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Eléments Alain de Benoist

A l’Est du nouveau !, par Alain de Benoist

18/11/2016 – FRANCE (NOVOpress) A l’Est du nouveau ! est le titre du dernier numéro de la revue Eléments, qui vient de paraître et sera en vente au colloque qui se tient samedi à Paris sous le titre, cette fois interrogatif, A l’Est du nouveau ? Nous reproduisons ci-dessous l’éditorial de ce numéro 163 d’Eléments, signé par Alain de Benoist.

Eléments Alain de BenoistÀ l’époque de la guerre froide, les choses étaient simples. L’hémisphère Nord était coupé en deux, et l’Europe l’était aussi. La partie orientale était dominée par le système soviétique, la partie occidentale théoriquement placée sous protection américaine. D’un côté, une dictature greffée sur un capitalisme d’État, de l’autre le capitalisme tout court associé à la dictature de la marchandise. Deux occupations de forme différente, mais aux effets également paralysants. L’Est et l’Ouest étaient alors engagés dans une concurrence aux buts moins opposés qu’il n’y paraissait : il s’agissait de savoir qui produirait le plus et le plus vite, qui gagnerait la course à l’espace et au PIB.

Cette logique bipolaire ne fut remise en cause que par la France du général de Gaulle, qui se dota d’une force atomique indépendante et s’émancipa en 1966 de la tutelle de l’OTAN, et par la Chine avec la « théorie des trois mondes », élaborée par Mao Ze Dong et présentée en 1974 par Deng Xiao Ping à la tribune des Nations-Unies.

Le mouvement de l’histoire semblait se dérouler exclusivement à l’Ouest. L’Est était prévisible : on n’y voyait rien changer, les mêmes troupes défilaient devant les mêmes tribunes où se tenaient, rigides comme des mulets, des dirigeants au regard vide, comme statufiés. À l’Ouest au contraire, c’était un incessant tourbillon de nouveautés, de modes et de gadgets.

Tout change en 1989, lorsque le système soviétique s’effondre sous le poids de ses propres contradictions. Le système de Yalta vole en éclats. L’Allemagne retrouve son unité, le rideau de fer ne coupe plus l’Europe en deux.

Du coup, la géopolitique reprend ses droits. Bientôt, on va s’apercevoir que la rivalité Est-Ouest n’a pas disparu, et que l’affrontement du monde soviétique et du monde « libre » en dissimulait un autre, plus profond encore et surtout plus permanent. Tandis que les pays émergents entament leur ascension, que l’histoire retrouve son cours naturel, la Puissance terrestre de l’Europe continentale contredit plus que jamais la Puissance maritime de l’Amérique. Mais cette dyade Terre-Mer n’est pas seulement géographique. Du côté de la Terre, on trouve les valeurs telluriques : la frontière, le politique, la société ordonnée, le durable, l’histoire ; du côté de la Mer, les valeurs océaniques : le flux et le reflux, le commerce, la libre circulation des hommes, des biens et des capitaux, la « société ouverte », l’éphémère et l’éternel présent.

Tel est le sens actuel de l’affrontement Est-Ouest, et c’est bien dans ce cadre qu’il faut placer la relance de la guerre froide à l’initiative des Américains contre la Russie de Poutine, considérée, à tort ou à raison, comme la capitale d’un ordre multipolaire et d’un retour à des valeurs populaires traditionnelles. La « Troisième Rome » face à Carthage !

Lorsque la vague soviétique s’est retirée, on a aussi constaté que les peuples d’Europe de l’Est étaient restés eux-mêmes, et même, paradoxalement, que leur identité était en meilleure santé que celle des peuples d’Europe occidentale. Par un mouvement de balancier bien compréhensible, ils se sont d’abord tournés vers l’Occident comme vers un Eldorado. Et puis ils ont commencé à déchanter. Au lieu du paradis attendu, ils ont découvert la crise financière, les exigences de l’Union européenne, l’injonction qui leur était faite d’adopter les valeurs libérales-libertaires venues de l’Ouest et des foules de migrants venus du Sud.

Au clivage entre les pays du Nord et ceux du Midi créé par la monnaie unique, s’en est ajouté un autre, concrétisé par la création d’un pôle de résistance autour des pays du groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) – un groupe qui, s’il était rejoint par l’Autriche, serait en quelque sorte l’héritier de l’ancien empire des Habsbourg.

L’immobilité et le mouvement ont aussi changé de place. C’est aujourd’hui l’Ouest qui paraît immobile, menacé par les forces du chaos, englué dans des modèles obsolètes qui ne parviennent pas à se renouveler, tandis que c’est à l’Est que l’on voit bouillonner une efflorescence qui, avec toutes ses incertitudes, ouvre la voie d’un autre monde possible.

