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L'Allemagne sans immigrés : "un scénario d'horreur !"

L’Allemagne sans immigrés : « un scénario d’horreur ! »

06/06/2012 – 12h00
BERLIN (NOVOpress) — Souvenez vous. Ils nous avaient fait le coup de la Journée sans immigrés, suscitant par là même bien des espoirs déçus : pourquoi pas la semaine, le mois ?

Les xénophiles ne manquent pas d’imagination et voici sous le plumeau — à ce stade de dépoussiérage de clichés, il n’est plus guère question de plume — des journalistes Pitt von Bebenburg et Matthias Thieme « L’Allemagne sans immigrés » : un scénario d’horreur. Synopsis.

Pas besoin d’accessoires désuets type petite moustache. Rien que d’évoquer l’influence grandissante de partis populistes de droite aux orateurs charismatiques — que ceux qui ont le charisme d’une huitre s’abstiennent ! — et l’on a déjà clairement identifié les méchants de cette intrigue haletante.

Au moins 30% de la population du pays ressent la présence des étrangers comme pesante, voire gênante, et leur départ ne se ferait guère remarquer à l’Est où ils ne représentent que 2% des habitants. Mais il en va tout autrement à l’Ouest et généralement dans les grands centres urbains : ils seraient 11,2% en Hesse, 11,9 dans le Bade-Wurtemberg et même 25,1% à Francfort-sur-le-Main. Les couples sur le départ emmèneraient bien sûr leurs enfants nés en Allemagne, et le pays y perdrait non seulement 9 millions d’habitants, mais aussi une grande partie de sa jeunesse. Près d’un étranger sur cinq est né en Allemagne, et plus d’un demi million d’entre eux y fréquentent les écoles. Et voilà que déjà se profile le spectre de salles de classe désertes…

Mais il y a bien pire encore ! Les conséquences de cette saignée seraient catastrophiques pour le monde du football ! Pensez donc, une Bundesliga sans Ribéry, Guerrero, Ya Konan, Pizarro et autre Farfán ! Un foot dont la part étrangère se situerait actuellement aux alentours de 43%, avec forcément moins de succès au niveau européen, moins de spectateurs, et sans aucun doute moins d’argent aussi.

L'Allemagne sans immigrés : "un scénario d'horreur !"

Une iconographie infantile au service de l'idéologie. Crédit photo : alles-schlumpf via Flickr (cc)

Le système de santé souffrirait cruellement. Les immigrés représenteraient actuellement 11% du personnel dans les hôpitaux, et même 15% dans les structures pour personnes âgées. Impossible de soigner sans immigrés, surtout selon l’opinion des responsables d’établissements privés. Comme si une bonne canicule n’y suffisait pas, cela hâterait inexorablement le décès des plus âgés.

Malheureux aussi, ceux qui aiment manger ailleurs que chez eux à la maison : d’innombrables pizzérias, döners et autres gargotes à hamburger disparaîtraient du jour au lendemain, et même bien des agglomérations n’auraient plus aucun restaurant. Le retour à la cuisine traditionnelle, la saucisse frite, l’escalope panée et la bière : voilà l’enfer ! Sans compter que l’hôtellerie emploie de très nombreux immigrés : ils seraient 169 000, soit 21% des salariés de la branche.

Sans immigrés, l’Allemagne serait un pays sale : près de 10% des immigrés qui ont un emploi travaillent dans des sociétés de nettoyage qui sont leur premier employeur. Pour Christine Sudhop, vice présidente de l’union des entreprises de nettoyage, « un lundi matin où plus aucun étranger ne se présenterait à son travail aurait pour conséquences que les entreprises seraient obligées de parer au plus pressé, adaptant les priorités au personnel disponible : la salle de classe pourra attendre [mais comme on a lu plus haut qu’elle sera vide.. ] mais pas les toilettes ». Voilà au moins une bonne nouvelle pour l’avenir d’une passion typiquement germanique !

Et le pays serait-il seulement encore un pays riche ? Certainement pas si l’on fait confiance à Baki Irmak, expert financier de la société de placement DWS qui pronostique un inévitable effondrement boursier et une importante fuite de capitaux. Le départ de tous les étrangers serait une intervention sur le marché du travail équivalant à une mesure protectionniste, et qui remettrait en cause une économie libérale et ouverte. L’on frémit à l’énoncé de tant de si vilains mots… Mais pire encore, en guise de bouquet final, il promet tout simplement un naufrage à la grecque!

Las ! Le pays de Goethe serait-il au moins plus sûr ? Non plus, puisque si l’on en croit le docte criminologue de Marburg Dieter Rössner, la criminalité est universelle et « n’a pas grand chose à voir avec la nationalité ». Nous voilà rassurés, quoique… Car il y a aussi les victimes étrangères de cette criminalité qui, en leur absence, se retournerait avec certitude contre des Allemands jusque là épargnés. Implacable logique !

Au-delà, il manquerait bien sûr des montants importants d’impôts ; le financement des retraites deviendrait problématique et la population vieillirait (n’est-ce pas déjà le cas ?) ; le monde de la science et de la recherche se trouverait isolé (?) et l’on déplorerait des pertes inestimables sur le plan de l’indiscutable apport culturel…

Mais il y a, comme il se doit, toujours encore pire ! Avec des sous entendus rappelant les « heures sombres » de l’histoire européenne, Günter Wallraff, l’auteur de « Tête de Turc » (1987), affirme: « on se jettera sur les vieux considérés comme autant de bouches inutiles, et l’on dissertera certainement à nouveau pour savoir qui a droit à la survie, et qui ne sera plus nourri ».

Un opus assurément angoissant qui a néanmoins le mérite de donner quelques chiffres, dans le but de nous démontrer à quel point l’immigration est une chance pour l’Allemagne et le confort des Allemands. Exit donc — d’un coup de plumeau — l’avance que nous possédions, pour une fois, sur nos voisins avec l’impérissable « L’immigration : une chance pour la France » (1984) de Bernard Stasi.

[box class=info]Source : www.berliner-zeitung.de[/box]
Photo en Une : rs-photo via Flickr (cc)