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Disparition du chef d’orchestre Kurt Sanderling

Disparition du chef d’orchestre Kurt Sanderling

[box class= »info »]Kurt Sanderling, à droite sur la photo, est félicité par le chef de la RDA de l’époque, Erich Honecker. Photo : Rainer Mittelstädt, archives fédérales allemandes[/box]

20/09/2011 – 19h00
BERLIN (NOVOpress) – Le chef d’orchestre allemand Kurt Sanderling s’est éteint dimanche 18 septembre dernier. Né le 19 septembre 1912 à Arys, en Prusse-Orientale (aujourd’hui Orzysz, Pologne), il fut le témoin discret d’un siècle divisé.

On sait qu’il étudia le piano à Königsberg, puis à Berlin, avant d’être nommé répétiteur au Berlin Städtische Oper de 1931 à 1933. L’accession au pouvoir des nationaux-socialistes d’Adolf Hitler met un terme à sa carrière : il perd son poste en raison de ses origines juives.

Kurt Sanderling envisage alors de quitter son pays natal. L’occasion se présente en 1936 : si une candidature au Metropolitan Opera de New York tourne court en raison de l’impossibilité pour lui d’obtenir un certificat, il parvient à mettre à profit l’invitation de parents pour se rendre en Union Soviétique. Le contexte est fort peu accueillant tandis que commencent les purges staliniennes ou que s’affermit l’emprise de la tristement célèbre Union des Compositeurs à laquelle auront maille à partir Dimitri Chostakovitch, Sergueï Prokofiev, Alfred Schnittke et tant d’autres. Kurt Sanderling parvient cependant à décrocher en 1937 un poste à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio de Moscou. En 1939, il part travailler à Karkhov en Ukraine, où il passera près de deux ans. C’est pendant cette période qu’il se familiarise avec la musique de Chostakovitch, dont il deviendra en 1943 l’ami et interprète privilégié.

1941 sera pour Sanderling l’année décisive : le jeune chef se produit à l’Orchestre philharmonique de Leningrad, une formation prestigieuse où sa prestation est remarquée. Kurt Sanderling accompagne l’orchestre que le régime envoie à Novossibirsk, en Sibérie, pour le mettre à l’abri de l’offensive allemande. Ce sera pour lui l’occasion de travailler avec le célèbre Ievgeni Mravinsky, directeur artistique de l’orchestre.

Pendant ses années soviétiques, Kurt Sanderling se fera un fervent défenseur de l’œuvre de Chostakovitch, malgré l’hostilité et les menaces que le régime fait peser sur les contestataires. Il ne regagnera l’Allemagne de l’Est qu’en 1960, un an à peine avant l’édification du Mur de Berlin. A cette date en effet, Kurt Sanderling est nommé à la tête de l’Orchestre symphonique de Berlin, formation qu’il dirigera jusqu’en 1977. Les autorités de la RDA de l’époque désiraient faire de cette phalange un concurrent du Philharmonique de Berlin (Berlin-Ouest, RFA) qui brillait alors de tous ses feux sous la baguette inspirée d’Herbert von Karajan. Si les résultats de l’opération de propagande ne furent pas à la hauteur de leurs espérances, Kurt Sanderling n’en donna pas moins à son orchestre une impulsion durable en le hissant à un trés bon niveau.

Sanderling dirigea également la Staatskapelle de Dresde de 1964 à 1967. Dans les années 70, sa renommée a passé le « rideau de fer » et il se produit ponctuellement à l’Ouest. Il entre de plain-pied dans le cercle fermé des très grands chefs au début des années 1980 avec un enregistrement des symphonies de Beethoven qui fera sensation. Il travaillera par la suite avec de nombre des grandes formations internationales dont le Gewandhaus de Leipzig, le Philharmonique de Los Angeles, le Symphonique de Tokyo ou l’Orchestre symphonique de la BBC.

Kurt Sanderling prend sa retraite en 2002. Il nous lègue un riche fonds d’enregistrements musicaux, même si son répertoire, au regard des critères d’aujourd’hui, reste assez limité. Ses interprétations de Mozart, Beethoven, Bruckner, Brahms, Schumann, Rachmaninov, Mahler ont constamment eu les louanges de la critique. Son style est dénué d’emphase, précis et énergique, ses « tempi » souvent plus lents que la moyenne lui permettent de donner profondeur et gravité aux œuvres qu’il visite. Il donne souvent à ses interprétations une tonalité assez sombre en phase avec l’époque troublée qui a formé sa jeunesse, bien qu’il ait toujours souhaité se tenir à l’écart des remous et soubresauts de l’histoire. « D’autres font de la politique, moi je fais de la musique », confiera-t-il à un journaliste. Les interprétations qu’il nous laisse des œuvres de son ami Chostakovitch ou du grand compositeur finlandais Jean Sibelius – qu’il eut le privilège de rencontrer – font aujourd’hui partie des références.