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Frégate Maestrale F570

L’Europe prête à entrer en guerre contre les passeurs d’immigrés ?

23/04/2014 EUROPE – NOVOpress
On croit presque rêver… Les premiers résultats du sommet extraordinaire de chefs d’État européens après la série de naufrages qui ont fait plusieurs centaines de victimes parmi les migrants clandestins vont dans le sens de la fermeté. Poudre aux yeux ?

La réponse au problème des armadas de navires transportant des immigrés clandestins vers les côtes européennes pourrait être militaire : il faut « entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants », selon le projet de déclaration qui a été diffusé aujourd’hui. L’Europe devrait lancer les « préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense », autrement dit une opération militaire.
L’UE répond ainsi au souhait du chef du gouvernement italien a demandé l’examen de la possibilité de mener des « interventions ciblées » contre les passeurs en Libye, principal point de départ des migrants en direction de l’Italie et de Malte. Et de citer en modèle l’opération Atalante, mission anti-piraterie de l’UE au large des côtes somaliennes. Par des interventions en mer et parfois aussi à terre, elle a permis, outre la protection des navires marchands, l’arrestation de 117 pirates présumés et, pour la seule année 2011, le démantèlement de 27 groupes de pirates, selon l’UE.

Pourtant, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Rappelons que l’opération Atalante a été lancée en 2008, mais que les premières actions contre les bateaux des pirates n’ont été menées qu’en 2011-2012. Décision politique, déblocage des moyens, identification des cibles, planification des opérations, le processus pour ce type d’opérations multinationales est long et la menace, c’est maintenant.
« Il faut le dire clairement », assure à l’AFP l’ex-amiral français Alain Coldefy, « cette question est totalement insoluble en termes militaires. Des responsables politiques m’ont plusieurs fois posé la question de ce qu’on pouvait faire pour endiguer ce trafic par la force, et la réponse est simple : rien ».

« Une fois que ces bateaux chargés de migrants ont quitté les eaux libyennes, on ne peut qu’appliquer les réglementations internationales, c’est-à-dire porter secours aux personnes en danger », ajoute l’ancien inspecteur général de l’armée française. « Comment voulez-vous empêcher ces embarcations de prendre la mer : en leur tirant dessus ? Les marines de guerre ne sont absolument pas faites et équipées pour ce genre d’opération ».
Le ministre italien de l’Intérieur Angelino Alfano a proposé de son côté, pour « lutter contre les marchands de mort », de « couler leurs bateaux avant qu’ils ne prennent la mer ». Mais comment distinguer un « bon » et un « mauvais » bateau ? Le risque de faire des victimes collatérales est grand, en visant par exemple des bateaux de pêche par erreur.

Un blocus, outre qu’il serait extrêmement difficile à mette en œuvre, serait une opération de guerre. Sans mandat de l’ONU, on voit mal l’UE s’engager dans cette voie. Même cas de figure pour la prise de contrôle des ports libyens, qui ajouterait de plus la certitude de lancer nos troupes dans un vrai guêpier (que nous avons créé, rappelons-le), avec la certitude de pertes importantes.

Enfin, souvenons-nous que lorsque l’Italie avait brandi la menace militaire contre la Libye en février dernier, la menace d’une armada de 500 000 migrants l’avait fait promptement reculer. Parions donc que l’UE s’en tiendra plus prudemment au reste de son programme, notamment :

• Le renforcement des opérations Triton et Poséidon, en augmentant leurs moyens financiers et matériels.

• Une coopération accrue entre EUROPOL, Frontex, EASO et EUROJUST pour réunir des informations sur les modes opératoires des trafiquants.

• La mise en place d’actions avec les pays voisins de la Libye pour bloquer les routes utilisées par les migrants. Le Niger est un des pays de passage et la présence européenne devra y être renforcée.

• La prise systématique des empreintes digitales de tous les migrants à leur arrivée sur le territoire des États membres.

• L’examen des options pour une répartition plus équitable des réfugiés entre les États membres de l’UE.

Crédits photo : Marvin Harris via Wikimedia (cc)