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Le « disease mongering », ou comment l’industrie pharmaceutique invente des maladies

Le « disease mongering », ou comment l’industrie pharmaceutique invente des maladies

25/07/2012 – 14h00
PARIS (NOVOpress) — Qui n’a jamais été pris d’une légère poussée d’anxiété en visionnant l’un de ces spots publicitaires qui commencent à abonder sur nos écrans, pour nous décrire les symptômes d’une maladie dont nous n’avions jamais entendu parler auparavant ? Les symptômes sont généralement suffisamment vagues et généralistes (maux de tête, anxiété passagère) pour que chacun puisse un peu s’y reconnaître. De la même manière les médias généralistes nous « informent » de nouvelles pathologies : piochées au hasard dans la presse de ces dernières semaines, l’alcolorexie et l’orthorexie. Il s’agit de troubles du comportement alimentaire : l’alcolorexie touche surtout les femmes, il s’agit de ne pas manger quand on boit de l’alcool (en soirée par exemple) et ce afin de ne pas grossir, ce qui peut parfois arriver quand on surveille sa ligne. Maintenant c’est officiel, c’est une maladie mentale. Idem pour l’orthorexie, qui consiste à vouloir manger sain. Pour l’industrie pharmaceutique, les adeptes forcenés du bio sont donc des malades à soigner. Et bien sûr – bonne nouvelle – il existe un traitement pour cela.

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Quand le diabète vaut titre de séjour à Nantes

Quand le diabète vaut titre de séjour à Nantes

24/05/2012 – 12h00
NANTES (NOVOpress Breizh) – Quand cela les arrange, certains affectent de croire que l’Afrique en est encore au temps de Tintin au Congo. Pour obtenir de rester en France, une Congolaise clandestine invoque son diabète – une maladie aujourd’hui bien soignée dans son pays. Et surprise, elle obtient gain de cause. Provisoirement ?

En 2008, une « réfugiée politique » congolaise arrivée en France en 2005 était invitée par le préfet de Loire-Atlantique à quitter le territoire. Elle vient d’obtenir du tribunal administratif de Nantes (photo) l’annulation de cette décision, plus 1.000 euros de dommages-intérêts au titre du préjudice moral éprouvé par elle. Raison invoquée : cette femme est diabétique et doit suivre un traitement régulier.

L’article L313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile oblige la préfecture à délivrer une carte de séjour à tout étranger « résidant habituellement en France dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, sous réserve de l’absence d’un traitement approprié dans le pays dont il est originaire ». Interrompre son traitement peut en effet avoir des « conséquences d’une exceptionnelle gravité » pour un diabétique. Mais ce traitement est-il indisponible en République du Congo ?

Comme tous les pays africains, le Congo connaît une forte progression des cas de diabète liés au manque d’exercice et d’un changement des habitudes alimentaires. On estime que 4 % de la population congolaise est atteinte. Le pays fait face résolument à ce fléau et a créé des services d’endocrinologie bien équipés dans la plupart de ses hôpitaux. Il a même accueilli en octobre dernier le premier Sommet africain francophone du diabète. Mais le tribunal administratif n’en a sans doute pas été informé.

Cela dit, le truc du diabète n’est pas infaillible : quelques jours plus tôt, la cour d’appel administrative de Nantes avait confirmé une décision d’expulsion d’un autre Congolais diabétique, considérant qu’il pourrait parfaitement être soigné dans son pays.

Crédit photo : Pymouss, via Wikipedia, licence CC.
Maladies rares ou « exotiques » et recensements ethniques

Maladies rares ou « exotiques » et recensements ethniques

Les recensements ethniques sont interdits en France. Enfin, pas tout à fait. La médecine préventive les utilise discrètement, notamment pour détecter des maladies rares ou « exotiques » : ce qui nous amène à savoir que plus du quart des naissances en France sont le fait de parents d’origine extra-européenne. Explications.

Parmi les maladies rares dont souffrent les habitants de la France, la plus répandue s’appelle drépanocytose. Elle naît d’une mutation d’un gène destiné à lutter contre le paludisme. Transmise héréditairement, elle provoque des déformations des globules rouges.

Son existence remonte à la préhistoire et depuis, elle s’est développée en Afrique mais aussi au Moyen-Orient. Il s’agit donc d’une affection exotique qui concerne quasi-exclusivement les populations africaines, maghrébines, antillaises et indiennes. Pratiquement inconnue en France métropolitaine il y a trente ans, cette maladie existe désormais dans la plupart des régions urbaines du fait des générations successives de migrants.

Pour les docteurs Josiane Bardakdjian et Henri Wajcman, du Service de biochimie et de génétique des hôpitaux de Paris, « jusqu’aux années 1950, les cas de drépanocytose observés en France concernaient presque uniquement la population d’origine antillaise. Dans les années suivantes, des vagues successives d’immigration en provenance d’Afrique ont été à l’origine d’un nombre croissant de cas diagnostiqués ». Dans leur étude Epidémiologie de la drépanocytose, parue en 2004 dans « La re vue du Praticien », ces deux médecins précisaient encore: « Le statut juridique des différents porteurs fait qu’il est impossible de recenser spécifiquement la population à risque ». On s’en serait douté. En Grande- Bretagne, où la situation est très similaire à celle prévalant en France, on a choisi, « pour des raisons éthiques évidentes » (sic) et malgré une tradition communautariste, de généraliser le dépistage à l’ensemble des nouveau-nés du royaume sans distinction d’origine.

En France, on est d’abord passé, en 1995, à une prudente extension du dépistage « aux grandes villes de métropole ». Mais devant l’urgence, il a fallu passer, en 2000, à la généralisation du dépistage néonatal de la drépanocytose à toute la « population à risque » résidant sur le territoire. « Un abord indirect, sans doute imprécis, peut être obtenu à travers le dépistage néonatal ciblé aux naissances considérées à risque par les maternités » selon Josiane Bardakdjian, qui précise: « Le dépistage de la drépanocytose en métropole a pour particularité de n’être pas systématique, mais il est effectué chez les nouveau-nés dont les parents appartiennent à un groupe à risque pour cette maladie (essentiellement Afrique, Antilles et Maghreb) ». Aujourd’hui, « en métropole, 25,6 % des nouveau-nés sont ciblés; ce pourcentage varie de 3,5 [NDLR : Bretagne] à 54,1 % selon les régions ». Diable, le quart des naissances en France est donc le fait de non-européens (avec des pics ahurissant de plus de 54 % en Ile-de- France et de 32 % en Provence !).

Notons au passage que la loi n’interdit pas, ici, les statistiques ethniques : il est permis d’en faire un usage « raisonné » et apparemment acceptable lorsqu’elles sont « collectées pour des finalités déterminées, explicites et légitimes ». La question qui se pose est : quelles seraient les statistiques ethniques « illégitimes » ? Ne dites rien… On a une petite idée.

Dominique Fabre

[box class= »info »] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 15 février 2012 reproduit avec son aimable autorisation. En kiosque ou sur Internet.[/box]

Maladies rares ou « exotiques » et recensements ethniques