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Famine dans la Corne de l’Afrique : guerres civiles et spéculation responsables

Famine dans la Corne de l’Afrique : guerres civiles et spéculation responsables

19/08/11 – 11h15
PARIS (NOVOpress)
– Selon l’analyse de plusieurs spécialistes, notamment des économistes de la Banque mondiale, la famine qui affecte des millions de personnes dans la région de la Corne de l’Afrique n’est pas une fatalité liée au climat ou à la géographie mais bien « l’œuvre des hommes ».

Selon eux, les principales responsabilités incomberaient aux conflits civils et à la spéculation qui engendre des prix artificiellement élevés pour la nourriture.

« Cette crise est l’œuvre des hommes, a ainsi indiqué Wolfang Gengler, économiste à la Banque mondiale. Les sécheresses ont certes eu lieu encore et encore, mais il faut de très mauvaises politiques pour que cela conduise à une famine ».

Près de 12,4 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique – dont la Somalie, le Kenya, l’Ethiopie et Djibouti – sont affectées par une famine de grande ampleur qui a déjà coûté la vie à plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Somalie en juillet 2011. Auteur Deudora, licence Creative Commons.

Somalie : merci, mais nous avons déjà amplement donné… Par Bernard Lugan

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La Somalie étant encore frappée par une famine, une nouvelle fois les médias déversent des images atroces accompagnées de commentaires dégoulinants de bons sentiments et chargés de reproches culpabilisateurs. Comme si nous, Européens, avions la moindre responsabilité dans ce drame dont les deux principales causes répétitives sont clairement identifiées :

– Une guerre tribale que se livrent des clans historiquement rivaux.

– Une surpopulation suicidaire qui a détruit le fragile équilibre écologique régional. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement avec un taux de natalité brute de plus de 48% et un indice de fécondité par femme atteignant 6,76 enfants ?

 

Au moment où une intense campagne vise à préparer les esprits à une intervention, il est impératif de donner les clés du problème somalien tant il est vrai que seul le retour à l’histoire permet de tempérer les émois humanitaires :

1) La Somalie est en guerre depuis 1978. Le problème n’y est pas ethnique mais tribal, le grand ensemble ethnique somali qui occupe une vaste partie de la Corne de l’Afrique est en effet divisé en trois grands groupes (Darod, Irir et Saab), subdivisés en tribus, en clans et en sous clans qui se sont toujours opposés. Hier pour des points d’eau et des vols de chameaux, aujourd’hui pour des trafics plus « modernes ».

2) Le 15 octobre 1969, après l’assassinat du président Ali Shermake, le général Siyad Barre prit le pouvoir. C’était un Darod de la tribu Maheran. En 1977, il lança son armée dans l’aventureuse guerre de l’Ogaden. Dans un premier temps, l’armée éthiopienne fut balayée, puis l’offensive somalienne se transforma en déroute. Après cette défaite, les réalités tribales s’imposèrent avec encore plus de force qu’auparavant et le gouvernement ne fut plus désigné que sous l’abréviation MOD, qui signifiait Marehan-Ogadeni-Dhulbahante, à savoir les trois clans associés aux affaires.

3) Une terrible guerre tribale opposa ensuite les Darod entre eux. Finalement, la tribu Hawiyé l’emporta sur celle des Maheran et le 27 janvier 1991 le général Siyad Barre fut renversé.

4) La Somalie subit alors la loi de deux factions antagonistes du CSU (Congrès  somalien unifié), mouvement tribal des Hawiyé, qui éclata sur un critère clanique opposant le clan agbal d’Ali Mahdi Mohamed au clan Habar Gedir dirigé par le « général » Mohamed Farah Aidid. Dans le nord du pays, le 18 mai 1991, le Somaliland, ancien protectorat britannique, se déclara indépendant.

5) La guerre des milices provoqua une atroce famine et l’opinion américaine se mobilisa. En France le docteur Kouchner lança la campagne du « sac de riz pour la Somalie ». Puis, au mois de décembre 1992, un corps expéditionnaire  US débarqua dans une mise en scène théâtrale pour « rendre l’espoir » aux populations somaliennes. L’opération « Restore Hope » avait été déclenchée au nom d’une nouvelle doctrine inventée pour la circonstance, l’ingérence humanitaire, ce colonialisme des bons sentiments. Ce fut un échec cuisant et le 4 mai 1993, l’ONU prit le relais des Etats-Unis en faisant débarquer un corps expéditionnaire de 28.000 hommes. Le 5 juin, 23 Casques Bleus pakistanais furent tués par les miliciens du « général » Aidid et le 12 juin, un commando américain échoua dans une tentative de représailles contre le chef de guerre somalien. Le 3 octobre enfin, 18 soldats américains perdirent la vie dans l’affaire de la « chute du faucon noir ».

6) Au mois de mars 1994, à Nairobi, un accord de réconciliation fut signé entre les deux chefs hawiyé, mais il demeura lettre morte. A partir du mois d’août, l’anarchie fut totale, les hommes d’Ali Mahdi contrôlant le nord de Mogadiscio et ceux du « général » Aidid le sud. Le 22 août, 7 Casques Bleus indiens furent tués. Les Américains rembarquèrent alors, abandonnant dans le bourbier somalien le contingent de l’ONU composé de soldats pakistanais et bengalais. Le 28 février 1995, il fallut un nouveau débarquement baptisé opération « Bouclier unifié » pour extraire les malheureux devenus otages. L’ONU quittait  la Somalie sur un cuisant échec politique et militaire qui lui avait coûté 136 morts et 423 blessés.

