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Connaître le jihadisme africain pour mieux le combattre, par Bernard Lugan

08/04/2016 – FRANCE (NOVOpress) : Nous publions ci-dessous l’éditorial de Bernard Lugan dans le n° 76 de sa revue L’Afrique réelle. Ce numéro, daté d’avril 2016, est consacré au djihadisme en Afrique.

Le jihadisme contemporain est l’héritier politique, doctrinal et spirituel, à la fois des Frères musulmans et du wahhabisme. Les premiers sont au pouvoir en Turquie, le second l’est en Arabie saoudite et au Qatar.
Depuis qu’ils ont été renversés par l’armée égyptienne, les Frères musulmans ne contrôlent plus en Afrique du Nord que la ville libyenne de Misrata d’où ils entretiennent le chaos avec l’appui de la Turquie. Quant aux wahhabites, ils sont à la manœuvre au sud du Sahara.

Quatre mouvements jihadistes mènent des actions terroristes sur le continent africain. Il s’agit des Shabaab en Somalie, de Boko Haram dans le nord du Nigeria, de Daesh-Etat islamique (EI) dans une partie de la Libye et d’Al-Qaïda qui fédère plusieurs groupes opérant au Maghreb, au Sahara, au Sahel et jusqu’en Côte d’Ivoire.

Les Shabaab somaliens et Boko Haram sont ancrés sur des revendications locales ou régionales. Leurs possibilités d’extension sont donc limitées. Il n’en est pas de même d’Al-Qaïda (Aqmi), et de Daesh qui ont montré de remarquables facultés d’adaptation à divers terrains.

Daesh qui, il y a quelques mois a semblé menaçant en Libye, n’a guère progressé depuis. Sa puissance en Irak et en Syrie reposait sur une opposition chiites-sunnites qui n’existe pas en Libye où l’organisation se heurte aux profondes identités tribales.
Pendant que Daesh occupait l’avant-scène, Al-Qaïda-Aqmi refaisait ses forces et redéfinissait sa stratégie en s’efforçant de ne pas trop s’en prendre directement aux membres de la Umma, tout en se greffant avec opportunisme sur des revendications locales. Si le mouvement a un objectif mondial, il tient en effet compte des aspirations des populations qu’il tente de rallier, qu’il s’agisse des Touareg ou de certaines fractions du monde peul.

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Mali : retour au point de départ ethnique - L'Afrique Réelle N°39 - Mars 2013

Mali : retour au point de départ ethnique – L’Afrique Réelle N°39 – Mars 2013

Ci-dessus : Image satellite du Mali qui montre bien la division géographique de ce pays, division qui correspond aussi à une division ethnique.

Editorial de Bernard Lugan : Mali : retour au point de départ ethnique

Militairement, les islamistes sont cernés dans un dernier réduit du massif des Iforas avec, au Nord et à l’Est, les Algériens, au Sud les Tchadiens en bouclage, à l’intérieur, les forces spéciales françaises et des Touareg. L’intensité des combats montre a posteriori à quel point la politique française qui mettait en avant l’idée de non intervention, mais de formation des contingents africains, n’était rien d’autre qu’une vue de l’esprit. En effet, s’il n’y avait pas eu l’opération Serval, les Iforas seraient toujours une base jihadiste…

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Sahel – Tunisie – Colonisation – L’Afrique Réelle N°37, Janvier 2013

Sahel – Tunisie – Colonisation – L’Afrique Réelle N°37, Janvier 2013

Editorial de Bernard Lugan :

En Tunisie comme en Egypte, l’islam politique proposé par les Frères musulmans s’est brisé sur la réalité. Dans les deux pays, l’influence de la confrérie est actuellement sur le recul, d’où le durcissement de ses partisans qui sentent que la situation leur échappe.

Le dossier central de ce premier numéro de l’année 2013 est consacré à la Tunisie où, deux ans après l’euphorie révolutionnaire la désillusion l’emporte désormais. Un peu plus d’un an après le départ du président Ben Ali, un sondage nous apprenait ainsi que 64,6% des Tunisiens qualifiaient la situation de mauvaise (36,3% pour mauvaise et 28,3% pour très mauvaise ), contre 35,4% qui la considéraient comme bonne, près de 42% des Tunisiens estimant qu’ils vivaient mieux sous Ben Ali (Jeune Afrique 25 mars 2012).

