Tag Archives: La Nouvelle Revue d’Histoire

« Nous avions un camarade » : hommage public à Dominique Venner

« Nous avions un camarade » : hommage public à Dominique Venner

« Le Chevalier, la Mort et le Diable » – Gravure au burin sur cuivre d’Albrecht Dürer, 1513. Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins. Gravure choisie par Dominique Venner pour illustrer son ouvrage posthume, Un Samouraï d’Occident.

04/06/2013 – 18h00
PARIS (NOVOpress Breizh) –
Après les obsèques de Dominique Venner  qui se sont déroulées vendredi dernier dans la plus stricte intimité, un hommage public lui a été rendu l’après midi du même jour à Paris, en présence de 700 personnes venues de France, mais aussi de plusieurs pays d’Europe. Témoignage d’un correspondant de NOVOpress Breizh.

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Glorieuses défaites et grandes sagas - “La Nouvelle Revue d’Histoire” N°66, mai/juin 2013

Glorieuses défaites et grandes sagas – “La Nouvelle Revue d’Histoire” N°66, mai/juin 2013

Présentation du Dossier de La NRH 66mai-juin 2013. Par Dominique Venner

Voici cent cinquante ans, le 30 avril 1863, était livrée au Mexique la fameuse bataille de Camerone, devenue emblématique de la Légion étrangère et de son esprit de sacrifice. Cet épisode célèbre a inspiré le dossier de La Nouvelle Revue d’Histoire n° 66 (mai-juin 2013).

N’est-il pas frappant, en effet, que, dans l’histoire européenne, les défaites glorieuses plus que les victoires soient à l’origine des grandes sagas et des plus belles légendes ? Charlemagne fut le vainqueur de nombreuses batailles, mais c’est sa défaite de Roncevaux qui nous est connue et qu’a célébré la Chanson de Roland, le plus ancien chef d’œuvre de la langue française. Quant à la défaite de Waterloo, elle a sans doute compté dans la légende napoléonienne plus que la victoire d’Austerlitz !

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Que faire ? disent-ils… - Par Dominique Venner

Que faire ? disent-ils… – Par Dominique Venner

Pour respirer un peu loin des miasmes ridicules de la petite politique, je vais parler d’un message que m’adresse un lecteur de La Nouvelle Revue d’Histoire. Un lecteur mécontent, je le précise. Il a 21 ans, des études scientifiques. Il vit en grande banlieue. Il a réagi à la lecture de notre dossier récent « Les droites radicales en Europe ». Il me reproche, dans mon éditorial, de ne pas répondre à la question du « Que faire ? ». Il relève mes distances à l’égard de l’action politique, note que je parle de « solution spirituelle », me disant en substance : « c’est bien beau, mais cela ne me dit pas comment réagir face à la décadence européenne ». Je ne vais trahir aucun secret en reproduisant ma réponse qui résume en profondeur ma façon de voir. Voici :

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Le conflit du Trône et de l’Autel - La Nouvelle Revue d’Histoire N° 63, novembre 2012

Le conflit du Trône et de l’Autel – « La Nouvelle Revue d’Histoire » N° 63, novembre 2012

« Le conflit du Trône et de l’Autel », par Dominique Venner – Editorial de La Nouvelle Revue d’Histoire n°63, novembre-décembre 2012

Tout grand évènement religieux a des causes politiques et historiques. Cette observation se vérifie particulièrement en Europe dans l’histoire du christianisme, en raison des liens étroits et conflictuels établis entre l’Église et l’État, le Sacerdoce et l’Empire, le Trône et l’Autel. Tel est le sujet du dossier de la NRH de novembre 2012 (n° 63). Si vous prenez le temps de le lire, vous découvrirez certainement une face des choses qui vous paraîtra neuve. L’étude historique comme nous la pratiquons n’a pas pour but de rabâcher les clichés entretenus par une transmission paresseuse des savoirs scolaires. Elle à pour but de nous donner des instruments pour comprendre les mystères du passé et ceux du présent afin de construire notre avenir.

