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[Chez nos confrères] Entretien avec Xavier Raufer : « Comment faire pour lutter contre le "gangsterrorisme" ? »

[Chez nos confrères] Entretien avec Xavier Raufer : « Comment faire pour lutter contre le « gangsterrorisme » ? »

11/01/2015 – PARIS (via Boulevard Voltaire)
Xavier Raufer est docteur en géopolitique et criminologue. Il enseigne dans les universités Panthéon-Assas (Paris II), George Mason (Washington DC) et Université de Sciences politiques et de droit (Pékin).

Propos recueillis par Nicolas Gauthier


Après la tuerie perpétrée dans les locaux de Charlie Hebdo, les officiels, notamment le Premier ministre, avouent des « failles » dans le dispositif antiterroriste. Qu’en pensez-vous ?
C’est un réel plantage du Renseignement intérieur, la DGSI. C’est même le quatrième à la file : Merah, Nemmouche, le « Bilal » de Joué-lès-Tours et maintenant le double drame journal Charlie Hebdo – magasin Hyper-Casher. Issu d’une fusion ratée entre les ex-Renseignements généraux et la DST, ce service semble ignorer que les terroristes djihadistes « pur sucre » à la Ben Laden n’existent plus et que, désormais, le péril vrai vient d’hybrides, voyous « réislamisés, toxicomanes… alcooliques parfois… psychotiques », même agissant seuls ou en petits noyaux familiaux, fratries, etc. Même si, soyons juste, le refus de l’instance de contrôle de prolonger des écoutes sur Kouachi, au nom des « libertés », n’a rien fait pour arranger les choses…

Enfin, que ces hybrides dangereux n’évoluent pas en Irak/Syrie, mais en France même, sous leur nez – regardez où adviennent les attaques, et d’où partaient ces « gangsterroristes » : Toulouse… Joué-lès-Tours… Charleville-Mézières.

C’est un réel plantage du Renseignement intérieur, la DGSI. C’est même le quatrième à la file : Merah, Nemmouche, le « Bilal » de Joué-lès-Tours et maintenant le double drame journal Charlie Hebdo – magasin Hyper-Casher. Issu d’une fusion ratée entre les ex-Renseignements généraux et la DST, ce service semble ignorer que les terroristes djihadistes « pur sucre » à la Ben Laden n’existent plus et que, désormais, le péril vrai vient d’hybrides

Il y a donc eu une vraie erreur de diagnostic sur la nature et la localisation du péril crucial – ce que j’ai écrit dix fois depuis un an. Or, maintenant, on a la preuve de cela. Lors même de la prise d’otages de l’Hyper-Casher de Vincennes, le terroriste Coulibaly a déclaré à un média « n’être pas parti en Syrie pour ne pas attirer l’attention ». Or, des mois durant, ensemble, des médias, des ministres et autres officiels du ministère de l’Intérieur ont seriné que le vrai et seul danger émanait des djihadistes rentant d’Irak ou de Syrie : ils se sont fait berner par les Kouachi, Coulibaly & Co.

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La DCRI, police privée de la présidence de la République - par Spoutnik

La DCRI, police privée de la présidence de la République – par Spoutnik

Siège de la DCRI à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Crédit photo : Mouloud47
via Wikipédia (cc).

05/04/2013 – 14h30
PARIS (via Chez Spoutnik) – Je m’interrogeais déjà l’année dernière, suite à l’affaire Merah, sur les objectifs réels de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur). Il semblait, au vu d’un certain nombre de faits (le traitement de l’affaire de Tarnac notamment) que cette structure, créée par Nicolas Sarkozy en fusionnant les Renseignements généraux et la DST, n’assurait pas sa mission prioritaire de lutte contre le terrorisme. En revanche, il devenait évident que ses objectifs « officieux » étaient de monter des coups politiques au bénéfice seul de l’Elysée. Ce qui fait grincer des dents nombre d’officiers intègres de la DCRI, car fort heureusement il reste encore dans notre pays des fonctionnaires consciencieux. Chose assez inédite, et assez peu médiatisée à l’époque, des officiers de la DCRI s’étaient mis en grève pour protester contre cet état de fait.

