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L’opération Barkhane : une illusoire ligne Maginot ?

22/01/2016 – MONDE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Suite aux récents attentats de Bamako et de Ouagadougou, Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialisé dans les questions militaires, a remis en question l’utilité de l’opération Barkhane. L’opération Barkhane c’est une mutualisation des forces françaises au Sahel dans le but d’éviter la reconstitution de foyers de djihadisme. Avec l’opération « sentinelle » en métropole, c’est une réponse du gouvernement français au terrorisme.

Ce journaliste montre qu’au regard de son coût de 700 millions par an, et de sa mobilisation de moyens, de l’ordre de 4 000 hommes et d’une quarantaine d’aéronefs, cette opération ne parvient qu’à de faibles résultats
Les récents attentats indiquent que les terroristes ont contourné l’opération Barkhane. « Barkhane est victime du syndrome de la ligne Maginot. Ces opérations empêchent l’ennemi de passer là où l’on a décidé qu’il ne passerait pas, mais il n’en a cure et prend un autre chemin » selon le journaliste.

Le spécialiste Bernard Lugan tente pour sa part de montrer les résultats positifs de Barkhane
Selon lui, suite aux réductions d’effectifs du couple Sarkozy-Morin, l’armée française n’est plus en mesure de couvrir une zone plus grande que celle de l’opération Barkhane. Or, l’opération Barkhane rend hermétique la frontière entre la Libye et le Niger, et permet d’éviter un nouvel embrasement de l’Afrique par le djihadisme : la région-pivot du lac Tchad est ainsi protégée de la menace de Boko Haram, qui pourrait ensuite embraser le Cameroun.

Deuxièmement, Lugan montre que Barkhane a eu comme résultat concret de séparer les trafiquants d’avec les djihadistes. L’action terroriste reposait essentiellement sur des réseaux de trafiquants ; ces derniers sont gênés dans leur commerce et abandonnent leurs encombrants partenaires
Pour finir, Lugan montre que le vrai résultat, c’est que les djihadistes repoussés par l’opération Barkhane se retrouvent cantonnés à la Libye et au Burkina Faso.

Malheureusement, ces deux pays sont bénéficiaires des opérations humanitaires du Qatar. Ces opérations ne sont qu’un cheval de Troie, destinée à soutenir l’effort terroriste en Afrique
En définitive, Bernard Lugan retourne donc la question : « la France peut-elle lutter contre le djihadisme ouest-africain tout en continuant à privilégier des rapports politiques et commerciaux avec un Qatar clairement à l’origine de la radicalisation des populations de la zone que nous protégeons ? »

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Le christianisme menace de disparaitre de régions entières du globe

15/10/2015 – MONDE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)
Selon le rapport de la fondation internationale Aide à l’Eglise en détresse, les chrétiens sont les croyants les plus persécutés dans le monde.
L’AED aide les chrétiens, menacés, persécutés, réfugiés ou dans le besoin. Elle constate qu’ils sont en train de disparaître de régions entières.

Quelles en sont les raisons ?
Dans le détail, le rapport constate que les difficultés auxquelles sont confrontés les chrétiens ont empiré dans quinze des dix-neuf pays étudiés.
Les chrétiens sont « fortement » persécutés dans dix pays dans le monde contre six sur les deux années précédentes.
Le christianisme est avant tout menacé par l’islamisme, mais aussi par des régimes communistes athées comme celui de la Corée du Nord ou de la Chine.

Quelles sont les régions les plus touchées ?
Les chrétiens sont « chassés de l’ancien cœur biblique de l’Eglise au Moyen-Orient » et sont menacés de disparition en Irak d’ici à cinq ans. 120 000 chrétiens ont fui Mossoul et Ninive en Irak depuis l’été 2014.
En Afrique, la montée de groupes militants islamiques dans certains pays comme le Nigeria, le Kenya ou le Soudan déstabilise la présence chrétienne. 100 000 catholiques ont quitté en mai 2015 le nord du Nigéria, à la suite des attaques de Boko Haram.

Depuis un an, les chrétiens font l’objet d’une intense campagne de persécutions en Chine
Dans la province côtière du Zhejiang, très christianisée, la Chine a mené une campagne d’abattage des croix et de lieux de culte chrétiens. Bilan : plus de 1 200 croix démontées et une quarantaine de lieux de culte rasés en moins d’un an.
Le Parti communiste suspecte le christianisme d’être un « agent de l’étranger » visant à saper sa mainmise idéologique… Ce danger apparaît d’autant plus grand que le nombre de chrétiens est en forte croissance. Il dépasserait aujourd’hui les 80 millions.