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“Prussiens et Français : différents et pourtant si proches…” par Dominique Venner

“Prussiens et Français : différents et pourtant si proches…” par Dominique Venner

[box class= »info »]Edito de la Nouvelle Revue d’Histoire n°61 – juillet-août 2012[/box]

Français et Prussiens, un couple moins improbable qu’on ne le croit… Pour preuve en 1784, l’Académie de Berlin institua un prix pour récompenser la meilleure réponse à une curieuse question : « À quoi faut-il attribuer l’universalité de la langue française ? » Antoine de Rivarol obtint le prix. Le travail pour lequel il avait concouru lui valut également une flatteuse épître de Frédéric le Grand. Ce dernier parlait et écrivait le français beaucoup mieux que l’allemand, langue qu’il réservait, disait-il, à ses chevaux. Retenons  que, cinq ans avant la Révolution française, la Prusse, en la personne de son monarque et de ses meilleurs esprits, voyait dans la France comme une sœur aînée. Cette sympathie admirative fut écornée par les conquêtes napoléoniennes, sans cesser vraiment, au moins dans la partie éclairée des deux nations. Pendant une grande partie du XIXème siècle, l’Université française regarda avec admiration sa sœur prussienne. On sait ce que fut l’influence prolongée de Kant, Hegel, Schopenhauer, et plus tard Nietzsche ou Heidegger. Il fallut la catastrophe de 1870-1871 pour que l’ancienne amitié fût brisée. Renan l’a dit mieux que personne : « La guerre entre la France et l’Allemagne est le plus grand malheur qui puisse arriver à la civilisation. L’harmonie intellectuelle, morale et politique de l’humanité est rompue. » En ce temps-là, comme à l’époque antique, on confondait volontiers l’humanité et l’Europe. À cette réserve près, c’était bien vu.

Il faut rendre grâce au général de Gaulle, longtemps hanté par l’idée de la Revanche propre à sa génération, d’avoir compris sur le tard que « l’essentiel, c’est que les deux peuples [les Français et les Allemands], dans leurs profondeurs, exorcisent les démons du passé ; qu’ils comprennent maintenant qu’ils doivent s’unir pour toujours. […] Les Français et les Allemands doivent devenir des frères » (1).

Certes, le général de Gaulle ne parlait pas des Prussiens, mais des Allemands. Cependant, aux yeux des Français, les Prussiens, ont souvent fait figure d’une sorte de condensé d’Allemands, ce qui était flatteur avant 1870.

Au XVIIIème siècle, la Prusse du Grand Frédéric apparaissait déjà comme l’État le plus moderne d’Europe. Plus tard, on a pu dire que cet État était sorti de l’Ancien Régime sans passer par la Révolution. Il représentait un modèle longuement commenté par Renan dans sa « Réforme intellectuelle et morale de la France » écrite au lendemain de 1870 pour conjurer les tares et défauts ayant conduit à notre défaite. Au risque d’anachronisme, on serait presque tenté de dire que l’essai de Renan anticipait sur les travers et carences ayant également produit la défaite de 1940 (2).

La Prusse s’était construite sur un peuple d’élite issu de toutes les régions allemandes et aussi de la France huguenote. Mais au-delà, elle avait été forgée par un style et des principes s’apparentant au stoïcisme. Au temps du Grand Frédéric, elle apparaissait comme un État où les grandes contradictions de monde moderne avaient pu se résoudre. La liberté de l’esprit ne s’y opposait pas à la discipline, la volonté historique n’avait pas été rongée par l’esprit de tolérance, la conscience nationale s’accordait avec le patriotisme monarchique. On ne peut ignorer non plus qu’avant 1932 la Prusse fut un môle de résistance au mouvement hitlérien. C’est elle encore qui a fourni le plus gros contingent de la conjuration du 20 juillet 1944. Non par préjugés aristocratiques, comme on l’a souvent dit, mais au nom d’une autre idée de l’Allemagne, peut-être utopique, accordée au « socialisme prussien » théorisé par Spengler, autoritaire, non libéral et fermé au grégarisme de masse. Et cette idée exigeante avait sans doute moins le pouvoir de nourrir un projet politique qu’une éthique personnelle. Mais, comme on le sait, c’est l’éducation intérieure des consciences qui peut conduire à une réforme de la société plutôt que l’inverse.

Crédit photo : Luciani/Wikipédia sous licence GNU.

Notes :
1)Propos tenus le 27 juin 1962. Ils ont été rapportés par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Editions de Fallois/Fayard, 1994.
2) Dans son n° 10 (janvier/février 2004), p. 50, La Nouvelle Revue d’Histoire a rappelé ce que furent le contenu et la portée de l’essai de Renan.