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Bouches-du-Rhône/terrorisme : arrestation de deux « jeunes » voulant « passer à l'action »

Bouches-du-Rhône/terrorisme : arrestation de deux « jeunes » voulant « passer à l’action »

08/03/2013 – 14h00
MARSEILLE (NOVOpress) – Deux « jeunes » agés de 18 et 20 ans, qualifiés de « potentiellement dangereux » ont été interpellés dans la matinée du jeudi 7 mars à Marignane (Bouches-du-Rhône) par la police antiterroriste, « prêts à passer à l’action » et à se « procurer et fabriquer des explosifs ». Les suspects ont été arrêtés à l’aube par les policiers de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et placés en garde à vue.

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Merah et la DCRI : l’« erreur » d’« Hassan » coûte cher

Merah et la DCRI : l’« erreur » d’« Hassan » coûte cher

10/07/2012 — 10h00
TOULOUSE (NOVOpress) —
Les extraits audio des discussions entre Mohamed Merah et les policiers du RAID, révélés dimanche par TF1, relancent la polémique au sujet des failles de la DCRI, Direction centrale du renseignement intérieur, dans la gestion du cas Merah.

DCRI MerahAu téléphone, le terroriste islamique se moque du négociateur, un certain « Hassan », l’agent de la DCRI qui l’a rencontré de retour de son voyage au Pakistan. Il lui dit : « Tu crois que je vais faire du tourisme au Pakistan et en Afghanistan ? Qui t’as vu faire du tourisme là-bas ? (…)’Al Harb Khoudaa’, tu sais ce que ça veut dire ? Ca veut dire, la guerre est une ruse. Quand tu m’as convoqué, quand j’étais dans vos bureaux, j’étais en contact avec eux, je les avais trouvés (…) Je crois que c’est une des plus grandes erreurs de ta carrière ».

Le 10 septembre 2010, le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, expliquait au Journal du Dimanche qu’il plaçait en tête des menaces du terrorisme islamique « le Français converti qui se radicalise et monte son opération seul » et les djihadistes français « qui partent en Afghanistan ». Comment expliquer que Merah repéré, la DCRI n’ait pas détecté de risques après son entretien avec lui, le 14 novembre 2011 ? L’« erreur » de l’interlocuteur de Merah à la DCRI, le fameux « Hassan », s’avère lourde de conséquences : dans son périple infernal, Mohamed Merah a assassiné trois parachutistes à Toulouse et Montauban puis trois enfants et un père de famille juifs début 2012.

Mohamed Merah, homme seul ou réseau ?

Mohamed Merah, homme seul ou réseau ?

19/04/2012 – 08h00
PARIS (NOVOpress) — Où est passée l’affaire Merah ? Si l’on sait bien que le temps médiatique et le temps politique ne coïncident pas toujours, il est effarant de voir qu’une des plus graves affaires de terrorisme sur le sol français de ces dernières années a totalement disparu de la campagne présidentielle. Et ce juste au moment où des questions intéressantes commençaient à être soulevées sur les relations de Mohamed Merah et de la DCRI. Incompétence ? Instrumentalisation ? Dans les deux cas, si la réponse est oui, l’on se demande comment une question aussi grave peut disparaître sans remous des radars médiatiques…