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Boko Haram frappe encore : le Cameroun au bord de l’explosion

18/09/2015 – MONDE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation)

Face aux violences qui tombent sur son pays, le président du Nigéria s’est rendu en France afin de discuter avec François Hollande d’une aide possible, pour lutter contre Boko Haram, qui dévaste le nord ouest de l’Afrique. Après sa naissance au Nigéria, le mouvement islamiste s’attaque au nord du Cameroun. Depuis janvier 2015, Boko Haram a tué 380 civils et des dizaines de membres de la sécurité camerounaise. Les actions extrêmes du groupe islamiste se font par opposition au gouvernement, qui a introduit des mesures telles que l’interdiction de la burqa.

Amnesty International dénonce cette escalade de la violence

Le rapport d’Amnesty International, publié ce mercredi, fait état de violentes attaques et exactions commises par Boko Haram contre la population. Il dénonce d’autre part la réaction du gouvernement camerounais, ses « crimes de droit international » et « les violations des droits humains », commis par ses forces de sécurité. Cependant, le président du Nigéria, Buhari, affirme que l’organisation internationale n’a pas fourni de preuves suffisantes et demande que ces problèmes soient réglés par les pays concernés.

Boko Haram détruit l’entente religieuse fragile qui régnait au Cameroun entre soufites et chrétiens

Le Cameroun, par les attaques répétées de Boko Haram, vit dans un climat d’insécurité et de bouleversement religieux. En effet, la montée de l’islamisme, mais aussi l’arrivée d’églises pentecôtistes, qui rejettent le catholicisme, et les relations avec les églises protestantes déjà existantes modifient le paysage religieux et accélèrent la crise camerounaise.

Pourtant en Europe, on préfère encore se voiler la face, et ne pas voir la vraie cause de ces troubles

Le journal Le Monde écrit dans ses pages, je cite : « La lutte contre la menace du radicalisme religieux au Cameroun doit aller au delà de la lutte antiterroriste ». Mais c’est oublier que ce climat d’insécurité et de conflits religieux se développe avec l’arrivée de l’islamisme qui répand la terreur et se bat contre toute religion autre que l’islam radical.

Crédit photo : Capture d’écran d’une vidéo publiée par Boko Haram en 2014

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Boko Haram : pendant ce temps, les massacres continuent…

07/07/2015 – MONDE (NOVOpress)
On les disait moribonds, les islamistes de Boko Haram viennent de prouver leur capacité de nuisance : une série d’attentats ont fait 44 morts au Nigéria.

C’est à frontière entre le sud du Nigeria, majoritairement chrétien, et le nord du pays, peuplé essentiellement de musulmans, que Boko Haram a frappé : la ville de Jos, au centre du pays est l’une des cibles favorites de la secte islamique. Cette fois-ci, ce sont des attentats à la bombe, à l’arme automatique et au lance-roquette qui ont frappé la ville en deux points, l’une près d’un centre commercial, l’autre près d’une mosquée.

C’est un signal fort qu’envoient les islamistes qui font l’unanimité contre eux. Ils ont subi de sérieux revers infligés par les armées coalisées nigériennes, nigérianes, camerounaises et tchadiennes, qui vont déployer une Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF) composée de 8 700 militaires et policiers.

Ce drame nous rappelle que la guerre que mène le terrorisme islamique ne connaît ni frontières, ni répit et ne se réglera pas à coups de bonnes paroles.

Crédit photo : Diariocritico de Venezuela
via Flickr (CC) = attentat de Boko Haram dans la ville de Jos, le 20 mai dernier

Réaction du Tchad et du Niger contre Boko Haram

Réaction du Tchad et du Niger contre Boko Haram

09/03/2015 – PARIS (NOVOpress)
La réaction du Tchad et du Niger n’aura pas tardé à l’annonce d’allégeance de Boko Haram à l’État islamique.
Leurs troupes respectives étaient en poste depuis un bon mois dans la province de Diffa, sous le feu de Boko Haram.
La faction terroriste a multiplié les exactions ces derniers mois faisant encore 58 morts et 139 blessés dans trois explosions samedi 7 mars à Maiduguri, fief historique de Boko Haram et capitale de l’État de Borno (nord-est).
Mais, il semble que ce soit surtout l’annonce de l’union entre l’engeance islamique nigériane et l’EI qui ait fait quitter la position défensive des deux armées régulières pour mener une attaque de grande envergure. L’offensive débutée le dimanche 8 mars à  8 heures du matin est actuellement en cours.