[La Nouvelle Revue d'Histoire] Il y a 50 ans : la fin de l’Algérie des Français (hors série n°4)

[La Nouvelle Revue d’Histoire] Il y a 50 ans : la fin de l’Algérie des Français (hors série n°4)

Édito du Hors-Série n° 4, Printemps-été 2012 – « L’Algérie, histoire d’une terre tragique »

L’Algérie fut une invention française. Elle doit sa relative unité à ses conquérants. Les Romains lui accordèrent l’appellation géographique de Numidie qui s’étendait à tout le Maghreb. À la suite des Romains et des Byzantins, les conquérants successifs donnèrent à diverses fractions de territoires plusieurs noms. Sous Louis XIV, pour la région d’Alger, on parlait d’un repaire de Barbaresques, et à la veille de la conquête française, le terme de Régence turque s’était imposé. Il fallut attendre une première instruction du ministère français de la Guerre, le 14 octobre 1838, huit ans après la prise d’Alger en 1830, pour suggérer l’emploi du mot « Algérie » en remplacement de toutes les dénominations antérieures. Une nouvelle instruction du 14 octobre 1839 officialisa définitivement la nouvelle appellation pour désigner les territoires soumis à la France.

Longtemps, la République française refusa la qualification de « guerre » aux violences qui ont déchiré l’Algérie de 1954 à 1962. On parlait alors des « événements », de la « rébellion » ou des « opérations de maintien de l’ordre ». Par son vote du 10 juin 1999, l’Assemblée nationale a cependant officialisé l’expression « guerre d’Algérie ».

Ce que fut cette guerre, ses causes les plus lointaines et ses conséquences, le nouveau dossier Hors Série (n° 4) de La Nouvelle Revue d’Histoire (L’Algérie, histoire d’une terre tragique) le dit avec une liberté qui se fait rare. Ce fut une petite guerre cruelle, sans aucune comparaison avec les batailles géantes des deux grandes guerres mondiales. Pourtant, cruelle, elle le fut dès l’origine, par intention délibérée de ceux qui voulaient chasser les Français et supprimer les nombreux indigènes francisés. Ceux que l’on appela les « rebelles », puis les « nationalistes » avaient été marqués par une double influence, celle d’un islam combattant qui a toujours privilégié la violence, et celle du léninisme qui avait théorisé l’usage de la terreur comme méthode pour s’emparer des masses. En l’occurrence, il s’agissait des masses musulmanes. Le but était de les arracher à l’influence française et de susciter un climat de haine « raciale » à l’encontre des Européens et des assimilés. Tout fut bon, l’égorgement collectif, la castration, l’éviscération, la section des mains, du nez, des oreilles, le massacre des femmes et des nouveaux-nés. Le pays fut ainsi plongé dans un délire de sauvagerie, avec la bénédiction des divers clergés laïcs et religieux d’une France devenue malade du péché d’exister.

[La Nouvelle Revue d'Histoire] Il y a 50 ans : la fin de l’Algérie des Français (hors série n°4)Cette guerre, la France et les Français ne l’avaient pas voulue. Elle leur fut imposée par ceux qui la désignèrent comme ennemie. Elle leur fut imposée aussi par l’évolution générale du monde à la suite du siècle de 1914 et des deux guerres mondiales qui avaient entrainé un vertigineux recul historique de l’Europe. Après coup, pour nous qui connaissons la fin d’une histoire que les acteurs ne connaissaient pas, il est assez facile de pointer les erreurs multiples commises au fil du temps par la France et ses représentants. Dans ce procès, on omet cependant deux réalités pesantes. On oublie tout d’abord la présence ancienne d’une communauté française ou européenne d’un million de personnes de tous âges et de conditions souvent très modestes que l’on ne pouvait supprimer que par indifférence cynique ou cruauté délibérées.

On oublie ensuite que cette malheureuse France et ces malheureux Français, dont il est convenable de dire tant de mal concernant l’Algérie, ont résisté plus qu’aucun ancien colonisateur européen à leur abaissement historique. Selon le point de vue adopté, on peut voir dans cette résistance un aveuglement coupable et dérisoire ou la manifestation d’un refus exemplaire d’abdiquer. Entre 1960 et 1962, la révolte à grands risques de tant de généraux et d’officiers contre l’État qu’ils avaient appris à servir sans discussion, fut d’une ampleur sans équivalent dans nos annales. Il faut s’en souvenir, tant le fait est exceptionnel. Et peu importe que cette révolte ait été mal pensée ou mal conduite. Je crois pour ma part que, dans une époque de déclin, cette révolte fut une manifestation de santé dont un pays peu tirer de la fierté et des raisons d’espérer.

