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Tribune Libre – La disparition du monde rural, par Vincent Revel

Malgré le choc des deux guerres mondiales, pouvant aussi ressembler pour les Européens à une longue, dramatique et coûteuse guerre civile, le choc majeur du XXe siècle pour notre continent aura probablement été la mort de notre paysannerie. Sous les coups d’une oligarchie mondialisée, l’ancien monde rural, enraciné dans un territoire, a laissé place à l’ère des villes mondes sans frontière.

travaux-des-champsDans son merveilleux livre Travaux des champs (éd. du Rocher, 2009), Alain Leygonie écrivait avec justesse que « le basculement dans la modernité » des populations rurales avait été l’événement le plus important des cent dernières années. Depuis les années 1960, nombreux furent nos hommes politiques à trahir la confiance de leurs électeurs habitant les zones rurales en leur laissant croire en un avenir meilleur. En 1945, près de 10 millions de Français travaillaient encore dans l’agriculture ! Aujourd’hui, la population active dans le monde agricole représente moins de 4 % des travailleurs !

Le chiffre ne cesse de baisser au profit de gros exploitants, vivant de subventions, devenus pour certains « les jardiniers d’une nature sans hommes ». A la place des villages respirant la vie et l’activité, un désert rural s’est installé, transformé parfois, pour les régions les plus ensoleillées, en décor pour touristes et retraités fortunés. Le mal est profond et notre élite, profondément urbaine, ne cesse de se désintéresser de cette ruralité qui lui renvoie l’image d’un passé riche de sens.

L’histoire de l’agriculture occidentale, basée sur l’exploitation familiale, a connu un bouleversement radical lorsque nos paysans sont devenus uniquement des exploitants, chefs d’entreprises, soucieux de productivisme avec un outil de travail complètement intégré à l’économie de marché. Dans cette agriculture moderne, les solidarités volent en éclat, le nombre de suicide augmente et les petites exploitations, à taille humaine, tendent, en règle générale, à disparaître.

Bientôt, si nous continuons à suivre aveuglément les conseils de nos technocrates, la France, au passé agricole millénaire, connaîtra « l’aire du vide ». Seules les plus grosses exploitations subsisteront. Avec un désir accru de posséder le maximum de terrains agricoles, les nouveaux grands propriétaires mettront en place aveuglément les nouvelles méthodes de travail, basées sur l’extensification de la production, et de la ferme de nos anciens restera un lointain souvenir remplacé par les exploitations-usines chères à nos dirigeants européens.

Le malaise est bien présent. L’endettement, parfois appuyé par des syndicats irresponsables, trop proches de lobbies puissants, pousse de nombreux agriculteurs à la faillite. Riches en terre mais pauvres socialement, de nombreux paysans travaillent à perte dans le seul but de ne pas tout perdre. Ceux pour qui le mot racine éveille encore quelque chose savent à quel point notre élite apatride est responsable de ce résultat catastrophique.

Face à ce terrible constat, nous assistons à présent, impuissants, à la naissance des métropoles. Contribuant à déconstruire le socle identitaire des provinciaux, cette folie urbaine de nos élus-notables locaux pousse de plus en plus les zones rurales dans l’ombre, comme un encombrant héritage que l’on voudrait oublier.

Avec la prochaine élection présidentielle, nous devrions tous avoir à cœur de reconstruire cette ruralité en nous détournant des faiseurs de rêves et de leurs grandes idées qui nous ont conduits la misère.

Vincent Revel

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Crise agricole : la colère prend de l’ampleur

04/02/2016 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

« Des subventions non, des prix, oui ! » Voilà l’un des nombreux slogans des éleveurs de l’Ouest pour protester contre la chute des prix de leur production.
« On en a assez que le gouvernement nous considère comme des mendiants », déclare Éric, agriculteur dans le Vexin français. « L’aide publique ne nous sauvera pas. Nous, ce que l’on veut, c’est une juste rémunération pour notre travail ».

Alors que le ministre de l’Agriculture a annoncé une rallonge de 125 millions d’euros aux 700 millions accordés l’an dernier dans le cadre du plan d’aide aux éleveurs, la colère du monde paysan face à la crise agricole ne faiblit pas.

En effet, aucune réforme n’a été amorcée pour réduire les normes et les charges qui pèsent lourdement sur la profession
malheureusement, le nerf de la guerre ne réside pas à Paris, mais bien à Bruxelles et Chicago.

Explication : beaucoup d’agriculteurs travaillent aujourd’hui à perte, tant les prix fixés par les géants de l’agroalimentaire et de la distribution sont bas. En ce qui concerne les marchés mondiaux, qui se font à la Bourse au grain de Chicago, ceux-ci fluctuent selon un cocktail mêlant catastrophes climatiques et spéculation boursière.