Les premiers à lancer la charge vont être les parents de Mohamed Merah qui affirment que leur fils a agit sur ordre des services français et a été exécuté dans la foulée, pour ne pas « parler ». Aucun indice ne vient étayer cette thèse pour le moment. On sort un témoin « anonyme » du chapeau qui affirme que Mohamed Merah aurait été abattu dès le début du siège. On ne sait pas qui est ce témoin, et personne d’autre n’a rien vu. Mais comme il faut, dans ce camp là, accréditer à tout prix la thèse de « l’assassinat » de Merah par les forces de l’ordre, on brode sur le nombre de cartouches tirées lors de l’assaut (environ 300). L’on feint de s’étonner d’autant de balles pour tuer un homme. Sauf que, pour commencer, l’homme en question a défendu chèrement sa peau ; ensuite, que les forces de l’ordre avaient pour consigne prioritaire de ne pas le tuer justement, ce qui rallonge de fait la durée de l’assaut. Tout ceci est un peu contradictoire : si il a été abattu délibérément c’est soit au moment de l’assaut, soit avant, mais pas les deux… En l’état, tout ceci ne prouve rien.

Les relations de Mohamed Merah avec la DCRI

Le vrai point douteux de cette affaire est dans la deuxième hypothèse : les relations de Mohamed Merah avec la DCRI. Ce qui a éveillé les soupçons, c’est, pendant le siège, le souhait de Merah de s’épancher auprès d’un officier de la DCRI qu’il connaissait. Ce qui, en soi, contrairement aux élucubrations que l’on a pu lire dans la presse ici ou là, n’est pas nécessairement suspect. Les officiers ont leurs sources comme les flics ont leurs indics. Le travail de police et de renseignement passe par l’humain pour être efficace, ce n’est pas juste de la gestion de bases de données magiques comme dans les séries américaines. Après, le renseignement humain a des failles si l’on ne fait pas le travail nécessaire de vérification. Ce qui semble s’être produit ici, on va le voir.

Mohamed Merah rencontre l’officier Hassan (pseudo) de la DCRI après son séjour en Afghanistan. Presque un an après. Il est à l’époque signalé par les services extérieurs qui le trouvent suspect. La DCRI affirme avoir mené une enquête sur lui après son voyage (Egypte, Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, Tadjikistan, Afghanistan) et n’a rien trouvé de probant. Elle veut néanmoins lui poser quelques questions. Au moment de sa convocation, il est alors au Pakistan. Une fois rentré, il va répondre aux questions. C’est là qu’il affirme avoir fait du tourisme en Afghanistan (!!). Ce qui visiblement ne met pas la puce à l’oreille de l’officier Hassan. Personne ne lui demande ce qu’il faisait au Pakistan non plus… À ce stade il est un peu hâtif d’affirmer comme certains, que cela prouve que Mohamed Merah était un agent de la DCRI. Il est en revanche légitime de s’interroger sur les compétences de la DCRI, dont on le rappelle, la lutte contre le terrorisme islamiste est la mission prioritaire.

Dès le lendemain de l’assaut du Raid, Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, s’invite pour une interview dans Le Monde pour déminer les soupçons. Il ne nie pas que Mohamed Merah était plus ou moins repéré par ses services. Sa ligne de défense va être la suivante : Mohamed Merah était un « loup solitaire », il n’était pas membre d’un réseau. Or, les services de lutte anti-terroriste français ne sont pas organisés pour répondre à ce type de menace. Un homme seul est difficilement détectable en l’état, si l’on n’a pas d’élément à charge contre lui. Les services sont formés pour repérer et démanteler des réseaux. Voilà. Fermez le ban. A partir de là toute la presse va reprendre à qui mieux mieux, l’hypothèse de « l’homme seul » qui dédouane les services…

Le hic, c’est que le jour même un groupe djihadiste « les soldats du califat » revendique au nom d’Al-Qaida les attaques de Toulouse. Bien évidemment tout ceci va être balayé d’un revers de main par la DCRI et les experts médiatiques en terrorisme. On va nous dire que Al-Qaida revendique toujours les actions qui vont dans son sens, même quand cela ne la concerne en rien. Mohamed Merah serait donc un homme seul…

Un homme seul ?