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Boko Haram rejoint l’État islamique

08/03/2015 – PARIS (NOVOpress)Boko Haram prête allégeance à l’organisation État islamique. Dans un communiqué transmis par la plateforme de vidéos SITE, ainsi que sur son compte twitter, Abubakar Shekau a fait part de l’allégeance de son groupe terroriste au califat de l’État islamique.

Sans véritables liens directs, les deux mouvances sont toutefois amenées à être en contact avec de nombreux groupuscules musulmans radicaux servant de relais. Ces derniers « naviguent » entre les deux territoires pour divers trafics. Différents spécialistes avaient d’ailleurs relevé que la communication de Boko Haram se calquait aujourd’hui sur celle d’EI.

L’EI, dont le corps est à cheval entre l’Irak et la Syrie, a étendu ses tentacules jusqu’en Égypte avec le ralliement du groupe armé d’Ansar Beït Al-Maqdis en novembre 2014, il en a un autre dans le chaos libyen, voici le plus puissant jusqu’alors qui entre en Afrique subsaharienne : Boko Haram.

C’est un accord gagnant-gagnant qui se joue entre un califat qui met les pieds dans l’Afrique noire pour étendre son influence, se gonfler, trouver des hommes supplémentaires et un puissant réseau local en difficultés sur le terrain.
C’est aussi – nous l’avons vu en France récemment lors des épisodes islamiques variés dont celui de Charlie-Hebdo – une cristallisation, des repères plus visibles qui marquent les différences de civilisations et leur choc inéluctable.

L’islam est un peu plus l’islam, en attendant que l’Europe ne redevienne un peu plus l’Europe.



L'armée tchadienne riposte aux islamistes de Boko Haram

L’armée tchadienne riposte aux islamistes de Boko Haram

Ci-dessus : attentat de Boko Haram.

07/02/2015 – N’DJAMENA (NOVOpress via Bulletin de réinformation)
L’armée tchadienne, et ses 2 500 hommes déployés, sont aux premières loges du combat mené par les pays de la région pour réduire les terroristes fanatiques de Boko Haram. Par un communiqué du haut commandement tchadien, on a appris mercredi que les forces armées avaient anéanti plus de 200 combattants de Boko Haram et une douzaine de véhicules équipés d’armes lourdes, dans la zone des villes nigérianes de Gambaru et de Ngala, non loin de la frontière camerounaise.

C’est un nouveau coup d’arrêt, salutaire, apporté aux derniers raids de Boko Haram au Cameroun, qui ont ravagè, mardi dernier, la ville de Fotokol, tuant des dizaines d’habitants et y brûlant la grande mosquée.

Crédit photo : Diariocritico de Venezuela, via Flickr, (cc).

Par leurs provocations irresponsables, les « Charlie » réussiront-ils à paralyser la lutte anti-jihadiste au Sahel ? L'Afrique Réelle N°62, février 2015

Par leurs provocations irresponsables, les « Charlie » réussiront-ils à paralyser la lutte anti-jihadiste au Sahel ?

Editorial et Sommaire de L’Afrique Réelle N°62, février 2015

Editorial de Bernard Lugan :

1) Parlons vrai : que cela plaise ou non, pour une grande partie de l’Afrique, l’odieux assassinat des journalistes de Charlie Hebdo est vu comme la « juste punition de blasphémateurs ». Quant aux imprudents responsables africains qui furent littéralement convoqués à la marche parisienne des « Charlie », notamment les présidents Ibrahim Boubacar Keita du Mali et Mahamadou Issoufou du Niger, les voilà désignés comme des ennemis de l’islam. Ils sont donc politiquement affaiblis et cela alors qu’ils sont en première ligne contre le jihadisme.

