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Les « petits pois » du Figaro entre « gauchisme larvé » et « sarkozysme disciplinaire »

Les « petits pois » du Figaro entre « gauchisme larvé » et « sarkozysme disciplinaire » [Tribune libre]

[box] Article publié avec l’aimable autorisation de Polémia.[/box]

Le Figaro obéit à une double logique : le « gauchisme » de salle de rédaction de la majorité de ses rédacteurs et le sarkozysme militant de sa direction. Le traitement de l’affaire de Karachi – une alouette d’information, un cheval de contre-attaque – a donné lieu à une passe d’armes entre la direction (Etienne Mougeotte, ex-TF1) et la Société des journalistes dont l’excellent Stéphane Durand-Souffland, Bobard d’Or 2010 [1]. Nos lecteurs trouveront le compte rendu de l’échange direction/syndicat du 26 septembre 2011.

Polémia

Traitement des « affaires » et implication personnelle d’Etienne Mougeotte auprès du président de la République La SDJ fait part des nombreuses réactions recueillies dans la rédaction, selon lesquelles Le Figaro traite de manière insuffisante et caricaturale les affaires mettant la droite en difficulté comme, pour n’évoquer que la plus récente, Karachi, dans laquelle apparaissent les noms de Nicolas Bazire, Thierry Gaubert et Brice Hortefeux, proches de Nicolas Sarkozy. Nous estimons que le déséquilibre entre le premier papier, non signé (garde à vue de Nicolas Bazire et mise en examen de Thierry Gaubert), et la pleine page de contre-attaque de l’Elysée nuit à la crédibilité du journal. D’autant que l’un des directeurs-adjoints avait donné au comité la consigne de traiter l’info par un « zoom ». Voici la réponse d’Etienne Mougeotte : « Nous faisons un journal d’opinion, politiquement engagé, qui couvre l’actualité de manière honnête. On n’est pas là pour emm… la droite, c’est comme ça. Cela dit, nous n’avons eu aucun retard sur l’information concernant Bazire, il y avait même sa photo, ce qui n’a pas dû lui faire plaisir. Je ne sais pas pourquoi ce papier n’était pas signé, il n’y avait aucune raison à cela. Si un de mes adjoints avait estimé qu’il fallait faire un « zoom », c’est une bêtise mais ce qui compte c’est ce qui a été publié. Pour être bien au Figaro, il faut épouser les idées du Figaro. Pour autant, jamais le journal ne défendra ce qui est contraire à la loi, et nous suivrons cette actualité comme les autres. Je note que nous restons excellents sur l’affaire Servier. »

DSK, Valls, Hollande et Banon

La SDJ interroge également la direction au sujet d’une manchette de cet été, faisant de la date de l’audition comme simple témoin de François Hollande dans le cadre de l’affaire DSK/Tristane Banon l’information la plus importante du jour. Cette manchette était illustrée par deux photos juxtaposées de François Hollande, candidat à la primaire socialiste, et de Tristane Banon, créant un choc visuel inapproprié. Etienne Mougeotte reconnaît « une erreur » qui doit « servir de leçon » pour l’avenir. « Ce n’est pas la manière de faire du Figaro, admet-il. Cette info ne valait pas 5 colonnes. On fait ce genre d’erreur quand l’actu est pauvre » et qu’on doit absolument monter un sujet en manchette.
Les « petits pois » du Figaro entre « gauchisme larvé » et « sarkozysme disciplinaire »Bien qu’il ne s’agisse pas en l’espèce d’un montage ou d’une retouche, la SDJ rappelle le précédent dit de « la bague de Rachida Dati » : Etienne Mougeotte l’avait également déploré, et il avait déjà promis à l’époque que cela servirait de leçon pour l’utilisation des photos.

Nous attirons l’attention de la direction sur le cas de Manuel Valls, opposant local du propriétaire du Figaro dont il est difficile de parler dans les colonnes du journal – sa photo a été récemment retirée d’un article. Etienne Mougeotte répond, laissant implicitement entendre que Manuel Valls n’est pas « tricard » au Figaro : « On le traite astucieusement… ce qui est paradoxal pour le responsable le plus à droite du PS. Nous n’avons pas de contentieux avec lui, il a été invité du Talk. »

Enfin, nous revenons sur les informations publiées dans plusieurs titres, notamment Le Monde, faisant état d’une implication personnelle d’Etienne Mougeotte dans la campagne de réélection de Nicolas Sarkozy, en particulier au sein d’un groupe de conseillers animé par Jean-René Fourtou. Voici sa réponse, extrêmement ferme : « J’ai pris un café à trois ou quatre reprises chez Fourtou. Je fais ce que je veux, avec qui je veux. Je vois beaucoup de monde – pas souvent Nicolas Sarkozy –, beaucoup de gens me demandent leur avis et vous seriez étonné de savoir de qui il s’agit. En tout état de cause, je reste un journaliste. Je n’ai jamais été encarté dans aucun parti politique et ne le serai jamais. Je ne suis pas un conseiller officiel ou officieux de Nicolas Sarkozy. Mes loisirs, je les passe au golf, pas à l’Elysée. »

La SDJ prend acte des propos d’Etienne Mougeotte, qui a toujours reçu ses représentants à leur demande et n’a jamais refusé de répondre à aucune question. Mais elle regrette que tout débat au sujet des choix éditoriaux soit systématiquement mis au compte, généralement sur le ton de l’apparente plaisanterie, d’une sorte de gauchisme larvé. La SDJ entend continuer à jouer son rôle, qui consiste à faire remonter à la direction le sentiment de la rédaction, qu’il soit positif ou critique. Cela participe de la vie d’une rédaction comme la nôtre, qui n’est pas composée de petits pois. Le débat interne appartient à l’ADN du Figaro.

Société des Journalistes du Figaro

Réunion du 26 septembre 2011

Pour la direction : Etienne Mougeotte et Jean-Michel Salvator

Pour la SDJ : Nicolas Barotte, Martin Couturié et Stéphane Durand-Souffland

[1] Communiqué de Polémia – 20/04/2010 – 23 h Première cérémonie des Bobards d’or

[box class= »info »] Source : Correspondance Polémia – 30/09/2011 [/box]

Image : de Tropical Boy, licence CC.