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L’esprit des choses : l’encens

Avec un peu de chance, les fastes liturgiques de la Semaine sainte, que ce soit dans la forme ordinaire ou extraordinaire, vous auront permis d’apprécier, outre les chants (enfin espérons-le), une suave fumée propre à ravir les narines et à vous donner un petit arrière-goût de paradis et de mystère.

Il fut une époque pas si lointaine où l’encens n’était guère en odeur de sainteté dans nos paroisses (voilà pour le jeu de mots inévitable). On lui reprochait pêle-mêle ses accointances suspectes avec l’ancienne liturgie, son allure « triomphaliste » et surtout, péché irrémissible, son penchant prononcé pour la solennité et le sacré. Certains curés ne le toléraient guère que pour les obsèques, et encore! On oubliait un peu facilement le trentième chapitre du livre de l’Exode (les prescriptions fort précises à Moïse sur le sujet), ainsi que le psaume 142 qui compare la prière à la fumée de l’encens. Il fallait assister à une messe dans une abbaye pour sentir autre chose que l’odeur d’encaustique mêlée à l’eau de toilette bon marché de Madame l’animatrice liturgique.

Chose curieuse, cette éclipse relative de l’encens liturgique, dans les années 1970, fut accompagnée d’une véritable explosion dans le domaine profane. Hippies et autre « baba-cools » se livrèrent à une consommation furieuse de bâtonnets et autres cônes de la précieuse substance. Chassé des autels, l’encens s’est réfugié auprès des consommateurs de substances illicites et des bouddhistes d’opérette. Une jeune génération avide de spiritualités point trop contraignantes, et nouvelles, s’est jetée sur ce qu’elle considérait comme un moyen de cultiver leur sérénité entre deux manifs au Larzac.

Aujourd’hui, les « baba-cools » sont rentrés dans le rang bourgeois et la liturgie catholique revient doucement à des cérémonies plus dignes.

On ne va plus guère à Katmandou, mais l’encens fait toujours la fortune des marchands de bonheur. On le retrouve affublé de propriétés plus ou moins farfelues : telle variété favoriserait la richesse, une autre l’amour ou la réussite aux examens.

Il garnit également les étagères des adeptes de l’aromathérapie. Parfois aussi, cela de vient moins drôle. L’encens devient l’ingrédient obligé de pratiques prétendument magiques, voire pire encore.

Jean-Michel Diard

[box class= »info »] Article de l’hebdomadaire “Minute” du 11 avril 2012 reproduit avec son aimable autorisation. En kiosque ou sur Internet.[/box]

Crédit image : Pearson Scott Foresman via Wikipédia, domaine public.

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