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Libye, Afrique du Sud, RDC - Dans L'Afrique Réelle N°33 - Septembre 2012

Libye, Afrique du Sud, RDC – Dans L’Afrique Réelle N°33 – Septembre 2012

Editorial de Bernard Lugan :
Trois dossiers sont traités dans ce numéro de rentrée.

En Libye, le placage démocratique imposé par la communauté internationale ne parvient toujours pas à masquer les profondes fractures qui divisent le pays. De plus, l’on ne voit pas comment les nouvelles autorités issues du scrutin du mois de juillet dernier pourront, même à moyen terme, rétablir l’autorité de l’État sur une Cyrénaïque qui leur tourne le dos et sur des régions sud-sahariennes qui leur sont étrangères [Note de Novopress : cet éditorial a été écrit avant l’attentat de mardi qui a tué l’ambassadeur américain en Libye, à Benghazi, ainsi que trois autres américains].
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Le pétrole en Afrique - L’Afrique Réelle N° 27, mars 2012

Le pétrole en Afrique – L’Afrique Réelle N° 27, mars 2012

Sommaire :

Dossier : Le pétrole en Afrique

– Quinze année de montée en puissance
– Le pétrole en Afrique du Nord
– Lé pétrole au Sud du Sahara
– L’avenir est dans le offshore profond
– Le pétrole des deux Soudan
– Le pétrole du Lac Albert

Histoire et culpabilisation : La révolte des Herero entre vérité et légende

Anniversaire : Le Traité de Fès

 

L’éditorial de Bernard Lugan :

La Libye

Conséquence de la malencontreuse intervention franco-otanienne, l’éclatement de la Libye a déjà des conséquences géopolitiques dont nous sommes encore loin de mesurer les effets à moyen et à long terme[1].
L’on ne peut que demeurer pantois devant la légèreté de ceux qui engagèrent la France dans une guerre civile qui ne la concernait en rien et dans laquelle aucun de ses intérêts vitaux n’était menacé. Ne tenant aucun compte des mises en garde, négligeant les avis de leurs propres services, ils ont tout au contraire choisi de suivre les conseils de ces bateleurs des « droits de l’homme », de ces chantres de l’ingérence dite « humanitaire » qui sévissent à longueur de temps dans les médias français.

Les décideurs français n’ignoraient pourtant pas que la Libye n’est pas un Etat, mais un conglomérat tribal engerbant la Tripolitaine qui regarde vers Tunis, la Cyrénaïque tournée vers Le Caire et le Fezzan qui plonge vers le bassin du Tchad et la boucle du Niger. Ils savaient qu’au départ le mouvement n’était qu’une dissidence régionaliste née en Cyrénaïque et renforcée d’une manière opportuniste par le soulèvement de la minorité berbère vivant dans le djebel Nefusa, à l’Ouest. Leurs conseillers ne leur avaient pas caché que l’épicentre de la « révolution » était la région de Benghazi, capitale de cette Cyrénaïque dissidente à l’époque ottomane, rebelle durant l’Impero italien et insoumise ensuite.

Ce fut donc bien dans une guerre civile que le président de la République immisça la France, au profit d’un camp contre un autre, trompant la Chine et la Russie sur ses intentions réelles tout en transformant un mandat onusien limité à la protection des civils de Benghazi en un droit de guerre étendu à l’ensemble du pays.

Reconnu par la France comme « le seul représentant légitime des populations libyennes » dès le 10 mars 2011, le CNT a depuis démontré qu’il ne représente que lui-même. Pendant un temps, sa seule marge de manoeuvre fut de donner des gages à certaines tribus tout en essayant de ne pas s’aliéner les autres. Aujourd’hui, alors que son autorité ne dépasse pas l’antichambre du bureau de son président, la Cyrénaïque vient de faire sécession.
La Libye n’existe donc plus et la sous région est désormais en pleine déstabilisation… Le désastre politique est bien total.

Le pétrole en Afrique

Le dossier central de ce numéro de l’Afrique Réelle est consacré au pétrole car le continent fonde d’énormes espoirs sur des découvertes qui se multiplient depuis une décennie. Est-il pour autant cet eldorado décrit par certains observateurs ? La réponse doit être nuancée.