Par leurs provocations irresponsables, les « Charlie » réussiront-ils à paralyser la lutte anti-jihadiste au Sahel ? L'Afrique Réelle N°62, février 2015Les conséquences géopolitiques qui vont découler de cette situation ne peuvent encore être mesurées. Notamment au Niger où Boko Haram (photo ci contre) qui, jusqu’à présent ne s’était pas manifesté, a pris le prétexte de la livraison du numéro spécial de Charlie Hebdo publié après les assassinats, pour lancer des foules fanatisées contre les intérêts français à Zinder et à Niamey. Au même moment, nos postes militaires avancés veillent aux frontières du pays pour empêcher le Niger de passer sous le contrôle des jihadistes…

Un officier supérieur égyptien pourtant peu suspect de sympathies islamistes me disait récemment : « Quand Charlie Hebdo représentait le pape Benoît XVI sodomisant un enfant de chœur, ses journalistes passaient pour de facétieux potaches et les catholiques protestaient par la prière. Mais quand ils insultent le prophète Mahomet, ils le paient de leur vie. Il est désolant de devoir constater que ce sont les malades mentaux salafistes qui, par l’assassinat, rappellent vos journalistes à la décence ».

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Hausse des départs pour le djihad : mauvaise ou… bonne nouvelle ? (Présent 8298)

Nigéria : les islamistes de Boko Haram font face à l’armée tchadienne

03/02/2015 – GAMBORU (NOVOpress via le Bulletin de réinformation)
Les forces tchadiennes ont bombardé la ville de Gamboru, au Nigéria, qui est tenue par les islamistes de Boko Haram. Dans cette localité, les terroristes ont investi les maisons et placé des tireurs de précision à différents endroits. Le général tchadien Ahmat Darry Bazine explique que ces bombardements devraient précéder une opération terrestre. Le Nigéria avait en effet demandé l’aide de la communauté internationale pour lutter contre Boko Haram, et le Tchad y a répondu. Le Tchad avait eu l’occasion de collaborer avec la Force française Serval au Mali, aidant précieusement les Français. En revanche, ils ont quitté la force Sangaris en Centrafrique, les liens du Tchad avec les forces rebelles dans ce pays étant ambigus.

Femmes otages de Boko Haram : esclaves sexuelles et chair à canon

Femmes otages de Boko Haram : esclaves sexuelles et chair à canon (Présent 8219)

28/10/2014 – LAGOS (NOVOpress) – Si plus rien ne nous étonne vraiment de la part des barbares islamo-terroristes, le rapport publié lundi par l’ONG Human Rights Watch, citant les témoignages d’une trentaine de jeunes Nigérianes ayant réussi à s’échapper des griffes du groupe musulman Boko Haram, est particulièrement édifiant et hautement révélateur de la place accordée aux femmes par l’islam.

Femmes otages de Boko Haram : esclaves sexuelles et chair à canonReligion d’amour ?

Au fil de cette soixantaine de pages, défilent en effet sous nos yeux horrifiés à peu près tous les sévices, humiliations et abominations qu’un cerveau humain malade peut imaginer. En tête, bien sûr, arrivent les violences sexuelles (viols massifs, mariages forcés…) qui, souligne HRW, n’épargnent même pas les enfants. Ainsi le rapport cite-t-il le témoignage d’une victime âgée d’une quinzaine d’années qui, ayant dit à l’un de ses bourreaux islamistes qu’elle était trop jeune pour se marier, s’est vu répondre par ce dernier que sa propre fille de 5 ans était déjà mariée !

Quand elles ne sont pas obligées d’épouser un barbu, les victimes sont transformées en véritables esclaves sexuelles. Comme ces adolescentes qui racontent que d’autres femmes, présentes dans les rangs des islamistes, regardent les jeunes filles se faire violer en les empêchant de s’enfuir.

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André Bercoff : sortie de son nouveau livre « Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France, et moi »

La nouvelle bourde de François Hollande : il annonce la libération des lycéennes nigérianes

19/10/2014 – PARIS (NOVOpress) François Hollande a été obligé de corriger ses propos sur la libération des lycéennes nigérianes.

En effet, lors d’une conférence de presse au siège de l’OCDE, à Paris, vendredi 17 octobre, François Hollande a affirmé que les 219 lycéennes enlevées par Boko Haram, il y a six mois, avaient été libérées. « Il y a parfois des bonnes nouvelles, comme celle de la libération des jeunes filles qui avaient été enlevées, et qui ont été enfin libérées », dit-il. Sauf que les autorités nigérianes n’ont pas parlé de libération mais d’un accord sur cette libération, laissant entendre que les jeunes filles étaient encore aux mains de leurs ravisseurs.