Une semaine plus tard, sur les mêmes forums djihadistes, un deuxième communiqué apparaît (« Yusef al-Faransi (Muhammad Merah) As I Knew Him » – al-qimmah.net/showthread.php?p=53163). Il va être beaucoup moins médiatisé. La DGSE, elle, estime le message crédible. Que dit-il en substance ? L’auteur est un membre des « soldats du califat » qui aurait rencontré Mohamed Merah dans un camp d’entraînement. Il ne précise pas si c’est en Afghanistan ou au Pakistan. En revanche, il explique qu’au départ il avait été demandé à Mohamed Merah de commettre un attentat-suicide en France, et celui-ci semble avoir changé de plan d’action une fois rentré. Pour la non-appartenance au réseau, on repassera.

Djihadistes à l'entraînement en Afghanistan, vidéo de 2011

Djihadistes à l'entraînement en Afghanistan, vidéo de 2011 (capture d'écran)

D’autres indices vont montrer sinon l’appartenance, du moins le proximité réelle de Mohamed Merah avec des réseaux djihadistes. Revenons un petit peu en arrière. Début 2007, un jeune homme est arrêté en Syrie, il voulait aller jouer les kamikazes en Irak. Il est cueilli à sa descente d’avion par la DGSE, qui va dès le lendemain démanteler un gros réseau ariégeois et toulousain d’exportation de djihadistes vers l’Irak. Le groupe était alors sous la surveillance de tous les services, DGSE, RG, SDAT. Le jeune homme en question se nomme Sabri Essid. Il n’est autre que le… beau-frère de Mohamed Merah (le fils du deuxième mari de sa mère).

Son propre frère, Abdelkader, est lui aussi soupçonné de participer au réseau. Il serait le maître d’œuvre de la partie entraînement de la filière en Égypte, où il a de nombreux contacts. Égypte, Syrie… Cela ressemble beaucoup au parcours du premier voyage de Mohamed Merah qui se terminera en Afghanistan. Mieux : en 2008, qui va voir régulièrement en prison, Sabri Essid ? Mohamed Merah lui-même. Mais personne ne se pose de question à l’époque sur l’extension de la petite entreprise terroriste au reste de la famille.

Il faut dire que c’est à la même époque que la fusion DST/RG se produit pour créer la DCRI. De fait la DGSE, pourtant rudement efficace pour le démantèlement du premier réseau va se retrouver hors-jeu. Squarcini récupère alors l’entière responsabilité pour la DCRI de la surveillance des réseaux terroristes sur le sol français. Avec la belle efficacité que l’on voit. Il faut dire qu’à ce moment là, la DCRI est plus préoccupée par le groupe de Tarnac que par la poursuite des investigations à Toulouse…

Au vu de l’incompétence des services sur le dossier, on peut légitimement douter du bien-fondé de la fusion DST-RG et du mode de fonctionnement opérationnel de la DCRI. Ce qui explique les prises de position immédiate de Squarcini visant à nous faire avaler la thèse de l’homme seul. Circulez. Il n’y a rien à voir. On vous protège…

Spoutnik, pour Novopress

La DCRI, une police privée ?

La DCRI, une police privée ?

29/03/2012 – 12h00
PARIS (NOVOpress) — Il s’est produit le 16 mars dernier un événement assez inédit dans l’histoire du renseignement français : une centaine d’officiers de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) se sont rassemblés dans le hall du bâtiment hébergeant le service à Levallois. Ils voulaient exprimer leur malaise.

Depuis sa création en juillet 2008 (issue de la fusion RG/DST) la DCRI, comme d’autres corps de l’État, a perdu 12% de ses effectifs au titre de la RGPP (Révision générale des politiques publiques). Là comme ailleurs, un certain nombre de nominations « de copinage » sont effectuées. La dernière en date, celle d’une jeune femme à peine sortie de l’école comme numéro 3 d’un service, a mis le feu aux poudres. Mais le malaise est plus profond. Les agents s’interrogent sur le sens de leurs missions. Et au vu des controverses qui ont suivi l’affaire de Toulouse on ne peut que leur donner raison.

