement, vision de l’Empire européen. Rappelant son attachement à la Weltanschauung, il défend une véritable définition de la radicalité, ancrée dans une pensée forte et structurée: « Être radical, ce n’est pas seulement refuser le compromis, c’est s’intéresser aux causes lointaines plus qu’aux effets immédiats (…) Donner aux choses une dimension de profondeur. »

Radical – en plongeant toujours plus profond les pointes de nos racines – nous nous devons de le devenir plus chaque jour. Alain de Benoist nous y précède.

Pierre Saint-Servant pour Novopress

Le philosophe Cioran sur la substitution de population. Tribune libre de Joachim Véliocas

Le philosophe Cioran sur la substitution de population. Tribune libre de Joachim Véliocas

[box class= »info »] Emil Cioran (1911-1995) trouverait-il un éditeur aujourd’hui pour écrire des pages similaires à celles de Renaud Camus ? Serait-il bientôt envoyé en stage de rééducation citoyenne par le PS ? [/box]

Extrait de Cioran, L’Ecartèlement, Gallimard, 1979. Œuvres complètes, pages 1411 et 1412.

« Les institutions, les sociétés, les civilisations diffèrent en durée et en signification, tout en étant soumises à une loi qui veut que l’impulsion indomptable, facteur de leur ascension, se relâche et s’assagisse au bout d’un certain temps, la décadence correspondant à un fléchissement de ce générateur de force qu’est le délire.

Après des périodes d’expansion, de démence en fait, celles de déclins semblent sensées, et elles le sont, elles le sont même trop-, ce qui les rend presque aussi funestes que les autres.

Un peuple qui s’est accompli, qui a dépensé ses talents, et à exploité jusqu’au bout les ressources de son génie, expie cette réussite en ne donnant plus rien après. Il a fait son devoir, il aspire à végéter, mais pour son malheur il n’en aura pas la latitude.

Le philosophe Cioran sur la substitution de population. Tribune libre de Joachim Véliocas Quand les Romains -ou ce qui en restait- voulurent se reposer, ils s’ébranlèrent en masse. On lit dans tel manuel sur les invasions que les Germains qui servaient dans l’armée et dans l’administration de l’empire prenaient jusqu’au milieu du Veme siècle des noms latins. A partir de ce moment, le nom germanique devint de rigueur. Les seigneurs exténués, en recul dans tous les secteurs, n’étaient plus redoutés ni respectés. A quoi bon s’appeller comme eux ? « Un fatal assouplissement régnait partout », observait Salvien, le plus acerbe censeur de la déliquescence antique à son dernier stade.

Dans le métro, un soir, je regardais attentivement autour de moi, nous étions tous venus d’ailleurs… Parmi nous pourtant, deux ou trois figures d’ici, silhouettes embarrassées qui avaient l’air de demander pardon d’être là. Le même spectacle à Londres.

Les migrations, aujourd’hui, ne se font plus par déplacements compacts mais par infiltrations successives: on s’insinue petit à petit parmi les « indigènes », trop exsangues et trop distingués pour s’abaisser à l’idée d’un « territoire ». Après mille ans de vigilance, on ouvre les portes…

Quand on songe aux longues rivalités entre Français et Anglais, puis entre Français et Allemands, on dirait qu’eux tous, en s’affaiblissement réciproquement, n’avaient pour tâche que de hâter l’heure de la déconfiture commune afin que d’autres spécimens d’humanité viennent prendre la relève. De même que l’ancienne, la nouvelle Volkerwanderung [migration de peuple] suscitera une confusion ethnique dont on ne peut prévoir nettement les phases. Devant ces gueules si disparates, l’idée d’une communauté tant soit peu homogène est inconcevable. La possibilité même d’une multitude si hétéroclite suggère que dans l’espace qu’elle occupe n’existait plus, chez les autochtones, le désir de sauvegarder ne fût-ce que l’ombre d’une identité. A Rome, au IIIeme siècle de notre ère, sur un million d’habitants, soixante mille seulement auraient été des Latins de souche. Dès qu’un peuple a mené à bien l’idée historique qu’il avait la mission d’incarner, il n’a plus aucun motif de préserver sa différence, de soigner sa singularité, de sauvegarder ses traits au milieu d’un chaos de visages.