7) Les clans somalis se retrouvèrent  alors entre eux et ils s’affrontèrent de plus belle. Le 1° août 1996, le « général » Aidid, grièvement blessé au combat mourut. Son fils Hussein Aidid lui succéda à la tête de son parti, le CSU/UNS (Congrès somalien unifié/Union nationale somalienne), c’est à dire sa milice tribale composée du noyau dur du sous clan des Saad, lui-même étant une sous division du clan des Habr Gedir de la tribu hawiyé. Dans le sud du pays, les miliciens de Hussein Aidid s’opposèrent aux Rahanwein, ces derniers s’affrontant ensuite en fonction de leur appartenance clanique tandis que dans le nord-est, plusieurs composantes des Darod dirigées par Abdullahi Yussuf Ahmed créaient au mois d’août 1998 une région autonome baptisée  Puntland.

8 ) En 2004, après d’interminables discussions entre les factions claniques, un accord  de partage du pouvoir fut trouvé, mais le Gouvernement Fédéral de Transition, incapable de s’installer en Somalie fut contraint de « gouverner » depuis le Kenya.

9) Puis un nouveau mouvement fit son apparition sur la scène somalienne, les Tribunaux islamiques dont les milices, les Shababs (Jeunes) menacèrent de prendre Mogadiscio. Au mois de décembre 2006, pour les en empêcher, l’armée éthiopienne entra en Somalie sans mandat international, mais encouragée par les Etats-Unis.

10) Par le vote de la Résolution 1744 en date du 21 février 2007, le Conseil de sécurité de l’ONU autorisa ensuite le déploiement d’une mission de l’Union Africaine, l’AMISOM. L’UA avait prévu qu’elle serait composée de 8000 hommes, or les pays volontaires ne se bousculèrent pas.

 

Depuis, à l’exception du Somaliland et dans une mesure moindre du Puntland, les islamistes contrôlent  la majeure partie du pays. Or, pour eux, la famine est une véritable aubaine car :

– Elle va leur permettre d’être reconnus par la « communauté  internationale » qui devra traiter avec eux pour l’acheminement de l’aide alimentaire.

– Elle va leur permettre d’achever la prise de contrôle du pays.

– Elle va leur permettre de tirer de juteux profits des détournements de cette aide, comme cela avait été le cas lors de la grande famine d’Ethiopie dans les années 1984-1985.

 

La conclusion de cette mise au point est donc claire : nous n’avons rien à faire dans cette galère. A moins, naturellement, de vouloir verser dans le « tonneau des Danaïdes » somalien une aide qui serait pourtant tellement utile à nos SDF et à toutes ces familles françaises qui ne mangent plus à leur faim.

Enfin, mes pensées vont à cet officier français -et à sa famille-, prisonnier des milices somaliennes depuis deux longues années et dont le sort n’émeut pas particulièrement l’opinion. Mais il est vrai qu’il n’a pas la chance d’appartenir à la corporation journalistique…

Bernard Lugan, 29 juillet 2011

[box class= »info »] Source : Le blog de Bernard Lugan. [/box]

Bernard Lugan publie la revue l’Afrique Réelle envoyée par PDF sur abonnement le 15 de chaque mois :
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Famine en Somalie : les islamistes refusent les ONG chrétiennes©AfriqueRedaction

Famine en Somalie : les islamistes refusent les ONG chrétiennes

28/07/2011 21h00
MOGADISCIO (NOVOpress) –
La famine ne cesse de s’étendre dans la corne de l’Afrique (à l’est du continent). Plus de 11,3 millions d’enfants souffrent de la faim. Surtout en Somalie, c’est là que la situation est la plus critique. Dans deux régions du sud de ce pays notamment, l’ONU a déclaré l’état de famine. 10 000 personnes y meurent de faim chaque jour ; plus de 30% des enfants y sont sous-alimentés.

Beaucoup d’organisations humanitaires sont prêtes à apporter leur secours. Seulement voilà, certaines d’entre elles sont chrétiennes. Et de ça, la milice islamiste Al Shabab, qui contrôle une grande partie de la Somalie, ne veut pas entendre parler. “Elles ne sont pas les bienvenues”, a déclaré son porte-parole Ali Mohammed Rage. La déclaration des Nations unies quant à la situation de famine serait “fausse et politiquement motivée”. Il n’y aurait pas d’état de famine en Somalie, mais seulement une sécheresse, selon la milice.

Al Shabab ne fait que reprendre l’attitude qu’elle avait déjà adoptée en 2009. A cette époque, ce groupe avait banni du pays les organisations humanitaires non islamiques. Al Shabab avait déclaré n’accepter que les organisations occidentales qui poursuivent un objectif purement humanitaire, “sans aucune autre arrière-pensée”.

A noter que les actions humanitaires en Somalie sont les plus risquées au monde. A titre d’exemple, le Programme Alimentaire Mondial y a déploré la perte de 14 collaborateurs depuis 2008.

Cependant, contrairement aux allégations d’Al Shabab, la sécheresse n’est pas seule à l’origine de la famine. La violence à l’encontre des populations, le pillage et la corruption y ont largement contribué.

En dernier lieu, il ne faut pas non plus oublier la réalité démographique de la Somalie, qui rend la situation d’autant plus dramatique. Ainsi, de 1960 à nos jours, la population est passée de 2,5 millions à 10 millions d’habitants, avec un rythme de naissances de 7 enfants par femme en 2011. Sous réserve que ces chiffres ne changent pas, l’on peut aisément prévoir aux alentours de 40 millions d’individus en 2060.