Leurs missions : surveillance des groupuscules subversifs et potentiellement dangereux, lutte contre le cybercrime, surveillance des entreprises technologiquement sensibles, contre-espionnage, et surtout la prévention et la lutte contre le terrorisme. A ce titre, la surveillance des mouvances islamistes et salafistes était érigée en priorité absolue.

La polémique des ces derniers jours concernant le laxisme de la DCRI vis-à-vis de Mohamed Merah, qui, bien qu’identifié comme « à risque » n’a pas été suivi ou surveillé plus que ça, est justifiée. Mohamed Merah, en plus d’être un petit délinquant multirécidiviste, a attiré l’attention des services après deux séjours en Afghanistan et au Pakistan. Il s’en est expliqué : « Je faisais du tourisme ». Les officiers qui l’ont interrogé n’ont pas du être dupes. Et pourtant rien ne s’est passé. Dossier clos. Pourtant son frère avait déjà été soupçonné d’avoir participé à une filière d’exportation de djihadistes vers l’Irak. M. Merah lui-même avait refait parler de lui (séquestration d’un gamin de quinze ans pour lui faire visionner des vidéos sanglantes du djihad afghan, sorties menaçantes dans la rue avec un sabre en criant « Al-Qaïda »). Cela aurait du attirer l’attention plus poussée des services et pourtant rien. B. Squarcini, le patron de la DCRI se justifie aujourd’hui en expliquant qu’on ne peut pas surveiller des gens qui n’ont encore rien fait. Ah bon ? Pourtant en matière de lutte contre le terrorisme, c’est tout à fait possible de surveiller préventivement.

Revenons en arrière. En 2008. La DCRI, à peine créée va faire son premier « coup » public. Le 7 novembre 2008 des fers à béton sont posés sur des caténaires de lignes SNCF, occasionnant des pannes de TGV et une pagaille monstre dans le trafic ferroviaire. Quatre jours après, un groupe de jeunes gens est arrêté à Tarnac pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste ». La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie déclare le jour même : « Ce sont des individus qui se caractérisent par un refus de tout dialogue démocratique et par un discours extrêmement violent, autant de motifs qui m’ont poussée à renforcer leur surveillance » On peut donc surveiller quand on le veut bien…

Détaillons certains points clés de l’affaire Tarnac, mis en parallèle avec l’affaire Merah, c’est édifiant.

Le point de départ qui signale le groupe de Tarnac à l’attention de la DCRI, c’est une note du FBI qui signale aux services français des individus soupçonnés d’être liés avec des milieux anarchistes terroristes sur le sol américain. La DCRI saute à pied joint sur l’affaire, même si par la suite le FBI, n’ayant rien trouvé de probant, classera l’affaire. Mohamed Merah était également signalé par les États-Unis, mais là rien. Pas d’affolement coté DCRI. On le laisse tranquille.

Julien Coupat et ses amis vont donc, suite à ce signalement, attirer l’attention des services, qui vont notamment se pencher sur un livre publié en 2007 « L’insurrection qui vient », dont ils soupçonnent la tête pensante du groupe de Tarnac d’être l’auteur. Énième pensum dans la lignée situationniste, le bouquin prône la contestation radicale du système et dénote une certaine fascination pour la violence émeutière des racailles des cités. Pour faire court, la jeunesse dorée fantasme main dans la main avec les racailles et les armes à la main. Pas de quoi fouetter un chat. C’est du déjà vu. Et pourtant le livre va être versé au dossier, en tant que « mobile ». Quelques phrases vagues sur la nécessité de « stopper les flux de la société » serait à l’origine des actes de sabotage sur les caténaires… On est sceptique… Mohamed Merah lui, lisait assidument le Coran et des textes djihadistes, qui appellent clairement au meurtre des infidèles et des juifs. Mais ne nous affolons pas dans les services…

Suite à cela, les enquêteurs de la DCRI vont mettre sous surveillance constante le groupe de Tarnac pendant de longs mois (dès le mois d’août 2008) : caméras de surveillance dans la ferme où ils vivaient, écoutes téléphoniques, filatures. Le soir même des sabotages, Julien Coupat et sa compagne étaient suivis par une trentaine de policiers, munis d’équipements infra-rouges et qui pourtant n’ont rien vu (PV de filature). Mohamed Merah, lui, vivait tranquillement sa petite vie, sans que personne n’enquête, ne le file ou ne le surveille un minimum.