Après avoir régenté les deux hémisphères, les Occidentaux sont en passe d’en devenir la risée : des spectres subtils, des fin de race au sens propre du terme, voués à une condition de parias, d’esclaves défaillants et flasques, à laquelle échapperont peut-être les Russes, ces derniers Blancs. C’est qu’ils ont encore de l’orgueil, ce moteur, non, cette cause de l’histoire. »

[box]  Voter Hollande nous interdira d’évoquer l’existence de notre identité, de penser l’altérité et les différences irréductibles entre civilisations, sans parler d’un débat sur l’islam. Le droit de vote des étrangers accélérerait la dépossession de notre souveraineté déjà enclenchée par Sarkozy. Voter Hollande, c’est la politique du pire. Eliminons-le.

Joachim Véliocas – directeur de l’Observatoire de l’islamisation. [/box]

[box class= »info »] Source : Observatoire de l’islamisation. [/box]

Qu'est-ce qu'une mystique ?

Qu’est-ce qu’une mystique ?

[box]Article reproduit avec l’aimable autorisation de la fondation Polémia. [/box]

[box class= »info »]En cette période préélectorale où les mots, « démocratie », « socialisme », « liberté », « égalité » etc, sont prononcés et écrits à tort et à travers, Léon Arnoux rappelle quelques fondamentaux en se référant aux écrits de Louis Rougier (photo), inspirateur de la Nouvelle Droite et l’une des premières têtes pensantes du GRECE d’Alain de Benoist.

Polémia. [/box]

Une mystique est un ensemble de croyances

« Une mystique est un ensemble de croyances qu’on ne saurait justifier ni en raison, ni en expérience mais qui s’imposent par la voix de l’autorité, de l’exemple, de l’habitude, du préjugé, de l’intérêt et, plus particulièrement, parce qu’elles expriment et sanctionnent les aspirations sentimentales et les tendances passionnelles d’un individu ou d’une collectivité. »

Remarquons au passage que le mot « communauté » n’est pas dit. S’y ajoute cependant ce qui suit : « Une doctrine (ou une affirmation quelconque) devient une mystique lorsqu’on la soustrait au contrôle de l’expérience et à l’épreuve de la discussion pour la traiter comme un dogme intangible ou lorsqu’on la fonde sur une base qui exprime seulement une conviction passionnée. »

Voilà bien, par les temps (et les affirmations) qui courent, des écrits fort intéressants et qui mériteraient peut-être qu’on s’y attarde un peu. Et de qui les tient-on ? Du philosophe Louis Rougier, qui fut, rappelons-le, récompensé deux fois par le Prix Louis Saillet de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, ce qui est fort rare.

« Le but d’une telle doctrine est que l’on n’éprouve plus à son égard ni curiosité, ni le besoin de la remettre en question et que l’on l’admette comme une telle évidence que toute enquête sur son bien fondé devienne superflue et qu’on y adhère par un acte de foi jugé si nécessaire, par suite de sa bienfaisance sacro sainte, que l’abandonner serait scandaleux. »

Voilà donc de bien raisonnées explications pour nous décrire un phénomène que certains trouveront parfaitement d’actualité. On prévoit déjà que de la mystique à la religion il n’y aura qu’un pas. L’étude des religions pouvait mener à de bien étranges constatations mais on aurait toujours pu répondre au défricheur de cette particularité qu’il ne fallait pas se demander (par exemple) comment, scientifiquement, certaine conception avait pu se produire. Puisqu’elle s’était produite, c’était bien la preuve que, scientifiquement, c’était possible. Le farouchement anti chrétien Louis Rougier était-il un révisionniste avant l’heure ? Il semble bien que non. Et son épouse, née Lucy Friedman y aurait peut être objecté.

En fait, toutes ces démonstrations ne visaient qu’à mettre à plat une autre mystique : la mystique démocratique, ses origines et ses illusions. Reste que le raisonnement du spécialiste de l’étude de l’évolution des croyances religieuses en idéologies politiques (du paradis à l’utopie) parait si juste qu’on pourrait être tenté de l’appliquer à d’autres sujets.

