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Éditions Jean de Bonnot : « lessiveuse de l’UMP » ?

Éditions Jean de Bonnot : « lessiveuse de l’UMP » ?


03/05/2012 – 15h00
PARIS (NOVOpress) — À la mi-mai aura lieu le procès d’une étrange affaire mêlant politiques, anciens barbouzes et intermédiaires douteux, et une maison d’édition de prestige ayant pignon sur la très chic rue du Faubourg Saint-Honoré à l’époque des faits, les éditions Jean de Bonnot, dont la direction est poursuivie pour des abus de biens sociaux qui remontent à 2006. L’année suivante, quand l’affaire va éclater sur le plan policier et judiciaire, la maison d’édition déménagera dans le Marais.

Le volet judiciaire de l’affaire commence en 2007 quand le Tracfin (Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits FINanciers clandestins) s’intéresse à des transferts de fonds anormaux sur les comptes strasbourgeois d’un avocat, Michel Lamarque, courant 2006. Il se reverse la moitié de la somme à lui-même sous une fausse identité, Michel Derinck. Ce qui met la puce à l’oreille du fisc. Les éditions Jean de Bonnot lui ont en effet versé en 2006 la somme rondelette de 480 000 €. La brigade financière enquête : Me Michel Lamarque se défend en arguant que la maison d’édition l’a rémunéré pour ses services en tant que « assistant fiscal de sociétés ». Il aurait obtenu de l’administration fiscale un dégrèvement de 4 millions d’euros pour le redressement fiscal dont faisait l’objet Jean de Bonnot en faisant jouer ses relations… Le versement de 480 000 € a lieu d’ailleurs quelques jours seulement après la signature du dégrèvement fiscal dont a bénéficié la maison d’édition.

Les enquêteurs se sont donc penchés sur les relations en question. Et sur le pedigree de Michel Lamarque. Ancien permanent RPR dans les années 80, Michel Lamarque n’en est pas à sa première affaire douteuse. Il agit sous différentes identités, sous les patronymes de Derinck ou Jarnoux. En tant que Michel Jarnoux, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Il est suspecté du vol, en 1994, de 18 millions de francs à l’Association Nationale des Arts du Cirque, structure dépendant du Ministère de la Culture et dont il était à l’époque le directeur. Il échappe alors à la justice en utilisant de faux papiers. À ce propos, les enquêteurs s’interrogent sur la provenance des faux papiers, ce qui les conduira à enquêter sur les liens d’amitié entre Michel Lamarque et un certain Jacques Delebois, déjà mouillé en 1986 dans l’affaire Chalier, affaire pour laquelle Jacques Delebois avait déjà fourni de faux papiers.

Retour en arrière. En 1986 éclate l’affaire du Carrefour du Développement. Le ministre socialiste de la Coopération d’alors, Christian Nucci est accusé de détournement de fonds publics (pour environ 20 millions de francs). L’artisan du détournement en question, Yves Chalier, trésorier de l’association Carrefour du Développement est lâché par les socialistes. Charles Pasqua et Daniel Léandri son bras droit souhaitent exfiltrer Yves Chalier afin de l’utiliser. Ils ne peuvent apparaitre au grand jour, c’est donc le contrôleur général de la police, Jacques Delebois qui va se charger de la sale besogne, en fournissant notamment des faux papiers à Yves Chalier. Déjà des faux papiers… Il est à noter que Jacques Delebois est également cité dans l’affaire Karachi. Probablement une coïncidence.

Jean-François Copé, ministre délégué au Budget entre 2004 et 2007, maire de Meaux

Jean-François Copé, ministre délégué au Budget entre 2004 et 2007, maire de Meaux. Crédit photo : World Economic Forum via Flickr (cc)

Pour en revenir à l’affaire Jean de Bonnot, la suspicion de proximité entre les anciens réseaux Pasqua-RPR, devenu depuis l’UMP, subsiste. On peut se demander pourquoi le ministre du budget de l’époque, Jean-François Copé, a signé sans sourciller un dégrèvement fiscal de près de 4 millions d’euros pour des gens qu’il dit ne pas connaître et alors que la note de la cellule contentieux du fisc sur le dossier est vide d’argument en faveur du redressement en question. Le cabinet de l’associé de Michel Lamarque, Pascal Defalque – lui aussi mis en cause dans le dossier – se trouve d’ailleurs à Meaux, ville dont le maire n’est autre que Jean-François Copé… Il est défendu par Me Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy (qui lui a remis la légion d’honneur en juillet 2009 d’ailleurs). Probablement des coïncidences.

Dans l’affaire Jean de Bonnot, le soupçon pèse. Une source proche du dossier qualifie la maison d’édition de « lessiveuse de l’UMP ». Si c’est le cas on peut espérer que le procès éclaircira les responsabilités des uns et des autres. On peut tellement l’espérer, que le procès – qui au départ devait avoir lieu au mois de septembre – a été opportunément repoussé à la deuxième quinzaine du mois de mai. Après les élections. Probablement une coïncidence. Affaire à suivre, donc.

Spoutnik, pour Novopress

Crédit photo en Une : DR