Aujourd’hui, l’Afrique dans son ensemble n’assure en moyenne que 15% de la production mondiale et ses 24 pays extracteurs ne produisent à eux tous pas davantage que l’Iran, le Mexique et le Venezuela réunis. De plus, dans l’état actuel des découvertes, elle ne détient qu’entre 8 et 10% des réserves mondiales prouvées, soit à peu de choses près l’équivalent de celles du seul Iran.

Cependant, de très importantes découvertes étant attendues ou annoncées en off shore et en off shore profond ainsi qu’en on shore, la place de l’Afrique dans la production mondiale va nécessairement augmenter. La question qu’il est donc légitime de poser est de savoir si le pétrole va pouvoir, à lui seul, sortir le continent de sa situation actuelle. Aura-t-il un effet d’entraînement sur des économies sinistrées ?
En Algérie et au Nigeria, la manne pétrolière n’a pas provoqué de décollage et le « tout pétrole » y a détruit une agriculture jadis florissante. Partout, il a provoqué la corruption, le gaspillage et même, ce qui est un comble, les pénuries en produits pétroliers.

En définitive, le pétrole n’a pas enrichi les Africains, mais des Africains, quelques Africains. Il a d’abord servi à se servir.

[1] Voir à ce sujet les numéros de janvier et de février de l’Afrique Réelle.

[box class= »info »] Source et pour recevoir la revue : Le blog de Bernard Lugan. [/box]

Crédit image en Une : Realpolitik.tv.

Les cocus de l’AN I - Bernard Lugan dans L'Afrique Réelle N° 26 - Février 2012

Les cocus de l’AN I – Bernard Lugan dans L’Afrique Réelle N° 26 – Février 2012

Editorial de Bernard Lugan :

Les cocus de l’AN I

En ce premier « anniversaire » du chaos libyen et de la victoire des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte, il paraît utile de rendre hommage aux cocus de l’AN I, à savoir ces journalistes qui se sont toujours trompés. Ceux-là même qui tombèrent en pâmoison devant le prétendu « printemps arabe », qui applaudirent une révolution tunisienne qu’ils sentirent embaumant le jasmin, qui eurent des vapeurs et même des émois place Tahir au Caire. Ceux enfin qui laissèrent éclater une joie indécente lors de l’écrasement du régime libyen, mais qui se turent devant les images atroces du lynchage de son « guide ».

Les mêmes qui seront une nouvelle fois cocus quand le départ du président Assad aura débouché sur un affreux bain de sang, sur le pogrom des minorités alaouite, druze, chrétienne et sur une nouvelle victoire des Frères musulmans. Car, et ne nous y trompons pas, derrière tous ces évènements, cette organisation supranationale dont le but est la création d’un califat mondial, avance méthodiquement ses pions, abritée par le paravent de l’incommensurable bêtise des dirigeants politiques occidentaux. Et grâce, naturellement, à l’aide des journalistes cocus ! Ces journalistes cocus et contents qui, par aveuglement et par manque de culture, n’ont pas vu que les conséquences de la destruction du régime libyen allaient se faire sentir dans tout l’arc sahélien.

Dans ce numéro de l’Afrique Réelle, nous montrons ainsi que les évènements du Mali découlent très directement de cette colossale erreur que fut notre engagement aux côtés d’un camp contre un autre dans une guerre civile libyenne qui ne nous concernait en rien.

Après avoir longtemps déstabilisé la région, le colonel Kadhafi avait en effet changé de politique depuis quelques années et au moment où nous lui avons déclaré la guerre, il stabilisait l’arc de crise sahélien. Il avait ainsi mis « sous cloche » à la fois les velléités des Toubou libyo-tchadiens et l’irrédentisme des Touaregs du Mali et du Niger.

L’intervention franco-otanienne a eu pour résultat de libérer les forces de déstabilisation saharo-sahéliennes.
Les cocus de l’AN I – Bernard Lugan dans L’Afrique Réelle N° 26 – Février 2012 L’exemple des Touaregs qui ont repris la guerre au Mali en attendant de l’étendre au Niger est éloquent. Voilà des mouvements qui jusque là étaient « sous contrôle » et qui, depuis la disparition du colonel Kadhafi, ont décidé de jouer leur propre carte. Désormais, c’est l’autodétermination qu’ils exigent et cela, afin de préparer la sécession pure et simple afin que soit prise en compte la réalité géographique et humaine régionale contre l’utopie consistant à vouloir faire vivre dans le même Etat les agriculteurs noirs du Sud et les nomades berbères du Nord.