La Mystique démocratique

Il faut remercier ici Alain de Benoist d’avoir préfacé et réédité aux Editions Albatros en 1983 : La Mystique démocratique d’Alain Rougier [l’édition originale date de 1929]. Comme on l’a dit, c’est l’étude des religions qui avait permis au philosophe d’établir que cette soif d’égalité si chère à nos socialistes d’hier et d’aujourd’hui remontait en réalité aux peuples nomades du désert et aux prophètes d’Israël. Rougier avait fait sienne la pensée de Renan suivant laquelle le libéralisme était d’origine grecque et le socialisme d’origine hébraïque. « Périsse le monde plutôt que l’iniquité soit » était le cri d’Osée ou d’Amos. Ainsi, la logique de l’esprit messianique débouchait-elle sur la mystique démocratique, elle-même inspiratrice de l’économie marxiste et de la dictature du prolétariat sur lesquelles il est inutile de revenir.

Cette mystique démocratique reposait sur l’idée de l’égalité naturelle de tous les hommes en vertu de laquelle ils auraient les mêmes droits et les mêmes compétences ; ce qui les conduit au collectivisme. Mais comme cela n’est guère réalisable, à des succédanés moins brillants : le socialisme d’état et le régime soviétique.

Déjà, la recherche de l’égalité avait amené les théoriciens des Lumières à réclamer la socialisation des terres et des moyens de production. « La terre n’est à personne, proclame-t-on, ses fruits sont à tous. » Bien sûr, ces socialisations (ou nationalisations) avaient pour intention de rétablir une égalité naturelle qui n’avait jamais existé que dans l’esprit de Rousseau. Mais les prémisses posées par ces idéologues conduisent avec une rigueur logique absolue au socialisme égalitaire et collectif. A ces idéologues, on peut toujours opposer l’objection suivante : « Vous prétendez que la démocratie seule est juste parce qu’elle repose sur la liberté et l’égalité. Comment lier ces deux propositions qui semblent apparemment s’exclure ? Qui dit liberté dit franchise de se comporter autrement qu’autrui et, éventuellement (et par voie de conséquence), de se grandir à son détriment. L’égalité est toujours restrictive de la liberté des forts ou des privilégiés au bénéfice des faibles ou des déshérités. »

Faut-il sacrifier la liberté à l’égalité ?

Pourquoi l’égalité serait-elle l’équité ? Aristote ne dit-il pas qu’il n’y a pas de pire injustice que de traiter également des choses inégales ?

A ceux qui sembleraient croire irréversibles la progression de certaines idées actuelles, Rougier rappelle malicieusement que, vers le milieu du XIIIe siècle, l’Islande était la seule République existant de par le monde. Elle vit débarquer chez elle, non point des saints celtiques dans des auges de pierre, comme Patrice ou Brendan, mais les envoyés du roi de Norvège qui la sommèrent de reconnaitre la souveraineté de leur suzerain. Ils invoquaient comme raison péremptoire que l’univers entier vivait sous des régimes monarchiques.

Ayant démontré les utopies qu’entraine la mystique égalitaire et rappelé l’éternel combat que se livreront qualité et quantité, élites et masses, Rougier nous avertit que dans les élites (ou privilégiés) se glisseront toujours quelques gaspilleurs, sybarites ou inutiles.

Et pourtant, et ce sera sa conclusion, dans les brillantes sociétés grecques ou latines, ces inutiles furent les artisans supérieurs d’un style de vie inimitable qui – s’il scandalisa tant nos Lumières – donna à l’humanité de si péremptoires et solennelles raisons de vivre.

« Qui donc, dit Rougier, n’échangerait tout l’or de New York, toutes les entreprises de Chicago, et tous les moralistes de Washington, pour le baiser de gloire d’Athènes, ou de ces trois villes qui furent le suprême scandale des puritains de la Réforme : la Venise des Doges, la Florence du Magnifique, et la Rome des papes humanistes ? »

Léon Arnoux
11/04/2012

Les intertitres sont de la rédaction

Lire ou relire :
Le Génie de l’Occident, ‪R. Laffont‬, ‪1969‬, ‪472 pages‬
La Mystique démocratique, préfacé par Alain de Benoist, éditions Albatros, 1983, 280 pages (l’édition originale de La Mystique démocratique date de 1929).

[box class= »info »] Source : Polémia. [/box]