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Syrie : le général Mood de l'ONU suspend sa mission, et après ?

Syrie : le général Mood de l’ONU suspend sa mission, et après ?

18/06/2012 — 16h00
DAMAS (via InfoSyrie) — La décision annoncée samedi après-midi par le général Mood de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » les déplacements des observateurs, qui resteront désormais dans leurs hôtels et quartiers, est une demi-surprise. Quelques heures plus tôt, dans une conférence de presse, le chef de la mission d’observation de l’ONU en Syrie avait déploré que ses casques bleus ne puissent exercer leurs attributions vu l’accroissement des violences, qu’il attribuait prudemment aux deux parties. Le ministère syrien des Affaires étrangères a dit comprendre la décision du général norvégien.

Un échec annoncé, mais une étape nécessaire

On l’a déjà dit, mais à partir du moment où l’opposition CNS/ASL, pour ne pas parler des islamistes les plus durs, restait accrochée à son objectif de renversement complet du régime et où ce dernier n’avait aucune intention de laisser les groupes armés étendre leur influence, le cessez-le-feu était condamné dès l’origine. Et, de fait, la proclamation de celui-ci, le 12 avril, n’a vu aucun arrêt des attaques des groupes d’opposition, et assez tôt le gouvernement a pu annoncer des centaines de violations de la trêve par l’ASL. Les embuscades, attentats, assassinats se sont poursuivis à un rythme de plus en plus soutenu, et l’armée, qui a perdu des centaines d’homme depuis deux mois, a dû riposter, et s’efforcer de maintenir l’autorité de l’État dans ses villes et ses provinces. Plus le temps passait, plus le cessez-le-feu tournait à la farce tragique. Fin mai, le massacre de Houla, dont l’ONU tarde toujours à attribuer la responsabilité, a servi de prétexte à l’ASL pour dénoncer un rêve jamais respectée par elle. Peu après, le 3 juin, dans un discours prononcé devant le nouveau parlement syrien, Bachar al-Assad sifflait, en quelque sorte, la fin de la récréation – ou de la fiction du cessez-le-feu – en disant que son pays était confronté à une vaste offensive terroriste, et que celle-ci serait combattue jusqu’à la victoire.

On résumera les réactions occidentales à cette annonce du général Mood par celle des États-Unis qui ont parlé de « moment critique » et ont annoncé de prochaines consultations avec ses alliés « sur les prochaines étapes à suivre pour la mise en oeuvre d’une transition politique menée par les Syriens ». On n’a pas encore de réaction russe ou chinoise, mais ce n’est pas cet épisode qui va dissuader Moscou d’organiser sa conférence internationale « rééquilibrée » sur la Syrie : le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s’est du reste entretenu du sujet avec Kofi Annan, selon un communiqué publié par le ministère russe des Affaires étrangères le 16 juin.

Certains parmi les habitués du site ont vu dès le départ dans la mission des casques bleus une manoeuvre des Occidentaux pour préserver les rebelles, en difficulté militaire, d’un désastre irrémédiable. Et sûrement les Euro-américains avaient la chose en tête. Oui, mais Russes et Chinois ont appuyé de leur côté le plan Annan pour couper l’herbe diplomatique sous le pied des Occidentaux, et tout à la fois montrer que le gouvernement syrien était prêt à jouer le jeu, et mettre l’opposition radicale au pied du mur. Moscou défend depuis des mois, au Conseil de sécurité notamment, l’idée – qui est une réalité objective – que l’opposition est responsable d’une grande partie de la violence. Elle a d’ailleurs réussi à le faire reconnaitre, dans les textes onusiens, à ses adversaires diplomatiques. Pour les Russes, la tentative d’application du plan Annan allait être une sorte de « leçon de choses » pour la communauté internationale, qui démontrerait que la mauvaise volonté n’était pas du côté où Washington et ses alliés le disaient. La démonstration n’a pas vraiment réussi, compte tenu du « bétonnage » de l’information occidentale par les milieux atlantistes, mais tout de même on a vu ceux-ci développer, au fil des dernières semaines, la thèse de la « guerre civile » menaçante en Syrie, ce qui équivalait à une reconnaissance implicite d’une réalité devenue incontournable : la présence de milliers de combattants armés résolus à ne laisser aucun répit au gouvernement.

Nous continuons de penser que Mood et ses hommes ne sont pas responsables des arrières-pensée des uns et des autres, et se sont efforcés honnêtement de remplir leur « mission impossible ». On a en tous cas pas de preuve flagrante du contraire.

Que va-t-il se passer ? Eh bien la lutte de l’armée contre les bandes va s’intensifier, avec de bonnes chances de succès. Il pourrait y avoir, dans cette lutte pour la destruction des groupes armés qui veulent le chaos s’ils ne peuvent avoir la victoire, de nouveaux succès comme celui de Haffé dans les jours à venir. Le tout étant que soient évitées au maximum les bavures sur les civils. Mais la Syrie ne peut décidément pas faire l’économie d’une victoire militaire décisive sur des forces qui sont dans une logique de révolution violente, et sont soutenues ouvertement par la Turquie et le Golfe, et à peine plus discrètement par l’axe Washington/Londres/Paris.