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Donald Trump Systeme

Tribune libre de Denis Parest : « USA : la grande défaite du système ? »

Il avait tout contre lui. Les médias (97% des médias américains étaient pro-Clinton), les sondages (qui, jusqu’à la dernière minute, prédisaient une victoire des démocrates), les puissances financières (Clinton étant soutenue par un nombre incalculable de banquiers, avocats d’affaires etc.), les grandes âmes (tous ces humanistes qui prédisaient le chaos), le show-biz (jusqu’aux derniers meetings en compagnie des artistes les plus vendus), jusqu’à son propre parti (l’ancien président George W Bush a voté blanc). Il a gagné.

Pour le système (appelons ainsi la coalition qui, de fait, réunit ceux que nous énumérions plus haut), l’élection à la Maison Blanche de Donald Trump est une gifle colossale. La majorité des électeurs n’a pas tenu compte de ses anathèmes, de ses injonctions, de ses prophéties apocalyptiques. Beaucoup pourrait être dit sur les enjeux de cette élection (ras-le-bol à l’égard des élites ? stratégie de communication dépassée par la parole simple et le « même » sur internet ?). Mais tenons-nous en au résultat.

Tout le monde a été pris de court. Personne ne s’était préparé à ce qui, derrière les œillères médiatiques, semblait impensable. Le locataire de l’Élysée ne s’est exprimé que très tard, bégayant quelques félicitations préparées à la hâte, immédiatement tempérées d’un appel à la vigilance et à la paix dans le monde (le passé belliqueux et les déclarations guerrières d’Hillary Clinton lui ayant, semble-t-il, échappé). Le maire de Bordeaux et prétendant à l’Élysée Alain Juppé s’est limité à « prendre acte » du résultat, tout en soulignant « tous les risques que la démagogie et l’extrémisme font courir à la démocratie ». D’un point de vue diplomatique, ces félicitations sont autant d’insultes à peine voilées.

On se rappellera, en termes d’insultes, de celles proférées durant les derniers mois, lorsque le candidat républicain passait pour un énergumène, par quelques ténors du parti socialiste, de Manuel Valls (qui twittait « Trump entretient la haine et les amalgames ») à Anne Hidalgo (qui bégayait dans un anglais approximatif « Mr. Trump is so stupid, my god »). Pour ces grands amateurs de démocratie, c’est la soupe à la grimace, et il va leur falloir changer de ton – gageons que Donald Trump ne s’y trompera pas. Et passons sur les réactions anecdotiques et outrées des « people français », aussi grotesques les unes que les autres. […]

Alors, défaite du système ? il a perdu une bataille, cela va sans dire. Mais il n’a pas perdu la guerre.

Primo, parce que le président des Etats-Unis ne gouverne pas seul ; même si la haute administration fédérale devrait lui être acquise grâce au « spoil system », le remplacement des élites administratives à chaque élection présidentielle, il devra compter avec un Parlement qui, s’il est du même parti, pourrait se montrer réticent face à une véritable nouvelle donne politique.

Secondo, parce qu’il devra compter avec tout ce que le président ne contrôle pas, bien qu’il soit plaisant d’en faire l’homme le plus puissant du monde : intérêts financiers (et l’homme n’est pas insensible à la finance), situation militaire et internationale (comment gérer les situations extrêmement dégradées dans lesquelles se trouvent les forces occidentales au Moyen-Orient), alliances stratégiques (le nouveau président va-t-il chercher à calmer la nouvelle guerre froide ? quelle sera sa politique arabe ? ses relations avec la Russie, l’Iran, Israël, la Chine…). Rien n’est moins certain que le grand changement, que certains redoutent tandis que d’autres y aspirent.

Et n’oublions pas, pour conclure, les espoirs déçus. Du référendum contre la constitution européenne, dont le Parlement a fort démocratiquement invalidé les résultats, jusqu’au référendum britannique sur le « Brexit », dont le Parlement s’apprête tout aussi démocratiquement à faire des confettis, les signes d’une nouvelle ère ne manquent pas, mais sont immanquablement oblitérés par les pouvoirs en place, sans doute plus informés que les peuples de ce qui est bon et mauvais. Cette triste histoire va-t-elle se répéter encore longtemps ? L’avenir le dira.

Tribune libre de Denis Parest pour Infos-Bordeaux