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Antilles françaises : un rapport parlementaire décrit une situation catastrophique

Antilles françaises : un rapport parlementaire décrit une situation catastrophique

06/12/2011 – 13h00
PARIS (NOVOpress Breizh) –
« L’État est attaqué en permanence, quoi qu’il fasse ». Dans un rapport rendu le 12 octobre dernier concernant l’administration générale et territoriale de l’État, Marc Le Fur, député UMP des Côtes-d’Armor et vice-président de l’Assemblée nationale, dresse un portrait sans complaisance de la situation dans les départements d’Outre-mer, en particulier en Guadeloupe. Édifiant.

Alerté par le mauvais classement de la préfecture de Guadeloupe (photo ci-dessus sous-préfecture de Pointe-à-Pitre) en 2009 en matière de délais de délivrance des titres – elle occupait la  dernière place – et  constatant un déséquilibre dans la répartition des personnels dans les DOM, Marc Le Fur s’est rendu aux Antilles et en Guyane en février 2011 pour y étudier la situation de l’administration territoriale et le contexte dans lequel elle fonctionne.

Drapeaux des Antilles françaises selon les indépendantistes

Drapeaux des Antilles françaises selon les indépendantistes

De quels moyens humains disposent les préfectures dans les départements d’Outre-mer ? Le rapport établit que celles-ci bénéficient d’effectifs bien supérieurs à ceux de la Métropole. Si l’on compte entre 3 et 5 agents pour 10.000 habitants dans cette dernière, les départements ultramarins en ont souvent le double : « En 2010, l’administration préfectorale en Guadeloupe comptait 6,92 agents pour 10 000 habitants ; en Martinique, ce ratio s’élevait à 7,33 fonctionnaires ; en Guyane il atteignait 10,88 agents, presque autant qu’en Polynésie ou qu’à Mayotte. » A titre d’exemple, à populations sensiblement égales la Haute-Saône compte140 agents contre 234 en Guyane !

Autre observation faite dans le rapport : à la différence de la Métropole les fonctionnaires, sont issus – à l’exception d’une partie de l’encadrement – de la population locale. De tout temps les Antillais, comme les Réunionnais, ont été systématiquement prioritaires pour les mutations vers leurs pays d’origine. La moyenne d’âge de ces agents – 51 ans – est en outre bien plus élevée qu’en métropole, les Antillais prenant pour la plupart  leur retraite à 65 ans. Il en résulte, dit l’auteur du  rapport, que « le “dynamisme” des fonctionnaires devient relatif, le travail tend à devenir routinier, la mobilité et le changement effraient, certains ‘baissent les bras”…».

Le document relève également « un absentéisme élevé et, à certains égards, institutionnalisé ». Selon des informations recueillies sur place celui-ci s’élevait en 2010 à 10 jours ouvrés en moyenne par agent et par an en Guadeloupe, 20 jours par an en Martinique, contre seulement 5 jours par an en moyenne nationale. En cause l’attitude « ambiguë » des médecins locaux  – dans les îles tout le monde se connait – ce qui rend les éventuels contrôles inefficaces, notamment vis-à-vis de « personnels absents depuis deux à trois ans et notoirement connus pour exercer par ailleurs d’autres activités. »

Marc Le Fur

Marc Le Fur

Autre forme d’absentéisme déplorée par le Rapporteur spécial, la pratique généralisée d’horaires qualifiés pudiquement d’« atypiques ». En Guyane et aux Antilles, les guichets d’accueil du public ne sont en effet ouverts que le matin et les fonctionnaires ne travaillent ni le mercredi après-midi ni le vendredi après-midi ! Des demi-journées non travaillées qui sont censées être compensées par une arrivée plus matinale des agents. En réalité ceux-ci n’arrivant pas tous en même temps les guichets n’ouvrent qu’à 8 heures « pour être sûr que tout le monde soit à son poste (!) ».

Cette pratique administrative quelque peu courtelinesque s’inscrit – dans le cas de la Guadeloupe –  dans « un climat économique, politique et social qui n’est propice ni au développement, ni à la bonne administration de l’archipel ». Marc le Fur constate en effet qu’ « administrer la Guadeloupe est « usant ». Les trois derniers préfets ont quitté leurs fonctions après respectivement 13, 12 et 11 mois de fonction, signe d’une usure prématurée peu propice à l’administration de ce territoire. » Une instabilité, regrette le député breton, qui affaiblit l’État dans un département « où les échanges sont difficiles avec les élus et les responsables d’entreprises, voire rudes avec les interlocuteurs syndicaux et les indépendantistes. »

Il est vrai que la tâche des hauts fonctionnaires est loin d’être facile : « Compte tenu du caractère revendicatif d’une partie de la population, l’État est attaqué en permanence, quoi qu’il fasse. Aussi, les fonctionnaires métropolitains sont de moins en moins nombreux à solliciter une mutation en Guadeloupe ; certains ‘craquent’  peu après leur arrivée en raison e la pression et demandent à repartir. »

Selon l’auteur du rapport « le phénomène indépendantiste (en Guadeloupe, NDLR), plus vigoureux qu’ailleurs bien que très minoritaire, contribue à aggraver le sentiment de malaise dans un territoire pourtant soutenu financièrement à bout de bras par la Nation dans son ensemble ainsi que par l’Union européenne».

Le « sentiment de malaise » évoqué par Marc Le Fur relève en réalité plus de l’idéologie de la culpabilisation, véritable fonds de commerce de la classe politique et syndicale antillaise, que de celle de l’anticolonialisme qui prévalait au siècle dernier. L’essentiel de l’action politique antillaise consiste en effet aujourd’hui à demander des « réparations » financières de toutes sortes à la Métropole au nom d’un passé « esclavagiste » aboli… il y a plus d’un siècle et demi !

La France doit-elle continuer d’administrer ces territoires – dans les conditions pour le moins contestables évoquées plus haut – et à payer – fort cher – pour cela ? C’est sans aucun doute la question qui vient à l’esprit à la lecture du courageux rapport du député des Côtes-d’Armor. Aux Antilles, manifestement, la décolonisation reste à faire.

Crédit Photos: : Wikimedia Commons