À Washington, les Docteurs Folamour rêvent toujours d’une troisième guerre mondiale, tandis qu’au bout du bout du monde de l’Ouest, dans la Silicon Valley, s’élabore un « transhumanisme » post-historique et posthumain.

L’avenir verra la confrontation de cette vague venue de l’extrême Occident contre les forces telluriques du continent européen. Une chose est sûre : les forces montantes ne sont plus du côté du Couchant.

Alain de Benoist

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La guerre pour l’Eurasie va-t-elle s’accentuer ? Par Alexandre Latsa

La guerre pour l’Eurasie va-t-elle s’accentuer ? Par Alexandre Latsa

George Friedman (photo), président du très célèbre « think-tank » Stratfor, spécialisé dans le renseignement et employeur de certains exécutants des révolutions de couleurs, a récemment donné une longue interview dans laquelle il a expliqué sans langue de bois les intentions stratégiques américaines en Europe et en Eurasie.

L’intéressé nous explique ce que les initiés en géopolitique savaient déjà: à savoir que l’Amérique souhaite conserver son statut de première puissance mondiale et continuer à régenter les affaires de la planète. A ces fins, les Etats-Unis sont déterminés à empêcher tout imprévu, y compris en Eurasie, zone dans laquelle ils ne sont pas en position de force.

Cette incapacité de l’Amérique à exercer un contrôle sur le cœur de l’Eurasie a au moins deux raisons : l’existence de puissances régionales déterminées et dont la puissance militaire est en augmentation (Chine, Russie…) mais aussi un déséquilibre démographique qui mettrait la puissance militaire américaine en totale infériorité en cas d’affrontement sur le terrain.

George Friedman revient sur l’exemple historique de l’alliance entre l’Allemagne (nazie) et de la Russie (Soviétique), et rappelle que seule une alliance entre ces deux puissances continentales ayant une complémentarité naturelle « risquerait » de devenir un concurrent sérieux pour les Etats-Unis.

Le développement d’un corridor de sécurité américain (et non de l’Otan, comme l’explique clairement l’intéressé) au sein des Etats de la nouvelle Europe (Roumanie, Etats baltes, Bulgarie, etc.) peut être perçu comme la traduction de la volonté de Washington de ne pas miser uniquement sur Berlin. L’explication du président de Stratfor va plus loin: Washington s’interroge sur la loyauté et sur les intentions de l’Allemagne, et Washington doit s’assurer qu’une alliance Berlin-Moscou ne puisse pas voir le jour.

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Alexandre Douguine et la « dissolution de l'Autriche » : anatomie d'une intox médiatique

Alexandre Douguine et la « dissolution de l’Autriche » : anatomie d’une intox médiatique

10/02/2015 – VIENNE (NOVOpress) – Des propos tenus par le géopolitologue russe Alexandre Douguine sont en train de défrayer la chronique en Autriche et en Allemagne. Motif : ce dernier aurait déclaré, dans un entretien en hongrois accordé au portail Alfahir.hu le 27 janvier 2015, vouloir la disparition de l’Autriche dans un grand ensemble « impérial » eurasien. L’ombre d’un Anschluß russe n’est pas loin, et l’image d’Épinal d’un Raspoutine des temps modernes non plus…


En réalité, le journal allemand Die Welt (l’équivalent du Monde, tant pour son titre, son orientation idéologique de centre gauche / euro-atlantiste, que son honnêteté intellectuelle), et par la suite plusieurs médias allemands et autrichiens, ont rendu compte de cette interview d’Alexandre Douguine sous une forme très abrégée et tendancieuse. Sous le titre « Douguine, l’idéologue de Poutine, veut dissoudre l’Autriche », le correspondant hongrois de Die Welt, Boris Kálnoky, écrit :

« Le vecteur de puissance de la Russie en Europe est moins ses chars ou le gaz, mais les partis de gauche comme Syriza en Grèce et d’extrême droite comme le Jobbik en Hongrie. (…)
Le portail Alfahir.hu, qui est proche du Jobbik, a récemment publié une interview avec Alexandre Douguine, connu comme un « idéologue » disposant d’une certaine influence sur le président russe Vladimir Poutine et souvent décrit comme extrémiste de droite ou même comme « fasciste ». Il développe une anxiété apocalyptique envers le « nihilisme occidental » auquel il assimile la « mondialisation », et appelle à une « Union eurasienne » pour en contrer les excès. Sous le titre « Un empire surgit contre l’Occident », Dougine précise dans l’interview ce qu’il envisage pour des petits pays de l’Europe centrale et orientale, dont l’Autriche : ils n’ont aucun avenir.
Si cela ne tenait qu’à lui, il irait dissoudre ces pays. Non seulement l’Autriche, mais aussi la Hongrie. Et la Roumanie, la Serbie et la Slovaquie. Ils devraient s’unir. Dans sa logique tordue, la réponse à la mondialisation qui menace les États-nations est l’abolition de ces États-nations et leur soumission, pour une bonne partie, sous domination russe. Dougine rêve d’un monde tripolaire : la Russie, l’Amérique et l’Allemagne. Et il annonce l’émergence de nouveaux empires, parmi eux une « Union eurasienne » centrée sur la Russie, et un autre, « l’Europe » sous direction allemande. »

