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Bûchers liberté

Anastasia Colosimo appelle à ne pas avoir peur du blasphème

« Aux âmes bien nés, la valeur n’attend pas le nombre des années. » Telle est la remarque que je me suis faite en remarquant qu’Anastasia Colosimo a 26 ans. Elle vient de s’attaquer de manière à la fois très tranchée et très large à l’une des questions les plus difficiles qui se posent à nos sociétés : que fait-on avec le sacré et en particulier avec le sacré des autres ?

La position d’Anastasia Colosimo est simple et peut-être est-elle la seule tenable en théorie, la seule rigoureuse : chacun est libre d’attaquer la religion, en fourbissant de bons arguments. Les personnes peuvent et doivent se défendre juridiquement contre toutes formes d’injure, mais les religions se défendent elles avec leurs propres armes – non pas les armes du droit, mais en répondant aux mises en cause dont elles sont l’objet.

Jusque dans la Bible, Anastasia Colosimo remarque que, trop souvent, les accusations de blasphème permettent de défendre non seulement la divinité outragée mais le croyant chatouillé dans ses convictions. Signe que la dimension purement religieuse n’est jamais réalisée : cette défense apparaît chaque fois comme immédiatement collective. Elle s’exerce au détriment de la société réelle et au profit de communautés fantasmées.

Ainsi Anastasia Colosimo juge-t-elle sévèrement les catholiques traditionalistes de l’Agrif ou de Civitas et elle blâme la concurrence mémorielle qui ne manque pas de surgir de procès foncièrement hostiles à la liberté d’expression. Tous les procès y passent et toutes les législations européennes sont examinées de près, y compris celle de la Cour européenne des droits de l’homme. Pour notre auteur, pas de doute : il suffirait, pour lever toute ambiguïté, d’en revenir au premier amendement de la Constitution américaine et d’affirmer clairement et inconditionnellement la liberté d’expression. Voilà la seule porte de sortie qui soit digne de l’esprit humain.

Et de déplorer le mouvement à travers lequel, après la proclamation de la Déclaration des droits de la personne, en 1948, certains envisageaient (à l’époque) une sorte de Parlement mondial des religions : « Il s’agissait de rendre partout obligatoire, face à l’esprit d’ignorance, l’enseignement de tous les corpus religieux existants, sous l’égide des autorités compétentes, mais aussi de rendre parfaitement solidaires face à l’esprit de profanation tous les credos et textes religieux fondateurs, réunis sous l’intitulé d’Ecritures, ou encore de rendre parfaitement impossible face à “l’esprit d’hostilité“, tout dénigrement de toutes religions dans les médias et les lieux d’enseignement ». Tel était l’esprit législatif des années 1950.

Dans un tel schéma protectionniste, on peut se demander où est la recherche de la vérité. Les communautés se referment chacune en elle-même mais cela n’a plus d’importance, elles sont protégées par l’Etat… De telles pratiques sont non seulement liberticides mais destructrices de la société.

L’auteur met en cause, avec une honnête intransigeance, la loi Pleven et la loi Gayssot, et elle prêche en faveur d’une liberté véritable au-delà de tous les blasphèmes, blasphèmes que l’on ne peut pas soumettre à la justice humaine. Mais elle souligne que d’une certaine façon il est trop tard pour la liberté : « Qui sera celui qui portera au Parlement le projet de loi visant à abolir la loi sur la provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence en raison de l’appartenance raciale ethnique ou religieuse ? » Et de l’autre côté de la barrière, « quelle serait la réception qu’en ferait le peuple et y verrait-il non pas un permis de donner libre cours aux discours les plus haineux, mais un pari pour retisser des liens oubliés entre des citoyens bien réels et non plus des communautés imaginaires ? Ces lois-là personne ne pourra les défaire. Le piège s’est déjà refermé ».

Une véritable réflexion, sans tabou, qui souligne que le progrès est toujours du côté de la liberté, ne serait-ce que parce qu’elle permet d’échanger les manières de voir loin de la terreur du blasphème. A lire d’urgence pour ne pas se laisser immobiliser par les faux problèmes.

