Angleterre : une lecture de la Bible interdite pour homophobie

Angleterre : une lecture de la Bible interdite pour homophobie

29/09/2011 – 11h45
LONDRES (NOVOpress)  –
Les chrétiens sont-ils victimes de discriminations en Angleterre ? La question resurgit régulièrement depuis quelques années. Un thérapeute de couple licencié parce qu’il refusait de donner des conseils à des homosexuels. Une propriétaire de bed and breakfast menacée de poursuites parce qu’elle ne voulait pas louer de chambre à un couple homosexuel. Un médecin exclu d’une commission d’agrément pour l’adoption parce qu’elle ne voulait pas intervenir dans des cas concernant des couples homosexuels. Une infirmière mise à pied parce qu’elle portait une croix autour du cou.

Autant d’affaires qui avaient fait dire à l’évêque de Winchester, le Révérendissime Michael Scott-Joynt, en décembre 2010, que l’introduction en Grande-Bretagne de la Convention européenne des droits de l’homme s’était faite systématiquement à l’avantage des minorités sexuelles et au détriment des chrétiens. Selon l’évêque, « pour la première fois de notre histoire, il y a une absence générale de culture religieuse parmi ceux qui ont de l’influence et du pouvoir d’une manière ou d’une autre, que ce soit au Parlement, dans les médias, ou même dans la magistrature ». L’importance de la Bible pour les chrétiens n’est même plus comprise.

Ironiquement, les victimes de ces affaires sont le plus souvent des protestants évangéliques d’origine antillaise, qui devraient a priori bénéficier de toutes sortes d’égards. Mais le respect de la religion des immigrés ne s’applique pas au christianisme. David Cameron s’était engagé avant les dernières élections à remplacer la Convention européenne des droits de l’homme par une Déclaration des droits propre à la Grande-Bretagne, qui devait limiter les excès du politiquement correct. Cette promesse a eu le sort des promesses de campagne.

En février dernier, dans le cas d’un couple de Jamaïcains pentecôtistes, Eunice et Owen Johns, que l’administration avait refusé d’approuver comme famille d’accueil parce qu’ils considéraient l’homosexualité comme un mal, un tribunal anglais a formellement déclaré que le droit des homosexuels à l’égalité « devait l’emporter » sur le droit des chrétiens à manifester leurs croyances et leurs valeurs morales. Selon les juges, « quoique notre pays fasse historiquement partie de l’Occident chrétien », il est aujourd’hui « multiculturel » et le christianisme ne peut donc pas être pris en compte par la loi.

La dernière affaire en date concerne Jamie Murray, le propriétaire d’un café de Blackpool, qui a l’habitude depuis plusieurs années de projeter sur une petite télévision la Watchword Bible, une série de DVD américains où l’acteur Don Wadsworth lit l’intégrale du Nouveau Testament, dans la traduction contemporaine de l’American Bible Society. Jamie Murray coupe le son mais le texte apparaît à l’écran.

La semaine dernière, deux policiers ont débarqué à l’heure du déjeuner, alors que le café était plein, et ont accusé le cafetier de diffuser des films qui portaient atteinte à l’ordre public. Quand il a répondu que c’était le texte de la Bible, ils l’ont menacé de lui passer les menottes et de l’arrêter devant ses clients. Finalement, il a dû débrancher sa télévision. Les policiers l’ont averti qu’il restait sous surveillance.

Les ennuis de Jamie Murray viennent tout simplement de ce que, la semaine précédente, il avait diffusé l’épître de saint Paul aux Romains (vidéo en anglais ci-dessous). Au chapitre 1, l’Apôtre dénonce les païens qui « ont échangé la majesté du Dieu incorruptible pour des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des 
reptiles ». « C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions d’ignominie : leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature ; de même aussi les hommes, au lieu d’user de la femme selon l’ordre de la 
nature, ont, dans leurs désirs, brûlé les uns pour les autres, ayant hommes 
avec hommes un commerce infâme, et recevant dans une mutuelle dégradation,
le juste salaire de leur égarement » (versets 26-27). Une cliente du café avait lu ces paroles à l’écran et, horrifiée, s’était précipitée à la police pour porter plainte. La police n’a pas traîné.

Un porte-parole de la police s’est justifié en ces termes : « La police est respectueuse de toutes les vues religieuses. Mais il est de notre responsabilité de nous assurer que des documents que des communautés peuvent trouver profondément insultants ou provocateurs ne soient pas exposés en public. » Selon la BBC, dont la version est un peu différente (), la police aurait finalement reconnu que l’agent avait « mal interprété le Public Order Act » et se serait excusée auprès du propriétaire du café « pour toute peine que nous aurions pu causer ».

Jamie Murray a reçu le soutien du Christian Institute, qui a accusé la police de violer la liberté religieuse. Son porte-parole, Mike Judge, a déclaré : « Nous avons vu la police rester les bras croisés pendant que des musulmans extrémistes brandissaient des affiches appelant à couper la tête aux infidèles, mais malheur à un café chrétien qui affiche des textes de la Bible ».

Chacun peut penser ce qu’il veut du protestantisme évangélique, trouver, par exemple, les DVD de la Watchword Bible plutôt kitsch, ou rappeler que, selon la doctrine traditionnelle de l’Église catholique, la lecture de traductions de la Bible par n’importe qui fait plus de mal que de bien. Mais avant d’interdire le Nouveau Testament pour homophobie, ou même pour paganophobie – puisque c’est plutôt de cela qu’il s’agit –, la police anglaise ferait effectivement mieux de s’inquiéter de ce qui se prêche dans les mosquées.

[box class="info"]Photo : Bible de Gutenberg/Wikipédia[/box]