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La Hongrie : trait d'union eurasien en Europe ? Vendredi soir 22 novembre sur Méridien Zéro

La Hongrie : trait d’union eurasien en Europe ? Vendredi soir 22 novembre sur Méridien Zéro

21/11/2013 – 15h00
PARIS (NOVOpress) – Ce vendredi 22 novembre, dans son émission qui sera diffusée de 21 heures à 23 heures, les camarades de la webradio Méridien Zéro, VENT D’EST récidivent en nous proposant une émission passionnante centrée sur la Hongrie, pays méconnu et souvent caricaturé de ce côté-ci de l’Europe.

A la barre : Karl et Adalric.
Invités : Philippe Derricks, Guillaume, Erika (étudiante hongroise).
L’émission intègre une entrevue de 30mn réalisée à Budapest avec le député du Jobbik : Márton Gyöngyösi. L’interview a été réalisée pour Méridien Zéro par François-Marie Pommier.

Pour écouter Méridien Zéro, c’est ici.

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« Russie : alliance vitale » de Jean Bernard Pinatel

Nous reproduisons la chronique du dernier livre de Jean Bernard Pinatel « Russie : une alliance vitale » issue de l’alliance France Europe Russie

« Ancien général, aujourd’hui chef d’entreprise et passionné des questions géopolitiques, Jean-Bernard PINATEL a sorti récemment un ouvrage au titre qui n’a pu qu’attirer notre attention : « Russie, Alliance vitale ».

Malgré le titre, le fil conducteur de l’ouvrage n’est pas la Russie, la France ou l’Union européenne. Cette « alliance vitale » constitue en réalité la conclusion, l’aboutissement du raisonnement de l’auteur.

C’est là l’extrême originalité de son ouvrage. Analysant les menaces externes qui entourent l’Eurasie (le messianisme américain et la croissance exponentielle de l’influence chinoise principalement), l’auteur conclut que la survie de l’Europe et de la Russie dépendra de cette alliance qu’il qualifie de « vitale ».

Il avait déjà affirmé dès 1976, en pleine guerre froide, que les guerres futures prendraient plus la forme d’une « guerre civile » Nord-Sud que celles d’un affrontement entre deux puissances menaçant d’interventions nucléaires. Affinant aujourd’hui son regard sur la géopolitique actuelle, il prévoit une domination du système international par deux grands acteurs dans les prochaines années, les États- Unis et la Chine, qui interagiront dans une relation qu’il appelle : « adversaires- partenaires » :
– adversaires quand il s’agit d’enjeux ou d’intérêts vitaux à protéger et,
– partenaires pour conquérir de nouveaux espaces et marchés et, surtout, pour empêcher de nouveaux acteurs d’acquérir une autonomie qui pourrait remettre en cause leur sphère d’influence et le partage du monde qu’ils préconisent, implicitement ou explicitement.

Afin d’éviter que nous (Français, Européens et Russes) ne soyons marginalisés sur la scène mondiale face à l’impérialisme chinois et l’appétit du complexe « militaro-industriel » américain, l’auteur a voulu nous éclairer sur les intérêts permanents de l’Europe et de la Russie dans la gestion des menaces et des crises qui se développent à leurs frontières.

Il soutient que l’insécurité qui règne à nos frontières sert directement les intérêts du complexe militaro-industriel américain au point de faire penser que les crises qui s’y enracinent ne sont pas le résultat d’erreurs stratégiques des dirigeants américains, mais proviennent d’options mûrement pesées par des conseillers qui en sont issus. Tout se passe, selon l’auteur, comme si la politique américaine visait à maintenir une insécurité permanente dans la région du Moyen-Orient et de la Caspienne.

Elle viserait à freiner le développement économique de nos proches voisins tout en s’appropriant leurs ressources. L’effet de cette politique est de pénaliser, en privant leurs produits de débouché, la croissance de l’Europe et de la Russie. A terme, cela aurait pour conséquence d’empêcher la création d’une alliance stratégique de Dunkerque à l’Oural, troisième acteur potentiel du système international capable de s’opposer à leurs ambitions. »

Auteur: Louis Poinsinet de Sivry