Le problème est qu’en raison de la proximité de trois autres foyers de déstabilisation respectivement situés dans le nord du Nigeria avec la secte fondamentaliste Boko Haram, dans la région du Sahara nord occidental avec Aqmi et dans la zone des confins algéro-maroco-mauritaniens avec le Polisario, cette nouvelle guerre risque d’embraser toute la sous-région.

Voilà encore des développements auxquels les journalistes cocus n’avaient pas pensé, ce qui ne les empêchera pas de continuer à discourir doctement sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas…

Bernard Lugan

Sommaire de la revue :

Actualité :
Vers la désintégration du Nigeria ?

Dossier : La nouvelle guerre des Touaregs au Mali
– Une guerre de cinquante ans
– Une revendication clairement indépendantiste

Dossier : Du rapport Bruguière à « l’expertise Trévidic »
– Comment Paul Kagame manipule la justice pour mieux « échapper à l’histoire »
– Une expertise insolite et qui pose bien des questions

Livres :
Françafrique : Entretien avec Michel Lunven

[box class= »info »] Source et pour s’abonner à la revue : Le blog de Bernard Lugan. [/box]

Afrique du Sud : le retour à la réalité. Revue L’Afrique Réelle N° 19 – Juillet 2011

Afrique du Sud : le retour à la réalité. Revue L’Afrique Réelle N° 19 – Juillet 2011

[box class= »warning »]Le numéro 19 de l’Afrique Réelle (juillet 2011) vient de paraître. Il est consacré à la situation de l’Afrique du Sud, un an après l’organisation de la coupe du monde de football.[/box]

Éditorial : Afrique du Sud : le retour à la réalité (extrait)

Un an après la parenthèse du Mondial de football, l’artificielle image de l’Afrique du Sud complaisamment rapportée par les médias est aujourd’hui bien oubliée. Le pays étant plus divisé et même plus fragmenté que jamais, le retour à la réalité est y bien difficile.

Afrique du Sud : le retour à la réalité. Revue L’Afrique Réelle N° 19 – Juillet 2011 Au mois de mai 2009, Jacob Zuma a été élu sur une promesse phare qui était de donner des emplois à tous les Sud-africains. Arrivé à mi-mandat il a été incapable de la tenir. En plus du chômage qui ronge la société sud-africaine, il est confronté à d’autres problèmes tout aussi insolubles comme l’insécurité – depuis le début de l’année 2011 40 policiers ont été tués par balle dans l’exercice de leur fonction-, et la corruption. L’enrichissement outrancier de la nomenklatura ANC dont les ministres paradent ostensiblement dans des voitures à 100 000 euros quand les trois-quarts de la population vit avec moins de 1,5 $ par jour, constitue une véritable gangrène sociale. Quant au commerce illégal, il a été évalué à 18 milliards d’euros pour la seule année 2010, soit 10% du PIB national selon M. Siyabonga Cwele, ministre de la Sécurité, et encore, selon les experts, ce chiffre est très largement sous-estimé.

L’accélération de la racialisation de la vie politique et son corollaire qui est la transformation des Blancs en citoyens de second rang, constitue une donnée que les observateurs n’évaluent pas à sa juste mesure tant ils sont conditionnés idéologiquement. Au lendemain de son élection, Jacob Zuma avait paru conscient de ce problème et il avait déclaré vouloir recadrer la discrimination positive qui fait fuir les diplômés blancs. Face aux critiques de l’aile révolutionnaire de l’ANC qui avait fait son élection, il a au contraire amplifié les mesures discriminatoires qui pénalisent les seuls Blancs.

Le climat politique et social étant empoisonné, (…)

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Sommaire de ce N° :

– Éditorial : Afrique du Sud, le retour à la réalité

– Un paysage économique et social sinistré

– Un racisme institutionnalisé au nom de l’égalité

– Une vie politique reposant sur les déterminismes raciaux

– La question de la terre

– Les enseignements des élections municipales du 18 mai 2011

– La question des métis (coloured)

– Histoire : les volontaires français durant la guerre des Boers

L’Afrique Réelle est une revue mensuelle par Internet, d’une vingtaine de pages, au format PDF et envoyée le 15 de chaque mois aux abonnés par courrier électronique.[/box]
[box class= »info »]Pour s’abonner c’est ici.[/box]