Dominique Venner

[box class= »info »]La Nouvelle Revue d’Histoire : en savoir plus. Source : www.dominiquevenner.fr

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Crimes d’État et scandales politiques - La Nouvelle Revue d’Histoire N° 59, mars 2011

Crimes d’État et scandales politiques – La Nouvelle Revue d’Histoire N° 59, mars 2011

Crimes d’État et scandales politiques - La Nouvelle Revue d’Histoire N° 59, mars 2011

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Parlant de l’ancien président Giscard d’Estaing, Raymond Aron eut ce mot cruel et juste : « Il ne sait pas que l’histoire est tragique ». Nous qui le savons, nous avons retenu le thème des crimes d’État associés parfois à des scandales politiques. Il y a toujours eu des crimes d’État et pas seulement à l’époque mérovingienne. Ce sont des moments de paroxysme qui révèlent l’ampleur d’une crise politique et historique, cristallisée par une lutte mortelle que seule la mort peut trancher. Sous prétexte que l’Europe occidentale vit actuellement hors de l’histoire, il ne faut pas imaginer qu’il en sera toujours ainsi. Cette parenthèse historique se refermera. Autour de nous, dans le reste du monde, les drames mortels ne manquent pas, au Proche-Orient, par exemple, dans le sillage d’un illusoire « printemps arabe ». Retenons que, le 30 septembre 2011, le président américain Barack Obama a officiellement autorisé des assassinats ciblés visant des adversaires supposés des États-Unis. Cette décision (révélée par le New-York Times du 8 octobre 2011 et reprise par Le Monde du 14 octobre 2011) s’inscrit en principe dans la logique de « la guerre globale contre le terrorisme » justifiée par l’attentat du World Trade Center à New-York, le 11 septembre 2001. Cependant, le « terrorisme » n’est pas un adversaire défini, mais une méthode de lutte ou de guerre. Les États-Unis et leurs satellites en ont fait une entité abstraite justifiant par avance l’usage d’homicides. La raison d’État légitime par définition les crimes d’État.

Nous avons retenu plusieurs grands exemples très différents de crimes pouvant entrer dans cette catégorie. Et pour commencer, nous avons demandé au professeur Yann Le Bohec, spécialiste de l’histoire romaine, d’éclaircir les causes de l’assassinat de César par une coalition aristocratique aux ides de mars de l’an 44 av. J.-C. (p. 38). Puis, c’est un double meurtre autour de Jean sans Peur qui permet à Bernard Fontaine d’expliquer la future guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons (p. 41). Au cœur des guerres de Religion, le grand moderniste qu’est Jean-Marie Constant dévoile les implications peu connues de l’assassinat du duc de Guise en 1588 (p. 44). C’est une autre page historique qu’évoque en connaisseur Jean-Christian Petitfils avec l’assassinat de Concini couvert par le jeune Louis XIII en 1617 (p. 47). Personne ne contestera le caractère de crime d’État que fut l’exécution du duc d’Enghien décidée par Bonaparte en 1804 et que restitue Jean-Joël Brégeon (p. 50). Et c’est bien la raison d’État qu’invoque le général de Gaulle pour justifier l’exécution de Pierre Pucheu à Alger en mars 1944, ainsi que le montre Dominique Venner (p. 52). C’est cependant sur une énigme que se referme notre dossier avec le récit que Charles Vaugeois fait de l’assassinat du président Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963 (p. 58). Dans cette dernière affaire, de multiples scandales sont au rendez-vous d’un crime. Mais fut-ce un crime d’État ?

La Nouvelle Revue d’Histoire

Louis XIV admiré et contesté - La Nouvelle Revue d'Histoire N° 57, novembre 2011

Louis XIV admiré et contesté – La Nouvelle Revue d’Histoire N° 57, novembre 2011

Louis XIV admiré et contesté - La Nouvelle Revue d'Histoire N° 57, novembre 2011

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« Sur la grandeur et la gloire » éditorial de Dominique Venner

Nul souverain français n’a cultivé la jouissance et le spectacle de la puissance comme le Grand Roi. Suivant le mot qu’on lui prête, « le plus délicieux métier est celui de roi… » Par sa mère, Anne d’Autriche, princesse éduquée à la rigide cour d’Espagne, il avait appris les secrets de l’étiquette qui permettent de creuser une distance abyssale entre le Soleil et les astres de moindre rang. Tout jeune, il avait été initié par Mazarin au jeu des puissances et au maniement des hommes. Il pratiqua ensuite comme personne l’art de domestiquer la fière noblesse française par les chaînes de la vanité. Ainsi fut-elle condamnée à la futilité, un siècle avant d’être livrée à la guillotine.