Ainsi, en pleine période de morosité économique mondiale, une sécheresse en Russie ou une inondation en Australie, sont aujourd’hui les seuls phénomènes capables de dynamiser les cours mondiaux et d’assurer un revenu décent aux agriculteurs céréaliers français…

En ce qui concerne les normes, selon une étude de la FNSEA, l’agriculteur passe aujourd’hui jusqu’à 20 % de son temps à remplir déclarations, justificatifs et duplicata pour toucher les aides liées à la PAC, et surtout éviter qu’il ne souffre de pénalités. Qui aurait cru que la pérennité de ceux qui nourrissent le monde dépende aujourd’hui de bureaucrates et de traders ?

Le désespoir des agriculteurs européens

04/10/10/2015 – SOCIÉTÉ (NOVOpress)
600 croix, pour 600 suicides annuels parmi les agriculteurs. C’est la pour rendre hommage à ses confrères que Jacques Jeffredo, un maraîcher breton, procèdera à cette installation devant la basilique de Sainte-Anne d’Auray en Bretagne d’ici au 11 octobre.

Etranglés par les charges, travaillant souvent à perte, les agriculteurs demandent plus de coopération et moins de compétition, simplement pour pouvoir survivre. Un problème qui ne se limite pas à la France, mais qui touche toute l’Europe.


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La crise de l’agriculture européenne se poursuit

08/09/09/2015 – EUROPE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)
Hier, les agriculteurs européens ont manifesté à Bruxelles

Des agriculteurs venus de toute l’Europe, de Bulgarie en passant par l’Irlande, se sont rappelés au souvenir du Conseil exceptionnel sur l’agriculture des 28 ministres européens. Ce conseil, réuni à la demande de la France, devait trouver des réponses à la crise de l’élevage et de la production laitière en Europe qui seraient liés à la surproduction. Les manifestants entendent aussi pointer l’hypocrisie d’un système qui pousse à l’investissement par les nouvelles normes tout en laissant les prix dégringolés, ce qui a un effet négatif sur la confiance des banques.

Quelles résolutions ont été prises ?

La Commission européenne, responsable de la politique agricole commune, a débloqué entre 300 et 400 millions d’euros qu’il faudra répartir entre les 28 pays de l’UE. Ces fonds proviennent des pénalités payées, en 2014 2015 pour dépassement des quotas de production. Or ce sont 860 millions d’euros qui avaient été récoltés. Le ministre belge de l’Agriculture estime que

cette somme doit revenir intégralement aux agriculteurs.

La Commission rappelle d’ailleurs que 220 millions d’euros avaient été débloqués après l’embargo russe en réplique aux sanctions européennes. Plus important, le prix de rachat par les états aux exploitants agricoles en difficulté du lait ne devrait pas être relevé alors qu’il est à un prix bien inférieur au marché. L’UE entend aussi conclure des accords commerciaux permettant de trouver des débouchés aux produits agricoles.

Quels sont les intérêts en présence dans cette crise ?

L’on dénombre deux séries de considérations. D’une part, l’UE par la voix du commissaire à l’agriculture ne souhaite pas envoyer un signal négatif à la filière agricole en augmentant les prix de rachat étatiques puisque cela aurait pour conséquence de maintenir le niveau de production de lait. D’autre part, après les sanctions européennes, la Russie a répliqué par deux embargos, l’un sur les produits laitiers et l’autre sur les abats de porc, il s’agit pour l’UE de rester ferme et unie face à Vladimir Poutine.

Crédit photo : Daphné VAN OSSEL – RTBF

Mondialisation : comment le gaz de schiste américain a ruiné des paysans indiens

Mondialisation : comment le gaz de schiste américain a ruiné des paysans indiens

07/01/2013 – 08h00
JAIPUR (NOVOpress) –
Cela aurait presque pu passer pour un conte de fées : tout à coup les paysans pauvres d’une région semi-désertique de l’Inde (le Rajasthan au nord-ouest du sous-continent) abandonnent leurs huttes en pisé pour des maisons en dur, achètent des voitures et travaillent avec des tracteurs neufs… Mais les contes liée à la mondialisation finissent rarement bien.

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Suisse : les paysans de l'UDC exigent l'encouragement de l'agriculture locale

Suisse : les paysans de l’UDC exigent l’encouragement de l’agriculture locale

05/08/2012 — 16h00
BERNE (NOVOpress) — Pour les agriculteurs helvètes membres du parti populiste UDC, c’est l’agriculture locale qui est doit être défendue et promue. Tel est le sens du message qu’ils ont voulu faire passer lors de leur réunion dans le canton de Lucerne, hier samedi 4 août.