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Entretien avec Jacques Bompard : À l’heure du Grand Remplacement

16/09/2015 – FRANCE (Présent 8441)

— Si vous étiez le maire socialiste d’Orange, combien de migrants logeriez-vous dans le théâtre antique ?
Jacques Bompard : Les mairies socialistes ont répondu qu’elles étaient favorables à l’accueil… mais pas sur leur territoire. Tout comme les autres maires, je n’ai aucun pouvoir d’empêcher les gens de venir à Orange s’ils le veulent. Par contre, j’ai le pouvoir, et le devoir, de ne pas dépenser l’argent municipal. Toute cette histoire d’accueil est étonnante, le pays se comporte comme lorsque des gens recueillent un petit chat ou un petit chien. Le petit chien fait pipi dans le salon, le petit chat s’accroche aux rideaux, au bout de quelque temps on se débarrasse de l’animal. Or les migrants, ou les réfugiés, ou les clandestins – on ne sait plus très bien comment les nommer – ne sont pas des petits chiens ou des petits chats. Ils ont des droits, à défaut de devoirs. Mais l’État français va se débarrasser d’eux et ce sera aux collectivités locales de s’en occuper. Pendant ce temps, d’autres États, milliardaires ceux-là, ne prennent personne. Nous prend-on pour des imbéciles ? J’aurais tendance à le penser, d’autant plus que les sondages montrent que les Français sont majoritairement hostiles à « l’accueil ».

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— Vous avez déposé en juin deux propositions, lutte contre l’immigration, lutte contre le Grand Remplacement. Pourquoi distinguer les deux alors que, comme vous le soulignez dans ces textes, ils sont liés ?
J.B. : Le projet de loi de lutte contre l’immigration vise à établir qu’on a le droit de demander à la République de stopper l’immigration. Celui de lutte contre le Grand Remplacement est plus philosophique. Il considère qu’il y a des primo-occupants de l’Europe qu’on doit défendre et non remplacer. Or il y a bien un remplacement organisé par nos politiques.

— Organisé activement ou toléré, passivement ?
J.B. : Tout le mandat de François Hollande prouve qu’il existe une volonté de casser le pays. Comment expliquer ce Grand Remplacement sinon par la haine des gouvernants pour leur peuple ? Cette détestation de soi est telle qu’elle tend au suicide. Lorsque j’évoque la philosophie chrétienne dans l’hémicycle, il faut voir les moues dégoûtées que certains députés prennent… Quand j’ai déposé une proposition de loi concernant l’avortement, juste pour qu’on laisse aux femmes un délai de réflexion – juste cela, ce que j’estime être le minimum avant un acte lourd de conséquences pour l’enfant comme pour la mère –, les réactions ont été violentes. C’est pour cela qu’il est vain de s’en remettre à des partis politiques, de voter et de laisser la main à des élus. Une élection n’est pas un blanc-seing. Il faut s’impliquer personnellement, voter et suivre ce que fait le député ou le maire. Je promeus une école de la responsabilité dans le domaine politique.

— Quel est l’avenir de ces différentes propositions que vous avez déposées ?
J.B. : Le gouvernement choisit ce qu’il met à l’ordre du jour. Lutter contre l’immigration, le Grand Remplacement et la christianophobie n’est évidemment pas sa priorité ! Il préfère qu’on parle d’autre chose. En tout cas mes propositions, qu’elles concernent la famille, le travail ou l’immigration, ont un lien et une cohérence : elles sont un projet de gouvernement. Le député n’est pas élu pour discourir devant ses pairs, mais pour légiférer, ne l’oublions pas.

— Vous souhaitez introduire la christianophobie dans la loi Gayssot, au même titre que le racisme et l’antisémitisme. Utilisez-vous la loi Gayssot ou la bonifiez-vous ?
J.B. : Pourquoi punir un discours contre l’islam tout en laissant attaquer le christianisme ? Même le diable peut porter Pierre. Vu les conditions dans lesquelles nous nous battons, nous avons peu le choix des armes. Je fais du judo, d’une certaine façon : j’utilise la force de l’adversaire à mes propres fins. Et, en ce qui concerne la loi Gayssot, le raisonnement par l’absurde n’est pas dénué d’intérêt ni d’humour.

— Vous souhaitez que « la France interdise le financement public d’actions christianophobes ». Une pratique qui a déjà cours à Orange ?
J.B. : À notre arrivée à la mairie d’Orange, nous avons trouvé un patrimoine chrétien en déshérence. Nous l’avons relevé peu à peu. N’est-ce pas là l’utilisation normale de subventions municipales ? Le patrimoine est une richesse à la fois économique et culturelle, plus que cela : identitaire et spirituelle. Mais nous n’avons pas fait que défendre ou promouvoir cet héritage. Nous avons consacré Orange au Sacré-Cœur et, du haut de la colline Saint-Eutrope, la Sainte Vierge veille sur la ville. Ce n’est pas inutile, je crois.

Propos recueillis par Samuel Martin