François Hollande essaye ensuite de redresser le tir quelques minutes plus tard, en quittant la scène. Interpellé par des journalistes, il corrige ses propos : « Elles ne sont pas encore libérées, reconnaît-il. Boko Haram a annoncé que les jeunes filles allaient être libérées. Nous avons des informations qui laissent penser que ça pourrait venir dans les heures ou dans les jours qui suivent. »

Pendant qu’il s’exprime, le service de presse de l’Elysée intervient pour empêcher certains journalistes de filmer. Le président poursuit malgré tout : « L’engagement a été pris, et nous espérons que Boko Haram tiendra son engagement ».

Afrique, terre du "djihad" : l’analyse de Bernard Lugan [Présent 8197]

Afrique, terre du « djihad » : l’analyse de Bernard Lugan [Présent 8197]

26/09/2014 – PARIS (NOVOpress)
Bernard Lugan (photo) est l’un des meilleurs spécialistes français de l’Afrique. Il a réussi (non sans essuyer plusieurs procès et tentatives de censure) à concilier la fidélité à ses convictions avec une brillante carrière d’historien, de chercheur, d’auteur de très nombreux ouvrages spécialisés. Nommé expert par le Tribunal pénal international pour statuer sur les massacres du Rwanda, il enseigne également à l’Ecole de guerre, à Coëtquidan, et donne des conférences à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et au Centre des hautes études militaires (CHEM).

Propos recueillis par Caroline Parmentier


Que vous inspire l’engagement de la France par ses frappes aériennes contre l’Etat islamiste ?

Je ne suis pas spécialiste du Moyen-Orient et c’est pourquoi je me garderai bien de me prononcer sur le fond. Cependant, trois points doivent être soulignés :
1– Nous payons les conséquences de la destruction du régime de Saddam Hussein et de la déstabilisation de la Syrie.
2 – La guerre ne pourra être gagnée qu’au sol, car les islamistes vont se disperser parmi la population afin d’échapper aux frappes aériennes contre lesquelles ils ne peuvent pas lutter.
3 – Sans l’Iran, les Kurdes et le régime syrien, l’EIL ne pourra pas être vaincu.

Une du numéro 8197 de "Présent"

Une du numéro 8197 de « Présent »

L’Afrique est-elle devenue la terre du djihad ?

Elle l’est depuis le phénomène almoravide qui, au XIème siècle fut le premier djihad régional ; il eut deux directions, la vallée du fleuve Sénégal au sud et le Maroc au nord. L’une des forces de l’islamisme sahélien est qu’il s’agit d’une résurgence historique ramenant directement aux djihads des XVIIIème et XIXème siècles qui enflammèrent la totalité de la région depuis le Soudan à l’est jusqu’au Sénégal à l’ouest. L’islamisme sahélien d’aujourd’hui s’abreuve à cette « fontaine de rêve » fermée par la colonisation. Cette réalité inscrite dans la longue durée est difficilement perceptible par des observateurs ou des politiciens esclaves de l’immédiateté et de leur inculture.

Comment expliquez-vous la guerre du Mali et quelle est la situation actuelle ?

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt. En d’autres termes, l’islamisme n’est ici que la surinfection d’une plaie ouverte depuis la nuit des temps, bien avant l’islam, entre nordistes nomades (Touaregs ou Maures) et sudistes noirs sédentaires. Au Mali, les événements furent déclenchés par les Touaregs qui ne voulaient plus subir les exactions de l’armée de Bamako. D’une manière tout à fait opportuniste, les islamistes se greffèrent sur le mouvement et le coiffèrent. Puis, l’intervention française les ayant chassés, nous en sommes revenus au problème de départ qui est celui de la cohabitation entre nordistes et sudistes.

Comment analysez-vous la guerre que mène Boko Haram au Nigeria ?