Au menu de cette réunion, plusieurs points rang desquels l’augmentation du revenu des agriculteurs. Pour les paysans de l’UDC, il faut y parvenir en mettant l’accent sur la production alimentaire nationale, au lieu de faire des paysans suisses des jardiniers payés par l’Etat pour entretenir le paysage.

Ensuite, ils demandent au ministre de l’Economie d’exclure complètement le secteur agricole de l’accord de libre-échange avec la Chine.

D’autres résolutions ont été mises en avant dans un texte adopté lors de cette réunion : “communiquer clairement à l’UE que la Suisse ne veut pas, ni aujourd’hui, ni demain, d’un accord de libre-échange agricole.” Ou “les foires traditionnelles de bétail doivent être maintenues et renforcées comme un bien culturel.”

Murat fustige le monde artistique

Murat fustige le monde artistique

19/12/2011 – 08h00
PARIS (NOVOpress) —
Jean-Louis Murat appartient à la catégorie, réduite à peau de chagrin, des artistes enracinés fiers d’un héritage européen, dont il chante l’appartenance. Musicien accompli, il revendique à l’instar d’un Morrissey son identité culturelle, son amour de la terre charnelle pointant du doigt l’idéologie malodorante du politiquement correct dans laquelle se répandent ses homologues. Il n’hésite pas à braver sans complexes les interdits codifiés par les zélotes du système artistique. Jean-Louis Murat vient une nouvelle fois de le prouver.

Amoureux de sa terre d’Auvergne où il compose et crée ses propres albums, le chanteur a accordé cette semaine à l’hebdomadaire Le Point un entretien au vitriol. Une bouffée d’air frais dans cet océan de conformisme dicté par l’argent-roi. Adepte du parler vrai, Jean-Louis Murat livre ici des propos frappés au coin du bon sens, qui tranchent avec les eaux saumâtres du consensus mou dans lequel baigne le marigot du showbizness. Réalisé à l’occasion de la sortie de son nouvel album intitulé Grand Lièvre (1), Murat en profite pour recadrer les choses : tout d’abord, sur les faux-culs de la générosité qui une fois l’an viennent faire pleurer dans les chaumières sur la pauvreté et qui se servent des Enfoirés pour faire leur propre promotion. Également sur les mœurs perverses d’un milieu qui n’a rien à envier aux turpitudes sexuelles d’un DSK, mais aussi sur le ridicule et la bêtise crasse de ces chanteurs ou comédiens qui sous couvert d’une starification naissante se sentent obligés de donner leur avis en matière politique. Murat réfute non sans humour le droit que s’octroient ces nouveaux « experts » qui « tout d’un coup ont des consciences de Prix Nobel de la paix ». Ce cortège de faux révolutionnaires que Luchini affuble à juste titre du nom de rebelles-salariés subit donc les foudres d’un Murat lucide et clairvoyant sur leur opportunisme crasse.

Mais Jean-Louis Murat, fidèle à la pensée de Bloy et de Bernanos, n’est pas en reste avec le parisianisme et l’opinion gauchisante adoptée hypocritement par la quasi-totalité du milieu artistique. Un forcené du travail, un artisan de la musique au sens noble du terme qui fait dire au Point que son dernier opus est « un petit bijou d’écriture et de mélodie ».

Morceaux choisis :

« Les jolis cœurs, les plus-généreux-que-moi-tu-meurs, je n’y crois pas du tout. Tous ces artistes sont des monstres d’égoïsme. La vraie générosité, elle est silencieuse. Tu fais, mais tu fermes ta gueule. Ça ne doit pas devenir un élément de promotion. »

« Ces hommes de gauche patentés, je connais leur mode de fonctionnement. Le plus grand des jolis coeurs, Renaud, je l’ai vu faire un truc qui te conduit normalement en prison. Il est devenu mon ennemi de base, même si on ne tire pas sur une ambulance. J’ai vu aussi des hérauts de la gauche jouer au poker une petite nana perdue, une nana de 16 ou 17 ans. « Elle est pour toi ou elle est pour moi ? » Je les ai vus faire ça, ces mecs qui hurlent à la mocheté du monde dès qu’un chien se fait écraser. ».

« Les chanteurs se mettent toujours du côté du manche. La vie d’artiste est beaucoup plus confortable si tu es vaguement contre. Ils essaient de se placer sous une sorte de lumière marxiste. Ils disent : Je suis un rebelle, je suis socialiste. Tous les cons font ça. »

Jean-Louis Murat, Vendre les prés (clip officiel)

(1) Grand Lièvre, Jean-Louis Murat, V2 Music/Polydor