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Critique ciné : L’Apôtre, de Cheyenne Carron

La fin angélique, trop rare dans la réalité, affiche une réconciliation familiale heureuse dans un œcuménisme qui n’existe guère et porte à faire croire que seule la religion est un frein à un “vivre-ensemble” entre indigènes et exogènes, mais que finalement l’amour triomphe de tout.

25/02/2015 – PARIS (NOVOpress) – Le 1er octobre 2014 sortait sur les écrans le film L’Apôtre, de la réalisatrice Cheyenne Carron. L’Apôtre, c’est la tranche de vie d’une famille musulmane pratiquante installée en France, ancrée pleinement dans la tradition religieuse. Le fils aîné, promis à la relève cultuelle de son oncle imam, est touché par la foi catholique au point de finir après doutes et tourments par apostasier.

La réalisatrice, les acteurs et la caméra restituent à merveille l’univers oppressant, agressif, désespéré, morne du scénario. C’est avec talent que l’acteur principal Faycal Safi interprète Hakim, un jeune Français d’origine algérienne, ayant un emploi, pratiquant l’alpinisme, ayant une vie sans histoire. Il n’y a presque rien à redire, non plus, sur l’ensemble des protagonistes gravitant autour du héros le long du film. On peut toutefois regretter la féminité du prêtre laissant fortement penser à de l’homosexualité et plongeant cet acte de foi dans la marmite bouillante des nouveaux préjugés. Il est visiblement confondu dans ce jeu sensibilité, humanité, compassion chrétienne et féminisation de l’homme, notions pouvant sans mal être parfaitement distinctes.

L'Apôtre, de Cheyenne Carron

L’Apôtre, de Cheyenne Carron

Hakim allant faire des courses pour sa mère à vélo est choqué en étant confronté au corps d’une femme assassinée par un voyou à qui elle avait refusé de l’argent. Il voit au milieu des ambulanciers et de la police sortir le frère de celle-ci, prêtre de son état. Il est, un peu plus tard, victime d’un accident et un Français de souche intercède en sa faveur auprès du policier devant l’automobiliste indélicat. Nait et progresse alors une amitié entre les deux hommes faite de rencontres hasardeuses comme de petits services rendus si bien qu’Hakim va se trouver invité au baptême du fils de son nouveau copain.

Ce sont deux terres étrangères qui se rejoignent avec le même cataclysme que la tectonique des plaques. Car troublé par la lecture des évangiles comme par les retrouvailles avec le prêtre frère de la défunte qui officie en ce lieu, Hakim est interrogé en son cœur et sa raison à la fois par la beauté du message d’amour christique, à la fois par l’attitude du curé qui a choisi de résider près de la famille du meurtrier de sa sœur afin de l’aider à vivre l’épreuve. Il est inexorablement piqué de curiosité, mais aussi attiré par le christianisme, et chaque lecture, chaque parole de cette religion l’éloigne dans le même temps de sa foi musulmane qui était jusqu’alors sans failles. Dire que cela ne va pas sans heurts est un euphémisme puisqu’il essuie la tristesse de sa famille, la colère de son très impulsif frère cadet, la déception de son oncle imam qui projetait sur lui l’orgueil d’une transmission de pouvoir. Le contact d’autres apostats devenus comme lui catholiques l’aide à supporter honte, rejet, violence de sa famille et de ses anciens amis de mosquée.

La fin angélique, trop rare dans la réalité, affiche une réconciliation familiale heureuse dans un œcuménisme qui n’existe guère et porte à faire croire que seule la religion est un frein à un « vivre-ensemble » entre indigènes et exogènes, mais que finalement l’amour triomphe de tout. Des assassins, meurtriers, délinquants venus d’ailleurs n’oublient pas de nous rappeler que s’ils sont volontiers musulmans, ils peuvent être également catholiques, animistes, athées, et que cela ne change pas grand chose à leur comportement dans le pays d’accueil.

Cela reste un bon film, élément rare dans un cinéma français qui ne donne plus envie de se rendre dans les salles, tant il es perdu entre propagande, dynastie d’acteurs médiocres, scénarios alambiqués de psychanalyse et de métaphysique pour imbéciles malheureux, hurlements de petites sottes surjouant comme un cabot de théâtre, de comédies vulgaires et pas drôles.

Par malchance, L’Apôtre souffre de l’effet post Charlie où l’on défile pour la liberté d’expression pourtant si malmenée, tout en se dépêchant de l’enlever encore un peu plus tout de suite après. Pour des raisons de sécurité, le film est déprogrammé des salles de Neuilly et de Nantes. Une soirée débat organisée le 23 janvier par la Fédération des Associations Familiales Catholiques de Loire-Atlantique a de même été annulée sur les conseils de la DGSI.

Louis Chaumont
Pour Novopress

Publié le
[Lu sur le Net] Cheyenne-Marie Carron : "Mon prochain film traitera du racisme anti-blanc"

[Lu sur le Net] Cheyenne-Marie Carron : « Mon prochain film traitera du racisme anti-blanc »

16/10/2014 – PARIS (via Causeur)
Jacques de Guillebon : Le personnage principal de votre film L’Apôtre est un musulman qui se convertit au christianisme. Eût-ce pu être quelqu’un de n’importe quelle autre religion que l’islam, voire un athée ?

Cheyenne Carron (photo) : Non ! Mon film a été fait en hommage à la sœur du prêtre du village d’où je viens. Cette femme a été étranglée par un musulman, et le prêtre, son frère, a souhaité vivre auprès de la famille du tueur pour, disait-il, « les aider à vivre ». Alors, il était naturel que le héros de l’histoire soit un musulman qui, touché par la beauté de ce geste de charité, décide de devenir catholique.

Votre film a été accueilli par une presse élogieuse, mais il est diffusé dans une seule salle à Paris. Est-ce à cause de son sujet – un musulman qui se convertit au catholicisme – ou de votre place marginale dans le cinéma français ?

Je n’ai pas trouvé de distributeur pour ce film car le sujet faisait peur. Alors, avec mon film sous le bras, je suis allée frapper à la porte d’un cinéma parisien qui soutient mon travail depuis toujours, Le Lincoln, qui l’a accepté.

(…)

Mon prochain film traitera, lui aussi, d’un sujet qui n’est pas autobiographique : le racisme anti-blanc, car ce sujet n’a jamais été traité au cinéma. Il y a beaucoup de très beaux films faits sur le racisme contre les noirs, mais aucun sur celui pratiqué contre les blancs. Alors je vais corriger cela.

Dans votre film précédent, La Fille publique (2013), comme dans l’Apôtre, les éléments autobiographiques sont évidents. Serez-vous encore, d’une façon ou d’une autre, le sujet de votre prochain film ?

La Fille publique était, effectivement, le récit de ma vie à l’assistance publique mais L’Apôtre est, comme je l’ai dit, un hommage à un prêtre que j’ai connu, et non pas le récit de ma propre conversion. Mon prochain film traitera, lui aussi, d’un sujet qui n’est pas autobiographique : le racisme anti-blanc, car ce sujet n’a jamais été traité au cinéma. Il y a beaucoup de très beaux films faits sur le racisme contre les noirs, mais aucun sur celui pratiqué contre les blancs. Alors je vais corriger cela.

Je viens d’une famille qui a adopté des enfants. J’ai la peau marron clair et un petit frère indien, Maya, noir de peau. J’ai également un frère et une sœur blonds aux yeux bleus. Le racisme est très loin de moi, alors je n’ai aucun complexe ni culpabilité à m’attaquer à ce sujet qui pour beaucoup de gens est tabou.

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