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Wall Street a-t-elle trouvé la pierre philosophale financière ?

[Novopress éco] Wall Street a-t-elle trouvé la pierre philosophale financière ?

10/04/2012 – 14h00
PARIS (NOVOpress) —
D’après un récent sondage IFOP, deux tiers des Français estiment que l’or est une valeur sûre. Le placement de « bon père de famille » par excellence, avec l’immobilier. Dans ce cas pourquoi le spéculateur Georges Soros (dont on peut penser ce que l’on veut mais qui a du flair pour les bonnes opportunités) a-t-il récemment déclaré : « L’or est la bulle ultime » ? Associer une valeur sûre, l’or, à une bulle spéculative pourrait sembler contradictoire au premier abord.

Les financiers ressemblent à des nuées de sauterelles qui dévastent méthodiquement des cultures. Quand ils ont fini quelque part, après avoir provoqué une crise au passage, ils se déplacent vers des territoires encore inexploités. D’abord les matières premières agricoles (2007), les subprimes et les CDS (2008), les dettes souveraines (2011). Depuis 2011, la spéculation bat son plein sur les métaux précieux.

La banque JP Morgan (déjà à l’origine des très toxiques subprimes et CDS) s’est lancée en premier dans la bataille. Jouer sur le cours des métaux ne sert à rien, si on n’en possède pas. En février 2011, le marché interbancaire est sinistré, les banques ne se prêtent plus entre elles. JP Morgan décide donc d’accepter l’or dans les transactions swaps. Wall Street lui emboite le pas. Dans ce type de transaction, les clients vont être autorisés à donner de l’or en nantissements de prêts à court terme (alors que seules les obligations souveraines était précédemment acceptées).

Jusque là on peut se dire que Wall Street joue au « bon père de famille » en garantissant sur de l’or les produits financiers, une manière comme une autre d’assurer ses arrières.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : de l’or s’est mis à affluer massivement dans la bulle financière.

De quel or s’agit-il ?

Même des spéculateurs comme Georges Soros commencent à se poser des questions. Ils ont en effet constaté qu’il était extrêmement difficile, voire impossible de se faire livrer l’or physique. Quand ils y parviennent enfin on leur livre des faux lingots bourrés au tungstène ou de l’or pur à seulement 75 % alors que le contrat stipulait 99 %.

Il faut en effet savoir que la majorité de l’or censé être en circulation ne s’échange pas sous forme physique. Par exemple pour un particulier, à moins d’avoir lui-même mis un lingot dans le coffre, l’or que la banque lui a vendu est une simple ligne de compte, il n’est pas réellement dans la banque. Les investisseurs et les États utilisent quant à eux des ETC (Exchange Trade Commodities), des certificats qui sont en principe garantis sur des réserves physiques, que les banques commerciales sont censées posséder.

Wall Street a-t-elle trouvé la pierre philosophale financière ?

A Wall Street, ceci est de l'or. Crédit photo : FeatheredTar via Flickr (cc)

Les ETC ne sont pas de l’or mais de l’or-papier. Un premier scandale avait failli éclater dès 2008 sur le marché des contrats à court terme, le Comex. Des spéculateurs suspicieux avaient voulu réclamer qu’on leur livre leur or tous en même temps. On les a grassement rétribués pour mettre un terme à la fronde qui commençait à gronder. Un contrat à court-terme fixe une chose (dans ce cas, l’or), une quantité, un prix et une échéance. À l’échéance vous pouvez soit vous faire livrer votre or soit prendre le contrat suivant, ce que choisissent de faire les spéculateurs en général. Comme l’or physique est rarement réclamé, il y a beaucoup plus d’or-papier en circulation que d’or réel. Le prix de l’or est donc fixé sur du papier, la valeur étant totalement déconnectée des réserves réelles.

Dans les 1980-2000 les banques centrales ont pris l’habitude de louer leurs stocks d’or à des banques commerciales (il n’y a pas de petits profits). Certains commencent donc à se demander si cet or sur lequel sont censés être garantis les ETC ne proviendrait pas de ce stock d’or loué. Les banques centrales, elles aussi, sont d’une très grande opacité sur leurs réserves réelles, ce qui alimente la suspicion. Aux États-Unis par exemple, cela fait des années que Ron Paul réclame l’audit du stock d’or de la Fed, qui refuse catégoriquement de faire la transparence sur ses réserves.

Une chose est sure en revanche, d’après certains audit récents, il manquerait des dizaines de milliards d’or physique dans le système pour pouvoir garantir l’or-papier en circulation sur les marchés financiers. Et cela ne va pas s’arranger, vu que tout le monde se rue sur les ETC.

Les financiers viennent donc d’inventer la pierre philosophale du XXIème siècle : ils transforment sans scrupules dans le chaudron de Wall Street le papier en or.

Spoutnik, pour Novopress

Photo en une : crédit covilha (cc) via Flickr