Tag Archives: Edward Munch

Découpages de papier blanc sur des cartes postales de châteaux [tribune libre]

Découpages de papier blanc sur des cartes postales de châteaux [tribune libre]

[box class= »warning »]Texte repris avec l’aimable autorisation du blog A moy que chault[/box]

Cyprien Gaillard : Underground Resistance. Sérigraphies sur verre et marbre fossile noir — 241 × 246,5 cm chaque panneau Courtesy Galerie Bugada & Cargnel, Paris

Cyprien Gaillard : Underground Resistance. Sérigraphies sur verre et marbre fossile noir — 241 × 246,5 cm chaque panneau Courtesy Galerie Bugada & Cargnel, Paris

Vous me direz, pour aller voir un samedi après-midi à Beaubourg l’exposition du dernier « Prix Marcel Duchamp » il faut être un type assez malsain, limite pervers, un détraqué quelque part entre le masochiste et le scatophile. Ce n’est pas faux. Mais il faut être indulgent car ce sont des choses qui peuvent arriver lorsque, découragé par la file d’attente à l’exposition Munch, vous voulez, malgré tout, tenter de rentabiliser le ticket à 12 euros que vous avez imprudemment acquis.

Je découvre donc, non sans à priori, il faut le reconnaître, mais quand même plutôt avec bienveillance, puisque cet artiste peut me permettre d’en avoir pour mes 12 euros de sortie culturelle hebdomadaire, Cyprien Gaillard, « figure majeure de la scène artistique internationale émergente » qui, « entre iconoclasme et esthétique minimale, romantisme et Land Art », « interroge la trace de l’homme dans la nature et face au passage du temps ». J’évite de ricaner à cette lecture pour ne pas passer pour un indécrottable beauf adepte des sketchs des Inconnus et m’avance d’un pas décidé vers le temple de l’art « émergent ».

Après avoir fait valider mon billet par une guichetière que je salue mais qui ne prend pas même la peine d’interrompre sa conversation avec sa collègue pour un si vil détail, j’entre dans la pièce et découvre un alignement d’étagères métalliques sur lesquelles reposent, épars, une demi douzaine d’enjoliveurs.

« Esthétique minimale.. c’est le moins que l’on puisse dire… » ne puis-je m’empêcher de souffler à ma voisine qui me regarde avec horreur et dédain, comme si je venais de lui annoncer que j’allais voter Marine Le Pen en 2012. J’ai l’impression que ce n’est pas encore aujourd’hui que je vais choper…

Mais la réserve de garagiste en rupture de stocks n’est pas la seule œuvre exposée, on aperçoit également des vitrines lumineuses sous lesquelles on peut admirer des séries de minis photos disposées en losange. Je suppose que la grande originalité, le coup de génie, c’est cette mise en forme losange , parce que pour le reste, ça ressemble à une série de photos de vacances prises par l’oncle Dédé ayant découvert en arrivant à Louxor l’option « sépia » de son appareil numérique.

Certains des visiteurs, fort peu nombreux il faut le reconnaître, s’attardent plusieurs longues minutes devant chaque losange, les yeux plissés et la mine compassée. Il doivent penser à leur liste de courses ou à leur avis d’imposition, ce n’est pas possible autrement… En parcourant la brochure explicative (sans laquelle l’imbécile moyen croirait à une grotesque escroquerie et passerait à côté du concept puissant et révolutionnaire…) j’apprends que le Cyprien « vit et travaille à Berlin ». Qu’il y vive, je ne le contesterais bien sûr pas, mais qu’il y « travaille », on me permettra d’émettre quelques doutes…

À la sortie de cet improbable, mais hors de prix, néant, je croise une collègue.

« Ha, c’est étonnant de te trouver là! » s’exclame-t-elle.

« Ha ben y’avait aucune foire aux vins ni concert de Nolwenn Leroy aujourd’hui… », je réponds un peu vexé.

« C’est pas ça, mais je t’aurais plutôt imaginé à l’expo Pompéï… »
rétorque-t-elle en souriant.

Moi, évidemment, je pense dans mon for intérieur que les vieilles ruines et les vestiges ca serait plutôt son rayon à elle, cette vielle lesbienne ménopausée, mais bien sûr je ne dis rien, je souris aussi bêtement qu’elle en répondant que « je l’ai déjà faite » ce qui semble beaucoup l’impressionner. Plus que quatre mois à tenir, pas le moment de gâcher 8 ans d’hypocrisie sociale…

« La prochaine fois, jette un œil sur le forum interne, on organise régulièrement des visites de groupe. C’est plus sympa. »

« Plus sympa que ? » je demande, en entrevoyant, dans un irrépressible frisson, l’horrifique perspective.

« Ben, plus sympa que tout seul… »

« Je ne suis pas tout seul mais mes amis sont plus patients que moi et sont à Munch » je conclus sans trop savoir pourquoi je me fais chier à lui raconter ma vie.

Exposition Edvard Munch L’œil moderne, du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012

« Ha ok, ok… » elle répond, avec une petite moue incrédule. Elle ne me croit pas cette conne, je dois vraiment avoir une gueule de solitaire désespéré, c’est pas possible. Pour la peine, j’ai envie de lui foutre mon poing sur la gueule mais me borne à tourner les talons. Direction la cafétéria.

Pour en revenir à l’essentiel : Exposition Edvard Munch L’œil moderne, du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012

[box class= »info »]Centre Pompidou, galerie 2
Entrée : 12 €, TR 9 € / 10 €, TR 8 €, selon période
Nocturnes tous les jeudis jusqu’à 23h00. Fermeture des caisses à 22h00.[/box]
Photo en une : © Les Inconnus, le sketch de l’artiste peintre