L’instruction sur l’affaire de Tarnac suit son cours. A part le livre « L’insurrection qui vient », rien de probant n’a été trouvé. Les 10 accusés sont d’ailleurs en liberté sous contrôle judiciaire, ce qui pour des suspects d’actes terroristes est assez inhabituel…

On peut donc se demander si il n’y a pas eu dans l’affaire de Tarnac une volonté politique de faire un « coup » : ainsi on prouve que le gouvernement fait son travail pour assurer la sécurité des français, et on justifie la fusion DST/RG en mettant au crédit de la DCRI l’arrestation des « terroristes ».

La suite des évènements semble aller dans ce sens. Au lieu de s’occuper de la lutte contre l’islamisme radical qui est théoriquement sa mission prioritaire, la DCRI semble plus se préoccuper de servir les intérêts politiques du pouvoir en place : surveillance de journalistes un peu trop curieux (fadettes dans l’affaire Woerth-Bettencourt), traque des colporteurs de rumeurs sur le couple présidentiel, instrumentalisation des squelettes dans les placards des adversaires politiques (affaire du Carlton) et coup de com’ avec l’affaire de Tarnac. La DCRI est véritablement devenue de fait une police privée au service du président de la République…

Les djihadistes peuvent donc continuer à dormir tranquilles…

Spoutnik, pour Novopress

DCRI : missions sous contrôle et permission

DCRI : missions sous contrôle et permission

10/02/2012 – 08h15
PARIS (NOVOpress) — Un député PS veut contrôler les missions des services de sécurité intérieure.

À la suite d’évènements impliquant nos services de renseignement, régulièrement la gauche demande à ce que l’assemblée puisse contrôler leurs missions. S’inspirant de législations étrangères, notamment anglaise et américaine, le député PS Jean-Jacques Urvoas, chargé des questions de sécurité au parti socialiste, qui avait déjà rédigé un projet de réforme des services de renseignement, proposera dans un projet de loi une réforme des textes en cours.

En 29 articles, le député veut modifier les textes concernant les missions affectées aux services de la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur), et aussi officialiser les moyens et outils utiles aux besoins des opérations comme les moyens d’écoute sonore, la pose de balise, l’infiltration, la pénétration de locaux, l’usage de fausse identité…

Mais le projet prévoit – comme la gauche a toujours souhaité le faire – un plus grand contrôle parlementaire et administratif.

En précisant les moyens auxquels pourront avoir recours les services, ceci seront alors contrôlés par une « Commission nationale de contrôle des activités de renseignements » (CNAR), à l’image de la CNCIS (les interceptions de sécurité) déjà existante.

Cette nouvelle commission se composerait de cette CNAR et de la « commission de vérification des dépenses réalisées à partir des fonds spéciaux », qui est à forte dominante parlementaire (deux députés dont le président, deux sénateurs, deux membres de la cours des comptes).

Ainsi pour toute mission nécessitant les moyens évoqués, les services devraient demander et obtenir au préalable les autorisations nécessaires délivrées par cette commission, ce qui rajoute des démarches administratives peu compatibles avec la confidentialité et le secret indispensables à la bonne réalisation de ces missions. Concernant les fausses identités, celles-ci seraient enregistrées sur un document contrôlé une fois par an.

Si la commission refuse une autorisation, il est prévu que le ministre pourrait quand même passer outre. Alors à quoi va servir la commission ?

Marc, pour Novopress
Source : Intelligence Online du 9 février 2012

Photo : Jean-Jacques Urvoas, Forum des idées sur la sécurité, octobre 2010 à Paris. Crédit : Parti Socialiste via Flickr (cc)