De Versailles, Louis avait fait le temple permanent de sa gloire, sans économiser sur les extravagances (1). Au regard de la morale et de la simple bienséance, on sait que le Roi Très-Chrétien s’autorisait publiquement des écarts que Bossuet tenta de refreiner. En 1680, survint cependant l’affaire des Poisons dans laquelle fut compromise Madame de Montespan, mère de sept bâtards royaux, qui cherchait à conjurer son déclin de favorite par des excès de sorcellerie. Le traumatisme de cette affaire doucha les ardeurs d’un beau tempérament dont eut désormais à souffrir à peu près seule Madame de Maintenon peu portée sur la chose.

Que le faste et la majesté du souverain soient de puissants instruments de pouvoir est une évidence. Ce qui étonne, par comparaison, c’est l’idée toute différente de la grandeur que pratiquèrent à Rome les Antonins quinze siècles plus tôt, dans la période la plus glorieuse de l’histoire impériale. Pourtant, le pouvoir des empereurs romains était plus étendu et plus lourd que celui du Grand Roi. Ils ne régnaient pas seulement sur un grand royaume, mais sur l’univers. Quel contraste par exemple entre Louis XIV et l’extrême sobriété de l’empereur stoïcien Marc Aurèle. En guise de legs à la postérité, celui-ci n’a pas laissé les splendeurs d’un château sans égal, mais un petit livre qui tient aisément dans une poche, Pensées pour moi-même. Comme son titre le suggère, ce livre ne fut pas écrit pour épater le public, mais pour un usage strictement personnel. De ce fait, il n’a rien perdu de son actualité. Ce n’est en rien un traité du pouvoir, mais un ensemble de réflexions destinées à se gouverner soi-même, à s’améliorer par la maîtrise des passions et la pratique des trois disciplines stoïciennes du jugement, du désir et de l’action.

Ainsi que l’a souligné Pierre Hadot, ancien professeur au Collège de France, biographe de l’empereur et analyste averti de ses Pensées, dans l’Antiquité, un philosophe n’était pas un théoricien de la philosophie, un inventeur de concepts obscurs, mais quelqu’un qui mettait en pratique des principes de vie. Comme le disait Épictète, le stoïcien dont Marc Aurèle fut le disciple : « Mange comme un homme, bois comme un homme, habille-toi, marie-toi, aie des enfants, mène une vie de citoyen… Montre-nous cela pour que nous sachions si tu as appris véritablement quelque chose des philosophes (2) ». En bref, le philosophe antique est celui qui fait un choix de vie et qui, à la façon de Marc Aurèle, peut être donné en exemple.

Nombreux furent les hommes d’État et grands capitaines grecs ou romains qui vécurent ainsi « en philosophe », de Xénophon à Caton d’Utique, ou encore Arrien de Nicomédie, disciple et continuateur d’Épictète, général, proconsul et gouverneur de Cappadoce sous Hadrien.

Ainsi donc, dans notre histoire, il fut une époque où l’on pouvait concilier la puissance, la richesse et la gloire, mais aussi le souci d’une vie supérieure, c’est-à-dire d’une vraie noblesse. Celle-ci se distingue toujours par l’acceptation de devoirs supérieurs en proportion de pouvoirs plus grands.

Dominique Venner

[box] Notes :

1. Louis Dussieux, Le Château de Versailles. Publié initialement en 1885, cet ouvrage érudit a fait l’objet d’une nouvelle édition préfacée par Michel Déon, Editions Jean-Cyrille Godefroy, Paris 2011, 472 p., 39 €.
2. Pierre Hadot, La Citadelle intérieure. Introduction aux Pensées de Marc Aurèle, Fayard, Paris 1997. [/box]

L'imprévu dans l'histoire - La Nouvelle Revue d'Histoire N° 56, septembre 2011

L’imprévu dans l’histoire – La Nouvelle Revue d’Histoire N° 56, septembre 2011

L'imprévu dans l'histoire - La Nouvelle Revue d'Histoire N° 56, septembre 2011Le dossier de La Nouvelle Revue d’Histoire (NRH) N°56 de septembre-octobre 2011 est consacré à « L’imprévu dans l’histoire » (voir ci-contre l’image de couverture, cliquer dessus pour l’agrandir).

Les autres articles sont en particulier :

Editorial
L’imprévu, la Chine et l’occasion favorable

Portrait
Entretien avec Pascal Gauchon : l’enseignement, l’histoire et la géoéconomie

Découvertes :

Les sources historiques de Tintin
Tibère, l’empereur calomnié
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Husseïn d’Egypte, un sultan francophile
Jeu, contrôlez vos connaissances – La Reine Victoria et son temps
Georges Valois : du Faisceau à la Résistance
Les métamorphoses du conservatisme américain
L’ébranlement de la puissance américaine
Malaparte, l’écrivain
Le choc de l’histoire, entretien avec Dominique Venner

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