Tag Archives: lutte des classes

[Mémoire ouvrière] Les débuts de la CGT 1895/1908 - par Pierre Taburet

[Mémoire ouvrière] Les débuts de la CGT 1895/1908 – par Pierre Taburet

20/05/2014 – PARIS (NOVOpress)
L’écrasement de la Commune de Paris à la fin mai 1871 puis la répression engagée par le gouvernement Thiers aurait pu sonné la fin du mouvement ouvrier à peine naissant. Durant la Semaine sanglante, les soldats de Versailles fusillent sans jugement des centaines de communeux, parmi lesquels Eugène Varlin et Paul-Emile Duval. Vingt-six conseils de guerre fonctionnent à plein régime et prononcent condamnations à mort, condamnations aux travaux forcés et déportations. Un ouvrage paru récemment annonce le chiffre de 10000 morts durant la Commune de Paris(1). Malgré cela, dès 1872, les prémices d’un réveil du mouvement ouvrier se font sentir. On voit apparaître ici ou là des chambres syndicales qui regroupent bientôt pas moins de 20000 militants. En 1881, ces chambres sont au nombre de 500 dont 150 recensée à Paris. Le premier congrès ouvrier s’ouvre en 1876.

Plusieurs facteurs expliquent ce foisonnement. Après la crise de 1873, le libéralisme économique se développe sur un rythme effréné. La production industrielle s’accroît, les banques étalent leur domination sur un capital qui se resserre et se concentre. Le développement de l’empire colonial stimule les grandes sociétés commerciales qui s’ouvrent à de nouveaux débouchés. Cet accroissement du capital engendre une augmentation du nombre des ouvriers. En 1870 on en dénombrait 5 millions. En 1911, il sont presque 8 millions à se regrouper au sein de grandes entreprises nationales. L’usine, avec sa vie de caserne et ses salaires misérables, devient pour le travailleur, « le bagne » honnis. Désunis, peu organisés, les ouvriers ne croient qu’en l’action spontanée pour revendiquer leurs droits. Beaucoup sont influencés par les lectures de Proudhon, les idées anarchistes et l’anarcho-syndicalisme.

Lors du congrès ouvrier de Marseille d’octobre 1879, est crée la Fédération du Parti des Travailleurs socialistes de France, regroupant toutes les chambres syndicales avec un comité directeur à Paris. Dans les mois suivant, des chambres s’unissent en fédérations nationales. Des grèves surgissent spontanément dans le secteur du textile et chez les mineurs. La loi du 21 mars 1884 vient légaliser la reconnaissance des syndicats. Elle entérine surtout un état de fait, imposé par les actions multiples des travailleurs. Au congrès ouvrier de Lyon de 1886, les guesdistes, partisans d’actions révolutionnaires et s’opposant aux réformistes, mettent sur pied la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs de France et des colonies, « armées ouvrières marchant à la conquête de leurs droits » « pour écraser l’ennemi commun, le capitalisme ». Cette organisation perdurera jusqu’en 1898.

Lire la suite