Boko Haram est, selon moi, autant une manifestation identitaire nordiste qu’une affirmation religieuse. Il s’inscrit en effet très exactement dans la lignée des sultanats djihadistes nordistes, dont celui de Sokoto, ce dernier fondé par le djihad des Peuls mené par Ousmane dan Fodio à la fin du XVIIIème siècle. Boko Haram( s’explique d’abord parce que le pouvoir a basculé au Nigeria. Jusqu’à ces dernières années, les nordistes contrôlaient l’armée, donc l’Etat, ce qui leur permettait de piller les ressources pétrolières du sud. Or, aujourd’hui, ce sont les sudistes chrétiens qui sont à la fois au pouvoir et à la tête de l’armée. Ce renversement de situation est insupportable aux nordistes, comme j’ai pu le constater lors de mon dernier passage au Nigeria.

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Libye-Nigeria : deux situations hors contrôle - L’Afrique Réelle N°57, septembre 2014

Libye-Nigeria : deux situations hors contrôle – L’Afrique Réelle N°57, septembre 2014

Ci-dessus copie d’écran de la vidéo de l’imam Abukabar Shekau, leader des Boko Haram, qui y déclare : “Nous vendrons les filles sur le marché, au nom d’Allah”.

Editorial et Sommaire

Libye-Nigeria : deux situations hors contrôle – Editorial de Bernard Lugan :

Deux trous béants se creusent actuellement sous nos pieds, l’un en Libye, l’autre au Nigeria. Le premier qui est ouvert à nos portes menace d’engloutir l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie ; le second va immanquablement déstabiliser la zone tchado-nigériane.

Le chaos libyen a un responsable dont le nom est Nicolas Sarkozy. Pourquoi ce dernier a t-il cédé aux chants de la sirène BHL ? Pourquoi a-t-il fait de l’armée française le bras armé du Qatar ? Pourquoi, et alors qu’il avait été mis en garde solennellement, notamment par le président Idris Déby Itno, a-t-il décidé de disloquer le fragile équilibre politico-tribal libyen ? Pourquoi a-t-il obstinément refusé les médiations de l’Union africaine ? Pourquoi a-t-il rejeté le plan de sortie de crise proposé par Jacob Zuma qui passait par le retrait du colonel Kadhafi et le transfert du pouvoir à son fils Seif al-Islam ? Pourquoi l’ordre fut-il donné à l’aviation française de tronçonner son convoi, le livrant ainsi à ses bourreaux de Misrata qui le sodomisèrent avec une baïonnette, crevèrent les yeux et coupèrent les mains et les pieds d’un de ses fils ?

L’histoire lèvera peut-être le voile sur cette colossale faute politique que fut l’intrusion française dans la guerre civile libyenne et dont les conséquences vont devoir être supportées durant de longues années par des dizaines de millions d’habitants de la région.

Les évènements du Nigeria rappellent quant à eux avec force que les courbes du PIB ne sont que des mirages. Que n’avons-nous pas entendu à propos de l’ « eldorado du Nigeria », ce géant dans lequel il était urgent d’investir en raison de ses courbes de croissance qui faisaient se pâmer ceux qui n’ont d’yeux que pour les chiffres ?

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L'Afrique face à plusieurs grands problèmes - L’Afrique Réelle N°55, Juillet 2014

L’Afrique face à plusieurs grands problèmes – L’Afrique Réelle N°55, Juillet 2014

Editorial et Sommaire

En ce début du mois de juillet 2014, l’Afrique est face à plusieurs grands problèmes – Editorial de Bernard Lugan

En Afrique du Nord, la Libye n’en finit pas de sombrer et de se morceler. A l’Est, en Cyrénaïque, l’offensive menée contre les jihadistes par le général Haftar semble piétiner cependant qu’en Tripolitaine, constamment approvisionnées par la Turquie et le Qatar, les milices de Misrata affiliées aux Frères musulmans ont conservé tout leur pouvoir de nuisance. Quant au grand sud saharien qui a échappé à toute autorité, il « intéresse » de plus en plus les forces algériennes à l’Ouest et les éléments franco-tchadiens au Sud.

En Tunisie, les autorités font désormais face à une véritable implantation jihadiste dans les monts Chaambi, cependant que les partis islamistes refont leurs forces en vue des prochaines élections.

 

Au sud du Sahara, la question malienne n’a pas été réglée. Les autorités de Bamako refusent de reconnaître qu’elles ne sont pas en mesure de détruire la revendication des Touareg et qu’elles doivent donc composer sur la base d’une nouvelle organisation étatique quasi-confédérale.

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